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Reli- mis, & l'usage en écoic defendu aux autres jours de jeûne.
GIEUSES DE Elles sortoient du Monastere pour aller voir leurs parens ma-
Ş. Basile. lades. Les femmes ponvoient entrer chez elles; mais pour les

hommes, elles recevoient leurs visites à la porte & devoient
être accompagnées de quelques anciennes. Tous les moisel.
les pouvoient prendre le bain, & les malades toutes les fois
que le medecin l'ordonnoit. Ce medecin devoit être Eunu-
que ou vieux. Comme le Monastere avoit peu d'étendue , leur
sepulture étoit dans un autre nommé Cellarée, que l'Impe.
ratrice avoit obtenu du Patriarche, & dans lequel elle mic
quatre Religieuses du Monastere de la sainte ViergePleine-de-
Grace avec un Prêtre seculier pour y faire l'Office; on y trans-
portoit la défunte, & il y avoit au Convoi lenombre de Re-
ligieuses reglé par l’abbelle.

Ces Monasteres & les autres qui étoient dans Constanti-
nople ont été ruinés par les Turcs. Il en est neanmoins resté
quelques-uns dans les autres lieux que possedent ces Infide-
les , mais les Monasteres de ces Religieuses ne sont pas en si
grand nombre que ceux des hommes; il s'en trouve nean-
moins quelques-uns qui sont assez considerables.

L'on en voit un au grand Caire où il y a ordinairement cent Religieuses qui n'y peuvent être reçues que dans un âge fort avancé. A Jerusalem il y a aussi un Monastere de Religieuses Grecques qui sont sous la protection du Patriarche, & vive nt comme les Religieux des aumônes que leur font les Pelerins. Ce sont toutes vieilles femmes, qui , malgré leur clôture, ne laissent pas de sortir de leur Monastere toutes les fois que les Grecs ou les Latins font quelques solemnités particulieres dedans ou dehors Jerusalem. Il y a plusieurs Monasteres de ces Religieuses dans la ville d’Athenes, elles subsistent en partie des Fondations faites par les Chrétiens, &en partie des secours de quelques ouvrages qu'elles font à l'aiguille : à ce defaut les charités de la ville ne leur manqueroient pas, personne n'y demandant l'aumône, &ona loin d'y faire subsister les indigens chacun chez soi ; ce qui fait qu'il n'y a point d'Hôpitaux dans Athenes. Le principal Monastere de ces Religieuses est bien bâti, clles y gardent la clôture , & leur Eglise est un des plus beaux bâtimens de la ville. L'Archevêque , dont la maison est vis-à-vis de ce Monastere, est le Superieur de ces filles qui n'ont point de Supe

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47.

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en Orient:

8. Cyfart.

rieure parmi elles , non plus que les autres qui se trouvent Recrdans l'Orient , où elles vivent la plupart selon que la nature greuseSDE leur inspire , n'aïant aucune observance & ne recitant aucun S. BASILĘ. Office. On les entend souvent marmoter quelques Kyrie elei. fon, & c'est tout ce qu'elles sçavent : on voit peu de filles & de femmes riches se faire Religieuses, &ce sont presque tou. tes miserables que la necessité y contraint, & à qui l'âge a fait perdre l'esperance du mariage.

Les Monasteres qui sont situés en Europe, sont neanmoins plus reguliers, & l'observance y est mieux en pratique que dans les Monasteres d’Asie; & s'il en faut croire Leon Alla. tius , les Religieuses de l'Ine de Chio sa patrie, où elles ont plusieurs Monasteres, vivent avec beaucoup de regularité ; elles ont les mêmes prieres & les mêmes jeûnes que les Moi. nes, & ont des Superieures sous le titre d'Abbesses qu'elles élisent. Elles possedent toutes des logemens particuliers qu'elles achetent, où les plus riches & qui sont de qualité ont des Servantes, & y élevent des Pensionnaires qui sont leurs parentes. Elles font de beaux ouvrages en broderie , soit bourses, pour mettre de l'argent , ou sachers pour des senteurs, en quoi elles sont fiadroites que leurs ouvrages sont fort recher. chés par les Turcs , qui en abordant à cette Isle, vont d'abord aux Monasteres pour en acheter de ces Religieuses. M. The. venot dans son voïage de Levant, confirme cela en partie; maisil dit qu'elles sont peu resserrées,qu'elles ne sont pas austeres , & qu'elles peuvent quitter le Couvent quand bon leur semble.

L'habillement deces Religieuses Grecques d'Orient, qu'on appelle aussi Caloyeres , est semblable à celui des Moines, excepté qu'elles portent un grand manteau dont elles sont couvertes depuis la tête jusqu'aux pieds, elles ne se fervent point de Voiles , de Bandeau , ni de Guimpe comme les Religieuses d'Occident. Les ceremonies qui se pratiquent à leur prise d'habic sont les mêmes qui s'observent à l'égard des Moines. La Novice vient dans l'Eglise jusqu'à la porte du Caur, où elle demeure pendant l'Office. Elle va ensuite jusqu'à l'Autel la têre & les pieds nuds, & les cheveux épars, accompagnée d'une Religieuse qui lui sert de Mareine, & qui a soin de décourner ses cheveux qui lui tombent sur le visage lorsqu'elle est obligée de s'incliner. Etant arrivée à l'Autele

RELI- elle se prosterne aux pieds de l'Evêque , qui , après lui avoir GIEUSESDE fait quelques interrogations & avoir recité quelques prieres, S. Basile. lui coupe les cheveux que la Mareine a soin de recueillir,

ou pour les brûler, ou pour les lui donner; afin qu'elle en fasse une ceinture qu'elle doit porter les jours solemnels& de Communion & avec laquelle on la doitenterrer. On la revet ensuite des habits de la Religion, le dernier desquels est le manteau dont elle se couvre la tête, & qui traîne jusques à terre. On lui mer le livre des Evangiles sur la poitrine , que toutes les Religieuses qui ont unCierge à la main vont baiser. Elle les embralle, & après toutes ces ceremonies elle demeure sept jours de suite dans l'Eglise en prieres, sans ôter aucun des habits qu'elle a reçus.

Il y a de l'apparence que les Religieuses de cer Ordre en Moscovie, n'observent pas toutes ces ceremonies lorsqu'elles reçoivent l'habit de Religion ; car on n'examine pas si celles qu'on renferme dans les Monasteres ont une bonne vocation. Comme le divorce y est permis, fi un homme s'ennuïe de sa femme, ou qu'il la foupçonne de ne lui être pas fidelle , il la peut faire raser , & la renfermer dans un Cloître , & souvent par aversion , ou par jalousie, il fuborne des témoins, qui vont avec lui devant le Juge & deposent contre la femme; lurquoi elle est condamnée sans être entendue , & on lui envoie quelques Religieuses chez elle qui la rasent, l'habillent en Religieuse , & l'emmenent malgré elle au Monastere dont elle ne peut plus fortir de puis que le rasoir a passé sur sa tête. La sterilité est aussi une cause luffisante de divorce ; car celui qui n'a poine d'enfans de sa femme la peut enfermer dans un Couvent & se remarier au bout de six semaines. Les Grands Ducs de Moscovie se servent aussi de ce privilege lorsqu'ils n'ont

que

des filles. Le Czar Jean Basili , après vingt-un ans de mariage, n'aiane point eu d'enfans de la Princesfe Salomée sa femme , la fic enfermer dans un Monastere à Susdal, & épousa Helene , fille de Michel Linski Polonois l'an 1526. Le Baron d'Herberstain, qui étoit pour lors en Moscovie, dit dans l'Histoire qu'il a donnée de ce païs , que lorsque le Patriarche eut rasé la tête de la Princesse Salomée , & qu'il lui presenta l'habit Monachal, elle fit beaucoup de resistance, en ne voulant point qu'on le lui mît, & même le foula aux pieds ; ce que voiant un des Seigneurs de la Cour qui étoit present,

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