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CONGRE

Après la mort de saint Placide, on envoïa du Mont-Callin SATION DE en Sicile d'autres Religieux pour réparer ce Monastere, au

quel on donna le nom de saint Placide : mais environ trois cens ans après , les Sarrasins s'étant emparés de cette isle, & y aïant detruit ou ravagé les Eglises, ce Monastere, fetrouva enveloppé dans cette ruine commune. Baronius l'an 669.rapporte des Lettres des Moines de Sicile à ceux de la Congrégation du Mont-Cassin qui demeuroient pour lors à Rome alu Palais de Latran ,par lesquelles ils les prient d'avoir compassion d'eux, de ne les point abandonner & de leur envoïer de quoi réparer le Monastere de saint Placide , les villes , les. bourgs, les Châteaux & les biens qui en dépendoient. Elles sont accompagnées d'autres Lettres du Pape Vitalien adres-sées à ces Moines de Sicile,par lesquelles il les console & les exhorte d'aider les Religieux de la Congrégation de Cassin qu'il leur envoie pour rétablir les Monalteres de Sicile qui avoient été ruinés par les Barbares; mais ces Lettres ont paru suspectes au Pere Dom Mabillon à cause qu'Anastase le Bibliothequaire ne mer cette incursion des Sarrasins

que sous le Pape Adeodat , & non pas sous Vitalien dont Baronius met la mort l'an 669. quoiqu'il ait encore yêcu jusques en l'an 673. ce qui rend encore ces Lettres plus suspeetes. Apparemment que M. Ange de la Noce les a cruës ausi supposées , puisqu'il les a omises dans la nouvelle édition qu'il donna en 1668. de la Chronique du Mont-Cassin par Leon d'Oftie , quoiqu'elles se trouvassent dans l'appendix des anciennes éditions , & qu'Ascagne Tambourin les eût ausli rapportées tout au long;si l'on pouvoit même ajoûter foy à ces Lettres, on en tireroir une induction qu'il n'y avoit point de Congrégation particuliere en Sicile,& que les Moines du Monastere de saint Placide & des autres étoient de la Congrégation du Mont-Cassin; puisque celles qui font adressées aux Moines de cette Congrégation , disent que les Sarasins firent un carnage des Moines du Mont-Cassin : Effudére namque Sarraceni sanguinem Monachorum Cafia nensium Chriftianorum cum illis habitantium, velut aquam in circuitu posisionum suarum,& non erat qui sepeliret. Mais fupposé que le Monastere de saint Placide eût été regardé commeChef des Monasteres de l'Ordre de saint Benoît en Sicile , & qu'ils eussent formé une Congrégation separée,

SICILE.

elle fut détruite apparemment par l'incursion des Sarrafins Congriqui resterent en cette isle jusqu'en l'an 1070. qu'ils en fu- GATION DE rent chassés par les Normans qui y rétablirent le Christianisme. Leur Prince Roger qui fut le premier Comte de Sicile donna le lieu où étoit ce Monastere de saint Placide aux Chevaliers de saint Jean de Jerusalem qui le possedent encore aujourd'hui,& qui voulant faire travailler à leur Eglise l'an 1588. trouverent les Corps de saint Placide & de ses compagnons , dont la translation se fit avec beaucoup de pompe & de cerémonie , comme l'on peut voir dans la relation qui en a été faite par le Chevalier Philippes Goth, laquelle fut imprimée à Messine l'an 1591.

Le Monastere de saint Placide aïant été donné aux Che. valiers de saint Jean de Jerusalem , ou au moins le lieu où il étoit situé qui est devenu un Prieuré de cet Ordre sous le titre de faint Jean-Baptiste , l'on a bâti depuis à dix-milles de Messine l'an 1361. un autre Monastere qui a aussi pris le nom de saint Placide afin de conserver la memoire de celui qui avoit été le Propagateur de l'Ordre de saint Benoît en Sicile, & il a été membre d'une Congrégation qui a fublisté pendant quelques années dans ce Roïaume , sous le titre de saint Nicolas d'Arenes.

Dès l'an 1456. les Moines du Monastere de saint Nicolas d'Arenes à Catane , avec leur Abbé Jean-Baptiste Platamon, voulant ériger une Congregation en Sicile , à l'imitation de celle de fainte Justine de Padouë , firent d'abord union avec les Monasteres de Nuova Luce, de sainte Marie della Scala , de Josaphat de Paterne, & de faint Placide de Messines ; les Abbés renoncerent au gouvernement de ces Monasteres , pour les soûmettre libres à la nouvelle Congregation. Ils obrinrent pour cet effet du Pape Calixte I11. un Bref du 3. Juillet 1456. adressé à l'Archevêque de Palerme & au P. Julien Maïali, Moine du Monastere de saint Martin delle Scale , afin qu'après avoir pris communication de toutes choses , & avoir entendu les Abbés & les Moines, ils érigeassent cette Congregation,s'ils trouvoient que ce fut un avantage pour l'Ordre de saint Benoît : mais l'année fuivante ce Pontife aïant encore donné un autre Bref, où l'autorité du Roi étoit blessée, cette union n'eut point de lieu,

COXGREGATION DE Sicili.

Comme la Congregation de sainte Justine augmentoit de jour en jour, & que l'Observance Reguliere y étoit exactement gardée, le Pere Gregoire de la Marina, Abbé de saint Martin delle Scale à Palerme, fit son possible en 1475. pour y faire unir son Monastere, ausli-bien que le Pere Leonard Cacciola , Abbé de celui de saint. Placide , qui sçachant que le Pere Gregoire de la Marina postuloir cette union, se joignit à lui pour le même sujet en 1476. Les Abbés de sainte Marie del Parto , de faint Nicolas de Catane, & de fainte Marie de Licodia , firent aussi la même chose, y emploïant le credit du Viceroi & du Senat de Palerme , qui écrivit pour

l'obtenir.. L'Abbé de sainte Marie del Parto fut député pour

la demander aux Superieurs de la Congregation de sainte Justine, qui envoïerent en Sicile les Abbés de saint Severin de Naples, de saint Ange de Gaïete, & de Perouse, pour. s'informer, de l'état des Monasteres qui demandoient l'union..

Mais l'Abbé de saint Placide changeant de sentiment, sol, licita les Monasteres de Sicile à travailler de nouveau à l'érection d'une Congregation particuliere en ce Roïaume: ce qui lui réüssit en partie ; car les Abbés de saint Nicolas d'Arenes de Catane, de sainte Marie de Licodia, & le Prieur de l'Eglise Metropolitaine de Montreal s'unirent à lui, & s'adreslerent au Pape Sixte I V. qui par une Bulle du 3. Juils let 1483, leur permit d'ériger une nouvelle Congregation de l'Observance de saint Benoît en Sicile,& d’élire un Président General avec deux Visiteurs ; ordonnant qu'ils eussent à garder les mêmes Constitutions & Usages que les Moines, de la Congregation de sainte Justine , dont il leur commu-niqua les Privileges, avec pouvoir d'unir à leur nouvelle Congregation tous les Monasteres du Roïaume qui voudroient embrasser ses Observances : ce qui eut, un heureux succès : car les anciens Abbés se demirent entierement du: gouvernement de leurs Monasteres , qu'ils soûmirent à cette même Congregation, se contentant du simple titre d'Abbés. pendant leur vie.

Ainsi commença la nouvelle Congregation de Sicile, quis prit le nom de saint Nicolas d'Arenes, à cause de l'antiquité de ce Monastere sur les autres , dont il fut le Chef. Le premier Chapitre General devoit s'y tenir la même année :

CONGRE, GATIONS DE

MOUTIER

il fut neanmoins celebré dans celui de saint Placide , où on
n'élut d'abord que des Prieurs , à cause que les Abbés des France

, ET
Monasteres s'étoient reservé ce titre pendant leur vie, & le nou Mare
premier General fut Dom Eusebe de Melline , Moine du
Monastere de saint Placide. L'Abbé de Saint Martin delle
Scale , qui n'avoit pu obtenir de la Congregation de sainte
Justine d'y pouvoir aggreger son Monastere, l’unit à celle
de Sicile ; & cette union fut requë dans le Chapitre Gene-
ral qui se tint l'an 1485. Le Monastere de sainte Marie de
Fondro y fut aussi uni lan 1486. & celui de sainte Marie de
Cangi en 1490. Ce furent là tous les Monasteres qui com-
poserent cette Congregation. Le General voïant que l'an
1504. le Monastere du Mont-Cassin avoit été uni à la Con-
gregation de sainte Justine, qui avoit pris le nom de ce
Monastere , Chef de l'Ordre de saint Benoît , demanda
que toute la Congregation y fût aufft unie: ce que le Pape
Jules II. accorda l'an 1506. & l'Abbé D. Ignace Squar-
cialupi du Monastere de Florence , prit posseision des Mo-
nasteres de cette Congregation de Sicile au nom de celle du
Mont-Callin.

Vorez Bulteau , Hift. de l'ordre de saint Benoît. Mabillon, Annal. Bened. Tom. I. Pietro Ant. Tornamira , Origin. prog. della Cong. Cassinense. Bullar. Casin. & Ascag. Tambur. de Jur. Abbat. Disput. 24. quaft. 5. n. 4.

CH A P I TRI V I I.
Des anciennes Congregations de France et de

Marmoutier.

C
OMME il s'est trouvé des

Critiques qui ont combattu
la verité du martyre de saint Placide en Sicile, il s'en
est trouvé aussi sur la fin du dernier siécle qui ont combattu
la versté de la Mission de faint Maur en France. M. Baillet
dans son recuëil de vies des SS. dit au sujet de cette Mission
de saint Maur , qu'il ne veat point entrer en disputesur cette
matiere ; & fait assez connoître dans la suite du discours
que son sentiment n'estį pas que ce Saint foit venu en Fran- .
ce. C'est ce qui a donné lieu à la sçavante dissertation que,
Thierry Ruinart Benedi&tin de la Congregation de saint
Tome V.

н

1

CONGRE- Maur a donnée au public l'an 1702. où il prouve par des ar CATIONS DE gumens très forts 7 dont M. Baillet n'a pas neanmoins été DE MÁR- convaincu ) que S. Maur Fondateur de l'Abbaïe de GlanMOUTIER. feüil en Anjou, est le Disciple de faint Benoît,& qu'il fut

envoïé en France par ce saint Patriarche des Moines d'Occident.

C'eft donc ce Disciple de saint Benoît que nous reconnoissons

pour

le Fondateur de l'Abbaïe de Glanfeüil. Il étoit parti du Mont-Cassin avec trois Religieux que

sainc Benoît lui avoit donnés,& il avoit été accompagné par Flodegard Archidiacre de saint Innocent, Evêque du Mans,& par

Harderad son Intendant, qui avoient été les demander à ce saint Patriarche de la part de ce Prélat qui vouloit les établir dans son Diocése. Mais étant arrivés à Orleans, & y aïant appris la mort de faint Innocent,& que celui qui avoit usurpé son Siége n'étoit pas disposé à les recevoir , ils allerent en Anjou lur les assurances que leur donna Harderad qu'ils pourroient s'y établir par le crédit d'un Seigneur nommé Flore , qui étoit en faveur auprès

de Theodeberç Roi d'Austrasie , à quicette Province obéïssoit en partie. En effet Flore eut tant de veneration pour saint Maur, que non content d'avoir fondé pour lui un Monastere à Glanfeüil sur la riviere de Loire dans le Diocese d’Angers , il lui offrit encore son fils Berculfe âgé de huit ans pour être élevé sous sa discipline;& n'étant pas encore satisfait d'avoir fait bâtir ce Monastere & d'y avoir donné son fils , il s'y donna luimême , après avoir demandé permission au Roi de se retirer de la Cour : ce qu'il obtint de ce Prince, qui s'y étant trouvé le jour qu'il devoit prendre l'habit pour honorer la ceremonie de la présence , lui coupa lui-même les cheveux , donna au Monastere une terre considerable , & confirma les dopations

que Flore y avoit faites. Huit ans après l'arrivée de saint Maur en France, l'Abbaïe de Glanfeüil fut dédiée par Eutrope Evêque Diocésain accompagné de plusieurs autres Evêques de la Province. On y avoit bâti quatre Eglises dont la premiere fut consacrée en l'honneur de saint Pierre,la seconde en l'honneur de saint Martin , la troisiéme quiétoit la plus petite , porta le nom de saint Severin , Apôtre des Bavarois, & la quatrieme qui étoic en forme de cour quarrée , à l'entrée du Mona

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