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assez connoître que cette question n'est pas encore décidée.

Mais on demeurera ailement d'accord de cette succession, fien quittant toute prévention, l'on veut reconnoître pour disciples des Therapeutes, les Ascetes qui se renfermoient ausli dans des solitudes, où ils gardoient la continence , & mortifioient leur corps par des abstinences & des jeûnes extraordinaires, portant continuellement le cilice, dormant sur la terre, lisant l'Ecriture-Sainte, & priant sans cesse: & on les doit comprendre dans l'état Monastique , puisque, comme remarque le cardinal Bellarmin, les Grecs ont donné plusieurs noms à ceux qui l'ont embrassé ; de Therapeutes, pour les raisons que nous avons déja dites ; d'Ascetes , c'est-dire , Athletes, ou Exercitans,parce que le devoir d'un Moine est un exercice continuel ; & c'est le nom dont se sert saint Basile, appellant Ascetiques son Traité de l'institution des Moines. On les nomma aufli Supplians , parce que leur principale occupation étoit la priere & l'oraison. Saint Chrysostome & quelques autres les ont appellés Philosophes. Enfin le nom le plus commun,& que les Latins ont retenu est celui de Moine, qui signifie proprement solitaire ou hermite , que saint Augustin prétend devoir aussi appartenir aux Cænobires, comme en effet il leur est resté. On a encore ajoûté à tous ces noms celui de Religieux, qu'on donne indifferemment à tous ceux qui feconsacrent à Dieu par la solemnité des væux. Quelquesuns disent qu'avant Salvien de Marseille, qui vivoit dans le Ann.398. cinquiéme fiecle, il n'étoit pas en usage. Il paroît néanmoins Can. 104. par un des canons du quatrième concile de Carthage, & par la traduction de la regle de saint Basile par Ruffin, que dans le quatrième fiecle l'on donnoit déja ce nom aux personnes vies des SS. qui se consacroient à Dieu.

M. Baillet , qui ne veut pas se declarer en faveur de ceux de s. Marr. qui croyent que les Therapeutes étoient Chrétiens, & qui , comme nous avons dit dansle paragraphe precedent,croit que l'on peut supposer au moins qu'ils eurent beaucoup moins de chemin à faire que les autres, pour parvenir à la veritable religion, ne laisse pas de reconnoître dès le tems de S. Marc, des Chrétiens qui se distinguoient des autres par un genre de vie particulier ; car il dit que, quand il ne seroit pas vrai

que

les Therapeutes eussent embrassé pour lors la foi de Jesus-Christ; il est certain que dès le tems de saint Marc il y avoit plusieurs

25. Avril

dans la vie

I. pag.17

Chrétiens que le desir de vivre plus parfaitement que le commun, portoit à se retirer à la campagne dans le voisinage d'Alexandrie , & à demeurer enfermés dans des maisons, priant, méditant l'écriture sainte,travaillant de leurs mains, faisant des abstinences de plugeurs jours de suite , & ne pre

nant leur nourriture qu'après le soleil couché. C'est ce que dic Fleuri,hift. aufli M. l'abbé Fleuri dans son histoire Ecclesiastique ; mais Ecclef.tom.

M. B*** n'en convient point , & prétend que dans les deux premiers siecles de l'église il n'y avoit point de Chrétiens qui le distinguassent paraucun genre de vie particulier,& par consequent point de Therapeutes ni de Moines. Il ne trouve pas que S. Clement & Origenes ayent parlé, ni de Therapeutes,

ni de Moines. Il tire avantage du silence qu'il a cru remarquer Replique dans ces Peres,qui étant tous deux d'Alexandrie, vivant par Montfan- consequent au milieu des Therapeutes, ou habitant les mê. con p.245. mes lieux, devoient en avoir parlé ; & il ajoûte qu'on peut

dire la même chose de saini Athanase, qui fut patriarche de la même ville soixante dix ans après la mort d'Origene, qui a parlé de l'origine de la vie monastique, & qui n'auroit pas manqué de parler des Therapeutes, s'il étoit vrai que ces pieux solitaires eussent été des sectateurs de J. C.

A cela je répons : qué ces grandes assemblées des Thera. peutes, telles que les décrit Philon, ne subfifterent pas longtems; que les persecutions ve leur permirent pas de les continuer; qu'ils se contenterest de vivre en retraite dans leurs propres maisons ou à la campagne dans le voisinage des villes; qu'en quelques endroits,il y en avoit qui demeuroient cinq,lix ou dix dans un même lieu ; que pour lors on leur donna le nom d'Ascetes ; & que ceux qui demeuroient en Egypte ont pû encore conserver quelques observances judaïques.

Comment ne pouvoir pas fe persuader que c'est la vie des

Therapeutes, ou des Asceres de son tems, qu'Origene a déIn num. crite dans une de ses homelies, & qu'il a marquée comme un kom. 25. état distingué entre les Chrétiens, lorsqu'il dit qu'il y en a

qui sont attachés uniquement au service de Dieu, degagés des affaires temporelles, combattans pour

les foibles

par

la priere, le jeune, la justice, la piecé , la douceur , la chasteté & par toutes les vertus. C'est aulli des successeurs des Therapeu. tes.que S. Clement d'Alexandrie a voulu parler, lorsqu'il appelle vie solitaire,la vie de ceux qui gardoient la continence,

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Stromat.

1. 3 page

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& c'est ce que pratiquoient les Ascetes. Si nous n'avions pas perdu le Traité de la continence que saint Clement dans son livre du Pedagogue dit avoir composé, on y auroit sans doute trouvé qu'il y parloit amplement de la vie des Ascetes, puisqu'il appelle vie solitaire,la vie de ceux quigardoient la continence,

M. B***, pag. 264. de la même replique , avouant qu'avant que

saint Paul de Thebes se fût reciré dans la solitude, il pouvoit y avoir de pieux Chrétiens qui craignant leur foi. blesse & la contagion du monde,avoient pris le parti de mener une vie solitaire à la campagne,& dans quelques lieux voisins de leurs demeures, ce que saint Athanase prouve dans la vie de saint Antoine ; cela nous suffit pour les regarder comme Asceces & successeurs des Therapeutes , quelque nom que M. B*** leur veuille donner : ainfi nous trouvons des Moines, ou Ascetes dans les trois premiers fiecles de l'église, & nous demeurons d'accord que le nom de Moine écoit inconnu pour lors; que la profession des solitaires de ces premiers fiecles n'a pas été fixe; qu'elle ne l'a été que par les væux solemnels que

l'on a faits dans la suite ; & que la vie cenobitique parfaire n'a commencé qu'au tems de saint Antoine; ce qui n'em. pêche pas que dans les trois premiers siecles de l'église l'on ne trouve des vestiges de la vie Monastique & même Cenobitique, qui s'est perfe&ionnée peu à peu après que les persecutions ont cessé.

Par tout ce que nous venons de dire,l'on voit bien qu'Origene & faint Clement d'Alexandrie ne sont pas demeurés dans le silence au sujet des Therapeutes, comme prétend M. B*** ; puisqu'ils ont parlé de leurs successeurs qui n'ont fait que changer de nom , & que les persecutions ont empêché de continuer leurs asseniblées nombreuses , ayant été contraints, pour éviter la fureur des tyrans, de vivre seuls ou en perit nombre, dans leurs propres maisons ou dans des folicu. des. Mais il a quelque chose de plus fort à nous opposer , à ce qu'il prétend aussi, pour faire voir que du tems de saint Justin martyr,&de Tertullien,il n'y avoit point de ces fortes degens; ce sont des témoignages de ces mêmes Peres , ausquels

il ne croit pas qu'on puisse répondre. Il dit que faint Justin , dans Page 23 son épître à Diognette, atteste que les premiers Chrétiensja replique n'avoient point de pareils gens parmi eux;qu'il y avance har-ameriere de diment que les Chrétiens ne differoient des autres hommescon.

entre

ni par les lieux de leur demeure, ni par leur langue, ni même par leurs mours; qu'au contraire en quelque pays qu'ils habitassent , ils se conformoient aux habillemens, à la nourri. ture & aux autres manieres du pays ; & qu'il n'y avoit alors parmi eux aucune fe&te qui fît profession de se distinguer au dehors par une austerité de vie particuliere.

Avant que de citer l'épître de saint Justin à Diognette, il falloit qu'il prouvât qu'elle fût veritablement de saint Justin. M. de Tillemont le nie absolument, & M. du Pin semble en douter, puisqu'après avoir parlé des deux oraisons qui sont à la tête de les ouvrages , il dit: que leur stile semble être un peu different de celui de saint Justin , qu'on peut pourtant les lui attribuer', sans lui faire tort, & qu'on peut faire le même jugement de l'épître à Diognette qui est aussi d'un auteur ancien. Parler ainsi, ce n'est pas être assuré qu'elle soit de saint Justin ; en effet dans la table de la bibliotheque des auteurs Ecclesiastiques dont il a parlé dans le premier tome, ceux de saint Justin , il met ces deux oraisons, qui sont, dit-il, douteuses , & l'épître à Diognette, dont il dit aussi que

l'on doute; & plusieurs autres auteurs disent la même chose.

Mais supposons qu'elle soit veritablement de saint Justin , nous croyons que M. B*** n'en peut tirer aucun avantage. C'est beaucoup dire que ce Saint atteste que parmi les Chrétiens il n'y en avoit point qui renoncassent à leurs biens & à leurs

parens pour vivre dans la solitude & dans les deserts. Cela suppose qu'après avoir parlé de ces sortes de gens , il attestoit qu'il n'y en avoit point : cependant il n'en est parlé en aucune manière dans cette épître. On y trouve seulement que les Chrétiens ne differoient des autres hommes ,,ni

par les lieux de leur demeure., ni par leur langue, ni par mceurs , & qu'en quelque pays qu'ils habitassent, ils se conformoient aux habillemens, à la nourriture, & à toutes les autres manieres du

pays. Mais ce que M. B*** ajoûte que saint Justin dit, qu'il n'y avoit alors parmi les Chrétiens aucune lecte qui fît profession de se distinguer au dehors par une austerité de vie particuliere, ne s'y trouve pas non plus. L'endroit où M. B*** croit que l'auteur de cerce épître a parlé

a été traduit en ces termes par Robert Etienne: neque vitæ genus habent quod re aliqua sibi peculiari fit notabile : ce qui est la veritable signification, & ce qui marque seule.

ainsi;

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ment que l'auteur de l'épitre à Diognette a prétendu dire que les Chrétiens en general n'affectoient rien de particulier qui fiìt remarquable.

Mais qu'étoit-il nécessaire d'y faire une description de la vie monastique ? cet auteur parloit à un Payen qu'il vouloit convertir à la foi ; c'est pourquoi il lui faisoit seulement une description de la vie & des mæurs des Chrétiens en general; & s'il avoit voulu lui persuader d'embrasser la vie Monastique ou Ascetique , il n'auroit pas manqué de lui en parler. Puisque M. B*** nous cite un ouvrage faussement attribué à saint Justin , selon quelques-uns ou au moins douteux selon d'autres , nous lui citerons ausli un autre ouvrage faussement attribué à ce saint martyr , où il est parlé pofitivement de la vie Ascetique , & de ceux qui se retiroient dans la solitude ; ce sont ses réponses aux deinandes des Orthodoxes quejt. 19. & nous pourrions en même tems lui citer la lettre à Zena & à Serenus, qui est encore faussement attribuée à saint Justin par plusieurs sçavans, & reconnue nean. moins veritablement de lui par Ábrahain Scultet, écrivain Protestant , quoiqu'elle contienne quantité de preceptes qui concernent plâtôt des Moines Conobites , que de simples Chrétiens.

Quant à Tercullien, que M. B *** prétend lui être si fa. 'vorable, c'est que ce Pere répondant aux reproches que

les Apolog.cape Payens faisoient aux fideles, de ce qu'ils s'éloignoient du commerce du monde , il avoue qu'ils ne se trouvoient ni aux spectacles publics, ni aux temples des faux dieux, ni à aucunes autres pareilles ceremonies ; qu'il soûtient que pour tout le reste , ils suivoient exterieurement le même train de vie que les autres : Ejufdem habitus , ejufdemque ad vitam necessitatis : & qu'il ajoûte qu'ils ne sont point comme ces Philosophes des Indes qui habitent les bois, & qui s'exilent volontairement : Neque enim Brachmanæ aut Indorum Gymnosophiftæ fumus syl. vicola , & exules vitæ. Il y avoit bien de la difference entre les Therapeutes & les Brachmanes & Gymnosophistes des Indes ; car les Therapeutes avoient des habits , Philon en fait même la description , & ils ne vivoient pas en sauvages dans les bois comme lesGymnosophistes des Indes,qui étoient toûjours nuds, & qui ne couvroienc de leur corps que ce que la pudeur les obligeoit de cacher.

Tertul.

42.

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