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DE MA Ra
MOUTIER.

itere eut pour

titre saint Michel Archange. Les Religieux CONGRE. qui y étoient pour lors , au nombre de quarante, se multiplie- FRANCE LE rent beaucoup dans la suite, de sorte que vingt-six ans après la construction de ce Monastere , il y en avoit cent quarante ; lequel nombre fut fixé par saint Maur , parce que le revenu de l’Abbaïen’en pouvoit pas nourrir davantage. Saint Maur aïant gouverné ce Monastere pendant plusieurs années, & sentant ses forces diminuer,résolut de ne plus sortir du Monastere,& de se reposer pour le gouvernement de la Communauté sur le Prieur,& sur les autres Officiers de la Maison. Il se démit ensuite de laCharge d'Abbé,& aïant fait élire en sa place Berculfe, fils de Flore Fondateur de ce Monastere , il se renferma dans une cellule proche l'Eglise de saint Martin , avec deux Religieux qui voulurent bien demeurer avec lui,& le soulager dans sa vieillesse. Ce fut dans ce lieu qu'il eut une révelation que Dieu devoit bien-tôt retirer du monde la plûpart de les Disciples. En effet il en mourut , en cinq mois , cent leize; ensorte que la Communauté fut réduite à vingt-quatre personnes. Ce saint Abbé ne survêquit pas long-tems à cette perte , étant mort le 15. Janvier 584.

Ce que Bucelin & quelques autres Auteurs ont avancé que saint Maur avoit bâti jusqu'à cent soixante Monasteres en France, & reformé encore un plus grand nombre, est sans aucun fondement : il n'y a pas non plus d'apparen

leMonastere de Glanfeüil ait été le Chef d'une Congregation,à laquelle plusieurs Ecrivains ont donné le nom de Congregation,de France. Il est bien plus croïable que pendant que faint Maurvivoit , ce Monastere dépendoit de celui du Mont.Caffin ; puisqu'il lui a été encore loûmis dans la suite, jusques en l'an 755. que le Roi Pepin aïant donné ce Monastere de Glanfeüil avec tour les biens qui en dépendoient à Gaidulfe originaire de Ravene , homme très cruel, il le ruina entierement , & persécura cruellement les Religieux qui y étoient au nombre de cent quarante , comme il avoir été fixé par saint Maur. La plậpart ne pouvant supporter les mauvais traitemens de ce tyran qui leur refusoit jusqu'aux choses necessaires pour la vie , abandonnerent le Monastere. Il y en eut seulement quatorze qui y resterent pour chanter l'Office Divin ; mais à la fin étant abbatus de

ce que

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GATIONSDE

DE MAR MOUTIER

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CONGRE: faim & de misere, & ne pouvant observer la Regle, ils priFranciger rent l’habit de Chanoines.

Gaidulphe se servit de cette occasion pour les chasser du Monastere, & mit en leur place cinq Chapelains. Il ruina entierement les lieux Reguliers , commençant par l'Eglise qu'il renversa de fond en comble , afin que les Religieux n'y pussent pas revenir.Il brûla ou jetta dans la riviere de Loire les titres & les actes des donations qui avoient été faites à cette Abbaïe, à la réserve de quelques-uns qu'il mit en dépôt dans saint Aubin d'Angers,où ils furent aussi perdus pendant les ravages des Normans. Mais il ne jouit pas long-tems du fruit de ses crimes ; car aïant appellé ses amis pour se réjouir avec lui de l'extinction de l'Ordre Monastique

dans Glanfeüil , il mourut au milieu du festin. Après sa mort tous les biens de cette Abbaïe furent en proïe à tous les Seigneurs de la Province : le Comte d'Anjou , & plu. sieurs autres personnes , s'emparerent des terres & des revenus de l'Abbaïe, qui demeura déserte & inhabitée julque sous le regne de l'Empereur Loüis le Debonnaire ; quoique dès l'an 781. elle eût été restituée au Mont. Cassin, comme étant de sa dépendance, par le Pape Adrien I. & par l'Empereur Charlemagne , comme nous avons dit dans le Chapitre quatrieme.

L'Empereur avoit donné cette Abbaïe au Comte Rorignon, qui touché de compassion de l'état pitoïable où elle étoit reduite , en fit relever les bâtimens , fit venir des Reliş gieux de Marmoutier , pour rétablir les Observances ReguTieres dans ce Monastere , qu'il soầmit quelques années après à celui de saint Pierre-des Fossez , appellé depuis saint Maur, & en obrint la confirmation de l'Empereur. Mais Pepin I. Roi d'Aquitaine , aïant donné ce Monastere de Glanfeüil à Ebroïn, qui fut ensuite Evêque de Poitiers,du vivant même du Comte Rorignon , qui étoit proche parenç de ce Prelat , il y laissa les Moines de saint Pierre des Fossez tant que le Comte vêcut ; mais après sa mort,leur aïant demandé par quel titre Glanfeüil leur avoit été soầmis , & n'aïant pu representer les Lettres de l'Empereur Loüis le Debonnaire, qui avoient été enlevées ou brûlées malicieusement , Ebroin les fit sortir de ce Monastere. Ils y rentrerent neanmoins quelque tems après, & il leur étoit encore follmis , lorsque l'an 868. l'on porta chez eux le Corps de Concresaint Maur, que l'on avoit retiré de Glanfeüil, pour le fau-FATIONS DE ver de la rage des Normans : ce qui lui a fait donner dans de Mar. la suite le nom de ce Saint. Mais sous le Pontificat d'Urbain DUTIER. II. les Moines du Mont-Caflin aïant encore reclamé Glanfeüil, il leur fut restitué, & ils l'ont possedé pendant près de deux siécles. A la verité li Glanfeüil n'a pas été Chef d'une Congregation, étant le premier Monastere de l'Ordre de saint Benoîc en France , il doit être regardé comme une source feconde qui en a produit une infinité d'autres , par rapport à la Regle de saint Benoît qu'il leur a communiquée, dont saint Maur avoit reçu l’Autographe, écrit de la main de ce faint Fondateur, en partant du Mont-Cassin,avec un poids, & un vase pour mieux observer ce qu'elle prescrit de la quantité du pain & du vin dans le repas.

Le Monastere de Marmoutier, qui fut l'un de ceux qui reçurent cette Regle, doit être regardé comme le Chef de la plus ancienne Congregation de l'Ordre de saint Benoît en France, aïant eu plus de deux cens Prieurés de la dépendance. Cette celebre Abbaïe eut pour Fondateur le Grand saint Martin Archevêque de Tours. Il exerça d'abord la profession Religieuse à Milan, d'où aïant été chassé par les Ariens , il palla dans l'isle d’Albengue, qui est proche la côte de Gennes , où il mena pendant quelque tems une vie solitaire. Il quitta ensuite cette retraite , sur l'avis qu'il eut que saint Hilaire qui avoit été banni par les Hereriques, retournoit, en son Diocése, & l'aïant suivi en France, il bâtit le Monastere de Ligugé proche Poitiers , où après avoir demeuré environ quinze ans , il en fut tiré plir le siége de Tours. Etant devenu Evêque, il ne cessa pas pour cela de vivre en Religieux ; & pour pratiquer toûjours exactement les exercices Monastiques , il fonda un Monastere proche la ville Episcopale, dont la Communauté fut en peu de tems de quatre-vingt Religieux, qui menoient avec lui une vie austere & penitente. Personne n'avoit rien en propre , tout étoit en commun, il n'étoit pas permis de rien vendre , ni de rien acheter , quoique ce fût la coûtume des Moines de ce tems-là. L'unique art que l'on y exerçoit étoit de transcrire des Livres ; encore n'y avoit-c-il que les jeunes qui y fussent emploïés ; & les anciens ne s'occus

pour rem

MOUTIER.

CONGRE- poient que de la priere. Il étoit rare que l'on sortît de la GATIONS DE Cellule , à moins que ce ne fût pour se rendre au lieu de la DE Mar priere. Ils ne faisoient qu'un repas par jour ; l'usage du vin

n'étoit permis qu'aux malades, quoique le lieu ou le Monastere étoit situé fût un grand vigoble. La plûpart n'étcient habillés

que d'étoffes de poil de chameau ; & c'étoit un crime parmi eux d'avoir un habit qui ressentît un peu la mollefse, quoiqu'il y eût dans cette Communauté un grand nombre de personnes de qualité. Telle étoit la Discipline qui s'observoit dans ce Monastere,qui fut appellé Marmoutier , après la mort de saint Martin, comme qui diroit , le grand Monastere , pour le distinguer des autres que ce Saint avoit fait bâtir , principalement lorsque l'on en eut élevé un sur son tombeau , qui a porté son nom depuis , & qui est presentement un Chapitre de Chanoines Seculiers.

Lorsque ce Monastere de Marmoutier eut dans la suite reçu la Regle de saint Benoît, plusieurs Seigneurs l'enrichi. rent par les donations qu'ils y firent , tant à cause de la grande devotion que l'on portoit en France à faint Martin son Fondateur , qu’à cause de saint Benoît, pour lequel on n'avoit pas

moins de veneration, & dont la Regle étoit pratiquée avec beaucoup d'exactitude dans ce Monastere. Les Rois de France le prirent même sous leur protection. Mais peu de remis après les Normans én interrompirent la Regu; larité: car y étant venus l'an 853. ils passerent au fil de l'épée cent feize Religieux , n'y en aïant eu que vingt-quatre qui sauiverent leur vie, en se cachant dans des cavernes. Leur Abbé Heberne s'étoit aussi retiré dans un lieu secret ; mais ces Barbares l'y aïant découvert, & s'étant faifis de lui, ils lui firent souffrir de cruels tourmens ,pour l'obliger à declarer l'endroit où étoit le Trésor de l'Eglise , & les grottes où s'étoient refugiés les Religieux ; mais ce fur inutilement, il ne voulut rien avoüer. Les ennemis s'étant retirés,les Chanoines de saint Martin & les Bourgeois de Tours allerent consoler ces Religieux, qu'ils reconduisirent avec leur Abbé dans leur Eglife, & ausquels ils procurerent toutes fortes de secours. Six mois après , comme on eut avis que les Normans retournoienc vers la ville de Tours , & qu'ils avoient deslein de l'affieger , douze Chanoines de l'Eglise de faint Martin, pour souftraire son corps à la fureur de ces

MOUTIER.

ans.

Barbares, prirent ces saintes Reliques,& étant accompagnés Concrede l'Abbé Heberne, & des vingt-quatre Religieux de Mar- France et moutier , ils les transporterent à Cormeri , à Orleans,à saint DE MARBenoîc du Coire, & enfin à Auxerre, où elles ont été pendant trente & un ans; & comme si ce Saint eût voulu procu. rer de l'honneur à ceux qui avoient eu soin de ses saintes Reliques, tous les Religieux de Marmoutier furent élevés à l'Episcopat, ou furent élus Abbés dans des Monasteres de Bourgogne, & l'Abbé Heberne qui ne quitta point le Corps de faint Martin, eut la joïe vers l'an 887. de le reporter à Tours, où après la mort de l'Archevêque Adalaud , il fut mis à sa place, & gouverna le Diocése pendant vingt-sept

Marmoutier fut comme desert & abandonné pendant tout ce tems-là,& pendant presque tout le dixiéme siècle,il n'y eut que quelques Chanoines Reguliers qui y firent l'Office Divin , & des Laïques en furent Abbés. Hugues de France, dit le Grand, fils du Roi Robert III. posseda cette Abbaïe, aussi-bien que son fils Hugues Capet ; Mais aïant été donnée à faint Mayeul qui étoit aussi 'Abbé de Cluni , il la rendit aux Moines Benedictins , ce qui paroît être arrivé sur la fin du Regne du Roi Lothaire. On y mit d'abord treize Religieux d'une très sainte vie,ausquels on donna pour

Abbé Guilibert ou Wilibert. Mais quoique faint Mayeul eût été le Restaurateur de cette Abbaïe, elle ne fut pas pour cela soûmise à Cluni , non plus que beaucoup d'autres qui furent réfor-, mées

par les Religieux de cette Congrégation ; car le Pape Gregoire V.aïant confirmé à la priere de l'Empereur Othon 111. les Monasteres qui dépendoient de Cluni, il n'est point fait mention de Marmoucier dans les Lettres qui en furent expediées.

L'exacte discipline que l'on observoit dans ce Monastere lui attira l'estime de plusieurs personnes qui y firent des donations considerables : le nombre des Religieux augmenta , ils retirerent plusieurs Monasteres des mains des feculiers qui s'en étoient emparés : & sous le gouvernement de l'Abbé Âlbert, qui fut élu l'an 1034. il étoit devenu très illustre par le grand nombre de Monasteres qui lui étoient foûmis, & 'il le fut encore bien davantage dans la suite , puisque faint Odilon Abbé de Cluni écant inort à Souvigni dans le

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