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ORDRE autre mission se fit par des Religieux Provençaux , qui arriveDES CAR

l'an 1244. aux Aigualates à une lieue de Marseille, & fonderent un Monastere dans ce desert: ainsi le nombre de leurs couvens s'augmentant, ils tinrent leur premier chapitre general en Europe l'an 1245. Ce fut dans le couvent d’Aylesford en Angleterre où ils s'assemblerent, & le B. Siineon Stok y fut élû pour successeur d’Alain.

Sous fon generalat, cet Ordre s'étendit beaucoup en Eu. rope. Car voyant l'accueil favorable que l'on faisoit aux Carmes; il en envoya deux à Lyon où le pape Innocent IV. étoit pour

obtenir de la Sainteté des lettres de recommandation à tous les princes Chrétiens , & à la faveur d'un bref

que

le pape leur accorda, les Religieux qui étoient en Chypre, y fonderent plusieurs Monasteres. Ceux de Sicile s'étendirent dans ce royaume, dans la Pouille & dans plusieurs provinces d'Italie. Ceux de Provence se multiplierent dans la province Narbonnoise & l’Aquitaine. Ceux d'Angleterre en Ecosie & en Irlande ; & l'an 1254. saint Louis Roi de France, ayant mené du Mont-Carmel de ses sujets en France, il leur donna l'an 1259. un couvent à Paris, d'où sont sortis ceux de France & d'Allemagne.

Cet Ordre a pris un si grand accroissement dans la fuite, qu'il est presentement composé de trente-huit provinces, outre la congregation de Mantoue , qui a cinquante-quatre cou. vens & un vicaire general , & les congregations des Carmes Dechaussés d'Espagne & d'Italie qui ont des generaux particuliers. Mais il ne faut pas ajoûter foi à ce que disent certains Historiens decer Ordre, que dans ces provinces il y a eu jus. qu'à sept mille cinq cens Monasteres, & plus de cent quatre. vingt mille religieux. Ce nombre est excellif, & il y auroit beaucoup de Monasteres à retrancher, s'ils en avoient donné un catalogue ; puisqu'il y a plusieurs de ces provinces qui n'ont pas plus de dix ou douze couvens, & mêine quelques-uns qui n'en ont que cinq ou fix.

Cer Ordre est gouverné par un general qui est élû tous les fix ans, & qui fait d'ordinaire fa residence à Rome dans le couvent de sainte Marie au-delà du Tibre , appellé communément de la Transpontine , qui lui est immediatement foumis aussi bien que celui de faint Martin des Monts dans la même ville, celui de Paris à la Place Maubert ; & celui du

Mont Olivet proche de Gennes, qui ne relevent d'aucune oRDRE des trente-huit Provinces. - DEs CAR

Le schisme qui divisa l'Eglise au quatorziéme siecle , di *
visa aussi cet Ordre. Il se trouva en même tems deux gene-
raux élûs par deux partis differens qui n'élisoient pas le plus
digne ; mais celui qui soutenoit avec plus de chaleur l'interêt
de celui qu'ils reconnoissoient pour pape. Chacun de ces ge-
neraux donnoient beaucoup de § à ces Religieux tou-
chant les austerités commandées par la regle, & n'osoit les
punir, ni les châtier, de peur qu'ils ne se jettassent dans le
parti qui lui étoit contraire : ce qui fit que le desordre étoit si
grand, qu'on ne reconnoissoit les Carmes que par l'habit,
& non pas par la pratique de leur regle qu'ils n'observoient en
3lllCUIIlC Ima In1erC.

Cela dura jusqu'en l'an 143o. qu'au chapitre general tenu
cette année, l'on traita du moyen de retablir l'Ordre dans
sa premiere perfection , & on jugea que pour le tems present,
il ne falloit pas passer de l'extrémité du desordre à l'obser-
vance primitive. Il fut donc resolu qu'on demanderoit au
pape quelque dispense de la regle touchant le jeûne, l'abs-
tinence de la viande , & la demeure continuelle dans les
cellules. Ce fut Eugene IV. quil'an 1431. mitigea cette regle;
& qui sans parler du jeûne, permit aux Religieux de cet Or-
dre de manger de la viande trois fois la semaine, de se pro-
mener § cloîtres & dans les autres lieux de leur clô-
· ture, aux heures convenables, ausquelles ils ne seroient pas
occupés aux exercices de communauté ou d'obéïssance.
Mais comme le pape n'avoit rien decidé touchant le jeûne,
plusieurs superieurs le faisoient observer aux jours mêmes
ausquels on mangeoit de la viande, ce que d'autres ne fai-
soient pas , c'est pourquoi le pape Pie II. permit en 1459. aux
generaux, d'en user à cet égard, selon † le jugeroient à
propos, ayant égard à la qualité des personnes, des lieux &
des tems.

Lorsque ces Religieux passerent d'Orient en Europe, ils
avoient leurs chappes barrées de blanc & de tanné, d'où on
les appella les Barrés , & de la est venu le nom de la rue des
Barrés à Paris, qui est celle de l'Ave-Maria,où étoit la Croix
des Barrés, & la porte des Barrés. M. Menage dans son dic-
tionaire étymologique de la langue Françoise, dit , que

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Ordre leur couvent étoit hors la porte, où sont à present les CelerDES CAR- tins , qui leur succederent lorsqu'en 1319. ils quitterent ce

lieu pour aller à la place Maubert où ils sont presentement & que lorsqu'ils firent peindre leur cloître dans ce couvent de la place Maubert , ils avoient si fort oublié la premiere figure de leur habit , qu'au tableau qui represente S. Louis les recevant à Paris au port S. Paul , à la sortie du bateau, leurs chappes y sont barrées en pal & non pas en fasce: il ajoûte qu'il doit cette remarque à M. l'abbé Chatelain chanoine de l'Eglise de Paris.

Il est vrai que la plûpart des Carmes n'ont jamais bien sça quelle étoit la veritable forme de leur premier habillement comme on peut voir par

les differentes figures que nous en donnons, qui sont ainsi representées dans plusieurs de leurs couvents; mais je croi que ceux qui ont mis les barres en pal & non pas en fasce , ont mieux rencontré, quoique Monsieur Chatelain ait été de sentiment contraire ; puisque l'abe des Orientaux qui est une espece de manteau ou de chape dont ils se servent en campagne , qui est de poil de chameau, est barré en pal de blanc & de noir. Si on a égard au nom de Carpettes que les Carmes donnoient autrefois à leurs chappes, comme il paroît par une ordonnance d'un Chapitre tenu à Londres l'an 1281. Frater profesjus habeat unam carpitam non de petiis confutam , sed contextam , & habeat feptem radios tantùm , ut fimus uniformes ; il s'ensuivra que ces carpettes étoient barrées en pal; car carpettes en François n'est autre chose qu’une étoffe grofsiere & rayée propre à emballer. La signification latine que lui donne le dictionaire univerfel, c'est pannus groffior á virgatus, & la signification Françoise que le même dictionaire donne au mot de vir . , gatus ; c'est rayé de haut en bas , qui est proprement barre

en pal. Joann.

Mais la pensée de quelques Carmes, touchant l'origin ede

ces barres est assez particuliere. Jean le Gros l'un des gene Joann. de raux de cet Ordre, Jean de Malinis, Jean de Ciminer & Malinis. quelques autres se font imaginés que lorlque le prophete Elie

fut enlevé dans un char de feu, & qu'il jerta son manteau à son Joann. de disciple Elisée, ce manteau , qui selon ces auteurs étoit blanc, ffecul.Ori ayant passé par le feu, les parties exterieures furent noircies, Carmel. & ce qui se trouva dans les replis, conserva la blancheur, &

que

Groff. Virid. Clu

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Specul.hist.

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