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S. COLOM
BAN

res,

&

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Après la Regle suit le Penitentiel, c'est-à-dire, les correc- ORDRE DE tions des fautes ordinaires des Moines. La punition la plus frequente sont les coups de foüer, six pour les fautes lege

pour les autres à proportion , quelquefois jusqu'à deux cens; mais jamais plus de vingt-cinq à la fois. Souvent on condamnoit au silence , ou à des jeûnes extraordinaires ; ce qui s'appelloit simplement Superposition , & quelquefois à certains nombres de Pseaumes. Par exemple, celui qui n'avoit

pas fait le signe de la Croix sur sa cuillere, ou qui avoit toussé au commencement d'un Pleaume, ou qui approchant de la sainte table , avoit touché le Calice avec les dents, ou qui étant Prêtre n'avoit pas rogné ses ongles avant que d'offrir le faint Sacrifice, ou qui étant Diacre, n'avoit pas rasé sa barbe , recevoit fix coups de foüer. Si quelque Frere voulant sortir du Monastere, ne s'étoit pas humilié pour demander la benediction , & après l'avoir reçuë , n'avoit pas fait le signe de la Croix, & ne se presencoit pas devanţ la Croix, il recevoit douze coups de foüer ; & cin-: quante, si en rentrant dans le Monastere, il venoit la tête couverte , & ne demandoit pas la benediction , ou s'il mangeoit sans l'avoir prise, ou qu'il eût fait du bruit pendant P'Oraison. Si quelqu'un avoit parlé familierement, étant seul avec une femme , il devoit jeûner deux jours au pain & à l'eau, ou recevoir deux cens coups de fouet. Si quelqu'un avoit manqué à fermer la porte de l'Eglise , il disoit douze Pleaumes ; s'il avoit craché ou touché l'Autel, vingt-quatre Pleaumes ; & s'il avoit touché la muraille, six. Ils portoient l'Eucharistie sur eux;& ceux qui l'avoient perduë,devoient êcre un an en penitence.Ceux qui en avoient laissé corrompre les especes, en sorte qu'il n'en restât rien du tour , étoient lix mois en penitence. Si l'on y trouvoit encore quelques restes, ils faisoient penitence pendant quarante jours

. Si elle avoit changé de couleur, & qu'elle fùt rouge, on leur imposoit vingt jours de penitence ; & si elle étoit de couleur hyacinte, seulement quinze jours. Si elle n'avoit pas changé de couleur , & qu'elle fût seulement attachée au vase dans lequel ils la portoient,ils n'en faisoient que sept jours Il y a bien des choses dans ce Penitenciel qui paroissent des minuties, & qui font connoître quelle étoit la Discipline severe des Monasteres de ces premiers siécles.

ORDRE DE
S. COLOM-
BAN.

Il y avoit deux Oeconomes dans chaque Monastere, un grand & un petit

. Le grand étoit le Prevot, chargé des affaires exterieures , afin que l'Abbé n'eût que le soin des ames : le petit écoit chargé du détail de la maison. Les Moines changeoienc d'habit pour la nuit, ils reprenoient ensuite . l'habit du jour, après en avoir demandé permission à chaque fois. Ils demeuroient assis tandis que l'on sonnoit l'Office, excepté les Penitens , qui se tenoient debout. Ils se lavoient souvent la tête, & il n'étoit permis aux Penitens de la. laver que les Dimanches.. Saint Colomban dans ce Penitentiel distingue deux sortes de pechés : les pechés mortels, que l'on devoit confeffer au Prêtre ; & les moindres pechés, que l'on confessoit souvent à l'Abbé, ou à d'autres qui n'éc toient pas Prêtres , ayant que de se mettre à table ou au lit. Il paroît ausli par ce Penitentiel , que dans ce tems-là la Communion sous une seule espece étoit quelquefois en. usage;.car il est ordonné

que les Novices n'approcheront pas

du Calice à la Communion..

Saint Colomban, qui en passant de l'Irlande en France , avoit changé de païs, mais non pas de discipline , principalement au sujet de la Pâque qu'il celebroit au jour marqué dans le Calendrier des Hibernois , donna occafion aux: Ecclesiastiques de son voisinage qui s'en apperçurent , de blâmer ouvertement la conduite parce que, selon- çe Calendrier , on celebroit quelquefois cette grande. Fête le même jour que les Juifs , comme nous l'avons dit ci-des- . fus ; c'est

pourquoi ce Saint écrivit sur ce sujet deux Lettres à saint Gregoire , qui ne lui furent pas renduës. Il écria vit aussi aux Prélats de France, qui tenoient un Synode dans quelques villes de Bourgogne ; mais on ne sçait point fi ce Concile fit quelque Decret touchant la Fête de Pâque. Il écrivit l'an 6os. au Pape Boniface 111. sur le mêine sujet , & lui envoïa copie des Lettres qu'il avoit écrites à saintGregoire, le priant de lui permettre de ne point recevoir là-dessus les Regles.des François , mais de celebrer coûjours la Pâque avec les Disciples', comme ils l'avoient appris de leurs Peres. On ne sçait point non plus quelle réponse lui? fit le Pape ; mais il est probable que ce Saint écant en Italie, , comme nous le dirons dans la suite, avoit abandonné

pour: lors la Tradition des Hibernois:c'est ce qui paroît tant par les

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S. COLOM
BAN.

Lettres qu'il écrivit du Monaltere de Bobio au Pape Boni- ORDRE DE face I V. au sujet des trois Chapitres , que par le Concile de Mâcon, dans lequel il n'est fait aucune mention de la celebration de la Pâque, quoi qu'Agrestin y eût fait des plaintes de plusieurs lingularités que saint Colomban avoit introduites dans ses Monasteres.

Ce Saint donnoit librement des avis aux Princes & aus Rois , & Thierri Roi de Bourgogne qu'il reprit de plusieurs crimes infames & scandaleux, en auroit heureusement profité , fi la Reine Brunehaut sa grand'-mere, qui l'entretenoit dans le vice, n'y eût mis quelque obstacle. Etant un jour resté à la Cour, cette Princesse lui presenta les enfans naturels de ce Roi , afin qu'il leur donnât la benedi&tion ; mais il ne jugea pas à propos de le faire. Ce refus irrita tellement Brunehaut, qu'elle resołuc de le perdre. Elle engagea dans sa passion tous les Grands du païs,

même les Evêques. Le prétexte que l'on prit pour le persecucer, furent les nouveautés qu'il avoit introduites dans ses Monasteres, le trop de fecret, & la grande retraite que l'on y gardoit ; & qu'au lieu de laisser entrer les feculiers par tout, il y avoit un logis feparé du Monastere destiné pour les recevoir ; mais le Saint ne voulant rien changer dans ce point de Discipline fut relegué à Besançon, où la delivrance miraculeuse qu'il fit de tous les prisonniers de la ville lui aïant fait donner la liberté de retourner à Luxeüil, on l'en tira de force

pour

le conduire à Nantes en Bretagne, au milieu d'une troupe de Soldats, dans le deffein de le faire repasser en Irlande.

Mais Dieu en disposa autrement par un grand nombre de miracles qu'il fit pour s'opposer à fon exil. Entre les autres le vaisseau préparé pour son passage ne put jamais monter en pleine mer , & fut toûjours rejetcé sur le rivage:de forte qué ses gardes touchés de ce miracle, le laifferent en liberté. H vint trouver Clothaire fils de Chilperic qui regnoit dans la France Occidentale qu'on appelloit Neustrie, & il en fuc reçu avec une bonté extraordinaire. Il refusa de s'établir dans ses Eracs & d'y bátir un Monastere , fçachant bien que Dieu l'appelloit ailleurs. Il passa à la Cour de Theodebert Roi d'Australie,qui le reçut avec la même bienveillance , & ce Prince lui offrit avec une bonté & une generosité Royale & chrétienne de lui donner dans ses Etats quelquelieu com,

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ORDRE DE

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en

mode pour lui & pour ses Disciples proche de quelques peuS. COLOM: ples encore infideles , ausquels il pourroit prêcher la Foy &

les grandes verités de la Religion. Ce Saint toûjours plein de zele , aïant accepté ces offres, passa à Mayence & remontant toûjours le feuve , entra dans l’Aar , de-là dans la Leinat., & s'avança jusqu'à l'extrémité du lac de Zuric. Etant venu à Zug , il trouva cette solitude si agréable qu'il résolut de s'y arrêter. Les habitans de ces lieux étoient cruels & impies: ils adoroient encore des. Idoles, leur offroient des sacrifices, & observoient les augures. & les divinations. Ce Saint en convertit plusieurs par ses prédications : mais faint Gal qui l'accompagnoit aïant brûlé les Temples des Idoles & jetté dans le lac toutes les offrandes qu'il y trouva , ces Barbares

furent si irrités qu'ils résolurent de le tuer , & de chasser de leur pars saint Colomban , après l'avoir fouetté & maltraité..

Leur dessein aïant été connu du Saint , il résolut d'abans donner ces cæurs endurcis , & passa avec ses Religieux à un Bourg nommé Arben sur le lac de Constance. Là, il trouva un Prêtre nommé Willimar qui lui indiqua un lieu fertile & agréable environné de montagnes , où étoient les ruines d'une petite ville nommée Bregentz. Saint Colomban y étant arrivé avec ses compagnons , y trouva un Oratoire dedié à sainte Aurelie , auprès duquel ils firent de petits logements. La présence de saint Colomban fut très utile en ce païs-là ; car il procura la conversion de quantité de païens.

.. Une famine

y étant survenuë , ses. Disciples, furent plufieurs jours sans prendre de nourriture: mais Dieu protegeant visiblement ses serviteurs,leur envoïa de petits oiseaux extraordinaires que l'on pouvoit prendre aisément à la main, & ils en vêcurent jusqu'à ce que Gaudence Evêque de Constance, leur aïant envoïé du bled., ces oiseaux s'enyo, lerent.. Cependant la

guerre

s'étant renouvellée entre Theodebert & Thierri, & le premier aïant été fait prisonnier dans la bataille de Tolbiac, on lui coupa les cheveux. & un peu après on lui ôta la vie par les Ordres de Brunehaut. Comme Thierri

par

le moïen de cette victoire devenoit maître du pais de son ennemi , faint Colomban , jugeant qu'il n'y avoit plus de sureté pour lui de demeurer dans le Monastere qu'il

avoir

?

BAN.

ävoit fait bâtir, puisque ce Prince s'étoit declaré son persecu- ORDRI NE teur ; se détermina à passer en Italie où il fonda l’Abbaïe de S. COLOM. Bobio au Mont-Apennin. Mais à peine y eut-il fixé sa demeure, que Clothaire ( qui s'étoit rendu maître de toute la France, après la mort de Thierri, qui arriva peu de tems après ) aïant sçu sa retraite , envoïa chercher saint Eustase, qui gouvernoit le Monastere de Luxeüil, & le pria d'aller trouver saint Colomban, & de mener avec lui ceux qu'il voudroit de sa noblesse pour être les cautions de la bonne volonté , afin d'inviter ce faint homme à le venir trouver. Eustase s'acquita fidellement de sa commission. Saint Colomban le reçur avec une grande joïe & lechargea de l'excufer auprès du Roi sur l'impossibilité où il étoit de retourner en France , & de lui dire qu'il lui demandoit seulement la protection pour

le Monastere de Luxeuil. Il donna une Lettre à saint Eustase pour ce Prince , qui l'aïant reçuë avec bien de la satisfaction ( quoiqu'elle fût pleine d'avis pour le corriger) accorda la protection au Monastere de Luxeüil , l'enrichit de grands revenus & en étendit les limites autant que saint. Eultase le souhaita. Pour ce qui regarde S. Colomban, aïant demeuré un peu plus d'un an à Bobio , il y mourut le 22. Octobre 615. au grand regret de tous ses Disciples qu'il avoit formés avec un zele incroïable à la vertu & à la perfe&tion. Ce fut de ce Monastere de Bobio qu'il écrivir l'an 913. au Pape Boniface IV. au sujet des trois Chapitres ( c'est ainsi qu'on appelloit les écrits de Theodore de Mopsueste, de Theodoret,contre ceux de saint Cyrille , & la Lettre d'Ibas à Maris Persan , que le cinquiéme Concile General avoit condamnés , comme favorables à l'Herélie de Nestorius ) ; mais saint Colomban étoit mal instruit du fait & prévenu par les Schismatiques , puisqu'il fupposoit que le Pape Vigile étoit mort Herétique , & qu'il s'étonnoit que l'on recitât son nom avec ceux des Evêques Catholiques.

Saint Colomban aïant été obligé de quitter Luxeuil , Y avoit laissé faint Attale pour y faire la fonction de Prieur ; mais aïant appris que quelques seculiers s'étoient emparés d'une partie de son Monastere ( comme fi sa disgrace eût été un titre qui autorisât leur usurpation, ) il y envoïa S. Eu. stase

pour gouverner cette Communauté. Ce Saint retira des mains des usurpateurs les biens qui appartenoient au Mona

Tome V.

K

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