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Monsrs ce desert, où il ne se nourrissoit que d'herbes & ne buvoit que Ao de l'eau , & qu'un jour Jesus-Christ se fit voir à lui, & lui ordonna de bâtir un Monastere dans l'endroit du bois où il trouveroit une baguette d'or suspendue en l'air; & que l'ayant trouvée & vû ce prodige, il obéit, & bâtit ce Monastere qui se nomme Bihem jesus, vision de Jesus. Cependant Alvarez , qui a demeuré six ansen Ethiopie & qui alloit presque tous les jours à ce Monastere, commeille dit lui-même, ne parle point de ce prétendu prodige, quoiqu'il ait eu soin de marquer tout ce qu'ilyavoit de plus particulier dans ce Monastere. Il n'ignoroit pas que cet abbé Philippes étoit non seulement reveré comme Saint par les religieux de ce Monastere; mais encore par les habitans des environs qui celebrent tous les ans une fête en son honneur , & il rapporte même le sujet pour lequel ils l'ont toûjours regardé comme Saint. Ce fut, dit cet auteur, à l'occasion de ce qu'un roi d'Ethiopie ayant défendu qu'on observât le jour du Sabbat dans tous les lieux de son obéissance, l'abbé Philippes & ses religieux vinrent trouver ce prince, & lui firent voir que Dieu avoit ordonné que l'ongarderoit le jour du Sabbat, & que ceux qui ne le garderoient pas seroient lapidés. Il ajoûte que les religieux de ce Monastere & les peuples des environs sont les plus attachés à cette superstition Judaïque ; que lui-même a vû plusieurs fois que les religieux cuisoient le pain & préparoient leur manger le Vendredi pour le Samedi , qu'ils n'allumoient pas même du feu le Samedi , & qu'ils n'étoient pas si scrupuleux le Dimanche, puisqu'ils préparoient à manger ce jour-là.Sur quoi il y a lieu de s'étonner de ce que quelques personnes, † M. Ludolf, ayent regardé comme une chose innocente l'observation du Sabbat parmi les - Ethiopiens, après que le concile de Laodicée a prononcé anathême contre ceux qui s'abstiennent par superstition des | . viandes que Dieu a créées, & contre ceux qui observent le Sabbat à la maniere des Juifs. Ce que disent plusieurs écrivains que les religieux d'Ethiopie sont habillés de peaux jaunes, se confirme par la relation | | d'Alvarez qui dit la même chose : il ajoûte qu'il y a quelques # Monasteres où ils sont aussi habillés de toile de coton jaune , & que ces religieux habillés de jaune, ont tous des chapes de la même couleur,faites comme celles des Dominicains Ainsi

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cela ne s'accorde pas encore avec ce que dit M.Ludolf, que MOINES tous les religieux d'Ethiopie sont habillés comme les secu.Abyssins, liers,& ne sont distingués que par une croix qu'ils portent toû. jours à la main. A la verité M. Poncet, qui demeure aussi d'accord avec Alvarez que les religieux des Monasteres de la Vi. fion & d'Heleni sont habillés de peaux jaunes, parlant aussi de quelques autres Religieux qui sont en grand nombre dans la ville de Gondar ( sejour ordinaire des empereurs ) puisqu’ou. tre quatre chapelles Imperiales qui sont dans l'enceinte du palais de l'empereur,& qui sont desservies par cent Religieux qui ont auslı soin du college, où l'on enseigne à lire l'écriture fainte aux officiers de ce prince, il y a environ cent églises dans cette ville ; il dit que ces Religieux sont habillés de mê. me que les seculiers, & n'en sont distingués que par une calotte jaune ou violette , & que ces diverses couleurs distinguent leurOrdre. Mais il y a bien de l'apparence que ceux qui ont une calotte jaune , & qui pour habillement portent comme les seculiers une veste ou sourane noire , sont de l'institut de l'abbé Eustase, & les autres qui ont une calotte violette pourroient bien être ceux qu'Alvarez, Marmol , M. Ludolf & quelques autres appellent des chanoines. Ceux-ci peuvent être mariés ; leurs enfans leur succedent dans leurs prébendes ; & quoique la plậpart vivent en leur particulier, Alva. rez dit néanmoins qu'il a vû quelques communautez de ces sortes de chanoines. Ces Moines , qui, selon M. Ludolf, sone dispersés çà & là dans de pauvres cabanes, & dont il dit

que la demeure ne peut pas être appellée Monastere , font sans doute ceux que les couvents où ils ont pris l'habit, envoyene pour gagner leur vie : & ainsi M. Ludolf ne s'est peut-être pas trompé, lorsqu'il a dit : que chacun de ces Moines culci. ve son heritage, qu'il vie de ce qu'il produit en pouvant disposer à sa volonté, ayant pouvoir d'aller où bon lui semble & de revenir quand il le juge à propos. Il pouvoit même ajoûter que ces Moines trafiquoient, & que les marchés en écoiene remplis , comme nous avons dit. Cependant quand ils sont retournés dans leurs couvents, ils y vivent en commun & très-austerement, sous la conduite d'un superieur dontils dé. pendent entierement.

Il y a de l'apparence que ce Monastere de la Vision, & les autres qui y sont unis, sont de l'institut de Tecla-Haïmanot;

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