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maître de France donc il ne fait aucune mention , voulant au CHEVAcontraire lqu'après la mort du grand-maître Jeannot de Caf-LIERS DR tillon & de ses successeurs, ou sur leur demiffion volontai-L'ORDRE

DE S. LA. re, les Chevaliers procedaflent à l'éleđion d'un autre grand-zare. maître en tel lieu que bon leur sembleroit. Jeannot de Caftillon ne se pretendoit pas seulement grand-maître de l'Ordre de saint Lazare en Italie , mais il le disoit grand-maître de cet Ordre par tout le monde. C'est ce qu'on lit à la fin des privileges de cer Ordre qui furent imprimés à Rome l'an 1566. chez Antoine Blade, imprimeur de la chambre apostolique, où il y a : Aufpiciis Illustrissimi & Reverendisfimi Jeannotti Castillionei Mediolanensis, Religionis & Militiæ sancti Lazari Hierofolymitani per totum Orbem Generalis Asagiftri , Vincentius Merenda in lucem edidit. Ainsi il est plus vrai de dire que ce Jeannot de Castillou qui étoit commandeur de l'hôpital de Capoue, avoit usurpé le titre de grandmaître , qui n'appartenoit qu'au commandeur de la maison de Boigni en France, dont François Salviati étoit pour lors pourvů, cette commanderie étant annexée à la dignité de aband-maître.

Mais il n'étoit pas le premier qui avoir usurpé ce titre. Il y avoit eu avant lui Mutio de Azzia , qui se disoit aussi grandmaître general de l'hôpital de faint Lazare de Jerusalein, comme il paroît par une autre bulle du même Pie IV. de l'an 1561. où ce pontife lui donne ce titre : Dile&to Filio Mu- Privileg: tio de Azzia Magistro Generali Hospitalis sancti Lazari Hierofolymitani Ordinis fanéti Augustini. L'on trouve encore en 28, 1539. un Pyrrhus-Louis Caraffa , qui prenoit le titre de maî. tre ou commandeur general de saint Lazare de Jerusalem, dans l'une & l'autre Sicile deçà & delà le Phar, ce qui fait voir que ceux-là se sont trompés, qui ont écrit que Pie IV. avoit rétabli l'Ordre de saint Lazare, qui avoir été supprimé par Innocent VIII. & qu'il en avoit accordé la grandemaîtrise à Jeannot de Castillon par sa bulle de l'an 1565. puisqu'outre les grands maîtres Caraffa & d’Azzia qui avoient precedé de Castillon, celui - ci étoit déja grand - maître lorsque Pie IV. lui accorda cette bulle si ample & si favorable à cet Ordre l'an 1565. pour s'en convaincre il n'y a qu'à lire cette bulle , où parlant de Jeannot de Castillon, il dit : Nos igitur volentes dile£tum Filium Jeannottum Castillioneum mo

Ord. S.La. zari, pag.

CHEVA-dernum hospitalis & militiæ pradiétum magnum magiftrum ; LIERS De ejusque successores magnos ipsius hospitalis magistros pro temL'ORDRE

pore existentes, ac hospitale & militiam hujusmodi corumque cona DE S. LA

ventum etiam amplioribus quam quifpiani noftrorum prædecefZARE.

forum prædi&torum eos profequuti fuerint , favoribus è gratiis prosequi. Cet hôpital & couvent dont parle ce pape , étoit l'hôpital & couvent de faint Lazare de Jerusalem qui étoit chef de l'Ordre avant que les chevaliers eussent été obligés d'abandonner la Terre-Sainte , & ce n'est point ce pape qui transfera ce chef d'Ordre à l'hôpital de Capoue comme ont écrit plusieurs auteurs. Voici comme ce pontife s'en explique dans la même bulle : Motu proprio non ad Jeannotti aut priorum , præceptorum , militum , fratrum vel perfonarum seu aliorum , pro eis nobis super hoc oblatæ petitio. nis inftantiam , fed mera liberalitate, & ex certa fcientia noftra , ac de Apoftolica poteftatis plenitudine , inftitutionem como ere&tionem hospitalis ex militiæ hujusmodi , ejusque translationem olim ad præceptoriam , vel domum Capuanam prædictam faftam . approbamus , confirmamus.

C'étoit le pape Leon X. qui avoit reconnu l'hôpital de Can poue pour chef de l'Ordre ; puisqu'à la priere de l'empereur Charles V. il avoit rendu à l'Ordre de saint Lazare les hô. pitaux de saint Jean de Palerme & de sainte Agache de Messine, & les avoit soumis, comme au chef, au commandeur de l'hôpital de Capoue, à qui il donne le cifre de grand-maitre, comme il est encore marqué dans la bulle de Pie IV. II paroît donc par cette bulle , que ce fut Leon X. qui retablit l'Ordre de saint Lazare , & que Pie IV. le remit dans tous ses droits , & lui accorda de nouveaux privileges.

Pie V. par une autre bulle de l'an 1567. revoqua quelquesuns des privileges que son predeceffeur avoit accordés, &en modera quelques autres. Mais après la mort de Jeannot de Castillon qui arriva à Verceil l'an 1172. Gregoire XIII. unit l'Ordre de saint Lazare à celui de saint Maurice & en accorda la grande maîtrise d Emmanuel Philibert duc de Savoye, sous pretexte que cette grande maîtrise éroit vacante : ac preterea cernentes militiam hospitalis S.Lazari Hierofolymitani sub regula fanéti Augustini jampridem magiftri regimine deftitutam. C'est ainsi que le pape parle dans la bulle d'union de ces deux Ordres. Cependant François Salviati étoit grand-maître en dire que le CHIVA

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France de l'Ordre de saint Lazare ; ainsi l'on peut
pape ne fit cette union que sur un faux exposé : en effet le LIERS DE
grand-maître Salviati fit des protestations & des oppositions L'ORDRE
a la qualité que le duc de Savoye prenoit de grand-maître de DE S. LA-
l'Ordre de saint Lazare,& aux bulles du pape Gregoire XIII. ZARE.
il fit assembler un chapitre general à Boigni l'an 1578. & les
chevaliers de France le maintinrent toujours dans la possession
des commanderies qu'ils avoient en ce royaume. Après la
mort de ce grand-maître le roi Henri III. donna la grande.
maîtrise à Aimar de Chattes. Jean de Gayan lui fucceda,& sur
la démission volontaire qu'il donna de cerce charge à Henri
IV.l'an 1604. ce prince en pourvật Philbert de Nerestang
qui fut aussi premier grand-maître de l'Ordre de Notre-Dame
de Mont-Carmel, auquel l'Ordre de S. Lazare fut aussi uni en
France, comme nous dirons dans la suite de cette histoire.

Cette succession de grands-maîtres de l'Ordre de S. Lazare
en France depuis que le pape Innocent VIII. fupprima cet Or-
dre en Italie l'an 1490. fait voir que c'est à tort que le pere Bo-
nanni de la compagnie de Jesus dans son catalogue des Ordres
Militaires qu'il donna au public l'an 1712. dit, qu'après la sup-
pression de cet Ordre, la memnoire fut obfcurcie peu à peu en
France fic paulatim ejus fodalitii memoria tum apud Gallos , tum
apud Italos eft obfcurata ; puisqu'il a toujours fubfifté en Fran-

où il n'a rien diminué de son ancienne splendeur , qui bien
loin de s'obscurcir a même augmenté.
Ces chevaliers faisoient autrefois des væux folemnels. Il

у
avoit même des Religieuses de cet Ordre, &il en reste encore
un Monastere en Suisse. Le P.Bonanni a donné l'habillement
d'un de ces chevaliers, tel que nous l'avons fait graver; mais
cet habillement est supposé, & n'a été deffiné apparemment :
que sur une simple idée. Les chevaliers de S.Lazare n'ont com-,
mencé à porter la croix à huit pointes qu'à la fin du quinziéme
siecle ou au commencement du seiziéme , & cette croix a cou-
jours été verte, à la difference de celle des chevaliers de S. Jean
de Jerusalem qui est blanche. Le plus ancien monument qui
puisse faire connoître quel étoit le veritable habillement de
ces anciens chevaliers, se trouve dans la commanderie de Gra.
temont , où au pied d'une image de saint Antoine en relief,
posée sur une espece de colomne, l'on voit cinq chevaliers de
Taint Lazare à genoux, armes de cuirasse, & un chapelain du

ce,

L'ORDRE

ZARE.

CHEVA-même Ordre, aïant tous un manteau long, sur lequel il y a une LIERS DE croix simple , seulement un peu patée aux extremités. Celle

qu'ils ont sur la poitrine est neanmoins differente en ce qu'elle est un peu plus longue par le pied qui se termine en pointe. L'on y lit que ce fut Pierre Potier commandeur de cet Ordre qui fit faire cette image, & comme elle a quelque chose de singulier, c'est peut-être ce qui a obligé des curieux de la faire graver ; car S. Antoine eri au milieu des Aammes, aïant à ses pieds plusieurs pourceaux dans le même feu, qui font des sauts en l'air; & ce Saint n'a point un tau sur son habit comme les peintres le representent ordinairement, mais au lieu du tau on lui a mis une couronne. J'ai vû deux differentes estampes de cette image, & une autre où est gravé le tombeau de ce F. Pierre Potier avec son épitaphe qui fait voir que cette image a pû être faite vers le milieu du quinziéme siecle ; puisque ce commandeur mourut l'an 14 50. voici certe épitaphe:

Ci-devant ce grand autelgit noble hon:me &religieuse personne F. Pierre Potier dit Conflans , frere prêtre en l'Ordre & chevalerie faint Ladre de Jerusalem,commandeur de ceans & de la Lande Daron , en son vivant vicquaire general de noble & puissant Seie gneur F. G. Desmares chevalier grand-maitre general de toute la susdite Ordre & chevalerie deça & de la mer, commandeur de la maison conventuclle de Boigni

près Orleans, qui trepassa l'an mil quatre cent I.

Il y a bien de l'apparence que ce ne fut qu'à la fin de ce siecle ou au commencement du seiziéme siécle, après que Leon X. eût rétabli l'Ordre de saint Lazare en Italie, que les Chevaliers de cetOrdre prirent la croix à huit pointes comme la portoient les Chevaliers de Malte ; car dans les privileges de l'Ordre de saint Lazare imprimés à Rome,comme nous avons dit,en 1566 il y a une vignette, où l'on voit plusieurs Chevaliers aïant tous la barbe longue & recevant la croix de l'Ordre avec une épée des mains d'un pape, (peut-être a-t-on voulu representer Leon X. qui rétablit cet Ordre , ) & ces Chevaliers ont une robe noire à grandes manches avec la croix à huic pointes sur la poitrine. Il y a aulli à la bibliotheque du roi une estampe de l'an 1525. qui represente les differens Ordres qui suivent la reglede saint Augustin, où l'on trouve un Chevalier de saint Lazare avec une pareillerobe ; c'est pourquoi nous avons fait graver cet habillement & celui que portoient les mêmes Chevaliers:

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