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CARMEs la ville de Medina-del-Campo, qui étoit de l'Ordre des CarET CAR- mes. S'étant presenté pour y être reçû, il y fut admis sans MELITES peine, on lui donna l'habit religieux avec le nom de Jean de DecHaus faint Mathias. Il ne se contenta pas de faire paroître beau. SE’ES.

coup de ferveur pendant son noviciat, il la redoubla après fa profession, & il pratiquoit tant d'austerités, que les Religieux de la maison qui étoient déchûs de leur ancienne , observance en furent allarmés. Sa pieté n'étoit pas moindre que la mortification ; il se retiroit de la compagnie des hommes pour ne s'entretenir qu'avec Dieu dans l'oraison : de forte que les superieurs le voyant si avancé dans la voie de la perfection, l'obligerent de recevoir l'Ordre de prêtrise , lorsqu'il eut atteint l'âge de vingt-cinq ans.

Il ne se vit pas plutôt revêtu de cette nouvelle dignité,que considerant les nouvelles obligations où il étoit engagé, il souhaita une vie plus austere & plus reguliere que celle que l'on menoit chez les Carmes. Après avoir long-tems consulté Dieu , il prit la resolution de passer dans l'Ordre des Chartreux : il travailloit actuellement à se faire recevoir dans la Chartreuse de Segovie , lorsque sainte Therese vint à Medina-del-Campo. Il y arriva dans le même tems du couvent de Salamanque où il étudioit pour lors, & étoit venu pour accompagner un Religieux , qui parla de lui si avantageusement à la Sainte , qu'elle souhaita de le voir. Il lui découvrit le dessein qu'il avoit de se faire Chartreux; mais elle lui parla de la reforme des Religieux de son Ordre qu'elle meditoit, elle lui conseilla de differer sa resolution, jusqu'à ce qu'elle eût trouvé un Monastere, de ne point quitter son Ordre, mais de demeurer fidele dans sa vocation, & de faire servir plûtôt son zele à rétablir cet institut dans sa premiere ferveur. enfin elle l'exhorta dans des termes fi preslans, qu'il renonça à sa premiere résolution , & promit à la Sainte de faire tout ce qu'elle lui prescriroit.

Sainte Therese ayant ainsi gagné deux Religieux pour commencer sa reforme,il lui sembla que tout étoit fait;mais comme elle n'avoit point encore de maison, elle differa encore un peu à la commencer. Elle fut à Alcala , où on la sollicitoit fort d'aller , pour regler un couvent de Carmelites qu'une certaine Mere Marie de Jesus y avoit fondé sous une reforme particuliere & differente de la fienne. Elle modera

Religieux Carme dechausse;

avec le manteau.

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leurs grandes austerités, & leur donna les constitutions CARMÈS qu'elle avoit dressées pour son premier Monastere de faint Et CarJoseph d’Avila ; mais elle ne put pas obtenir d'elles de se fou- MELITES mettre à l'obéissance de l'Ordre. Il y a eu depuis dans la même DECHAUS ville un couvent de fa reforme , qu'on appelle les Carmelites du saint Sacrement ou de Corpus Christi, pour les distinguer des autres Carmelices de la Mere Marie de Jesus qu'on appelle de l’Image. Après avoir satisfait aux desirs de la fondatrice de ce couvent, elle fur à Malagon pour y faire un nouvel établissement de Filles, où parur la premiere dispense de ses constitutions sur le point de la pauvreté & de la desapropriation ; car par l'avis des plus sçavans hommes, elle fouffrit que cette maison eût des rentes. Après avoir achevé cette . fondation, elle partit pour en aller commencer une autre å Valladolid ; mais en passant par Avila , elle fuc visiter son premier Monastere, & fut fort surprise, lorsqu'un gentilhomme de cette ville nommé dom Raphaël Megia Velasquez la vint trouver;pour lui dire qu'ayant appris son arrivée & qu'elle souhaitoit fonder un couvent de Carmes Déchaussés, il lui offroit pour ce sujet une maison de campagne qu'il avoit à Durvelle. La Sainte benit les ordres secrets de la Providence, qui secondoit ainsi ses desirs & faisoit reussir si favorablement son entreprise.Ayant doncaccepté les offres de ce gentilhomme , elle lui promit qu’allant à Medina del Campo, pour se rendre à Valladolid, elle passeroit par cette maison de Durvelle , qui n'étoit pas éloignée de son chemin. Elle partit à la fin du mois de Juin de l'an 1568. accompagnée d'Antoinette du Saint-Esprit & du P. Julien d'Avila;& après s'être écartée de la route , & fait plusieurs detours, ne rencontrant personne qui lui plîc indiquer le chemin de Durvelle, ce lieu étant peu connu, elle y arriva enfin avec beaucoup de peine. La vûe de cerce chetive maison que la Sainte destinoit pour un chef-d'œuvre, écoit capable de refroidir & d'abattre tout autre courage que le sien ; car ce logis étoit seul en pleine campagne , exposé de toutes parts à la rigueur des vents & aux ardeurs du soleil, proche d'un petit ruisseau nommé Rioalmar. Il ne consistoit qu'en un portique raisonnable, à côté duquel il y avoir une chambre fort pecite & si basse, qu’on touchoit presque le plancher avec la tête : le dessus écoit un galletas fi renfermé, que la lumiere n'y

le re

CARmes pouvoit entrer que par l'ouverture d'une tuile qui servoir de Et Car-fenêtre. Tout ce bâtiment n'étoit accompagné que d'une MELITES petite cuisine, & l'enceinte étoit semblable à celle d'une DecHaus maison de paysan. Cependant la Sainte y trouva tout ce .

qu'elle souhaitoit , certe place lui sembla très-propre pour L'établissement d’un Monastere, & sans se former aucune difficulté elle y traça le dessein du couvent. Elle init l'Eglise dans le portique, le dortoir dans le bas de la chambre, & le chæur dans le galletas ; pour la cuisine elle se contenta d'une moitié de celle qui y étoit, laissant l'autre moitié pour fectoire. Voilà comme la Sainte choisit ce lieu pour y jetter les fondemens de l'Ordre des Carmes Dechaulles.

Pendant son sejour à Medina del Campo, elle avertit le pere Antoine d'Heredie, qu'elle avoit enfin trouvé un lieu pour fonder une maison de Carmes Dechaussés. Elle lui demanda s'il auroit bien le courage de demeurer quelque tems dans ce pauvre lieu : elle fut ravie d'apprendre que la pauvreté du lieu ne le décourageoit point , & qu'il étoit toujours dans les mêmes dispositions d'embrasser la reforme. Sa joie fut accomplie , lorsqu'elle trouva le Pere Jean de saint Ma. thias dans une semblable resolution. Elle espera qu'elle viendroit aisément à bout d'une autre difficulté, qui étoit d'obtenir la permission des deux provinciaux de l'Ordre, comme il étoit marqué par les parentes

du general. Dans cette confiance elle laissa à Medina del Campo le pere Antoine d'He. redie, & mena avec elle à Valladolid le pere Jean de faint Mathias, pour l'informer plus à loisir de la façon de vie,des exercices & de l'observance qu'elle faisoit pratiquer à ses Religieuses. Etant arrivée à Valladolid, elle y travailla à l'établissement d'un Monastere de Filles : & y ayant reglé toui. tes choses & reçû les permissions du provincial de la province de Castille, & de celui qui étoit le dernier forti de cette charge; elle envoya le P. Jean de saint Mathias à Durvelle pour y jercer les fondemens de la reforme. Elle lui donna un habit de drap fort grossier, & un pauvre Mislel pour dire la Messe. Un des ouvriers qui travailloit au Monastere de Valladolid Payant accompagnée, accommoda certe maison en forme de Monastere dans une simplicité & une pauvreté ad. mirable, le Pere Jean de S. Mathias se revêtit de l'habit que fainte Therese lui avoit donné, & demeura seul dans cette

folitude

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