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Callian. Coll. 18. cap. 17.

fait saint Jerôme, qui les'appelle des Rhemobotes;& Callien Hieron. leur donne le nom de Sarabaïtes.

Epift. ad

Eut. Saint Benoîç parle encore d'une autre sorte de Moines qui semblables à ces Rhemobotes, couroient aussi de

pays en pays, sans s'arrêter en aucun lieu, sous pretexte que cher- $ Ben.cap chant un état de vie plus parfait , ils n'en trouvoient nul

Regul.

part. Ainsi abusant de l'hospitalité des vrais Moines,ils se faisoient bien traiter , ils entroient en tous lieux , & se mêloient avec toutes sortes de personnes, dans le dessein , en apparence, de les convertir, ou de leur faire mener une vie plus parfaite. Une conduite li dereglée ne leur pouvoir attirer que du mépris, & on ne regardoit pour veritables Moines que les Cænobites & les Anachoretes

Cassien parlant de ces derniers, les prefere aux Cænobites, comme etant plus avancés dans la perfe&ion, & souhaitoić embrasser cette profession. Saint Jerôme , en plusieurs endroits , dit aussi qu'elle étoit le comble de la perfection Mo. pastique ; mais qu'il falloit y arriver par les degrés de la vie Canobitique, & par les exercices de toutes les vertus austeres qui se pratiquoient dans les Communautés. Mais ce Pere changea de sentiment dans la suite ; & l'experience a fait voir que la vie Cænobitique écoit celle qu'on devoit suivre plus surement, comme la moins exposée aux tentations.

Saint Bafile qui en a fait l'éloge , en a fait connoître les Bafil. Re. avantages. Il dit « que Dieu

ayant
voulu
que nous eussions sul fur.

expof. inbesoin les uns des autres, nous devons par certe conside- «terrog. 7. ration nous unir tous les uns aux autres : que les avantages co que nous possedons sont inutiles dans une vie absolument a folitaire:qu'elle ne se propose qu'un seul but,qui est la com- « modité de celui qui l'embrasse ; ce qui est visiblement con- « traire à la charité que l'Apôtre a si parfaitement accomplie,“ & qui consiste à ne chercher point ce qui nous est avanta-c. geux en particulier , mais ce qui est avantageux à plusieurs pour être sauvés: que les Solitaires ne reconnoissent pas fa- " cilement leurs défauts, n'ayant personne qui les reprenne & « les corrige ; & qu'on leur peut attribuer ces paroles du « sage: malheur à celui qui eft feul, parce que s'il tombe , il n'a u Eeclef. personne pour le relever:qu'un grand peril qui est à craindre a 4. 10. dans la vie solitaire, est celui de la complaisance, dont il est très difficile de se garantir dans cet état ; car un Solitaire ; *

در

n'ayant personne qui puisse juger de ses actions, s'imaginera » être arrivé au comble de la perfection ; mais qu'au con» traire la vie cænobitique a cet avantage ; que la correction , » y étant faite, même par un ennemi , est souvent une occa» sion à ceux qui jugent sainement des choses, de desirer le

remede de leurs maux ; qu'elle est une carriere, ou l'on » s'applique aux combats spirituels , un chemin facile pour » s'avancer dans la pieté, un continuel exercice, une perpe. » tuelle meditation des commandemens de Dieu ; & enfin » que ce genre de vie est conforme à celui des premiers Chré» tiens , qui étoient tous unis ensemble , qui n'avoient rien » qui ne fût commun entr'eux.

Il est rare de voir presentement des Anachoretes, c'est-àa dire des personnes, qui, après avoir vécu dans la Commu. nauté , se recirent dans la solitude. Charlemagne les renvoya dans leurs monasteres, disant qu'il valloit mieux qu'ils demeurassent dans une congregation, que de les abandonner au mouvement de leur esprit qui leur pouvoit suggerer de cou. rir le pays. On en trouve encore quelques-uns en Orient ; mais il n'y a gueres que le desert de Vallombreuse qui puisse produire un de ces exemples en Occident ; l'endroit où laine Jean Gualbert se retira auparavant que de fonder son Ordre, étant toujours occupé par un religieux qui garde un silence perpetuel , ne sortant jamais de ce lieu , & ne communiquant avec aucun religieux ; si ce n'est avec un seul frere convers qui lui apporte les besoins de l'abbaye, chef de cet ordre, qui en est éloignée d'un demi mille.

Il y avoit autrefois des Reclus qui étoient enfermés très

étroitement. Le Concile in Trullo leur défendit d'embrasser san. 41. ce genre de vie , qu'après avoir commencé dans le Monaste.

re à vivre separés comme des Anachoretes, & après avoir perseveré dans cet état pendant trois ans, outre une année d'épreuve qu'ils devoient faire encore hors du Monastere, après quoi ils pouvoient être enfermés , mais il ne leur étoit pas permis de sortir du lieu de leur reclusion , à moins que ce ne fut pour quelque cause qui regardât le bien public , ou qu'il n'y eût peril de mort pour eux : pour lors ils en pouvoient sortir avec la benedi&ion de l'Evêque ; & fi quelquesuns de ces reclus en sortoient autrement, le même Concile ordonna qu'ils seroient enfermés malgré eux, dans le même

ز

Anno 692.

ann. 7871

Mabill

1.1.2.6.210

lib.6.c.39.

licu , & qu'on leurimposeroit des jeûnes & des mortifications. LeConcile de Francfort n'en voulut point souffrir à moins que les évêques & les abbés ne les renfermassent eux-mêmes.

La coutume étoit autrefois à Vienneen Dauphiné dechoi-can. 12. fir un religieux que l'on croyoit être le plus avancé dans la perfection, & le plus digne d'être exaucé de Dieu; & on le Annal.Berenfermoit dans une cellule , afin qu'il y pallât le reste pag 107. de ses jours dans la contemplation,& qu'il y priật sans cesse Bulceau. pour le peuple. C'étoit aufli la pratique de la plûpart des dve de s. Monasteres, non seulement d'hommes, mais encore de filles. Benoit , s. Il y en avoit , entr'autres, dans le Monaftere de Sainte-Croix de Poitiers ; & Gregoire de Tours a décrit les ceremonies

Greg. Tur, qu'on observoit dans la reclufion de ces Saintes filles.

Vers la fin du neuviéme siecle , Grimiaic prêtre que l'on Bulceau , croit avoir été le même que celui que le pape Formosejugeoit commercio digne de l'épiscopar , & qu'il recommanda pour cet effet al, 5.6. so. Foulques archevêque de Reims , afin qu'à la premiere occa. Gon il employât son credit pour lui procurer cette dignité ; composa une regle pour ces fortes de Reclus.Leurs cellules de voient être proche de l'église de quelque Monastere, & elles pouvoient être accompagnées d'un petit jardin. Ces Reclus demeuroient seuls, ou pluleurs ensemble, dans un même lieu, mais chacun dans une cellule separée, communiquant seulement entr'eux par une fenêtre. Ils vivoient du travail de leurs mains, ou des oblations des fideles ; soit des aumôn aes du monaftere voisin , soit de celles que le peuple leur fai. Loit. Parmi ces solitaires, il y en avoit qui étoient clercs, & même prêtres, & que les seculiers alloient voir, pour les confulter für ce qui regardoir leur conscience & leur falut. Les prêtres celebroient la messe dans une petite chapelle qui étoit dans l'enceinte de leur reclusion, & ils avoient encore une fenêtre qui s'ouvroit sur l'église, & par laquelle ils pouvoient assister à l'Office , parler à ceux qui les venoient voir, & entendre les confessions des seculiers , même celles des femmes qui vouloient recevoir leurs avis sur la conduite de leur vie.

Ceux d'entre les Reclus qui étoient Moines de profession portoient le froc ; & ceux qui ne l'étoient pas , se couvroient d'une.chappe., qui était un habit commun aux ecclesiastiques & aux religieux. Quelques-uns avoient des disciples qui Tome I.

E

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rient, pag. 282..

denieuroient hors l'enceinte de leur reclusion ; nul ne devoit: être admis à l'écat de Reclus, qu'avec la permission de l'é. vêque du diocese , ou de l'abbé du monastere qu'il choisilloic pour le lieu de la reclusion, & s'il n'avoit passé auparavant par l'épreuve du noviciat, On imprimoit sur la porte de la cellule le sceau de l'évêque ; & file Reclus tomboit malade, onôtoic ce sceau pour l'aller secourir ; mais il ne lui étoit pas permis de quitter sa reclusion. Ainsi ils étoient obligés par certe regle, à quelque chose de plus qu'à ce que le quarante-uniéme canon du concile in Trullo ne les avoit obligés.

Il semble que saint Romuald fondateur de l'ordre des Camaldules ait renouvellé dans l'onziéme siecle les anciennes Laures des moines de la Palestine , en faisant vivre ses Erinites dans des cellules separées les unes des autres , avec

une église au milieu , où ils s'assemblent tous pour les divins. Bulteau, offices. Le premier qui fonda ces sortes de Laures fut saint:

bif. mo- Chariton qui mouru: vers l'an 340. La premiere étoit près de minenSor la mer. morte, à six mille pas de Jerusalem , & fut depuis ap

pellée la Laure de Pharan. Il en bâtit une seconde vers Jeri

cho, &une troisiéme dans le desert de Thecua , qui fut en. Vit.S. Eu fuite connue fous le nom de Laure de. Seuca. La Laure que. Bolland. bârit saint Euthyme le Grand dans le cinquième fiecle, fut AH.S..20. fort renommée, elle étoit éloignée de quatre ou cinq lieues

de la ville de Jerusalem ; mais le saint abbé ni vouloit point recevoir de jeunes gens qui n'avoient point encore de barbe; c'est pourquoi faint Sabas & faint Quiriace s'étant presenrés

pour être au nombre de ses disciples, il envoya saint Sabas au Monastere de faint Theodiste , & saint Quiriace à. celui de saint Gerasime , parce qu'ils n'avoient point encore de barbe ; & à son imitacion saint Sabas ayant bâti la celebre : Laure qui a porté, son noin, il n'y recevoit pas non plus de jeunes gens, & les envoyoit d'abord dans d'autres Monaste. res. Ce Saint eut plusieurs disciples qui bâtirent aussi des Laures aux environs du Jourdain. Toutes ces Laures étoient celebres par l'exacte discipline , & par la grande austerité qu'on y pratiquoit.

Cette vie austere ne contenta pas d'autres solitaires qui hist. relig. vivoient dans le même tems , & l'on regarda comme un provit. S si-dige le grand Simeon Scylite qui se consacra le premier, & mean, apud sans en avoir d'exemple, a une penitence extraordinaire,

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Thcdoter,

f. 26.

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fanu. Vis,

8 4.170.

étant resté sur un colomne pendant quarante-huit ans ex. Bolland. posé aux ardeurs du soleil, & aux autres incommodités des faisons. La premiere colomne sur laquelle il monta ; n'avoit PP. apud que quatre coudées de haut, à ce que dit Antoine l'un de ses Rosveid, pa disciples, qui a écrit sa vie ; & Theodoret marque qu'elle en avoit fix; mais étant moncé fuccessivement sur des colom. nes de diverses hauteurs; la derniere fur laquelle il étoit lorfqu'il mourut, vers l'an 460. & selon d'autres , vers l'an 46 3. avoit quarante coudées. On crut que ce genre de vie ne pouvoit être pratiqué par d'autres ; il y eut cependant deux au: Joann. tres Simeons, un Daniel, un Julien & quelques autres, qui Prat.fpirit. terminerent une sainte vie dans une penitence pareille à cellec, 28.57. du grand Simeon qu'ils imiterent, étant restés plufieurs and 3 8. nées sur des colomnes, & ayant eu des disciples.

Quant aux Ermites de ce tems, on en voit un très-grand nombre qui ne sont soumis à aucun superieur,& qui ne suivent d'autre regle

' que celle que leur dicte le plus souvent le libertinage. Il est vrai qu'il y en a quelques-uns qui imitent les veritables Solitaires des premiers siecles & qui marchent sur leurs traces; mais ces exemples font rares & on peut coni. parer les autres aux Rheinobotes, aux Sarabaîtes , & aux Girovagues. Il vaut mieux ne les pas comprendre dans l'Ordre Monastique ; puisqu'ils en portent indignement l'habit: fi l'on

excepre neanmoins ceux qui font gouverirés par des superieurs, & qui vivent en.communauté , ausquels l'on peut donner le nom de Cænobites , comme à ces anciens-goli. taires conventuels , qui n'avoient point d'autre regle que la fage conduite de leurs abbés.

Il est vrai que ce sentiment n'est pas universellement reça: Ceux qui le coinbartent;pretendent que pour être Cænobite, il ne fuffic pas de vivre en commun , mais qu'il faut áulli que ce soit sous l'autorité d'une regle. C'est l'interpretation qu'ils ont donnée à cet endroit de la regle de saint Benoît , où il est parlé des Cænobites : Monachorum primum genus Cænobita-cap. Is * rum hoc est monafteriale militans sub regula vel abbate ; preten...14 dant qu'il faut prendre la particule disjonctive pour conjondive. Les autres qui ont interpreté la regle du même Saint, ont expliqué plus naturellement cet endroit ; & prenant la particule en question pour disjonctive,ou alternative, ont dit: que les Cænobites sont ceux qui vivenc sous une regle , ou

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