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CARME-saint Augustin d'Avila, où elle entra au commencement de LITEs DE- l'an 1531.

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D'abord ce changement de vie l'effraya , mais peu de tems après elle trouva de grandes douceurs dans la compagnie des Religieuses de ce Monastere, elle n'eut plus que du degoût pour les vanités du siecle, & les vertueuses inclinations de ses premieres années se reveillerent. Bien loin d'avoir de

l'aversion pour la vie religieuse, elle en conçut au contraire

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de Cepede son oncle, qui ayant reconnu qu'elle s'adonnoit à l'oraison mentale, lui mit entre les mains un excellent livre qui enseignoit la methode pour la bien faire : elle le lut avec tant d'avidité, & le trouva si conforme à son inclination, que ce livre lui tint lieu de maître & de conducteur. Elle demeura pendant l'hiver chez sa sœur presque toujours dans la solitude & la retraite : lorsque le printems fut venu, son pere la mena à Bécedas,ouelle devoit prendreles remedes

Religieu se Carmelite dechaussée,

en

habit de choeur.

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qui lui furent inutiles ; mais elle donna la guerison spirituelle à Carmeun prêtre, qui depuis sept ans se trouvoit dans un commerce Lites Decriminel avec une femme de ce lieu ;elle lui procura l'esprit de CHAUS

SE’ES. componction & de penitence, & une mort Chrétienne qu'il fit un an après.

Elle fut trois mois dans ce lieu, où les remedes , bien loin de lui avoir été salutaires, l'avoient de nouveau reduite à l'extrémicé. Son pere la ramena chez lui en cet état , & la fic voir à beaucoup de Medecins, qui desesperant de la guerison, l'a. bandonnerent. Un jour de l'Assomption elle tomba dans une syncope si étrange , qu'on la tint morte pendant quatre jours; de sorte qu'on prepara sa fosse dans son Monastere , &

que les Religieuses,qui,comme nous avons dit, ne gardoient point de clôture, envoyerent quelques-unes d'entre elles pour en. lever le corps & le conduire à la fepulture ; mais lon pere s'appercevant qu'elle avoit encore un peu de poulx s'y opposa. En effet elle revint de ce grand évanouiffement , & voulut ensuite recourner en son couvent , où par les merites de S. Jofeph , sous la protection duquel elle se mit, elle commença à se mieux porter & à marcher. Cependant à peine fut-elle guérie , qu'elle oublia les graces qu'elle avoic reçûes de Dieu, & qui devoient servir de chaînes poạr l'attacher à lui. Elle se laissa aller au relachement , elle se laissa vaincre par l'efprit du monde, elle permit à quelques seculiers de la voir & de l'entretenir', &elle quitra d'abord l'oraison, n'osant pas s'approcher de Dieu durant qu'elle se sentoit fi fort attachée aux creatures. Mais Notre Seigneur ne put long-tems fouffrir l'infidelité de son épouse , il lui apparut deux fois pendant ce tems-là ; la premiere avec un visage severe, & la seconée comme attache à la colomne, & couvert de playes, un morceau de fa chair paroissant dechiré & comme pendant à un bras. Une faveur li grande la remplit de confusion, elle reprit les exercices de l'oraison,aidée en cela par les bons avis d'un Religieux de S. Dominique à qui elle s'étoit confessée, elle retomba dans l'heureuse pente de son cæur qui se portoic comme naturellement à Dieu,& Notre-Seigneur l'élevoit peu à peu au plus haut degré de la contemplation ; il prenoit plaisir à redoubler ses graces & ses caresses

. Les faveurs qu'elle en recevoir frequemment devinrent suspectes à ses directeurs. Ils apprehendoient que ce ne fussent des illusions , ce qui

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cARME-o que Therese intimidée par ses confesseurs, n'operoit son LI§De-salut qu'avec crainte, & faisoit de plus grandsefforts pour accHAus- querir la pureté de son ame : mais après quelques conferensE'Es. ces qu'elle eut avec S. François de Borgia de la compagnie de Jesus, qui lui fit connoître § marchant toujours dans l'humilité,elle n'avoit aucun sujet de craindre l'illusion , elle se rassura, & se mit sous la conduite de quelques peres de la même compagnie, qui la soûtinrent dans cette conduite extraordinaire & qui l'obligerent de joindre l'exercice de la mortification & de la penitence à ces degrès si sublimes d'oraison.Elle se defit des amitiés particulieres qu'elle avoit,qui, quoiqu'innocentes , mettoient neanmoins un grand empêchement à sa perfection:cela lui coûta beaucoup;par ce qu'étant d'un naturel fort genereux,elle avoit toûjours cru qu'elle devoit aimer ceux qui lui témoignoient de l'affection , mais après que par l'ordre de son confesseur elle eut dit pendant un tems quelques prieres, cette passion d'amitié s'éteignit,& il ne lui fut plus possible d'aimer personne qu'en Dieu & pour

Dieu.

† C'étoit dans l'esprit d'acquerir de plus en plus cette per§fection & de la procurer à d'autres , qu'elle entreprit la reorme de son Ordre : ce qui la determina à executer ce dessein, furent les maux que les Lutheriens & les Calvinistes, causoient dans l'Allemagne & dans la France, ruinant les églises & profanant les autels ; étant bien raisonnable , disoit-elle, que pendant que les ennemis de Jesus-Christ ruinoientles templesque la pieté des fideles lui avoit dediés,onen bâtit de nouveaux pour reparer son honneur. Pour parvenir à ce dessein, elle confera avec quelques vertueuses filles de son Monastère de l'Incarnation, qui entrerent tellement dans ses sentiments , qu'une § qui étoit sa nièce & en- core pensionnaire, offrit mille ducats pour acheter une maison. Une Dame de la ville,d'une grande pieté & intime amie de la Sainte.nommée Guiomar de Ulloa, lui promit de contribuer à cette sainte œuvre; ce qu'elleexecuta si fidellement, qu'elle ne l'abandonna point malgré les difficultés qui serencontrerent, les travaux qu'il fallut souffrir dans l'établissement du premier Monastere; & qu'elle surmonta genereusement plusieurs persecutions que l'enfer suscita pour traverser de si bons desseins, & étouffer la reforme dans son berceau.

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