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num Hom. 24.

distingué des autres, des exercices regles & uniformes, des écoles, des colonies;& c'est ce qu'on ne trouve point qu'après faint Antoine.

Il est aisé de répondre à cela , en disant que durant les trois premiers siécles de l'église il n'y a point eu d'autres re. gles monastiques que les conseils évangeliques ; qu'il s'est pu trouver des communautés ; comme nous avons montré dans le Paragraphe III. qui n'étoient que de cinq , de six , ou de dix au plus comme À.deTillemont en demeure d'accord.Les persecutions ne permetcoient pas qu'elles fussent plus nombreuses. L'habic que saint Palemon donna à faint Pachome, temoigne aflez qu'il y avoir un habit particulier pour les Moines. Celui qu'il portoit lui - même, lui avoit été donné sans doute par ceux qui l'avoient instruit dans les pratiques de la vie solitaire , & ayant été instruit dans ces pratiques , c'est

une preuve que ces solitudes étoient des écoles où l'on apOrig. in prenoit la piecé en même tems qu'on la pratiquoit. Origene

ayant mené la vie des Ascetes , l'a marquee comme un état distingué entre les Chrétiens , lorsqu'il dit qu'ils sont attachés uniquement au service de Dieu , degages des affaires temporelles , combattans pour les foibles par la priere, le jeûne , la justice , la pieré , la douceur, la chasteté , & par toutes les vertus , ensorte que les foibles inêmes profitent de leurs travaux. On trouve aussi dans ces Alcetes ou Solitaires des exemples de ces colonies que le P. Thomallin demande , puisqu'ils étoient répandus par toute la terre. Leurs exercices sont assez connus, ils étoient regles & uniformes , ils vivoient par cour dans une grande retraite , ils gardoient tous la continence ; & la vie de ceux qui gar

doient ainsi la continence , eft appellée vie monastique ou Strom. liv. solitaire par Clement d'Alexandrie , comme nous avons dit 3.07.pagailleurs. Ils renonçoient aussi à tous les biens de la terre

pour embrasser la pauvreté ; ils châtioient leurs corps, & le reduisoient en servitude , pour pratiquer le conseil de l'Apôtre. Tels étoient donc les Moines des trois premiers siécles.

Mais pourquoi le P. Thomassin exige-t-il des Moines des trois premiers fiecles des regles écrites, puisqu'il n'en demande point à ceux du quatriéme ? car en parlant des regles écrites & non écrites que distingue Saint Gregoire de

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Thom.

I.

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Nazianze, & qu'il dit que saint Basile donna à ses religieux ,
il ajoûte encore qu'on pourroit bien penser que les monas-
ceres d’Egypte & de la Palestine, avant S. Bafile, n'avoient as
que des regles données de vive voix, écrites sur les ta-
bles immortelles des cœurs, & dans les mæurs & coûtu- « Discil. Ec.
mes de saints religieux. Disons donc ( conținue cet Au-cc. i.
teur ) que lorsque les congregations n'avoient point d'au. c num.'s!
tre regle que l'évangile , elles étoient parfaitement sou- «
mises aux évêques par la divine autorité de cette regle ,
puisque les évêques sont les successeurs des apôtres.
Cela étant, il n'y a donc point d'inconvenient de dire que
les Moines des trois premiers fiecles ont pû vivre sous la re-
gle de l'évangile ; puisque , selon le pere Thomassin , ceux du
quatriéme siecle n'ont point eu de regle écrite avant saint
Basile.

Il reconnoît qu'il y a eu de veritables religieuses dès
le commencement de l'église ; pourquoi ne dirons-nous pas
qu'il y a eu de veritables religieux ? & l'on doit enten-
dre qu'il y a eu de veritables religieuses , lorsqu'il dit as
qu'il faut ingenuement avouer que la profession des veu. «
ves & des vierges est beaucoup plus ancienne que celle co
des Moines ; car en comparant la profession des veuves
& des vierges des premiers siecles , à celle qu'ont fait les
Moines , c'est les reconnoître pour religieuses ou monia-
les ; puisqu'elles avoient deslors les mêmes engagemens que
les Moines n'ont eu , selon lui, que dans la suite. Et après
avoit rapporcé l'occupation de ces veuves & de ces vierges, il chap. sc.
ajoûte ; »ce silence , cette retraite , ces mortifications, an.8
cette application continuelle à la priere & à la lecture des as
saintes lettres, nous obligent de croire qu'avant qu'il y a
eût des monasteres distingués des maisons communes,

il y avoit autant de veritables monasteres qu'il y avoit de co maisons communes , où ces vierges saintes habitoient au « milieu des villes & de Rome même ; & il cite ce que dit co saint Jerôme écrivant à Marcelle, en lui faisant l'eloge de sainte Afelle : Vt in Urbe turbida inveniret Eremum Mona.. HierEp. ad chorum.

Land.Afel, Il paroît par-là que selon le P. Thomassin les maisons où demeuroient ces vierges & ces veuves; non seulement des trois premiers siecles de l'église , mais encore du quatrième,

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Ibid.

Marcell.de

!

Pallad

tomme ci-desus

étoient comme de veritables monasteres , quoiqu'elles für.
sent des maisons communes & ordinaires ; pourquoi donc ne
veut-il pas qu'il y ait eu aussi dès ce tems là des Moines qui
demeuroient dans des maisons communes & ordinaires, com-
me dans de veritables monasteres ? Mais nous ne demeurons
pas d'accord avec le P. Thomassin, que sainte Alelle , & quel-
ques autres veuves & vierges qui étoient sous la conduite de
saint Jerome,ne vivoient pasdans des monafteres distingués
des maisons communes , & nous sommes obligés de croi.

re Pallade qui se connoissoit parfaitement bien en veri. Hist. Lau. tables monasteres , & qui nous assure qu'étant à Rome Cap. 133. il avoit veu sainte Aselle qui avoit vieillie dans un mo

naltere.

Се que nous avons dit , que le pere Thomallin reconnoît pour de veritables religieuses les veuves & les vierges des premiers siecles qui étoient consacrées à Dieu, est confirme par

» ce qu'il ajoûte dans la suite. » Il y avoit , dit il, deux lorThom.

» tes de filles religieuses : les unes s'étoient consacrées à

» Dieu , en prenant l’habit brun & modeste qui distinguoit 2.9.6 11. » les vierges religieules des autres

religieules des autres , & c'étoit la marque de » leur profession. Les autres avoient reçu de la main de l'é

vêque un voile de consecration au jour de quelque fête » solemnelle, en présence de tout le peuple , pendant qu'on » celebroit lé facrifice ....... Ces filles prenoient elles » mêmes, ou recevoient des mains de leurs parens ces ha. » bits vils & modestes qui étoient des marques publiques » de leur profession; mais il y en avoit d'autres qui rece.

» voient de l'évêque le voile d'une confecration plus lainHieron. » te & plus auguste. Telle fut Demetriade à qui faint Jerô. ad Deme- „ me écrit en ces termes : Scio quod ad imprecationem Ponferv. virgi-» tificis , flammeum virginale fanétum operuit caput. Telle

„ fut aussi celle , dont il parle en un autre endroit ? Pof

Apoftoli Petri Bafilicam , in qua Christi flammeo conse.
Sabinig. » crata eft &c. Ce n'est pas que le voile des autres vierges

'» religieuses ( continue ce sçavant écrivain ) ne fût faint,
» & ne fit connoître le væu qu'elles avoient fait de leur

virginité ; car Tertullien le fait allez connoître , quand il
de Virginia
bus velan- » dit que ceux qui dévoilent ces filles , sont des lacrileges:

» O sacrilegæ manus quæ dicatum Deo habitum detrahere po.
3 tucrunt.

ز

nitare.

Idem ad

num.

Tertul.

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dis,

On ne peut donc pas dire que le pere Thomaslin , parlant des veuves & des vierges consacrées à Dieu , n'a reconnu pour veritables religieuses que celles du quatrieme siecle ; puisque Tertullien, qu'il cite pour prouver ce qu'il avance , vivoit dans le deuxième & le troisième siecle. Et fi le pere Thomaslin pretend que les monasteres regles & parfaits des Religieuses n'ont commencé qu'après l'Empire de Constantin ; pourquoi veut-il que pour admettre des Moines dans les trois premiers siecles, l'on justifie que dès ce tems-là il y a eu des monasteres aussi parfaits & aussi reglés qu'au tems de saint Antoine, de saint Pachome & de laint Basile ?

Enfin s'il ne veut point reconnoître de Moines avant le quatriéme siecle ; pourquoi dit il que saint Denys, qu'il qualifie de sçavant theologien , faisant la description de la conse. cration d'un Moine , n'a pas oublié la ceremonie mysterieuse de lui faire quitter l'habit , aussi bien que la vie & l'esprit du Siecle, & de le revêtir de l'habit de religion, pour lui apprendre à mener une vie nouvelle ? car en donnant la qualité de saint & de sçavant theologien à l'auteur de la hierarchie ecclefiastique, il a prétendu sans doute parler de S. Denys l’A. reopagite, suivant l'opinion la plus commune ; & s'il avoit suivi le sentiinent de quelques Içavans qui prétendent que l'auteur de ce livre&des autres ouvrages attribués à saint Denys , vivoit dans le cinquiéme siecle, & que selon quelquesuns , c'étoit un arcificieux , un fourbe, un menteur &un hereci que; il ne lui auroit point donné la qualité de saint. C'est mont Mem. donc de saint Denys l'Areopagite dont il avoit voulu

par

pour l'Hift. ler ; & par consequent , selon lui, il y avoit des Moines dès le

2.pag. 37 premier siecle de l'église. Je ne trouve donc rien qui nous puisse empêcher de croi

dit Anastase le Bibliothequaire , & les autres qui ont écrit les vies des papes : que faint Thelesphore & saint Denys,

comme nous avons dit dans le Paragraphe II I. avoient été Moines ou Anachoreres ; & je ne fais point difficulté de reconnoître pour cels les autres dont nous avons parlé au même Paragraphe ; aussi bien qu'un grand nombre de saints qui ont vécu pendant les trois premiers siecles, dont il est fait mention dans les Menologes des Grecs , qui ne peuyent pas s'être trompésen toutes choses. Les Arsinoïtes, donc

De Tille.

Ecclef. tom.

rece que

S. Denys d'Alexandrie parle avec éloge , peuvent avoir été Bolland, aussi des Solitaires, comme quelques-uns ont cru ; puisque les AH. Ss. in noms de Therapeutes , d’Asceres, d'Anachoretes, de Moi. 19. Sant. nes, de Solitaires, de Religieux & d'Ermites, ont été don

nés indifferemment à ceux qui ont fait profession de la vie Monastique.

Que si faint Paul a merité d'être appellé le premier des Er. mites, c'est un nom qui lui a été donné par excellence, pour avoir été le plus celebre dans cette profession. C'est pourquoi ceux qui choisirent le même genre de vie, le regarderent comme leur chef; érant bien juste qu'ils prislent pour modele un homme, qui avoit mené sur la terre une vie toute angeli. que pendant quatre-vingt-dix ans, sans avoir eu communication avec aucun homme ; sinon avec saint Antoine , à qui Dieu le fit connoître , pour apprendre par lui-même sa vie admirable , & donner la sepulture à son

corps.

P A R A G R A PHE V.

D feres

Differentes especes de Moines ; ce que c'est que les Cænobites,

es les avantages qu'ils ont pardesus les autres.
E ce grand nombre de Solitaires qui ont peuplé les De-

il s'en est formé deux especes de Moines, dont ceux qui ont vécu en commun ont été appellés Cænobites; & ceux qui se sont retirés dans une solitude plus étroite, après avoir vécu long.tems en communauté , & y avoir appris à vaincre leurs passions, retinrent le nom d'Anachoretes.

Mais pendant qu'ils édifioient toute l'église par la ferveur avec laquelle ils marchoient dans la voie de perfection, il se forma aussi une troisiéme espece de Moines, qui portoient injustement ce nom qu'ils avoient usurpé, faisant profession en apparence de la vie Religieuse. Ils demeuroient deux ou trois ensemble , vivant à leur fantaisie ; allant de ville en ville & par les bourgades. Ils affectoient de porter des manches fort amples , des souliers larges, & un habit grossier. Ils avoient souvent differend ensemble sur l'observance de leurs jeu. nes. Ils médisoient des écclesiastiques , & les jours de fêtes ils faisoient bonne chere, jusques à rejecter les viandes & le vin qu'ils avoient pris avec excés. C'est la description qu'en

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