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pag. 306.

dans chacun des douze premiers Monasteres qu'il fonda. Toute la difference que M. Fleuri met entre les Moines &

Fleury les Ascetes, c'est que ceux-ci demeuroient dans des solitudes murs des auprès des villes, & que les autres se retiroient dans les deserts: Chrétiens, car en parlant dans un endroit de faint Antoine, il dit qu'aïant mené la vie ascerique près du lieu de la naissance , il le retira dans le desert : qu'il fut le premier qui y assembla des disciples, & les y fit vivre en commun ; & qu'on ne les nomma plus Ascetes, quoiqu'ils menassent la même vie ; mais qu'on les appella Moines, c'est-à-dire, Solitaires ou Ermites , & habitans des deserts. Cependant dans un autre endroit il donne le nom de solitaires aux Ascetes avant la retraite de saint An- Le même toine ; car du tems qu'il embrassa la solitude , & qu'il renonça ... Ecclef. au monde, il dit que l'Egypte n'avoit pas encore tant de mai-6 419. fons de Solitaires, & qu'aucun d'eux ne connoisloit encore le grand desert:que dans le voisinage d'Antoine , il y avoir un vieillard solitaire, & que l'aïant veu , il fut touché d'une louable émulation : qu'il commença premierement à demeurer aussi hors du bourg ; mais que s'il entendoit parler de quelque vertueux Solitaire, il l'alloit chercher.

Voilà donc le nom de Solitaire donné par M.Fleuri aux Afceres avant la retraite de saint Antoine, quoiqu'il ait dit dans un autre endroit que ce ne fut qu'après ; que croirons-nous donc ? Mais supposons qu'ils n'aient été appellés Moines ou Solitaires qu'après la retraite de saint Antoine , nous trouverons toujours cette succession de Moines & de Monasteres depuis saint Marc jusques à ce tems-là ; puisqu'avec le nom de Moines les Ascetes ne changerent rien dans leur maniere de vivre, selon M. l'abbé Fleuri , & que M. de Tillemont reconnoît qu'il y en a toujours eu de tout tems dans l'église. Le changement de nom n'a point interrompu cette fuccellion; de même qu'il est toujours vrai de dire que l'Ordre des Che. valiers de Malte a toujours subfifté depuis environ l’an 1099. jusques à present ; quoique d'abord on leur ait donné le nom de Chevaliers de saint Jean de Jerusalem, qu’on les ait appellés ensuite Chevaliers de Rhodes, & enfin Chevaliers de Malte, après que cette ifle leur eût été donnée par l'empereur Charles V. l'an 1530.

y

PA RA G R A P I E III. Que les persecutions n'ont point empêché qu'il n'y ait toujours eu des Moines es des monasteres depuis Saint

Marc jusques à Saint Antoine. UN

NE des plus fortes raisons qu’on allegue pour ne point

reconnoître une succession de Moines & de monasteres depuis saint Marc jusques à saint Antoine , c'est que les persecutions ne l'auroient pas permis. Mais je trouve cette raison frivole : pourquoi ne veut-on pas que ce que nous vožons tous les jours arriver en Irlande , ne soit pas arrivé dans les solitudes de l’Egypte & de la Thebaïde à l'égard des Ascetes, des Moinesou Solitaires, qui sont noms synonimes, & qui n'y ont jamais été si persecutés dans ce tems-là, que les religieux le font presentement dans ce roïaume ? les prêtres seculiers font tolerés , & les religieux si fort haïs, que par un acte du Parlement de l'an 1697. il est défendu à qui que ce soit, soit Catholique ou Protestant; d'en recevoir aucun , ni de leur donner aucun secours, même hors du roïaume , sous peine de cent livres sterlin d'amende pour la premiere fois, de deux cens livres sterlin pour la seconde, & de punition corporelle pour la troisiéme fois, avec confiscation de leurs biens ; & aux religieux d’y demeurer, sous peine d'un an de prison & de bannissement hors du roïaume; excepté ceux qui y étant lors de la publication de cet acte, en seroient fortis, & y seroient revenus ; car pour ceux-ci, ils sont declares criminels de leze-majesté & coupables de mort ; ce qui s'execute avec tant de rigueur qu'il n'y a point d'années qu'un grand nombre de religieux ne finisse la vie par un glorieux martyre, ou ne soit condamné à un bannissenient. Cependant cela n'empêche pas qu'il n'y en ait toujours en Irlande un grand nombre de differens Ordres ; qui , malgré ces violentes persecutions , ne laissent pas d'y tenir des assemblées, & même considerables ; puisque ces religieux tiennent toujours des chapitres provinciaux, composés quelquefois de près de cent personnes, quoiqu'il n'y ait

que les seuls superieurs qui aïent droit de s'y trouver. Dira-t-on qu'il n'y a point eu de succeslion de Moines &

ز

de monasteres depuis que l'ordre monastique a été établi dans ce roïaume jusques à ce jourd'hui , quoique les religieux ne portent pas publiquement l’habit de leur ordre? Peut-on dire que les inaisons où demeurent ces religieux, quelquefois au nombre de dix ou de douze, ne soient pas de veritables monasteres ; quoiqu'elles n'aïent pas cette apparence exterieure qui les distinguoit autrefois des maisons laž. ques & seculieres, avant le malheureux schisme qui a cause la ruine & la destruction de tant de fameux édifices, dont il ne reste plus que des vestiges , & qui ont été changés en maisons profanes ?

Il en est de même en Angleterre, où nous trouvons en. core des exemples de cette continuation sans interruption, non-seulement dans les religieux qui y sont aussi en grand nombre, quoique deguisés ; mais en particulier dans la congregation des Benedictins Anglois , qui comprenoit autrefois plusieurs celebres abbaïes & prieures remplis d'un grand nombre de religieux , dont plus de vingt abbés & prieurs avoient voix & leance dans les parlemens en qualité de pairs du roïaume , & qui, aïant la plupart fini leur vie par un glorieux martyre, & les autres par une mort naturelle, la congregation se trouva reduite en un tel point en 1585. qu'après la mort de Dom Jean Fekenan, dernier abbé de Vestmunf. Clem. Rež. ter , qui mourut dans les fers sous le regne de la reine Eliza- Bened. in

. bech , il ne se trouva qu'un seul religieux de cette Aoris-Angl.trait: sante congregation ; & cela pendant l'espace de vingt-deux ?.p. 2 3 4. ans, jusqu'en l'an 1607. que ce religieux associa à sa congregation presque éteinte quelques autres religieux des congregations du Mont-Callin & de Valladolid , & ainsi remit lur pied cette ancienne congregation, qui s'est augmentée en l'état où nous la voïons presentement. Cependant on ne peut pas les Benedi&tius n'aient toujours fubfifté en Angleterre depuis l'an 596. qu'ils y entrerent &qu'ils y jetterent les semences du Christianisme ; l'on trouvera une succeslion sans interruption de cette congregation de Benedictins Anglois depuis cerre année 996. jusques à ce jourd'hui, quoique pendant vingt-deux ans elle ait été reduite à un seul religieux.

Ainsi suppose qu'il n'y eut que ce seul religicux ou solitaire, que saint Antoine alla trouver lorsqu'il voulus se rețrer dans

nier que

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la solitude, il ne faudroit pas conclure de là que l'état Mo.
nastique fût pour lors éteint ; au contraire je trouve qu'il y
avoit en ce tems-là un grand nombre de lolitaires; puisqu'au
rapport de saint Athanale, saint Antoine alloit chercher ceux
qu'il croïoit les plus avancés dans la perfection , afin de rece.
voir d'eux des instructions , & que ce vieillard, à qui il s'adrella
d'abord, s'étoit exercé dès sa jeunesse à la vie solitaire.

Saint Palémon avec qui saint Pachome se retira vers l'an
314 étoit un Anachorete forc âgé, & avoit été neanmoins
instruit par d'autres dans les pratiques de la vie solitaire.
Nous trouvons au troisiéme siecle saint Denys pape , qui
d'Anachorete qu'il étoit, aïant été fait prêtre de l'église Ro-
maine , fut élu l'an 259. pour la gouverner. Si nous remontons
au second siecle, nous trouvons faint Thelesphore, qui, aïant
été aulli Anachorete , fut élevé au souverain pontificat l'an
128. L'heretique Marcion , selon ce que nous apprend saint
Epiphane , se separa de l'église vers le milieu de ce siecle,
après avoir fait profession de la vie Monastique. Enfin dans le
premier siecle nous y trouvons les Therapeutes que

le

pere Papebroch ne veut pas neanmoins reconnoître

pour Moines; mais il ne fait pas difficulté de reconnoître pour cels, les autres disciples des apôtres dont parle Philon, qui selon cet

auteur Juif étoient répandus chés les Grecs & les BarbaPapebr. res ; Ålios verò ( dit ce sçavant Jesuite ) quos in aliis regioFremsebaf. nibus inter Græcos & Barbaros indicat Philo , aliorum

quoà S. Paulo que Apoftolorum vel Apoftolicorum virorum fuisse discipulos,

nequaquam ambigo, a veros omnino Monachos ( licet hoc
nomen necdum ufurparetur) id eft folitarios agnofco. Et l'on peut
croire aisément que pendant les persecutions il y a eu des
communautez , qui à la verité n'étoient pas si nombreu-
ses qu'elles l'ont été lorsque l'église fut en paix , puisque ,
comme nous venons de dire , il ne laisse pas d'y avoir des
Monasteres en Angleterre & en Irlande , nonobstant la
persecution , & qu'il s'y tiene même des assemblées consi-
derables.

J'avoue que, quoique ces Monasteres des trois premiers sie.
cles fussent de veritables Monasteres , ils n'étoient pas nean-
moins si parfaits qu'ils l'ont été au tems de faint Antoine, &
encore davantage au tems de saint Basile, qui a donné la der-
piere perfection à l'état Monastique : C'est pourquoi on peut

les

Art. 16.n. 69.

les appeller de simples monasteres pour les distinguer de ceuxcii & je croi que le P. Papebroch voudra bien me passer cette distinction de simples monasteres & de parfaits ;puisque,nonobstant qu'il dise que les Disciples des Apôtres, dont nous ibid. art. venons de parler, fussent de veritables Moines, il ne laisse pas is. num. de dire aufti ; qu'ils étoient de simples Moines, qu'il compare da! aux Ermites de ce tems-ci, pour les distinguer de ceux du qua- 14.mari iz triéme siecle ; engagés par des væux; & comme il se voit à v. S. présent des communautés considerables d'Ermites de dix , de vingt , de trente , & même de plus grand nombre, qui sont de veritables

Communautés ; on peut les comparer à cel. les des premiers siecles, où l'on vivoit sans doute avec plus de subordination que dans la plîpart de celles ci, qui sont néanmoins gouvernées par un superieur.

Pach.

Thomail. Discisi.Ec.

PARA G R A P H E IV.
Preuves de l'antiquité de la Vie Monastique , contre le

sentiment du Pere Thomaffin.
E R. P. Thomallin, après avoir parlé de l'origine & de

l'institution de la vie monastique qu'il attribue à saint les parts. Antoine & à saint Paul premier Ermice, convient que depuis liv.. Chap les premiers fideles de l'église de Jerusalem , il y a toujours & 11. eu des Particuliers qui ont pratiqué toutes les vertus des veritables solitaires ; & qu'ainsi , comme on est remonté audessus de faint Antoine jusqu'à saint Paul premier Ermite, on pourroit encore monter plus haut, & former la suite de cette lainte institution qui remplit les trois premiers siecles „Maisà dire la verité(ajoute-t-il)cer enchaînement est ima- ç ginaire , l'histoire ne nous apprend rien de cette con- c tinuation , elle n'est appuiée que sur des conjeures. A « quoi il faut ajoûter que ces folitaires des premiers sięcles co d'ont point formé de Disciples , n'ont point ouvert d’é so cules, n'ont dressé aucune regle , n'ont pu se distinguer.“ par aucune sorte d'habits , n'ont point formé de corps se different du clergé & des laïques ; ce qu'on ne peut pas « opposer à faint Antoine & à ses Iinicateurs ..

Il faudroit outre cela rencontrer une regle, une communauté, un habit particulier, un état si Tome I,

D

:

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