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S. COLOM

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ORDRE DE gle de saint Benoît, se font trompés , puisque ce Saine sortie

d'Irlande avant que cette Regle y eût été connuë , & que fi-tôt qu'il eut fondé son premier Monastere en France, il fit pratiquer les mêmes observances qu'il avoit apprises dans le Monaftere de Binchor où il avoit été Disciple de saint Comgal. D'ailleurs ses Religieux avoient les mêmes sentimens que les Irlandois , touchant la célébration de la Fête de Pâques,qu'ils celebroient le quatorziéme jour de la lune d'après l'équinoxe du Printems , lorsque ce jour arrivoit un Dimanche , ce qui étoit en quelque façon imiter les Juifs qui la celebroient toûjours le quatorziéme jour de la lune, au lieu que les Romains , les François & les autres Occidentaux differoient au Dimanche suivant ; ce qui fic que le Roi Thierri se plaignit fortement de ce quece Saint differoit en colitumes d'avec les François. D'ailleurs ce qui se passa dans le Concile de Macon tenu l'an 623. prouve assés que saint Colomban avoit fait une Regle , puisqu'elle y fur examinée, qu'elle y fut defenduë contre les calomnies d’Agrestin Moine de Luxeüil , & qu'il n'y est fait aucune mention de la Regle de faint Benoît , non plus que dans le Penitenciel qui l'accompagne : ce qui fait voir que la Regle de saint Colomban ne peut pas avoir servi de supplement à celle de faint Benoît. Ainli il est vrai de dire que l'Ordre de saint Colomban a été different de celui de saint Benoît : à moins que l'on ne veüille dire que dans ce tems-là l'Ordre de saint Colomban, celui de saint Benoît & les autres ne formoient qu'un seul Ordre Monastique, quoiqu'ils eussent des regles differentes , puisqu'ils étoient institués pour une même fin, qui étoit la séparation du monde & du commerce des feculiers, l'abandon de toutes choses, & le desir de tendre à une plus grande perfection. Quant à l'observance des Regles de saint Colomban & de saint Benoît dans un même Monastere, les fondations de faint Bafle , l'an 620. de Beze, l'an 629. de Solignac, l'an 631. de Fleuri, vers l'an 640. de Haut-Villiers, l'an 662. & de quelques autres qui sont du même tems , font foi que ces deux Regles étoient observées dans des Monasi ceres,& prouvent en même tems que les Regles de saint Benoit & de faine Colomban étoient conjointement gardées dans des Monasteres avant le huitième siécle. Mais enfin dans la sujte la Regle de saint Benoît prévalut sur celle de

S. COLOMST
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faint Colomban & fut observée seule dans les Monasteres de ORDRE DT fon observance.

Ce Saint nâquit en Irlande vers l'an 560. dans la Province de Lagenie ou Leinster.. Dès la jeunesse il s'appliqua aux. fciences & y fit beaucoup de progrès. Comme il étoit bienfait , craignano de fuccomber" aux attaques de la volupté

: il quitra fon païs malgré la resistance de fa mere ; & pallant dans une autre Province d'Irlande, il se mit sous la conduite du venerable Silene qui avoit un don merveilleux pour for-mer ses disciples aux études & à la pieté. Il fit un sigrand: grogrès dans son école,qu'en peu de tems il acquit une intelligence parfaite de l'Ecriture-Sainte,& composa même quel ques traités, entr'autres un Commentaire fur les Pfeaumes.

Son amour croissant pour Dieu de jour en jour , il quittaa entierement le monde, & fe fit Religieux au Monastere de Benchor , sous l’Abbé Coingal ou. Commogelle , où aïane: demeuré plusieurs années , & voulant à l'exemple d'Abrakam passer dans une terre étrangere , il communiqua son: dessein à l'Abbé, qui avec beaucoup de peine lui accorda douze Religieux,avec lesquels il alla d'abord en Angleterre, d'où il vint ensuite dans la Gaule. Il étoit pour lors âgé de trente ans : Gontran-regnoit en Bourgogne , & Childebert en. Austrasie. Le desert de Vauge, quoique sterile & plein de rochers , lui parut agréable: il s'y arrêra , & choisit demeure uns vieux Château ruiné, nommé Annegray ,où il pratiqua avec ceux qui l'accompagnoient tous les exercices de la profession Religieuse. Leur austerité étoit fi grande qu'ils ne vecurent d'abord que d'herbes & d'écorces d'arbres: de sorte qu’un frere étant tombé malade, il ne put être foulagé que par la priere & le jeûne des autres : mais il vint un homme, envoié miraculeusement de Dieu', qui leur apporta du pain & des vivres, les priant de demander au-Seigneur la guerifon de sa femme qui étoit malade. Uire autre fois aïant: encore été reduits pendant neuf jours à ne manger que

des Herbes & des écorces d'arbres , Caramroc Abbé du Monaf.. tere de Salice, fut averti en fonge de pourvoir à leurs befoins. Il envoïa Marculfe son cellerier leur porter des pro-visions : & comme il ne sçavoit pas le chemin , il pria Dieui deconduire les chevaux , qui allerent d'eux-mêmes droit all Monastere d’Annegray:

pour sa:

ORDRE DE

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maux, soit

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Le nom de S.Colomban étant devenu celebre,actira auprès S. COLOM" de lui une infinité de personnes qui venoient le trouver de toutes parts , soit pour lui demander la guerison de leurs

pour se mettre fous sa conduite. C'est ce qui lui fit prendre le dessein de bâtir un nouveau Monastere dans le même desert: il trouva heureusement à huit miiles d'Annegray un vieux Château nommé Luxeuil , qui avoit été autrefois très fort : il commença à y bâtir un Monastere, qui fut bien-tôt rempli , & qui servir de modele à plusieurs autres. Le P. Mabillon en met la fondation vers l'an 590. La Communauté fur en peu de tems si nombreuse , qu'au rapport de saint Bernard, dans la Vie de saint Malachie, les Religieux suivant l'exemple des Acemetes , se partageoient par bandes

pour chanter sans interruption l'Office Divin. Le Pere Mabillon ne nie pas absolument cette psalmodie continuelle ; mais il apporte des raisons qui lui donnent lieu d'en douter.

Comme les Disciples de saint Colomban augmentoient de jour en jour, ces deux Monasteres ne suffisoient pas pour les contenir ; c'est pourquoi il fit bâtir le Monastere de Fontaine, à une lieuë de Luxeüil, où il y eut dans la suite jusqu'à soixante Religieux ; soầmit ce Monastere , & celui d'Annegrai à Luxeuil, qui en étoit le Chef, comme le plus considerable des trois; & c'est de-là qu'est venue la premiere crigine des Prieurés, qui aïant été fondés

par

des Abbases, en dépendoient.

Saint Colomban aïant fondé les trois Monasteres de Luxeüil, d'Annegray & de Fontaine, comme nous l'avons dit, les gouvernoit en qualité de General; & afin que la même Dilcipline y fût également observée, il leur donna une Regle, qui ne contient que neuf Chapitres. L'obéïssance aveugle en toutes choses , quoique dure & repugnante, y est exprefsément recommandée ; le silence étroit

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est ordonné ; le jeûne, la priere, & le travail continuel ý font prescrits; des herbes , des legumes, de la farine détrempée d'eau , avec un petit pain, étoient toute la nourriture qui leur fut permise, encore ne la prenoient-ils que le soir , & elle devoit être proportionnée avec le travail : à l'égard de la psalınodie, elle étoit ou plus longue ou plus courte , selon la diversité des jours ou des saisons.

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S. COLOM
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Après la Regle suit le Penitentiel, c'est-à-dire, les correc- ORDRE DE tions des fautes ordinaires des Moines. La punition la plus frequente sont les coups de foüer, six pour les fautes lege

pour les autres à proportion , quelquefois jusqu'à deux cens; mais jamais plus de vingt-cinq à la fois. Souvent on condamnoit au silence , ou à des jeûnes extraordinaires ; ce qui s'appelloit simplement Superposition , & quelquefois à certains nombres de Pseaumes. Par exemple, celui qui n'avoit

pas fait le signe de la Croix sur sa cuillere, ou qui avoit toussé au commencement d'un Pleaume, ou qui approchant de la sainte table , avoit touché le Calice avec les dents, ou qui étant Prêtre n'avoit pas rogné ses ongles avant que d'offrir le faint Sacrifice, ou qui étant Diacre, n'avoit pas rasé sa barbe , recevoit fix coups de foüer. Si quelque Frere voulant sortir du Monastere, ne s'étoit pas humilié pour demander la benediction , & après l'avoir reçuë , n'avoit pas fait le signe de la Croix, & ne se presencoit pas devanţ la Croix, il recevoit douze coups de foüer ; & cin-: quante, si en rentrant dans le Monastere, il venoit la tête couverte , & ne demandoit pas la benediction , ou s'il mangeoit sans l'avoir prise, ou qu'il eût fait du bruit pendant P'Oraison. Si quelqu'un avoit parlé familierement, étant seul avec une femme , il devoit jeûner deux jours au pain & à l'eau, ou recevoir deux cens coups de fouet. Si quelqu'un avoit manqué à fermer la porte de l'Eglise , il disoit douze Pleaumes ; s'il avoit craché ou touché l'Autel, vingt-quatre Pleaumes ; & s'il avoit touché la muraille, six. Ils portoient l'Eucharistie sur eux;& ceux qui l'avoient perduë,devoient êcre un an en penitence.Ceux qui en avoient laissé corrompre les especes, en sorte qu'il n'en restât rien du tour , étoient lix mois en penitence. Si l'on y trouvoit encore quelques restes, ils faisoient penitence pendant quarante jours

. Si elle avoit changé de couleur, & qu'elle fùt rouge, on leur imposoit vingt jours de penitence ; & si elle étoit de couleur hyacinte, seulement quinze jours. Si elle n'avoit pas changé de couleur , & qu'elle fût seulement attachée au vase dans lequel ils la portoient,ils n'en faisoient que sept jours Il y a bien des choses dans ce Penitenciel qui paroissent des minuties, & qui font connoître quelle étoit la Discipline severe des Monasteres de ces premiers siécles.

ORDRE DE
S. COLOM-
BAN.

Il y avoit deux Oeconomes dans chaque Monastere, un grand & un petit

. Le grand étoit le Prevot, chargé des affaires exterieures , afin que l'Abbé n'eût que le soin des ames : le petit écoit chargé du détail de la maison. Les Moines changeoienc d'habit pour la nuit, ils reprenoient ensuite . l'habit du jour, après en avoir demandé permission à chaque fois. Ils demeuroient assis tandis que l'on sonnoit l'Office, excepté les Penitens , qui se tenoient debout. Ils se lavoient souvent la tête, & il n'étoit permis aux Penitens de la. laver que les Dimanches.. Saint Colomban dans ce Penitentiel distingue deux sortes de pechés : les pechés mortels, que l'on devoit confeffer au Prêtre ; & les moindres pechés, que l'on confessoit souvent à l'Abbé, ou à d'autres qui n'éc toient pas Prêtres , ayant que de se mettre à table ou au lit. Il paroît ausli par ce Penitentiel , que dans ce tems-là la Communion sous une seule espece étoit quelquefois en. usage;.car il est ordonné

que les Novices n'approcheront pas

du Calice à la Communion..

Saint Colomban, qui en passant de l'Irlande en France , avoit changé de païs, mais non pas de discipline , principalement au sujet de la Pâque qu'il celebroit au jour marqué dans le Calendrier des Hibernois , donna occafion aux: Ecclesiastiques de son voisinage qui s'en apperçurent , de blâmer ouvertement la conduite parce que, selon- çe Calendrier , on celebroit quelquefois cette grande. Fête le même jour que les Juifs , comme nous l'avons dit ci-des . fus ; c'est

pourquoi ce Saint écrivit sur ce sujet deux Lettres à saint Gregoire , qui ne lui furent pas renduës. Il écria vit aussi aux Prélats de France, qui tenoient un Synode dans quelques villes de Bourgogne ; mais on ne sçait point fi ce Concile fit quelque Decret touchant la Fête de Pâque. Il écrivit l'an 6os. au Pape Boniface 111. sur le mêine sujet , & lui envoïa copie des Lettres qu'il avoit écrites à saintGregoire, le priant de lui permettre de ne point recevoir là-dessus les Regles.des François , mais de celebrer coûjours la Pâque avec les Disciples', comme ils l'avoient appris de leurs Peres. On ne sçait point non plus quelle réponse lui? fit le Pape ; mais il est probable que ce Saint écant en Italie, , comme nous le dirons dans la suite, avoit abandonné

pour: lors la Tradition des Hibernois:c'est ce qui paroît tant par les

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