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GATION DE

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CONGRE- raison on a dû regarder l'Abbaïe de Fleury ou de saint

Benoît-sur-Loire comme un Chef d'Ordre ; non seulement
FLEURY.

par rapport aux Monasteres qui lui écoient foûmis ; mais
encore à cause de la prééminence, qui lui a été accordée
par

les souverains Pontifes au dessus de tous les autres Mo-
nasteres; Leon VII. l'aïant appellé le premier & le Chef de
tous les Monasteres : Caput ac primas omnium Cænobiorums
& Alexandre II. aïant donné la qualité de premier des
Abbés de France à l'Abbé de ce Monastere , qui a en effet
l'avantage de posseder les sacrées Reliques de laint Benoît ,
Patriarche des Moines d'Occident.

L'on ne peut pas marquer positivement dans quelle année cette celebre Abbaïe fut bâtie ; il est néanmoins certain que ce fut au commencement du regne du jeune Clovis , fils de Dagobert , qui donna par échange le village de Fleury sur Loire

pour la terre d'Atcigny à Leodebold Evêque d'Orleans qui fit bâtir à Fleury deux Eglises & un Monastere dont il donna le gouvernement à Rigomar , qui en fut premier Abbé. La premiere & la principale de ces Eglises fut dédiée à saint Pierre ; ce qui fit que ce Monastere en prit le nom , & la seconde fut consacrée sous le titre de la sainte Vierge : mais le corps de saint Benoît aïant été transporté du Mont Caflin dans cette derniere, elle devint dans la suite la principale Eglise & prit le nom de saint Benoît. Nous avons ci-devant parlé de cette translation qui se fit l'an 653. par l'Abbé Mommol qui succeda à Rigomar : & depuis ce tems-là , la France a toûjours possede ces saintes Reliques.

L'Observance Reguliere fut long tems en vigueur dans ce Monastere. On y enfeignoit les sciences divines & humaines : on y formoit les enfans à tous les exercices de la pieté

la plus exacte ; & cette maison qui portoit bien loin la bonne odeur de Jesus-Christ , écoit en grande veneration dans toutes les Provinces voisines; mais la fureur des Normans qui désoloient toutes les côtes de la Loire obligea les Religieux d'enfortir pour échapper à leur cruauté, & d'emporter avec eux le Corps de saint Benoît,qui étoit l'objet le plus sensible de leur pieté & dont la présence animoit un chacun à la pratique de tant de vertus qu'il avoit pratiquées pendant sa vie. Ces Barbares y vinrent l’an 865. & le trouvant abandonné, ils ne se contenterent pas d'emporter ce

GATION DE
FLEURY.

qu'ils purentsiis mirent encore le feu aux bâtimens, presque tout fut renversé, l'Eglise fut réduite en cendres : & les fâmes aïant feulement épargné une partie du Dortoir,les Religieux y retournerent,le firent servir d'Oratoire,&y mirent les reliques du S.en attendant

que

l'on eût rebâti une autre Eglise. Les Normans étant retournés à Fleury l’an 878. les Religieux qui eurent avis de leur marche , s'enfuirent à Marrini dans le Gatinois , où ils crurent être en sureté, aïant emporté avec eux tout ce qu'ils avoient de plus précieux, dont ils chargerent quantité de chariots. Ces Barbares n'aïant trouvé à Fleury que les quatre murailles , suivirent les Religieux à la piste des chariots dans le dessein de les massacrer & d'emporter tout ce qu'ils avoient fauvé de leur Monastere. Mais l'Abbé Hugues qui avoit été chercher quelque secours en Bourgogne , étant survenu comme ces Barbares fe disposoient pour attaquer les Religieux , les chargea fi brusquement avec Girbord Comte d'Auxerre qui s'étoit joint à lui avec ses troupes , que les Normans furent tous taillés en piéces. A peine en resta-t-il un pour porter aux autres la nouvelle de leur défaite , & l'Abbé Hugues avoüa qu'il avoit vû dans le combat faint Benoît , qui d'une main tenoit les rénes de son cheval , & de l'autre son bâton Pastoral, dont il avoit tué un grand nombre d'ennemis. Diederic Moine d'Hersfeld en Allemagne qui avoit demeuré longtems à Fleury , rendant compte à Richard Abbé d'Amerbach de ce qui avoit donné lieu de celebrer le quatre Decembre, la Fête de l'Illation ou du retour de saint Benoît , dit que ce fut le retour solemnel de ces Reliques qui furent

apportées à Fleury , après avoir été quelque tems dans l'Eglise de saint Agnan à Orleans , pour les mettre à couvert de la fureur des Normans , dont il rapporte une semblable défaite proche d’Angers par le Comte Gistolfe, Advoüé de cette Abbare , après que ces Barbares l'eurent encore pillée & tué soixante Religieux, mais il y a lieu d'en douter.

Les mêmes Normans eurent plus de respect pour ce lieur dans la suite ; car sous l'Abbé Lambert l’an 909. Raynaud qui commandoit une flotte de ces peuples qui étoient encore infideles, parcourant tous les rivages de la Loire , où il mectoit tout à feu & à fang,étant arrivé à Fleury,& trouvant le Monastere abandonné de tous les Religieux qui s'étoient

Congre- retirés , après avoir encore emporté avec eux le corps

de FLEURY.** faint Benoît ; comme ce General dormoit dans le dortoir des

Freres, l’on prétend que faint Benoît s'apparut à lui,& que l'aïant frappé de son bâton , il le reprit severement de ce qu'il inquiettoit ses Religieux , & lui dit qu'en punition de ses cruautés il mourroit bien-tôt, ce qui arriva en effer

peu

de tems après. Rainaud étant éveillé firau plûtôt sortir les Soldats du Monastere, & Rollon Duc des Normans aïapt scu ce qui étoit arrivé à son General, non seulement épargna ce Monastere lorsque peu de tems après il alla faire une incursion en Bourgogne ; mais encore en consideration de saint Benoît , il empêcha que ses gens ne fillent aucup tort au païs d'alentour.

Il étoit impossible au milieu de tant de désordres que les Religieux pratiquaflent les Observances Regulieres. Ils tomberent insensiblement dans le relâchement , qui dans la suite s'augmenta de telle sorte , que l'an 930. on ne trouvoit plus à Fleury aucun vestige de ces pratiques de Religion si saintes & fi sages , qu'on venoit autrefois admirer dans ce Monastere. Les Religieux , que la crainte des Normans avoit obligés de füir & d'aller de côté & d'autre , étoient à la verité retournés à Fleury ; mais quoiqu'ils fussent unis de corps ,

ils étoient bien divisés d'esprit & n'avoient rien de commun que le vice. Chacun étoit propriécaire , on ne sçavoit plus ce que c'étoit que l'abstinence de la viande, on ne connoissoit plus le silence ; ils vouloient tous commander,personne ne vouloit obeïr , & on se mettoit peu en peine de la Regle de saint Benoît.

Tel étoit l'état déplorable de cette Maison , lorsque le Comte Elisiard animé du zele de la maison de Dieu obtint cette Abbaïe du Roi Rodolphe ou Raoul, dans l'intention de la réformer & d'y rétablir la Discipline Reguliere , ne pouvant plus fouffrir que des Moines qui ne portoient pas seulement l'habit de l'Ordre de saint Benoît , vêcussent plus long-tems dans le déréglement. Mais ne pouvant pas de luimême corriger ces abus, il en commit le soin à saint Odon Abbé de Cluni, qui étoit pour lors au Monastere d’Aurillac en Auvergne, que le Bienheureux Gerard avoit fait bâtir il n'y avoit pas long-tems. Le Comte Elisiard aïant pris avec lui deux autres Comtes & deux Evêques,accompagna saint

.

Odon à Fleury : mais les Religieux à leur arrivée s'arme. CONGRE:
rent comme s'ils eussent eu encore à combattre les Nor- FLEURY.
mans ou des païens. Ils se barricaderent & monterent sur
les toits, d'où ils jetterent une grêle de pierres sur ceux qui
voulurent approcher : d'autres armés d'épée & de boucliers
défendoient les avenuës de l’Abbaïe en protestant qu'ils
mourroient plûtôt que de recevoir un Abbé d'un autre Mo-
nastere. Trois jours se passerent ainfi , lorsque saint Odon
inspiré de Dieu & contre le conseil des Evêques & des
Seigneurs dont il étoit accompagné, qui lui persuadoient
de ne pas s'exposer à la fureur de ces mutins , monta sur son
âne , & alla droit au Monastere, où par une espece de mira-
cle , ceux qui s'opposoient le plus à son entrée , vinrent au
devant de lui, & plus doux que des agneaux le reçurent avec
beaucoup de foầmission.

Mais lorsque l'on proposa de retrancher l'usage de la
viande & de bannir la proprieté , les murmures recommen-
cerent. Il y eut de nouvelles disputes beaucoup plus fortes &
plus animées. Il n'y eut que la constance du saint Abbé qui
pût mettre à la raison ces désobéissans & Dieu par un mira-
.cle , fit connoître combien l'abstinence de la viande lui étoit
agréable.Car un jour de saint Benoît que le poisson manqua,
les Religieux en trouverent abondamment dans un marais
voisin, où il n'y avoit jamais eu que des grenouilles. Enfin ils
reprirent les Observances Regulieres, qui furent observées
dans ce Monastere avec tant d'exactitude, que l'on y vint de
plusieurs endroits & même d'Angleterre , chercher des Re-
ligieux pour les enseigner à d'autres Monasteres , comme à
faint Pierre de Chartres , à saint Vincent de Laon, à Sau-
mur , à faint Pierre de Sens, à saint Eure de Toul & à quel-
ques autres , tant en France, qu'en Angleterre. Mais quoi-
que cette Abbaïe eût été reformée par un Abbé de Cluny,
elle ne lui fut pas pourtant soậmise , non plus que plusieurs
autres qui furent aussi réformées par des Religieux de Clu-
ny. Le Comte Elisiard voïant la Discipline Reguliere bien
établie à Fleury, fe mit lui-même sous la conduite de saint
Odon l'an 641. & prit l'habic Monastique dans ce Mona-
stere , auquel il donna une terre considerable qu'il avoit
dans le Gatinois.

Il paroît par les anciennes coûtumes qui étoient en pratis

CONGRE. que dans cette Abbaïe , que le Pere Jean Dubois nous a FATURY. DE données dans sa Bibliotheque de Fleury, que l'on y faisoit

beaucoup d'aumônes. Le Jeudi Saint on chantoit une grande Mesle à l'Autel de sainte Croix, à laquelle devoient allister cent palpvres, à chacun desquels on donnoit une hostie non consacrée , & après la Messe on les faisoit manger.

Ils devoient avoir deux pitances , l'une de féves, l'autre de miller. Après le dîné des Religieux , l'Abbé lavoit les pieds & les mains à douze pauvres, & leur donnoit du pain, du vin , deux harengs , & douze deniers ; & le même jour on donnoit encore du pain & du vin à tous ceux qui se presentoient. On faisoit aussi une aumône generale le jour de la Pentecôte: on donnoit encore à manger à cent pauvres , qui de. voient avoir du pain, du vin , & de la viande ; & le jour de la Commemoraison des Morts, on faifoit aussi une aumône generale de bled. La maniere d’élire l'Abbé est prescrite dans ces anciennes Coûcumes, où il est marqué que l'Abbé étant élu, pouvoit se faire benir par tel Evêque que bon lui fembloit, excepté par l'Evêque d'Orleans & par l'Archeyêque de Sens. Il y a de l'apparence qu'ils ne se faisoient pas benir

par l'Evêque d'Orleans, à cause des differends qu'ils avoient souvent avec ce Prelat , qui prétendoit avoir Jurisdiction sur ce Monastere ; ni par l'Archevêque de Sens , à cause qu'il étoit le Metropolitain. L'on trouve ausi après ces anciennes Coûtumes de Fleury, une taxe faite par PAbbé Macaire sur cous les Prieurés & les Prévôtés de la dépendance de cette Abbaïe , pour avoir des Livres pour la Bibliotheque ; & il paroît que cette Abbaïe avoit pour lors trente Prieurés & Prévôtés, du nombre desquels étoient les Prieurés de la Riole, du Saux en Limagne, de Perrecy en Bourgogne, de Sancere , de Vailly-sur-Gien,de S. Brisson, de saint Agnan , d'Etampes, d’Anecourt, de la Cheze en Sologne, de Lauris , & de la Cour de Marigny. Mais il y a erreur en la date de cette taxe, que le Pere Dubois marque être des Calendes de Mars 1346. la dixiéme année de Louis Roi de France & Duc d'Aquitaine , puisque Philippe de

lors. Il y avoit aussi sans doute des Abu baïes qui dépendoient de Fleury, puisque le Moine Aimoin, dans la vie de faint Abbon, Abbé de ce Monastere, qui fut tué l'an 1004. dit que la douleur qu’on eur de la mort,

Valois regnoit pour

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