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S. COLOM
BAN.

Lettres qu'il écrivit du Monaltere de Bobio au Pape Boni- ORDRE DE face I V. au sujet des trois Chapitres , que par le Concile de Mâcon, dans lequel il n'est fait aucune mention de la celebration de la Pâque, quoi qu'Agrestin y eût fait des plaintes de plusieurs lingularités que saint Colomban avoit introduites dans ses Monasteres.

Ce Saint donnoit librement des avis aux Princes & aus Rois , & Thierri Roi de Bourgogne qu'il reprit de plusieurs crimes infames & scandaleux, en auroit heureusement profité , fi la Reine Brunehaut sa grand'-mere, qui l'entretenoit dans le vice, n'y eût mis quelque obstacle. Etant un jour resté à la Cour, cette Princesse lui presenta les enfans naturels de ce Roi , afin qu'il leur donnât la benedi&tion ; mais il ne jugea pas à propos de le faire. Ce refus irrita tellement Brunehaut, qu'elle resolur de le perdre. Elle engagea dans sa passion tous les Grands du païs, même les Evêques

. Le prétexte que l'on prit pour le persecucer, furent les nouveautés qu'il avoit introduites dans ses Monasteres , le trop de fecret, & la grande retraite que l'on y gardoit ; & qu'au lieu de laisser entrer les feculiers par tout, il y avoit un logis feparé du Monastere destiné pour les recevoir ; mais le Saint ne voulant rien changer dans ce point de Discipline fut relegué à Besançon, où la delivrance miraculeuse qu'il fit de tous les prisonniers de la ville lui aïant fait donner la liberté de retourner à Luxeüil, on l'en tira de force

pour

le conduire à Nantes en Bretagne, au milieu d'une troupe de Soldats, dans le deffein de le faire repasser en Irlande.

Mais Dieu en disposa autrement par un grand nombre de miracles qu'il fit pour s'opposer à fon exil. Entre les autres le vaisseau préparé pour son passage ne put jamais monter en pleine mer , & fut toûjours rejecté sur le rivage:de forte qué ses gardes touchés de ce miracle, le laifferent en liberté. H vint trouver Clothaire fils de Chilperic qui regnoit dans la France Occidentale qu'on appelloit Neustrie, & il en fuc reçu avec une bonté extraordinaire. Il refusa de s'établir dans ses États & d'y bátir un Monastere , fçachant bien que Dieu l'appelloit ailleurs. Il passa à la Cour de Theodebert Roi d'Australie,qui le reçut avec la même bienveillance, & ce Prince lui offrit avec une bonté & une generosité Royale & chrétienne de lui donner dans ses Etats quelquelieu com,

ORDRE DE

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en

mode pour lui & pour ses Disciples proche de quelques peuS. COLOM: ples encore infideles , ausquels il pourroit prêcher la Foy &

les grandes verités de la Religion. Ce Saint toûjours plein de zele , aïant accepté ces offres, passa à Mayence & remontant toûjours le feuve , entra dans l’Aar , de-là dans la Leinat., & s'avança jusqu'à l'extrémité du lac de Zuric. Etant venu à Zug , il trouva cette solitude si agréable qu'il résolut de s'y arrêter. Les habitans de ces lieux étoient cruels & impies: ils adoroient encore des. Idoles, leur offroient des sacrifices, & observoient les augures. & les divinations. Ce Saint en convertit plusieurs par ses prédications : mais faint Gal qui l'accompagnoit aïant brûlé les Temples des Idoles & jetté dans le lac toutes les offrandes qu'il y trouva , ces Barbares

furent si irrités qu'ils résolurent de le tuer , & de chasser de leur pars saint Colomban , après l'avoir fouetté & maltraité..

Leur dessein aïant été connu du Saint , il résolut d'abans donner ces cæurs endurcis , & passa avec ses Religieux à un Bourg nommé Arben sur le lac de Constance. Là, il trouva un Prêtre nommé Willimar qui lui indiqua un lieu fertile & agréable environné de montagnes , où étoient les ruines d'une petite ville nommée Bregentz. Saint Colomban y étant arrivé avec ses compagnons , y trouva un Oratoire dedié à sainte Aurelie , auprès duquel ils firent de petits logements. La présence de saint Colomban fut très utile en ce païs-là ; car il procura la conversion de quantité de païens.

.. Une famine

y étant survenuë , ses. Disciples, furent plufieurs jours sans prendre de nourriture: mais Dieu protegeant visiblement ses serviteurs,leur envoïa de petits oiseaux extraordinaires que l'on pouvoit prendre aisément à la main, & ils en vêcurent jusqu'à ce que Gaudence Evêque de Constance, leur aïant envoïé du bled., ces oiseaux s'enyo, lerent.. Cependant la

guerre

s'étant renouvellée entre Theodebert & Thierri, & le premier aïant été fait prisonnier dans la bataille de Tolbiac, on lui coupa les cheveux. & un peu après on lui ôta la vie par les Ordres de Brunehaut. Comme Thierri

par

le moïen de cette victoire devenoit maître du pais de son ennemi , faint Colomban , jugeant qu'il n'y avoit plus de sureté pour lui de demeurer dans le Monastere qu'il

avoir

?

BAN.

ävoit fait bâtir, puisque ce Prince s'étoit declaré son persecu- ORDRI NE teur ; se détermina à passer en Italie où il fonda l’Abbaïe de S. COLOM. Bobio au Mont-Apennin. Mais à peine y eut-il fixé sa demeure, que Clothaire ( qui s'étoit rendu maître de toute la France, après la mort de Thierri, qui arriva peu de tems après ) aïant sçu sa retraite , envoïa chercher saint Eustase, qui gouvernoit le Monastere de Luxeüil, & le pria d'aller trouver saint Colomban, & de mener avec lui ceux qu'il voudroit de sa noblesse pour être les cautions de la bonne volonté , afin d'inviter ce faint homme à le venir trouver. Eustase s'acquita fidellement de sa commission. Saint Colomban le reçur avec une grande joïe & lechargea de l'excufer auprès du Roi sur l'impossibilité où il étoit de retourner en France , & de lui dire qu'il lui demandoit seulement la protection pour

le Monastere de Luxeuil. Il donna une Lettre à saint Eustase pour ce Prince , qui l'aïant reçuë avec bien de la satisfaction ( quoiqu'elle fût pleine d'avis pour le corriger) accorda la protection au Monastere de Luxeüil , l'enrichit de grands revenus & en étendit les limites autant que saint. Eultase le souhaita. Pour ce qui regarde S. Colomban, aïant demeuré un peu plus d'un an à Bobio , il y mourut le 22. Octobre 615. au grand regret de tous ses Disciples qu'il avoit formés avec un zele incroïable à la vertu & à la perfe&tion. Ce fut de ce Monastere de Bobio qu'il écrivir l'an 913. au Pape Boniface IV. au sujet des trois Chapitres ( c'est ainsi qu'on appelloit les écrits de Theodore de Mopsueste, de Theodoret,contre ceux de saint Cyrille , & la Lettre d'Ibas à Maris Persan , que le cinquiéme Concile General avoit condamnés , comme favorables à l'Herélie de Nestorius ) ; mais saint Colomban étoit mal instruit du fait & prévenu par les Schismatiques , puisqu'il fupposoit que le Pape Vigile étoit mort Herétique , & qu'il s'étonnoit que l'on recitât son nom avec ceux des Evêques Catholiques.

Saint Colomban aïant été obligé de quitter Luxeuil , Y avoit laissé faint Attale pour y faire la fonction de Prieur ; mais aïant appris que quelques seculiers s'étoient emparés d'une partie de son Monastere ( comme fi sa disgrace eût été un titre qui autorisât leur usurpation, ) il y envoïa S. Eu. stase

pour gouverner cette Communauté. Ce Saint retira des mains des usurpateurs les biens qui appartenoient au Mona

Tome V.

K

S COLOM
BAN.

ORDREDE Itere, & prit un grand soin d'y maintenir la Discipline éta

blie

par saint Colomban. Il eut un grand nombre de Disciples entre lesquels étoit saint Romaric , qui fonda l’Abbaïe de Remiremont: il y en eut même plusieurs qui furent Evê. ques. Mais la paix de son Monastere fut troublée par Agrestin dont nous avons déja parlé : car cet homme inquiet & turbulent ( qui aiant été Secretaire de Thierri , s'étoit fait Moine par une chaleur de devocion qui ne dura guerre) aïant embrassé le parti de ceux d'Aquilée , qui étoient alors dans le Schifme , qu'avoient excités les défenfeurs des trois Chapitres, n'oublia rien pour pervertir les Disciples de ce Saint. Il écrivit à ce fujet à Attale Abbé de Bobio & successeur de faint Colomban , l'accusant d'erreur de ce que restant dans la Communion de l'Eglise Romaine , il condamnoit les trois Chapitres. Il retourna ensuite à Luxeüil, où il tâcha d'attirer faint Eustase dans son erreur. Mais comme ce faint Abbé étoit trop éclairé pour donner dans ses sentimens ; & qu'au contraire bien loin d'y entrer , il l'avoit chassé de son Monastere comme un perturbateur & un séditieux, il entreprit de faire condamner la Regle de saint Colomban: il attira pour ce sujer dans son parti Abellin Evêque de Geneve, son parent : ils allerent tous les deux trouver le Roi Clothaire , pour l'attirer aussi de leur côté ; mais ce Prince avoit toûjours eu trop d'estime pour saint Colomban, pour condamner sa doctrine : il leur remontra au contraire l'injure qu'ils faisoient à la memoire de ce grand Saint : & comme ses remontrances furent inutiles , il renvoïa cette affaire au jugement des Evêques , ne doutant point que lors qu'ils feroient assemblés daus un Concile , saint Eustase ne défendît bien la cause de faint Colomban.

Le Concile se tint à Mâcon l'an 623. ou plusieurs Evêques de Bourgogue se trouverent. Les plaintes qu'Agrestin porta au Concile contre la Regle de faint Colomban, furent,que les Religieux faisoient souvent le signe de la Croix sur leurs cuilleres , sur les pots & sur les vases ; dont ils se servoient pour boire ou manger; qu'en entrant & en fortant du Monastere, ils demandoient la benediction ; qu'ils ne seconformoient point aux autres Religieux de l'Eglise , & qu'ils avoient plusieurs fingularités dans la celebration de la Messe & dans le chant de l'Office. Mais ces Apoftats aïant été con

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