Page images
PDF
[graphic]

aussi-bien que celui d'Heleni, & celui à* alléluia. Ce dernier Mo f «u fut ainsi nommé, á ce que disent ces Moines, par celui qui abyísi«*' en tut le premier abbé, fur le rapport d'un ermite qui étanr en oraison vit en extase & entendit des Anges qui chantoieuc Alléluia dans ce lieu.

II y a auífi un grand nombre de Religieuses en Ethiopie , qui font pareillement habillées de toile de coton ou de peaux jaunes, & ne portent ni manteau ni capuce. Elles ont la tête rafée,autour de laquelle elles ont un bandeau de cuir large de deux doigts, qui passant pardessous le menton, se lie fur le front, &c dont les deux bouts pendent fur les épaules. II y en a qui croyent que ce n'est que l'habillement des novices,& que les professes peuvent metcrcun voile & un manteau.D'autres disent que cela n'est permis qu'aux vieillesrelles ne font point renfermées dans des Monastères ; mais elles demeurent dans les fermes & les villages qui dépendent ôc obéissent au Monastère où elles ont pris l'habit. Alvarez dit avoir vu quelques communautés de Religieuses, qui ont néanmoins la liberté de sortir de leurs maiíons pour aller où bon leur semble. II y a de ces Religieuses qui menent une vie assez réglée; mais il y en a beaucoup qui ne croyent pas que ce soit un déshonneur pour elles d'avoir des enfans. Schoonebek met leur institution vers l'an 13x5. par la vénérable mere Imata 5 mais c'est apparemment fur la relation du P. Louis d'Ureta del'Ordre de S. Dominique, qui dans Thistoire qu'il a donnée d'une province supposée de son Ordre en Ethiopie , a prétendu

3ue presque tous les Religieux de ce pays étoient de l'Ordre e S. Dominique , & que Ta mere Imata fonda un Monastère du même Ordre pour des Religieuses à Bedenagli, où il n'y en eut d'abord que cinquante ; mais dont le nombre augmenta jusqu'à cinq mille après la mort de cette prétendue fondatrice : ce qui n'est pas moins fabuleux que ce cju'il rapporte des couvents de Plurimanos& de PAlleluia,ou il met neuf mille Religieux de son Ordre dans le premier, & sept mille dans l'autre, lans compter les domestiques qui font au nombre de plus de trois mille dans celui de Plurimanos, comme nous dirons plus au long , en parlant de l'Ordre de S. Domú nique dans la troisième partie de cette histoire.

Voyc^oh Ludolf , hist. JEthiop. & son Commentaire sur Ix même histoire. Franc. Alvarez,/?» voyage en Ethiopie. Marmol^ MoiHis Description de llAfrique. Louis d'Ureta , hifi. de la sa grada ^bxssinï. orden. de Predic. en Ethiopia. & le P. le Gobien, 4. recueil des Lettres édifiantes des Mi.ffìons Etrangères.

Chapitre XII.

Des jeûnes dp* abstinences des Moines & des Religieuses en

Ethiopie.

CE que nous avons rapporté dans les Chapitres précedens des jeûnes & abstinences des Moines Maronites , Arméniens, Jacobites, & Coptes,est peu de chose en comparaison des jeunes & mortifications des Moines Ethiopiens,qut commencent avec les séculiers le carême de l'église universelle à la Scxagesime,& qu'ils observent très-rigoureusement y ne mangeant pendant tout le tems qu'il dure, que du pain 8c ne buvant que de l'eau. 11 est vrai qu'ils trempent leur pain dans une eípece de sauce qu'ils sont avec de la graine de cauffa qui est fort cuisante à la bouche.Ils se servent encore d'une autre graine qu'ils nomment Tebba qu'ils accommodent en manière de moutarde. II se trouve beaucoup de cesReligieux qui par dévotion ne mangent point de pain pendant tout le carême,quelques-uns même s'abstiennent d'en manger toute leur vie , & mangent seulement de l'agrinos, qui est une herbe qu'ils font cuire dans de l'eau, fans sel ni beure , & sans autre assaisonnement. Quand ils n'en peuvent pas trouver, ils usent Ûe quelques legunies,comme fèves, lentilles, & antres semblables, qu'ils font seulement amollir dans de l'eau.Quelques-unsportent un habit de cuir fans manches,ayantlesbras tout nuds : plusieurs ont fur leur chair une ceinture de fer large de quatre doigts, avec des pointes qnr entrent bien avant dans la chair:d'autres ne s'asseoient point pendant tout le tems du carême, mais demeurent toujours debout. II y en aauísi qui pendant ce tems-lâ fe vont renfermer dans des cavernes , où ils vivent d'herbes &. de lentilles seulement. II y a encore beaucoup de Religieux & de Religieuses,qui tous les Mercredis & Vendredis du carêmepassent la nuit dans l'eau. François Alvarex dit qu'il avoit de la peine á le croire $ mais qu'ayant été avec plusieurs personnes fur le bord d'un lac, ils virent qu'il y en avoit une infinité dans ce lacr& que quelquesuns iros éroient dans de petites loges de pierres bâties exprès. II Moinss y a del'apparence queies nuits font bien froides en ce pays-là, Abyssins» • autrement ce ne feroit pas une mortification de rester dans l'eau pendant la huit dans le tems du carême, dans un pays où le soleil est très-ardent en ce tems-là, &; où même les fruits d'Automne de nos quartiers font en maturité. Enfin il y en a qui fe retirent dans des solitudes les plus affreuses, & des forêts les plus épaisses où ils ne voyent aucun homme , faisane pénitence dans ces lieux écartés.

Quoiqu'il y ait près de deux cens ans qu'Alvarez ait écrit fa relation , où il fait un détail de ces pénitences &c de ces mortifications des Religieux d'Ethiopie, il semble néanmoins qu'ils n'en ayent rien diminué jusqu'à présent ; car M. Poncet qui y étoit en 1700. dit avoir vu dans le Monastère de la Vision de Jeíûs, un vieillard âgé d'environ foixante-six ans, frère du gouverneur de Tigré, qui n'avoit vécu pendant sept ans que de feuilles d'oiivier sauvage , & que cette mortification lui avoit causé un crachement de sang qui l'uicommodoit beaucoup; c'est pourquoi il lui ordonna quelques remèdes Ôclui prescrivit un régime de vie.

La manière la plus ordinaire de jeûner parmi ces Religieux est de ne manger seulement que de deux jours en deux jours, & toujours le soir quand le soleil est couché ; mais le samedi ni le Dimanche ils ne jeûnent point ; & comme dans chaque église il ne s'y dit qu'une méfie par jour, ils ne la célèbrent que le soir les jours qu'ils jeûnent, & tous y communient , après quoi ils vont, manger : la raison qu'ils en donnent, c'est qu'ils disent que Notre Seigneur Jesus-Christ fit la Cenc le soir un jour de jeûne faux autres jours qu'on ne jeûne point, ils la disent le matin. •

Ces Religieux se levent deux heures avant le jour pour dire leurs matines & ne mangent jamais de viande dans le couvent. Mais Alvarez remarque que lorsqu'ils se trouvoient avec les Portugais, ils ne lailsoient pas d'en manger & de boire du vin, pourvu qu'ils n'eussent point de compagnon -, de peur qu'il n'en avertît le supérieur qui les auroit châtiez sévèrement pour cette transgression. M Poncet dit qu'il en a vu qui fe levoient deux fois la nuit pour chanter des pseaumes■> peut-être que c'est selon les différents instituts qu'il y a en ce pays, foie de l'abbéTecla-Haïtnanot, foie de l'abbé Eustafe. Tomel. T

Moines Outre le carême dont nous avons parlé qui dure cinquante Abyssins, jours j M. Poncet dit qu'ils en ont encore trois autres ,de même que le reste du peuple : sçavoir celui de saint Pierre & de saint Paul,qui dure quelquefois quarante jours & quelquefois moins,íélon que la fête depâques est plus ou moins avancée^. eelui de l'assomption de Notre-Dame,qui est de quinze jours} & celui de l'advent, qui est de trois semaines. François Alvarez marque néanmoins ces carêmes d'une autre manière que M. Poncet. Outre le carême de la résurrection de NotreSeigneur qui commence à la sexageíìme, il dit: qu'ils jeûnent depuis le lundi de la Trinité jusqu'au jour de la nativité de Notre - Seigneur : que depuis ce jour-là jusqu'à la purificàrioude Notre-Dame, ils ne jeûnentpoint,mais que les troisjours qui suivent cette fête, ils ne mangent qu'une fois en ces trois jours , ce qu'ils appellent la pénitence de Ninive. Nous aimons mieux ajouter foi à Alvarez qui étoît plus instruit que M. Poncet de ce qui regardoit la religion &. les mœurs des Ethiopiens. Dans tous ces carêmes on ne se sert ni d'œufs, nidebeure, ni de fromage, on jeûne avec la même' rigueur tous les vendredis de Tannée. On ne dispense personne du jeûne , les jeunes gens, les vieillards Sc meme les malades y font obligés.

Mais.avec tant d'austérités & de mortifications , ces Religieux font íl attaches à leurs erreurs qu'ils n'écoutent point les Miíïïonnaires qui vont chez eux pour les faire rentrer au sein de l'église. lisse sonttoùjours opposés à leurs bons desseins en empêchant que les peuples ne se convertissent. Ils leur inspirent tant d'aversion pour les Européens qui font blancs par rapport à eux , qu'ils leur font mépriser & même hair tout ce qui est blanqc'est pourquoi s'ils représentent saint Michel terrassant le Diable, saint Michel est de couleur olivâtre qui est celle des Abyssins, le Diable est blanc. Abb riaz- ^e PaPe Clément VII. afin d'ateirer ces peuples à la soi or2a.»/><r. pu thodoxe & les ramener au sein de l'église , leur accorda en Tr^r* I)Z*' église de saint Etienne qu'on nomme des Indiens ou des ils. Maures, à côté de laquelle il y a un hôpital, où ceux qui viennent à Rom€ font logés & entretenus aux dépens du pa*ìbii.Trut, pe. Grégoire XIII. ordonna que lorsqu'il y auroit desAbyfU "H- sins à Rome on seur fourniroit du palais tout ce qui leur íexoit ueceílake. Innocent XII. Militant la piecé deíesprede

[ocr errors]
« PreviousContinue »