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si bien profiter de ses bons exemples, que la lecture des vies Carmedes Saints faisoit toutes ses délices , & qu'elle y emploïoit Utes De^ ordinairement tout le tems que les autres enfans ne donnent c"Ausqu'aux jeux &aux divertissemens. Quoiqu'elle aimât ses fre-SEEÏ res également, néanmoins Rodrigue de Cepede , qui étoit son aîné de quatre ans, sembloit avoir fa confiance plus que les autres : c'étoit ordinairement avec lui qu'elle faisoit ses lectures, & en considérant les tourmens que les martyrs avoient endurés pour posséder le royaume du ciel , il lui sembloit qu'ils l'avoient acheté à bon marché. Souhaitant de mourir à ce prix , pour acquérir en peu de tems un fi grand trésor, elle deliberoit souvent avec ion frère , íur les moyens qu'ils pouvoient prendre pour cela. II leur sembla que le meilleur ëtoit d'abandonner la máison de leurs parens, & de s'en aller dans le pays des Maures, afin d'avoir occasion de perdre la vie parmi ces infidèles. Ils partirent à ce sujet de la maison de leur pere ^ mais un de leurs oncles les ayanc rencontrés , & les ayant arrêtés pour fçavoiroùilsalloienc ainsi seuls , les ramena à leurs parens qui en étoient beaucoup en peine. Rodrigue ayant découvert à fa mere leur des. sein} elle leur défendit de sortir seuls fans être accompagnés d'un domestique :c'est pourquoi la tentative qu'ils avoienc fait d'aller chercher le martyre, n'ayantpas réussi, ils prirent une autre resolution , qui fut de vivre comme des- ermites, pour imiter les pères des déserts dont ils avoient lû les vies, ils demeuroient presque les jours entiers dans leur jardin , bâtissants de petits ermitages comme s'ils eussent voulu s'y enfermer.

Mais la lecture des romans leur fit perdre en peu de tems cette satisfaction qu'ils prenoient dans celle des livres de

Î)ieté , leurs bons désirs fe refroidirent; 8c après la mort de eur mere qui arriva l'an 1517. Thérèse qui n'avoit que douze ans, perdit aussi les sentimens de la crainte de Dieu qu'elle avoit conservés jusqu'à cet âge , & cela pour avoir souffert des conversations un peu trop libres avec quelques-uns de ses parens, & pour avoir trop donné dans la vanité &les ajustemens à la persuasion d'une de ses cousines, qui n'avoit que des

{>ensées mondaines. Elle s'entretint dans ces sentimens jusqu'à 'âge de quatorze ans, que son pere s'étant appcrçu du péril où elle s'exposoit , la mit en pension dans le Monastère de Carme-saint Augustin d'Avila, où elle entra au commencement de Lites De-Tan 1531.

Chaus- D'abord ce changement de vie Peffraya} mais peu de tems $EEÍ* après elle trouva de grandes douceurs dans la compagnie des Religieuses de ce Monastère , elle n'eue plus que du degoût pour les vanités du siécle , & les vertueuses inclinations de ses premières années se réveillèrent. Bien loin d'avoir de l'averfion pour la vie religieuse, elle en conçut au contraire un grand désir ; mais une bonne amie qu'elle avoit dans lc Monastère de l'Incarnation des Carmélites de la même ville, lui fit préférer ce dernier à celui où elle étoit pensionnaire, Sc qui lui paroiíïoittrop austère, ne croyant pas que son tempérament pût supporter la rigueur de Pobservance qu'on y gardoit.Une maladie qui lui survint, obligea son pere de l'en faire sortir j à peine fut-elle guérie , qu'elle entra d'elle même dans le couvent des Carmélites d'Avila l'an 1535. Elle y prit l'habir le 1. Décembre 1536. étant âgée d'environ vingtun ans & demi. Dieu la combla pendant ion noviciat de grâces si extraordinaires, & elle s'acquitta de ses devoirs avec tant d'exactitude, de soûmisiìon & d'obéissance, que les Religieuses , nonobstant ses infirmités qui étoient grandes, & la foibleílè de ía complexion j la reçurent à la profession. Mais pétt de joursaprès avoirprononcé ses vœux, elle fut attaquée demaux de cœur si furieux , accompagnés de plusieurs autres indispositions , qu'elle fut reduite à l'extremité ■> c'est pourquoi comme on ne gardoit point de clôture dans ce couvent , son pere voulut lui faire changer d'air & éprouver les remèdes d'une femme qui demeuroità Bécedas, qui avoit le secret de guérir de semblables maladies. Comme on étoic au commencement de l'hiver , elle alla en attendant le printems chez fa sœur aînée qui demeuroit à la campagne: elle fit en paslant quelque séjour chez dom Pierre Sanchez de Cepede son oncle , qui ayant reconnu qu'elle s'adonnoit à Poraifon mentale, lui mit entre les mains un excellent livre qui enseignoit la méthode pour la bien faire relie le luc avec tant d'avidité , & le trouva íl conforme á son inclination , que ce livre lui tint lieu de maître & de conducteur. Elle demeura pendant l'hiver chez sa sœur presque toujours dans la solitude & la retraite : lorsque le printems fut venu, son pere la menaàBécedas,ouelle devoitprendreles remèdes

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