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NOUTIER

CONGRE. Bourbonnois, les Religieux de ce Monastere écrivirent & DAT FRANCE Albert Abbé de Marmoutier pour lui en donner avis,& lui IT DE MAR donnerenc le titre d'Abbé des Abbés.

L'estime que l'on avoit pour les Religieux de Marmoutier s'augmenta de telle forte, que vers l'an 1064. il n'y avoit aucune Province qui ne voulût en avoir : c'est pourquoi quelque part que l'on allât, l'on trouvoit des Monaste res de la dependance de cette Abbaïe : & même il y en eut jusqu'en Angleterre. Entre les exercices de pieté de ces Religieux on louë sur tout celle qu'ils faisoient paroître à l'égard de leurs freres qui étoient à l'agonie. Le Pere Mabillon dans ses Annales parle avec éloge des jeûnes,des prieres , des macerations , & des penitences qu'ils pratiquoient pour leur procurer une bonne more : & parlant à ce sujet de la mort d'un bon frere de ce Monaftere , il fait remarquer qu'il reçut deux jours de suite le saint Viatique, & communia sous les deux efpeces , apparemment suivant l'usage qui subsistoit pour lors dans cette Abbaïe.

Deux Archevêques de Tours, nommés Rodolphe , in- . quierterent ces Religieux sur leurs Privileges : mais ils furent deboutés de leurs prétencions dans plusieurs Conciles Provinciaux, où les Religieux furent maintenus dans leurs Privileges : & comme ces Religieux étoient toûjours molestés fur le même sujet , le Pape Urbain 11. dans le Concile de Clermont , après avoir fait la lecture du privilege, qui les foûmettoit immediatement au saint Siege , ordonna qu'il feroit observé, & confirma le decret du Pape Gregoire VII. qui défendoit à tous Evêques d'indiquer aucune station publique dans l'Eglise de Marmoutier ; afin que fes Religieux ne fussent point interrompus dans leurs exercices , ni d'exiger aucune obéissance,ou follmillion des Abbés , ni de fulminer aucune excommunicacion contre le Monastere ou ces Religieux , quelque part qu'ils demeurassent : ce qui étoit seulement reservé au souverain Pontife, sous la protection duquel ils étoient. · Chopin dit que les Rois de France fe qualifient Abbés de €e Monaitere , & què quand ils y font leur entrée , ils jurent fur les faints Evangiles , comme les autres Abbés , qu'ils en conserveront les privileges & les franchises. Les Comtes d'Anjou se qualifioient Moines de ce Monastere: &

un

un Archevêque de Tours aïant voulu excommunier Go-ORDRE DE
defroi, Duc de Normandie & Comte d'Anjou , ce Prince SA COLOM:
lui répondit qu'il ne craignoit point son Excommunication,
àcause qu'il étoit Chanoine de saint Martin & Moine de
Marmoutier. Des deux cens Prieurés, qui comme nous l'a-
vons dit cy-dessus,étoient de la dépendance de ce celebre Mo-
nastere,il y en avoit 26. dans le seul Diocese de Chartres. Le
Monastere deMarmoutier fue un de ceux qui composerent la
Congregation des Exempts , dont nous parlerons dans la
suite : mais la reforme y aïant été introduite par les Reli-
gieux Benedictins de la Congregation de saint Maur , il
fut uni l'an 1637. à cette Congregation qui a fait rebâtir ce
Monastere avec beaucoup de magnificence.

Vožez Joann. Mabill. Annal. Bened. Tom. I. II. III. do IV.
Yepes , Chronique generale de l'Ordre de saint Benoit,Tome Iv
Bulteau, Histoire de l'Ordre de saint Benoît, Tome I.

CH A P I T R E VIII.

De l'Ordre de saint Colomban uni à celui de saint Benoir.
С

E ne sera point interrompre le cours de l'Histoire de

l'Ordre de saint Benoîc, que de parler de celui de faint Colomban , puisque presentement ces deux Ordres sont unis ensemble. Yepés, Bucelin & plusieurs autres Ecrivains n'attribuent point d’Institut particulier à saint Colomban. Ils prétendent même qu'avant que de sortir d'Irlande il embrassa la Regle de saint Benoît , &

que

s'il prescrivit
à ses Disciples des Loix Monastiques, ce ne fut que pour
servir de modification ou de supplement à cetre Regłe. D'au:
tres tiennent pour certain que l'Institut de saint Colomban
à été different de celui de saint Benoît. Ces deux opinions-
ont fait naître une autre dispute', les uns soûtenant que ces
deux Regles furent réünies & gardées ensemble à Luxeuil
& dans d'autres Monasteres avant le huitiéme siécle , & les
autres contestant cette union & disant qu'elle ne fut intro-
duite dans les Abbaïes de l'Observance de saint. Colomban
que lorsqu'elles eurent besoin de reforme.

Il est certain que ceux qui ont pretendu que faint Co-
Komban,avant que de sortir d'Irlande, avoit embraffé la Res
Iome

I

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S. COLOM

BAN

ORDRE DE gle de saint Benoît, se font trompés , puisque ce Saine sortie

d'Irlande avant que cette Regle y eût été connuë , & que fi-tôt qu'il eut fondé son premier Monastere en France, il fit pratiquer les mêmes observances qu'il avoit apprises dans le Monaftere de Binchor où il avoit été Disciple de saint Comgal. D'ailleurs ses Religieux avoient les mêmes sentimens que les Irlandois , touchant la célébration de la Fête de Pâques,qu'ils celebroient le quatorziéme jour de la lune d'après l'équinoxe du Printems , lorsque ce jour arrivoit un Dimanche , ce qui étoit en quelque façon imiter les Juifs qui la celebroient toûjours le quatorziéme jour de la lune, au lieu que les Romains , les François & les autres Occidentaux differoient au Dimanche suivant ; ce qui fic que le Roi Thierri se plaignit fortement de ce quece Saint differoit en colitumes d'avec les François. D'ailleurs ce qui se passa dans le Concile de Macon tenu l'an 623. prouve assés que saint Colomban avoit fait une Regle , puisqu'elle y fur examinée, qu'elle y fut defenduë contre les calomnies d’Agrestin Moine de Luxeüil , & qu'il n'y est fait aucune mention de la Regle de faint Benoît , non plus que dans le Penitenciel qui l'accompagne : ce qui fait voir que la Regle de saint Colomban ne peut pas avoir servi de supplement à celle de faint Benoît. Ainli il est vrai de dire que l'Ordre de saint Colomban a été different de celui de saint Benoît : à moins que l'on ne veüille dire que dans ce tems-là l'Ordre de saint Colomban, celui de saint Benoît & les autres ne formoient qu'un seul Ordre Monastique, quoiqu'ils eussent des regles differentes , puisqu'ils étoient institués pour une même fin, qui étoit la séparation du monde & du commerce des feculiers, l'abandon de toutes choses, & le desir de tendre à une plus grande perfection. Quant à l'observance des Regles de saint Colomban & de saint Benoît dans un même Monastere, les fondations de faint Bafle , l'an 620. de Beze, l'an 629. de Solignac, l'an 631. de Fleuri, vers l'an 640. de Haut-Villiers, l'an 662. & de quelques autres qui sont du même tems , font foi que ces deux Regles étoient observées dans des Monasi ceres,& prouvent en même tems que les Regles de saint Benoit & de faine Colomban étoient conjointement gardées dans des Monasteres avant le huitième siécle. Mais enfin dans la sujte la Regle de saint Benoît prévalut sur celle de

S. COLOMST
BAN.

faint Colomban & fut observée seule dans les Monasteres de ORDRE DT fon observance.

Ce Saint nâquit en Irlande vers l'an 560. dans la Province de Lagenie ou Leinster.. Dès la jeunesse il s'appliqua aux. fciences & y fit beaucoup de progrès. Comme il étoit bienfait , craignano de fuccomber" aux attaques de la volupté

: il quitra fon païs malgré la resistance de fa mere ; & pallant dans une autre Province d'Irlande, il se mit sous la conduite du venerable Silene qui avoit un don merveilleux pour for-mer ses disciples aux études & à la pieté. Il fit un sigrand: grogrès dans son école,qu'en peu de tems il acquit une intelligence parfaite de l'Ecriture-Sainte,& composa même quel ques traités, entr'autres un Commentaire fur les Pfeaumes.

Son amour croissant pour Dieu de jour en jour , il quittaa entierement le monde, & fe fit Religieux au Monastere de Benchor , sous l’Abbé Coingal ou. Commogelle , où aïane: demeuré plusieurs années , & voulant à l'exemple d'Abrakam passer dans une terre étrangere , il communiqua son: dessein à l'Abbé, qui avec beaucoup de peine lui accorda douze Religieux,avec lesquels il alla d'abord en Angleterre, d'où il vint ensuite dans la Gaule. Il étoit pour lors âgé de trente ans : Gontran-regnoit en Bourgogne , & Childebert en. Austrasie. Le desert de Vauge, quoique sterile & plein de rochers , lui parut agréable: il s'y arrêra , & choisit demeure uns vieux Château ruiné, nommé Annegray ,où il pratiqua avec ceux qui l'accompagnoient tous les exercices de la profession Religieuse. Leur austerité étoit fi grande qu'ils ne vecurent d'abord que d'herbes & d'écorces d'arbres: de sorte qu’un frere étant tombé malade, il ne put être foulagé que par la priere & le jeûne des autres : mais il vint un homme, envoié miraculeusement de Dieu', qui leur apporta du pain & des vivres, les priant de demander au-Seigneur la guerifon de sa femme qui étoit malade. Uire autre fois aïant: encore été reduits pendant neuf jours à ne manger que

des Herbes & des écorces d'arbres , Caramroc Abbé du Monaf.. tere de Salice, fut averti en fonge de pourvoir à leurs befoins. Il envoïa Marculfe son cellerier leur porter des pro-visions : & comme il ne sçavoit pas le chemin , il pria Dieui deconduire les chevaux , qui allerent d'eux-mêmes droit all Monastere d’Annegray:

pour sa:

ORDRE DE

BAN,

maux, soit

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Le nom de S.Colomban étant devenu celebre,actira auprès S. COLOM" de lui une infinité de personnes qui venoient le trouver de toutes parts , soit pour lui demander la guerison de leurs

pour se mettre fous sa conduite. C'est ce qui lui fit prendre le dessein de bâtir un nouveau Monastere dans le même desert: il trouva heureusement à huit miiles d'Annegray un vieux Château nommé Luxeuil , qui avoit été autrefois très fort : il commença à y bâtir un Monastere, qui fut bien-tôt rempli , & qui servir de modele à plusieurs autres. Le P. Mabillon en met la fondation vers l'an 590. La Communauté fur en peu de tems si nombreuse , qu'au rapport de saint Bernard, dans la Vie de saint Malachie, les Religieux suivant l'exemple des Acemetes , se partageoient par bandes

pour chanter sans interruption l'Office Divin. Le Pere Mabillon ne nie pas absolument cette psalmodie continuelle ; mais il apporte des raisons qui lui donnent lieu d'en douter.

Comme les Disciples de saint Colomban augmentoient de jour en jour, ces deux Monasteres ne suffisoient pas pour les contenir ; c'est pourquoi il fit bâtir le Monastere de Fontaine, à une lieuë de Luxeüil, où il y eut dans la suite jusqu'à soixante Religieux ; soầmit ce Monastere , & celui d'Annegrai à Luxeuil, qui en étoit le Chef, comme le plus considerable des trois; & c'est de-là qu'est venue la premiere crigine des Prieurés, qui aïant été fondés

par

des Abbases, en dépendoient.

Saint Colomban aïant fondé les trois Monasteres de Luxeüil, d'Annegray & de Fontaine, comme nous l'avons dit, les gouvernoit en qualité de General; & afin que la même Dilcipline y fût également observée, il leur donna une Regle, qui ne contient que neuf Chapitres. L'obéïssance aveugle en toutes choses , quoique dure & repugnante, y est exprefsément recommandée ; le silence étroit

у

est ordonné ; le jeûne, la priere, & le travail continuel ý font prescrits; des herbes , des legumes, de la farine détrempée d'eau , avec un petit pain, étoient toute la nourriture qui leur fut permise, encore ne la prenoient-ils que le soir , & elle devoit être proportionnée avec le travail : à l'égard de la psalınodie, elle étoit ou plus longue ou plus courte , selon la diversité des jours ou des saisons.

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