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Nous avons déja dit que les persecutions ayant empêché les Therapeutes de tenir des assemblées nombreuses dans leurs Semnées, ils s'étoient retirés en particulier dans leurs mai. sons dans les villes, ou à la campagne aux environs des vil. les , & qu'on leur donna le nom d'Asceres. C'étoient ces Alceres, successeurs des Therapeutes , qui étoient du tems de faint Justin & de Tertullien, & ce dernier faisant l'apologie de tous les Chrétiens en general, avoic raison de dire aux Payens qui les regardoient comme gens inutiles : infru{tuosi in negotiis dicimur : qu'ils trafiquoient , qu'ils portoient les armes , qu'ils navigeoient, qu'ils cultivoient la terre, qu'ils se trouvoient aux foires & aux marchés avec eux, qu'ils se mêloient parmi le reste des autres hommes en exerçant les arts avec eux, qu'ils étoient habillés comme eux & n'affectoient rien de singulier. Il ne s'agissoit donc que des Chrétiens en general , & il y auroit eu de l'imprudence à Tertullien de faire connoîtreles Ascetes qui étoient cachés dans leurs retraites & dans leurs solitudes, & qui ne se mêloient point d'affaires temporelles, car pour lors les Payens auroient pu dire. que c'étoient ceux-là qui étoient des gens inutiles: infruétuofi in negotiis: puisque c'est le langage des heretiques de ce tems, qui regardent comme personnes inutiles, ceux qui se consacrent à la retraite,en renonçant volontairement à leurs biens & à leurs parens...

Il ne paroît pas que M. B*** doive tirer un sigrand avantage de ces passages de saint Justin & de Tertullien , qu'il a allegués

. Mais en voici encore un de saint Jean Chrysostome, qui lui paroît le plus convainquant pour prouver qu'il n'y avoit aucun moine dans le premier siécle de l'église. C'est de l'homelie

25: de ce Pere sur l'épître de S. Paul aux Hebreux; où il allure positivement qu'au tems où cet Apôtre l’écrivoit;

il n'y avoit aucun vestige de moines.Il y a déjà long-tems que Magde- les Centuriateurs de Magdebourg avoient fait certe obje1.lib.2.c.6. ction : & le cardinal Bellarmin leur avoit répondu que saint Bellarmin, Jean Chrysostome parloit seulement de l'église de Corinthe;

puisque c'est au sujet de ces paroles de saint Paul aux Corini
thiens: fi quis frater nominatur in vobis : que ce saint Pere
avoit dit cela. Le P. de Montfaucon avoir auslı répondu à M.

que cela ne regardoit que la Syrie où saint Jean Chry-
foftome prêchoit , ou la Judée où saint. Paul adressoit sa

Lectre

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B***

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Lettre. Mais M. B*** dans sa replique au P. de Montfaucon, prétend que saint Jean Chrysostome s'est servi des terines les plus generaux qu'il a pû emploïer, & qu'il ne s'est

pas

reltraint au tems où saint Paul'écrivoit , & auquel faint Marc formoit l'établissement des monasteres. Mais que M. B*** fasse reffexion sur les autres homelies de ce même pere de l'Eglise, citées

par

le cardinal Bellarmin, entr'autres l'homelie 17. à son peuple, & il y verra que ce saint qui appelloit les Moines des philosophes , dit que Jesus-Christ en a été l'instituteur:tanti est philofophia à Christo introdułta ; & dans le traité qu'il fit contre ceux qui blâmoient la profession de la vie Monastique, il dit que les Apôtres avoient pratiqué ce que les Moines pratiquoient. Or li faint Jean Chrysostome croïoit que la vie Monastique avoit été instituée par JesusChrist, & que les Apôtres en avoient fait profession; comment auroit-il pû dire qu'il n'y avoit aucun vestige de Moines au tems de Saint Paul & de saint Marc ? N'a-t-on

pas

lieu de croire qu'il n'entendoit parler que de l'Eglise de Corinthe, comme dit le cardinal Bellarmin ; ou de la Syrie , ou de la Judée, comme prétend le pere Montfaucon ?

M. de Tillemont avoue qu'il y a toujours eu dans l'Eglise De Tillem. des Ascetes qui faisoient profession d'une austerité & d'une mema pour retraite particuliere, les uns dans les villes , & la plâpart dans clef.tom, 7. les villages, ou dans des lieux qui n'en étoient pas éloignés ; page 171. & il reconnoît même qu'entre ces Ascetes il y en avoit qui demeuroient cinq, ou fix, ou dix au plus, dans un même lieu, qui se solltenoient, dit-il, les uns les autres ; mais sans aucune subordination, & sans autre discipline , que les regles generales de la crainte de Dieu ; & qui ne se maintenoient ainsi qu'avec beaucoup de peine dans la piere.

On croiroit peur-être qu'il n'a voulu parler de ces soró tes de communautés, qu'après la persecution de Diocletien qui arriva l’an 303. mais il fait assez connoître qu'il en recon- Page 305 noissoit avant cette persecution, lorsqu'il dit qu'il faut avouer qu'on ne trouve aucun vestige des Cænobites dans les au. teurs des trois premiers siecles, durant lesquels on ne voit pas qu'il y eût des Chrétiens qui fissent profession d'un état different & plus retiré que les autres , excepté les Ascetes & les Anachoreres, qui vivoient en leur particulier , ou au moins , qui ne faisoient pas de communautés considerables ; & Ibida Tome I.

С

en commun.

ce n'est qu'après avoir dit qu'il est difficile de croire qu'il y ait eu une succession de monasteres & de moines dans l'église, depuis saint Marc jusques à saint Antoine.

Pour moi je croi qu'il est bien plus difficile de se persuader que pendant les trois premiers siècles de l'église que tous les Chrétiens étoient parfaitement unis : que dans ce tems heureux, où ils n'avoient tous qu’un cæur & qu'une ame, où leurs joies & leurs afflictions étoient communes; en sorte que si quelqu'un avoit reçu de Dieu quelque grace particuliere, tous y prenoient part; & fi quelqu'un étoit en penitence, tous demandoient misericorde ; où tous les Chrétiens vivoient comme parens, s'appellant peres, enfans, freres & fæurs, selon l'âge & le sexe ; il est très-difficile, dis-je , de croire que les Ascetes, qui embrasloient la vie ascerique par un désir de plus grande perfection ,se retiraffent ensemble cinq, ou fix, ou dix au plus, pour vivre sans aucune subordination, & ne se maintenir qu'avec beaucoup de peine dans la pieté, en vivant ainsi

N'a-t.on pas lieu de croire que les monasteres des ces Ascetes étoient de veritables monasteres , les persecutions ne permettant pas qu'ils fussent si peuplés qu'ils ont été dans la suite ? Ne trouvera-t-on pas une suite d’Asceres & de Solitaires,en remontant depuis S. Antoine jusques à S. Marc , auquel tems tous les Therapeutes, que M. de Tillemont reconnoît avoir éré convertis par saint Marc, se retirerent dans la solitude ? & n'est-ce pas reconnoître pour moines cesTherapeutes,& leurs demeures pour de veritables monasteres , loriqu'il dit qu'il est impossible de trouver une succession de moines & de mo-, nasteres depuis ce tems-là jusques à saint Antoine ; puisque toute succession suppose un commencement: Cependant il ne veut point reconnoître de monasteres avant saint Pachome, qui, à ce qu'il dit , n'a fondé les premiers que l'an 325. quoi. que parce qu'il avance lui même, cela ne peut-être arrivé

340. comme nous ferons voir. Et dans un autre endroit au sujet de la fæur de saint Antoine , il dit qu'elle se retira l'an 290. dans un monastere de filles, qui est (à ce qu'il pretend ) le plus ancien dont il soit fait mention dans l'église. Ainsi, selon le même auteur, il y auroit eu de veritables monasteres soixante-dix ans avant láint Pachome, quoiqu'illenie en plusieurs endroits, comme nous le prouverons dans la suite.

l'an que

Saint Athanase dans la vie de saint Antoine, aïant dit que les monasteres n'étoient pas si frequens lorsque ce faint se retira vers l'an 270. M. de Tillemont pretend que le mot de monastere en cet endroit, marquoit souvent en ce tems-là la demeure d'un seul solitaire ; d'où l'on doit conclure qu'il s'entendoit aussi quelquefois d'un monastere où plusieurs personnes demeurvient ensemble. En effet dans les notes fuil Page 10 2. saint Pachome, prevoïant bien qu'on pourroit tirer cette consequence, il s'explique au sujet de ces mêmes monasteres, en disant que par le terme de monastere on ne doit pas entendre une congregation de religieux qui vivent ensemble; mais feu - Page 679. lement une demeure d'un petit nombre de Solitaires, louvent niême d'un seul; & un peu plus bas au sujet de ceux de Cheno. bolque & de Moncose, ou Mochans, qui se soumirent à la regle de faint Pachome, il dit que c'étoit sans doute de ces nionasteres de huit ou de dix religieux , qui se voïoient avant saint Pachome, & qui étoient moins des Cænobites que des Ermites.

Il est en cela bien éloigné du sentiment de M. Bulteau, qui Bult hift, appelle ces monasteres de Chenobosque & Moncofe des ab. LOrient; ba ies, & qui, bien loin de les mettre au nombre de ceux où 8 3. M. de Tillemont dit qu'on vivoit sans aucune subordination, & où on ne se maintenoit qu'avec beaucoup de peine dans la pieté, prétend au contraire que ce n'écoit pas pour être reform és qu'ils se soùmirent à faint Pachome ; car parlant de celui de Chenobosque,il dit que le venerable Eponyche qui en can.col. étoit abbé, l'offrir à faint Pachome, & qu'il n'avoit pas besoin ; 8. cap. s. de reforme , puisqu'il étoit habité par des religieux très-anciens & très-avancés dans la perfection.

Mais l'on pourroit demander à M. de Tillemont qu'il cúc à fournir lui-même des preuves , comme il n'y a pas lieu de douter qu'il n'y ait pas eu plus de huit ou dix religicux dans ces monasteres de Chenobosque & Moncofe , & qu'ils y étoient moins des Cænobites que des Ermites ; puisque Callien aïant pretendu que les Cænobites sont plus anciens que les Anachoretes, qu'ils ont commencé avant saint Paul Èr- De Tillem. mite & faint Antoine ;& même qu'ils ont toujours été dans ut [142.845. l'église depuis les A pòtres, M.de Tillemont veut qu'il justis fie cette pretention llseroit plus aisé à Callien de la justifier, qu'à M. de Tille

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1

678.

mont de

prouver ce qu'il a avancé ; car Callien lui pourroic répondre que lorsqu'il fut en Egypte, l'an 394. il n'y avoit que trente-huit ans que saint Antoine étoit mort , & qu'il n'y en avoit pas plus de quarante-six que saiut Pachome l'étoit aulli: qu’ainli il n'y avoit pas un silong tems pour qu'il ne se trouvar pas de leurs disciples encore vivans, de qui il auroit appris que leurs maîtres n'avoient pas été les auteurs de la vie Monastique & Cænobitique qui étoit plus ancienne qu'eux ; & que la tradition parmi ces anciens solitaires étoit qu'il y avoit toujours eu des Moines & des Solitaires depuis les Therapeutes jusques à eux ; c'est apparemment ce qui a donné lieu à Cafsien de dire que les Cænobites étoient plus anciens que

les Anachoretes, qu'ils avoient commencé avant saint Paul & saint Antoine , & qu'ils ont toujours été dans l'église depuis les Apôtres.

Au reste les noms de Therapeutes, d’Asceres, de Moines, de Solitaires & d'Ermites, aïant été donnés indifferemment à tous ceux qui ont fait profession de la vie Monastique ; on doit reconnoîcre une succession de Moines sans interruption depuis saint Marc jusques à saint Antoine ; puisque presque tous les historiens, & M. de Tillemont inême , demeurent d'accord qu'il y a toujours eu des Ascetes dans l'église , & l'on doit reconnoître leurs Monasteres pour de veritables Monafteres, quand bien même ils n'auroient été que de huit ou de dix religieux au plus; puisque l'essentiel de la vie Cænobitique n'est pas de demeurer quatre ou cinq cens ensemble, mais seulement plusieurs , & que le nombre de huit ou dix, & même un moindre nombre, est suffisant pour cela. Car il n'y a personne qui dise que les Capucins soient des solitaires,& leur qualité de Mandians n'empêche pas qu'ils ne soient veritablement Cænobites. Cependant selon les constitutions qui furent dressées dans leur premier chapitre general, tenu à Alvacina l'an 1529. ils ne devoient pas demeurer plus de sept ou de huit dans un

Couvent, excepté dans les grandes villes, où ils pouvoient Boucr. demeurer dix ou douze : ftatuimus ut Conventuum familia , puc.ad an. Septimum vel oftavum numerum fratrum non excedant , pre

terquam in magnis civitatibus , ubi decem vel duodecim circi

ter fratres commodè habitare poterunt. In reliquis urbibus aut Greg, lib. oppidis, non amplius quàm feptem vel oëto fratres commoren2. dialog. tur : & faint Benoît ne mit aussi que douze religieux

ds 29.

cap. 3,

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