Page images
PDF
EPUB
[ocr errors]

A cela le P. Montfaucon répond que les Chrétiens judaï. fans, tels que ceux dont parle Philon, étoient regardés com. me Juifs : qu'ils palloient pour tels : que non seulement ils se regardoient, comme Juifs , mais qu'ils se glorifioient de ce nom:& que l'an 68. de Jesus-Christ,c'est-à-dire,plus de vingt ans après que faint Marceur écrit son évangile, le Christianitme étoit beaucoup répandu par tout le monde , & que les progrès ne pouvoient pas être inconnusà Philon. Après avoir examiné de nouveau toutes leurs observances, il n'y trouve rien d'opposé au Christianisme ; & enfin dans la même réponse il semble convenir que les Therapeutes étoient moines ; car il dit qu'il n'a pas pris ce mot de moine dans sa signification generale. qui est solitaire : qu'en ce sens là, non leu. lement les Therapeutes qui demeuroient au mont de Nitrie; mais aussi toutes sortes de gens qui vivoient dans la retraite, devoient être appellés moines : que la question étoit , file termede moines étoiç-déja consacré du tems de Philon pour signifier les solicaires Chrétiens , & fi l'institut des solitaires Therapeutes étoit de la même façon qu'il fut depuis établi lorsqu'on leur donna le nom de moines: qu'il ne s'agit que de cela : que si l'on n'en veut pas convenir, ce ne sera plus qu'une question de nom.

M. B***, dans sa replique à ce sçavant Benedidin , per: liftant dans son sentiment que les Therapeutes étoient Juifs, ajoûte pour en convaincre , de nouvelles raisons à celles qu'il avoit avancées dans la lettre ; & pour ce qui regarde leur profession monastique, il dit au pere de Montfaucon qu'il ne s'agit pas d'une pure question de nom : qu'il n'a jamais en. tendu disputer sur celui qu'on a donné aux premiers fondateurs de la vie monastique : qu'il a seulement soutenu

que cette profession n'étoit pas encore connue du tems de Philon; & pour preuves il en apporte des témoignages précis,à ce qu'il prétend , des Peres de l'église, & ausquels il croit qu'on ne peut répondre. Il lui repete en plusieurs endroits ce qu'il avoit deja dit dans la premiere lettre; que si les Therapeuces ont été Chrétiens, ils ont été de vrais moines.

Mais comme dans cette même lettre il avoit dit , pag. 21. que ces femmes que les Therapeutes admettoient dans leurs assemblées ne doivent pas être une raison pour empê. cher le P. de Montfaucon de les reconnoître pour moines :

[ocr errors]
[ocr errors]

qu'il lui avoit même apporcé l'exemple de saint Pierre & des Apôtres qui menoient des femmes avec eux sans qu'on en fût scandalisé : qu'il en pouvoit être de même des moines de ce tems-là, supposé, dit-il, qu'il y en eût, & que cette circonstance seule ne l'empêcheroit pas de croire que les Therapeutes ne fussent de veritables moines ; coniment pouvoir accorder cela , & ce qu'il dit en plusieurs endroits, que si les Therapeutes ont été Chrétiens, ils ont été de vrais inoines; avec ce que l'on lit à la pag. 274. de fa replique , que le commerce de ces Therapeutes avec les femmes, les danses dontils entrelassoient leurs prieres, leur jeưue le jour du Dimanche, sont des choses fi contraires à la discipline monastique, & mê. me chrétienne de tous les tems, qu'il admire comment cette prétendue ressemblance a pu tromper personne ?

Si M. B*** avoir prouvé que les observations judaïques avoient toûjours été incompatibles avec le Christianisme, & qu'elles n'avoient jamais été tolerés dans l'église d'Alexandrie, je pourrois me rendre à ses raisons , & en regardant comme Juifs les Therapeutes,je ne rapporterois pas à ces sofitaires, l'origine & l'institution de la vie monastique ; mais lorsqu'Eufebe , saint Jerôme & un grand nombre d'autres Peres de l'église , & d'illustres écrivains, tant anciens que modernes, ont regardé les Therapeutes comme Chréciens, quoique persuadez qu'ils avoient des observances judaïques, & que la plâpart les ont reconnus pour les instituteurs de la vie monastique; je n'ai garde de m'éloigner de leur sentiment. M. B*** ne peut pas nier que l'église d'Alexandrie n’ait retenu beaucoup d'observances judaïques qui pouvoient s'accorder avec le Christianisme. Celles que pratiquoient les The. rapeutes, & dont Philon a fait la description; n'ont pas empêché saint Jerôme de les reconnoître pour Chrétiens, & de dire que cet historien Júif, n'avoit fait l'éloge des premiers Chrétiens de l'église d'Alexandrie qui judaisoit encore, que pour relever la gloire de la nation. Philo difertilimus Judæo- Hier. de rum , videns Alexandriæ primam ecclesiam adhuc judaisantemum in Ecquasi in laudem gentis fue , librum fuper eorum conversatione scripsit: M. Tillemont avoue que cette église étant composée principalement de Juifs,retenoit encore beaucoup d'ob- pour l'hift

Ecclefiaft. servations judaïques, & qu'on peut assurer que Philon n'at. : cribue rien aux Therapeutes, qui ne s'accordât avec le Page 102.

Mem.

Tome 1.

Judaïsme, & par consequent avec le Christianisme ; ces deux religions étant alors presque les inêmes en ce qui regardoic l'exterieur.

Nous voyons encore aujourd'hui des vestiges de ces observations judaïques parmi les Copres ou Chrétiens d'Egypte qui composent l'église d’Alexandrie, & qui ont retenu jusques à present la Circoncision , de même que les Ethiopiens ou Abyssins à quiils ont comuniqué leurs observances en les éclairant de la lumiere de la foi ; puisque c'est par le moyen des Egyptiens que les Abyssins ont été instruits des verités Chrétiennes, & que depuis ce tems-là le patriarche d’Alexandrie est reconnu pour chef de l'église d'Ethiopie ; prin. cipalement depuis que ces deux nations se sont soustraites de l'obeissance qu'elles devoient au souverain chef de l'église universelle. Mais les uns & les autres ne regardent pas

la circoncision comme un precepte de religion , ils ne la font pas le huitiéme jour comme les Juifs ; & même ils ne sont pas tous circoncis, ne pouvant recevoir la circoncision après le baptême.

Il y a quelques sçavans écrivains qui croyent que les Therapeutes formoient veritablement une seštę juive qui em. brassa le Christianisme après la predication de saint Marc dans l'Egypte. M. Baillet qui est de ce nombre , dit dans la vie dece saint, qu'on peut supposer qu'ils eurent beaucoup moins dechemin à faire que les autres pour parvenir à la ve. ritable religion, & qu'ayant trouvé dans la doctrine de faint Marc,& dans sa conduite, un modele de perfe&ion beaucoup plus achevé que celui qu'ils suivoient ; ils n'eurent aucune

peine à l'embrasser. C'est, ajoute-t'il , tout ce qu'ona lieu Vier desss. de croire de gens qui fuyoient lavanité & l'orgueil comme la 35.Aurile source des vices, qui pratiquoient la continence, qui aimoient

la retraite, le silence, la priere,la meditacion, l'étude des li. vres saints, qui jeûnoient austerement, qui érojent unis par

le lien de la charice, & qui avoient une grande conformité Hift.Ec

avec les premiers Chrétiens de Jerusalem. M. l'abbé Fleuriest olel

. Tom. de même sentiment , & dir que saint Marc assembla à Ale1.pag.174. xandrie unę nombreuse église , dont il est à croire que les

Juifs firent d'abord la meilleure partie, principalement les
Therapeutes.
S'il est yrai que Philon ait écrit son livre de la vie con.

templative

templative,après que saint Marc eut établi l'église d'Alexan. drie , & qu'il y avoit' auparavant une secte de Juifs sous le nom de Therapeutes , qui embrassa le Christianisme , & fuc du nombre de ceux qui composerent l'église d'Alexandrie, Philon auroit pu faire l'éloge de ces Therapeutes , quoique Chrétiens, les croyant toûjours Juits ; puisqu'ils n'abandonnerent point les observances judaïques, & que celles qu'ils pratiquoient n'avoient rien d'incompatible avec le Christianisme: & ainfi il n'y auroit plus lieu de s'étonner comment les Therapeutes pouvoient être répandus en tant d'endroits parmi les Grecs & les Barbares du tems de saint Marc ; puisqu'il y en pouvoit avoir en plusieurs endroits avant que ce Saint eût formé l'église d'Alexandrie , & que ceux qui demeuroient aux environs de cette ville eussent embradé le Christianisme.

Mais c'est de quoi M. B *** ne demeurera pas non plus d'accord , puisqu'il ne peut croire qu'ils fussent Chrétiens & qu'ils pratiquassent des observations judaïques. En ne les reconnoissant point Chrétiens, il prétend avoir de son côté le plus grand nombre de sçavans du premier ordre qui ont été de même sentiment. Ces sçavans sont, Joseph Scaliger, Blondel, Saumaise, Grotius, Henri de Valois, Etienne le Moine, Cotelier, le P. Pagi , & M. Basnage, parmi lefquels il ne se trouve que trois Catholiques; les autres étant Protestans, qui apparemment n'ont pas voulu reconnoître les Therapeutes pour Chrétiens , afin de ne pas accorder à l'état Monastique une aussi grande antiquité que celle qui lui est dûe. Mais à cenombre de sçavans, on peut en opposer d'autres aussi du premier ordre qui ont été de sentiment contraire ; & je ne crois pas que M. B*** refuse la qualité de sçavans du premier ordre aux cardinaux Bellarmin & Baronius, à M. Godeau Evêque de Vence , au P. Papebroch, à M. de Tillemont dont l'autorité seule, comme il dit à la pag. 295. de sa replique , en vaut plufieurs , & enfin au P.de Montfaucon.On peut leur opposer ausli un sçavant du premier ordre parmi les Protestans, c'est Isaac Vossius ; auquel on peut joindre d'autres sçavans du moïen ordre qui ont été auffi Protestans, comme Thomas Bruno, qui a fait un traité particulier pour prouver que les Therapeutes étoient Chrétiens; Bevereggius, & M. Macken fie, qui dans sa défense de l'ancienne monarchie d'Ecolse Tome I

B

regarde les Therapeutes non seulement comme Chrétiens, mais encore comme les premiers Anachoretes. Nous ne parlerons point de tous les autres écrivains Catholiques, aufli du moyen ordre, qui ont été de même sentiment, parce qu'ils sont en trop grand nombre. Mais l'authorité d’Eusebe, de saint Jerôme, de Sozomene, de Callien, de plusieurs PP. de l'église , & de sçavans écrivains des premiers siecles, doit l'emporter sur tous ces témoignages; & ainsi nous ne croyons pas pouvoir nous tromper , fi, en suivant le sentiment de ceux qui ont reconnu seulement pour Chréciens les Therapeutes, & de ceux qui, en les reconnoissant pour Chrétiens , les ont aussi regardés comme les instituteurs de la vie monastique, nous faisons remonter jusques à eux son origine & son insti. turion.

[ocr errors]

par une

PA RA G R A P H E I I. Qu'il y a toujours eu une succession de Moines et de Solitaires

depuis les Therapeutes jusques à Saint Antoine. L I

y en a qui prétendent qu'il n'y a point eu de succession de moines & de solitaires depuis les Therapeutes, jusques . au tems que l'église jouissant d'une parfaite liberté, l'on vit les monasteres se multiplier, & les deserts habités multitude innombrable de solitaires , sous la conduite de saint Antoine , de faint Pachome & de leurs disciples. Je ne prétens point prouver cette succession sans interruption par les actes de plusieurs saints, qu'on a prétendu avoir vécu encommunauté pendant les trois premiers siecles de l'église ; non plus que par le livre de la Hierarchie Ecclesiastique attribué à faint Denys l'Areopagite, dont l'auteur, aussi bien que tous ces Saints desquels il est fait mention dans les Menologes des Grecs, sont reconnus par de sçavans critiques pour ne point appartenir à ces trois premiers siecles. Leur sentiment est néanmoins combattu par d'autres sçavans. Toutes les apolo. gies qui ont écé faites en faveur des ouvrages attribués à faint Denys l'Areopagite, sur lesquels Dom David Religieux Benedi&in de la Congregation de saint Maur, donna encore une Dissertation en 1702. & le problême proposé aux sçavans & imprimé en 1708. touchant les mêmes ouvrages,font

« PreviousContinue »