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» être arrivé au comble de la perfection ; mais qu'au con

» traire la vie cœnobitique a cet avantage , que la correction
» y étant faite, même par un ennemi, est souvent une occa-
» sion à ceux qui jugent sainement des choses, de desirer le
» remede de leurs maux ; qu'elle est une carriere, oû l'on
» s'applique aux combats spirituels, un chemin facile pour
» s'avancer dans la pieté, un continuel exercice, une perpe-
» tuelle meditation des commandemens de Dieu ; & enfin
» que ce genre de vie est conforme à celui des premiers Chré-
» tiens, qui étoient tous unis ensemble , qui n'avoient rien
» qui ne fût commun entr'eux.
Il est rare de voir presentement des Anachoretes, c'est-à-
dire des personnes, qui, après avoir vécu dans la Commu-
nauté, # retirent dans la § Charlemagne les renvoya
dans leurs monasteres, disant qu'il valloit mieux qu'ils de-
meurassent dans une congregation, que de les abandonner
au mouvement de leur esprit quileur pouvoit suggerer de cou-
rir le pays. On en trouve encore quelques-uns en Orient ;
mais il n'y a gueres que le desert de Vallombreuse qui puisse
roduire un de ces exemples en Occident; l'endroit où saint
Jean Gualbert se retira auparavant que de fonder son Ordre,
étant toujours occupé par un religieux qui garde un silence
perpetuel , ne sortant jamais de ce lieu, & ne communiquant
avec aucun religieux , si ce n'est avec un seul frere convers,
qui lui apporte ses besoins de l'abbaye, chefde cet ordre, qui
en est éloignée d'un demi mille.
Il y avoit autrefois des Reclus qui étoient enfermés très
étroitement. Le Concile in Trullo leur défendit d'embrasser
ce genre de vie, qu'après avoir commencé dans le Monaste-
re à vivreseparés comme des Anachoretes, & après avoir per-
severé dans cet état pendant trois ans, outre une année
d'épreuve qu'ils devoient faire encore hors du Monastere,
après quoi † être enfermés , mais il ne leur étoit
† de sortir du lieu de leur reclusion , à moins que ce
ne fût pour quelque cause qui regardât le bien public , ou
qu'il n'y eût peril de mort pour eux : pour lors ils en pou-
voient sortir avec la benediction de l'Evêque ; & si quelques-
uns de ces reclus en sortoient autrement, le même Concile
ordonna qu'ils seroient enfermés malgré eux, dans le même

ann. 7871

Mabill

1.1.2.6.210

lib.6.c.39.

sicu , & qu'on leurimposeroit des jeûnes & des mortifications. LeConcile de Francfort n'en voulut point souffrir, à moins que les évêques & les abbés ne les renfermassent eux-mêmes.

La coutume étoit autrefois à Vienneen Dauphiné dechoi-can. 12. fir un religieux que l'on croyoit être le plus avancé dans la perfection, & le plus digne d'être exaucé de Dieu; & on le Annal.Berenfermoit dans une cellule , afin qu'il y pallât le reste pag 107. de ses jours dans la contemplation, & qu'il y priật sans celle Bulceau. pour le peuple. C'étoit aufli la pratique de la plûpart des dve de s. Monasteres, non seulement d'hommes, mais encore de filles. Benois , . Il y en avoit , entr'autres, dans le Monaftere de Sainte-Croix de Poitiers ; & Gregoire de Tours a décrit les ceremonies

Greg. Tur, qu'on observoit dans la reclufion de ces Saintes filles.

Vers la fin du neuviéme siecle , Grimiaic prêtre que l'on Bulceau , croit avoir été le même que celui que le pape Formosejugeoit comme ci. digne de l'épiscopar , & qu'il recommanda pour cet effet al, 5.6. so. Foulques archevêque de Reims , afin qu'à la premiere.occa. Gon il employât son credit pour lui procurer cette dignité ; composa une regle pour ces fortes de Reclus.Leurs cellules de voient être proche de l'église de quelque Monastere, & elles pouvoient être accompagnées d'un petit jardin. Ces Reclus demeuroient seuls, ou plusieurs ensemble, dans un même lieu, mais chacun dans une cellule separée, communiquant seulement entr'eux par une fenêtre. Ils vivoient du travail de leurs mains, ou des oblations des fideles ; soit des aumôn aes du monaftere voisin , soit de celles que le peuple leur fai. soit. Parmi ces solitaires, il y en avoit qui étoient clercs, & même prêtres, & que les seculiers alloient voir, pour les con. fulter sur ce qui regardoit leur conscience & leur falut. Les prêtres celebroient la messe dans une petite chapelle qui étoit dans l'enceinte de leur reclusion, & ils avoient encore une fenêtre qui s'ouvroit sur l'église, & par laquelle ils pouvoient assister à l'Office , parler à ceux qui les venoient voir, & entendre les confessions des seculiers , même celles des femmes qui vouloient recevoir leurs avis sur la conduite de leur vie.

Ceux d'entre les Reclus qui étoient Moines de profession portoient le froc; & ceux qui ne l'étoient pas, se couvroient d'une.chappe., qui était un habit commun aux ecclesiastiques & aux religieux. Quelques-uns avoient des disciples qui Tome I.

E

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fanu. Vis,

8 4.170.

étant resté sur un colomne pendant quarante-huit ans ex. Bolland. posé aux ardeurs du soleil, & aux autres incommodités des faisons. La premiere colomne sur laquelle il monta ; n'avoit PP. apud que quatre coudées de haut, à ce que dit Antoine l'un de ses Rosveid, pa disciples , qui a écrit sa vie ; & Theodoret marque qu'elle en avoit fix; mais écant moncé fuccessivement sur des colom. nes de diverses hauteurs; la derniere fur laquelle il étoit lorfqu'il mouruc, vers l'an 460. & selon d'autres , vers l'an 46 3. avoit quarante coudées. On crut que ce genre de vie ne pouvoit être pratiqué par d'autres ; il y eut cependant deux au: Joann. tres Simeons , un Daniel, un Julien & quelques autres, qui Prat.fpirit. terminerent une saince vie dans une penitence pareille à cellec, 28.57. du grand Simeon qu'ils imiterent, étant restés plusieurs and 3 8. nées sur des colomnes, & ayant eu des disciples.

Quant aux Ermites de ce tems, on en voit un très-grand nombre qui ne sont soumis à aucun superieur,& qui ne suivent d'autre regle

' que celle que leur dicte le plus souvent le libertinage. Il est vrai qu'il y en a quelques-uns qui imitent les veritables Solitaires des premiers siecles & qui marchent sur leurs traces; mais ces exemples font rares & on peut coni. parer les autres aux Rhemobotes , aux Sarabaïtes , & aux Girovagues. Il vaut mieux ne les pas comprendre dans l'Ordre Monastique ; puisqu'ils en portent indignement l'habit: fi l'on excepre neanmoins ceux qui font gouvernés par des superieurs, & qui vivent en communauté, ausquels l'on peuç donner le nom de Cænobites, comme à ces anciens Soli. taires conventuels , qui n'avoient point d'autre regle que la fage conduite de leurs abbés.

il est vrai que ce sentiment n'est pas universellement reça: Ceux qui le coinbartent;precendent que pour être Cænobite, il ne suffit pas de vivre en commun , mais qu'il faut áulli que ce soit sous l'autorité d'une regle. C'eft l'interpretation qu'ils ont donnée à cet endroit de la regle de saint Benoît , où il est parlé des Cænobites : Monachorum primum genus Cænobita-cap. Io. ** rum hoc est monafteriale militans sub regula vel abbate ; preten...14 dant qu'il faut prendre la particule disjonctive pour conjoncive. Les autres qui ont interpreté la regle du même Saint, ont expliqué plus naturellement cet endroit ; & prenant la particule en question pour disjonctive,oư alternative, ont dit: que les Cænobites sont ceux qui vivent sous une regle , ou

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