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Congre- retirés , après avoir encore emporté avec eux le corps

de Flevar."* saint Benoît ; comine ce General dormoit dans le dortoir des

Freres , l'on prétend que faint Benoît s'apparut à lui,& que l'aïant frappé de son bâton , il le reprit severement de ce qu'il inquietroit ses Religieux , & lui dit qu'en punition de ses cruautés il mourroit bien-tôt, ce qui arriva en effer

peu

de tems après. Rainaud étant éveillé firau plûtôt sortir les Soldats du Monastere, & Rollon Duc des Normans aïapt sçu ce qui étoit arrivé à son General, non seulement épargna ce Monastere lorsque peu de tems après il alla faire une incursion en Bourgogne ; mais encore en consideration de saint Benoît , il empêcha que ses gens ne fissent aucun tort au païs d'alentour.

Il étoit impossible au milieu de tant de désordres que les Religieux pratiquaflent les Observances Regulieres. Ils tomberent insensiblement dans le relâchement , qui dans la suite s'augmenta de telle sorte , que l'an 930. on ne trouvoit plus à Fleury aucun vestige de ces pratiques de Religion si saintes & fi sages , qu'on venoit autrefois admirer dans ce Monastere. Les Religieux , que la crainte des Normans avoit obligés de füir & d'aller de côté & d'autre , étoient à la verité retournés à Fleury ; mais quoiqu'ils fussent unis de corps, ils étoient bien divisés d'esprit & n'avoient rien de commun que le vice. Chacun étoit propriétaire , on ne sçavoit plus ce que c'étoit que l'abstinence de la viande, on ne connoissoit plus le silence ; ils vouloient tous commander,personne ne vouloit obeïr , & on se mettoit peu en peine de la Regle de saint Benoît.

Tel étoit l'état déplorable de cette Maison , lorsque le Comte Elisiard animé du zele de la maison de Dieu obtint cette Abbaïe du Roi Rodolphe ou Raoul, dans l'intention de la réformer & d'y rétablir la Discipline Reguliere , ne pouvant plus souffrir que des Moines qui ne portoient pas seulement l'habit de l'Ordre de saint Benoît , vêcussent plus long-tems dans le déréglement. Mais ne pouvant pas de luimême corriger ces abus, il en commit le soin à saint Odon Abbé de Cluni, qui étoit pour lors au Monastere d’Aurillac en Auvergne, que le Bienheureux Gerard avoit fait bâtir il n'y avoit pas long-tems. Le Comte Elisiard aïant pris avec lui deux autres Comtes & deux Evêques,accompagna saint

.

Odon à Fleury : mais les Religieux à leur arrivée s'arme. CONGRE:
rent comme s'ils eussent eu encore à combattre les Nor- FLEURY.
mans ou des païens. Ils se barricaderent & monterent sur
les toits, d'où ils jetterent une grêle de pierres sur ceux qui
voulurent approcher : d'autres armés d'épée & de boucliers
défendoient les avenuës de l’Abbaïe en protestant qu'ils
mourroient plûtôt que de recevoir un Abbé d'un autre Mo-
nastere. Trois jours se passerent ainfi , lorsque saint Odon
inspiré de Dieu & contre le conseil des Evêques & des
Seigneurs dont il étoit accompagné, qui lui persuadoient
de ne pas s'exposer à la fureur de ces mutins , monta sur son
âne , & alla droit au Monastere, où par une espece de mira-
cle , ceux qui s'opposoient le plus à son entrée , vinrent au
devant de lui, & plus doux que des agneaux le reçurent avec
beaucoup de foầmission.

Mais lorsque l'on proposa de retrancher l'usage de la
viande & de bannir la proprieté , les murmures recommen-
cerent. Il y eut de nouvelles disputes beaucoup plus fortes &
plus animées. Il n'y eut que la constance du saint Abbé qui
pût mettre à la raison ces désobéissans & Dieu par un mira-
.cle , fit connoître combien l'abstinence de la viande lui étoit
agréable.Car un jour de saint Benoît que le poisson manqua,
les Religieux en trouverent abondamment dans un marais
voisin, où il n'y avoit jamais eu que des grenouilles. Enfin ils
reprirent les Observances Regulieres, qui furent observées
dans ce Monastere avec tant d'exactitude, que l'on y vint de
plusieurs endroits & même d'Angleterre , chercher des Re-
ligieux pour les enseigner à d'autres Monasteres , comme à
faint Pierre de Chartres , à saint Vincent de Laon, à Sau-
mur , à faint Pierre de Sens, à saint Eure de Toul & à quel-
ques autres , tant en France, qu'en Angleterre. Mais quoi-
que cette Abbaïe eût été reformée par un Abbé de Cluny,
elle ne lui fut pas pourtant soậmise , non plus que plusieurs
autres qui furent aussi réformées par des Religieux de Clu-
ny. Le Comte Elisiard voïant la Discipline Reguliere bien
établie à Fleury, fe mit lui-même sous la conduite de saint
Odon l'an 641. & prit l'habic Monastique dans ce Mona-
stere , auquel il donna une terre considerable qu'il avoit
dans le Gatinois.

Il paroît par les anciennes coûtumes qui étoient en pratis

GATION DE
FLEURY.

CONGRE. que dans cette Abbaïe , que le Pere Jean Dubois nous a

données dans sa Bibliotheque de Fleury, que l'on y faisoit beaucoup d'aumônes. Le Jeudi Saint on chanroit une grande Melle à l'Autel de sainte Croix à laquelle devoient allister cent pauvres, à chacun desquels on donnoit une hostie non consacrée, & après la Messe on les faisoit manger. Ils devoient avoir deux pitances, l'une de féves, l'autre de miller. Après le dîné des Religieux , l’Abbé lavoit les pieds & les mains à douze pauvres, & leur donnoit du pain, du vin , deux harengs, & douze deniers ; & le même jour on donnoit encore du pain & du vin à tous ceux qui se presentoient. On faisoit aussi une aumône generale le jour de la Pentecôte: on donnoit encore à manger à cent pauvres , qui de. voient avoir du pain, du vin , & de la viande ; & le jour de la Commemoraison des Morts, on faisoit aussi une aumône generale de bled. La maniere d'élire l'Abbé est prescrite dans ces anciennes Coûtumes, où il est marqué que l'Abbé étant élu, pouvoit se faire benir par tel Evêque que bon lui fembloit , excepté par l'Evêque d'Orleans & par l'Archeyêque de Sens. Il y a de l'apparence qu'ils ne se faisoient pas benir par l'Evêque d'Orleans, à cause des differends qu'ils avoient fouvent avec ce Prelat , qui prétendoit avoir Jurisdi&tion sur ce Monastere ; ni par l'Archevêque de Sens, à cause qu'il étoit le Metropolitain. L'on trouve ausi après ces anciennes Coûtumes de Fleury, une taxe faite par PAbbé Macaire sur tous les Prieurés & les Prévôtés de la dépendance de cette Abbaïe , pour avoir des Livres pour

la Bibliotheque; & il paroît que cette Abbaïe avoit pour lors trente Prieurés & Prévôtés, du nombre desquels étoient les Prieurés de la Riole, du Saux en Limagne, de Perrecy en Bourgogne, de Sancere , de Vailly-sur-Gien,de S. Brisson, de saint Agnan , d'Etampes, d'Anecourt , de la Cheze en Sologne, de Lauris , & de la Cour de Marigny. Mais il y a erreur en la date de cette taxe, que le Pere Dubois marque être des Calendes de Mars 1346. la dixiéme année de Louis Roi de France & Duc d'Aquitaine , puisque Philippe de

lors. Il y avoit aussi sans doute des Abw baïes qui dépendoient de Fleury, puisque le Moine Aimoin, dans la vie de faint Abbon, Abbé de ce Monastere , qui fut tué l'an 1004. dit que la douleur qu'on eur de la mort,

Valois regnoit pour

augmenta par l'arrivée d'un grand nombre d'Abbés , qui Congravenoient pour la Fête de saint Benoît, qui se celebroit au Fleury. mois de Decembre, dont il y en avoit qui avoient été mandés pour pourvoir au bon ordre de la Congregation,& d’autres qui étoient venus pour consulter saint Abbon , entre lesquels étoit saint Odilon, Abbé de Cluni ; & que le chagrin que ces Abbés firent paroître de ne plus trouver saint Abbon, renouvella la douleur de ces Religieux,d’être privés d'un tel Pasteur.

Les Calvinistes dans le seiziéme siécle , n'eurent pas pour cette Abbaïe les mêmes égards qu’avoient eu les Normans, quoiqu'Infideles & Païens. Le Cardinal Oder de Châtillon , qui en étoit Abbé Commendataire , y envoïa après son apostasie, arrivée l'an 1562. son Intendant avec des Soldats, pour en emporter les vases sacrés , & tout ce qui étoit dans le trésor. Joubert,qui en étoit Prieur, obrint seulement de l’Intendant les Reliques de saint Benoît ; mais la Châlle d'or qui les enfermoit fut brisée & emportée, aussi bien qu’un Reliquaire d'argent où étoit un oflement de la cuisse de saint Sebastien, que le Chantre de cette Abbaïe sauva heureusement des mains sacrileges de ces Heretiques. Les Satelites de ce Cardinal apostat avoient laissé les autres Reliques , qui étoient dans des Châsses de bois doré ; mais la même année le Prince de Condé étant à Orleans,envoïa derechef des Soldats à Fleury pour enlever ce que gens

du Cardinal avoient épargné. Les Reliques furent profanées & foulées aux pieds , tous les ornemens de l'Eglise furent pillés, & les Calvinistes firent le Prêche & la Cêne dans l'Eglise. Le Corps de saint Benoît fut neanmoins à couvert de leurs infu!tes, aussi-bien que la Relique de saint Sebastien: mais la plus considerable perte que souffrit ce Monastere, ( où l'on enseignoit autrefois les Sciences ) fur celle des manuscrits qui furent brûlés, déchirés ou dispersés, dont le nombre étoit très grand : ce qui n'est pas difficile à concevoir , puisque ses Écoles étoient en fi grande recommandation, qu'il s'y est trouvé jusqu'à cinq mille Ecoliers, & que chacun d'eux donnoit par reconnoissance deux volumes à la Bibliotheque

A l'Abbare de Fleury ou de saint Benoît-sur-Loire, nous joindrons celle de saint Benigne de Dijon, & de la Chaise- Dijon.

les

S BENI. GNE DE

Congre. Dieu. L'on ne peut gueres refuser le titre de Chef d'Ordre SATION DB à celle de saint Benigne , puisqu'outre les Prieurés qui en ONE DE dépendoient , saint Guillaume , l'un de ses Abbés, présidoit

sur plus de quarante Abbaïes qu'il réforma. Saint Benigne de Dijon fut fondé au commencement du sixiéme siécle par Gregoire Evêque de Langres, qui aïant trouvé les Reliques de ce saint Martyr , en fit la Translation, & bâtit autour de son Tombeau une Eglise & un Monastere , qu'il dota de son propre bien , & de quelques terres de son Evê. ché. Gontran Roi de Bourgogne en augmenta considerablement les revenus. Ce Prince aïant fondé l'Abbaïe de faire Marcel près de Châlons, voulut que cette Abbaïe , & celle de saint Benigne , fussent associées à celle de saint Maurice d'Agaune, dont il voulut qu'elles gardassent les Coûtumes , tant à l'égard de la Psalmodie continuelle , qu'à l'égard des autres Observances.

Les Moines de saint Benigne tomberent dans la suite comme les autres dans le relâchement. A peine dès le neuviéme siécle y restoit-il encore quelques traces des Observances. Regulieres , qu'on y avoit autrefois admirées. Ils avoient même honte de porter le nom de Moines , & fe faisoient appeller Clercs , par un esprit de vanité. Herlogaud qui en étoit Abbé , y rétablit pourtant avec beaucoup de peine la Discipline Reguliere l'an 819. & fit glise: mais sous le regne de Charles le Chauve , Roi de France, ce Monastere se trouvoit encore en fi mauvais ordre, que le grand nombre de Religieux qui y étoit autrefois, étoit presque reduit à dix, qui vivoient dans un étrange déreglement. Isaac, Evêque de Langres , le repara une leconde fois , & y fit venir des Religieux , plus reguliers & plus exemplaires, ausquels il permit d'elire un Abbé, conformément à la Regle de saint Benoît. Le relâchement s'y étant glissé encore dans la suite, Bruno Evêque de Langress n'oublia rien pour faire retourner les Religieux dans leur premier état ; mais ses efforts aïant été inutiles , il s'adressa à faint Mayeul, Abbé de Cluni , qui étant en ce tems-là le Restaurateur de la vie Monastique , lui accorda douze Religieux d'une éminente pieté, pour remettre la Regularité & le bon ordre dans cette Maison. Ils arriverent à saint Benigne le 25. Novembre de l'an 989. auquel comme on

celebroic

reparer l'E

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