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BENOIT.

par

VIE DE S. hors, l'aïant fait connoître aux Religieux du Monastere de

Vicouare entre Sublac & Tivoli,ils soûhaiterent ardemment de l'avoir pour Abbé. Ils le presserent avec tant d'instances; qu'il y consentit ; mais comme ils étoient accoûtumés au li bertinage, & qu'ils ne puren supporter la force de ses remontrances , ils se repentirent bien-tôt de leur choix ; quelques-uns

même d'entre-eux se laisserent tellement emporter à leur passion, qu'ils resolurent de l'empoisonner. Ils mêlerenc donc du poison dans du vin,& le saint Abbé étant à table, ils lui presenterent ce breuvage pour le benir, suivant la coûtume de leur Monastere ; mais ce Saint aïant fait le signe de la croix , le verre se cassa aussi-tôt,& lui fit connoître ce qu'il contenoit. Il leur en fit une remontrance charitable,& les quitta ensuite comme des personnes incapables de profiter de ses soins. Ce Monastere fut ruiné dans la suite ; mais les Religieux de l'Ordre de saint François en ont fait bâtir un autre sur ses ruines , où ils ont toûjours conservé la cellule de saint Benoît , & celles des Religieux qui se troua vent taillées dans le roc, comme on le peut voir dans la figure qu'en ont donnée le P. Dom Bernard de Montfaucon dans fon Journal d’Itálie, & le P. Dom Jean Mabillon dans ses Annales Benedictines.

Notre Saint retourna dans sa premiere Solitude qui devint bien-tôt un lieu très habité; car ses vertus & ses miracles lui attirerent sans cesfe des visites,& plusieurs personnes le conjurant d'être leur conducteur dans la voie du falut : il fut obligé de les recevoir pour disciples,& de bâtir douzeMonasteres à Sublac. Ces Monasteres furent celui de la sainte Grotte; de saint Cosme & de saint Damien ; à present sainte Scholastique;de saint Ange après le Lac;de fainte Marie, à present saint Laurent;de faint Jerôme;de S. Jean-Baptiste, à present saint Jean-des- Èaux; de faint Clement par de-là le lac;de S. Blaise, aujourd'hui saint Romain ; de S. Michel Archange au dessus de la Grotte ; de S. Victorin au pied du mont Porcaire;de S. André;& de la vie Eternelle,à present le Val saint: mais tous ces Monasteres , fi on en excepte les deux miers, sont à present reduits en simples Oratoires ou Chapelles ou du moins tellement ruinés, qu'il n'en reste plus que les quatre murailles. Saint Benoît mit en chacun de ces Monasteres douze Religieux avec un Superieur, sur lesquels

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son Roïaume , & la fin de sa vie.

PROGRE'S Ce grand Saint predit par le même esprit la ruine de son de l'04Monastere du Mont-Callin par les Lombards , & le tems de BEN OLTS fa mort; & aïant été surpris d'une fiévre violente le sixieme jour de la maladie, il se fit porter à l'Eglise par ses Disciples, où aprés avoir

reçu le Corps adorable de JESUS-CHRIST avec les sentimens d'une pieté parfaite,il lui rendit son esprit l'an 543.Son corps fur inhumé dans la Chapelle de saint JeanBaptiste,que lui-même avoit fait bâtir; mais le Monastere du Mont-Caflin aïant été ruiné par les Lombards , comme il l'avoit prédit, il y demeura long-tems inconnu & caché sous ses ruines , jusques à ce que l'an 633. ou vingt ans plus tard, selon quelques-uns, saint Aigulfe, Religieux

de l'Abbaïe de Fleury,, appellée presentement de saint Benoît du Loir , y aïant été envoïé par Mommol fon Abbé, l'apporta en France en son propre Monastere,où il demeura jusques à ce qu'il fue transféré à Orleans pour la crainte des Normands,d'où il fut reporté à Fleury dans la suite. Ainsi la France se peut glorifier de posseder ce précieux Trésor,nonobstant tout ce que peuvent dire les Religieux du Mont-Cassin,qui alleguent une Bulle d’Urbain I I. qui prononce anathême contre ceux qui nieront que

le
corps

de faint Benoît n'est pas au MontCaslin:mais Baronius & d'autres tiennent qu'elle est supposée.

Voïez S. Gregor. libr. 2. Dialog. Bulteau. Abregé de l'hist. de S. Benoit. Joann. Mabill. Act. SS. Ord. S. Benedict. facul. 1. de Annal. Benedi&t. Tom. 1. & Bolland. 21. Mars.

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Du grand progrès de l'Ordre de saint Benoît, et de

Yexcellence de la Regle. ' L

On n'est pas d'accord nidu tems que faint Benoît écri

vit sa Regle , ni fi ce fut à Sublac , quoique l'on y montre l'endroit où l'on prétend qu'il l'écrivit

. Quelques-uns n'étant point de ce sentiment, disent que ce fut au Mont-Cassin, & d'autres qu'il l'acheva dans ce lieu,aprés l'avoir commencée à Sublac. Quoiqu'il en soit, c'est cette Regle si éminente en sagesse & en discretion , si grave

& fi claire à l'égard du discours & du style,comme parle S. Gregoire, fi celebre dans

DRE DES
BENOIT.

Progre's l'Eglise que les Conciles l'ont appellée justement Sainte,comDE L'OR- me le deuxiéme de Douzy tenu en 874. qui reconnoît qu'el

le a été dictée à S.Benoît par le mêmeEsprit,qui est l’Auteur des sacrés Canons , propre à former & conduire un grand nombre de Saints ; & comme celui de Soissons,qui lui a donné par excellence le nom de fainte Regle.

Saint Benoît y ordonne que l'on reçoive dans son Ordre toute sorte de personnes sans aucune distinction , les enfans, les adolescens, les adultes, les pauvres & les riches , les nobles & les roturiers , les serviteurs,& ceux qui sont nés libres , les doctes & les ignorans , les Laïques , & les Clercs : ce qui fait que le P. D. Mabillon, dans les Annales Benedictines condamne les Monasteres de cet Ordre qui ne veulent recevoir

que des personnes de noble extraction. Les Enfans,les Novices , & les Profès, dormoient dans des dortoirs differents ; chacun avoit son lit separé par des toiles ou des planches,& chaque dortoir avoit un Religieux pour veiller sur la conduite des autres. Le Prevôt ou Prieur présidoit sur toute la Communauté qui étoit divisée en plufieurs dizaines,qui avoient chacune leur Doïen , & l'Abbé avoit un pouvoir absolu sur tous les Religieux , qu'il gouvernoit , plus par son exemple &

par sa prudence , que par l'authorité. Il aidoit le Cellerier dans les choses qui regardoient le temporel, le Prieur, les Doïens & les Maîtres dans le spirituel. Tous les Religieux s'entraidoient les uns les autres dans le service de la cuisine , de la boulangerie , du jardin & des autres Offices , même dans la réception des Hôres & des Pellerins , qui avoient leurs appartemens leurs réfectoires separés , & ausquels on donnoit les mêmes mets qu'aux Religieux , n'étant pas permis de servir de la viande à aucune personne , sous quelque prétexte que ce fût , ou de distinction , ou de dignité.

Quant aux Offices Divins, saint Benoît emploïe onze Chapitres de la Regle pour en marquer l'ordre, le nombre des Leçons , des Cantiques , & des Répons : depuis le premier Novembre jusques à Pâques on se levoit à la huitiéme heure de la nuit , c'est-à-dire, à deux heures; l'Abbé lui-même devoit sonner les Offices, ou en commettre le soin à un Pere très exact. Il n'étoit pas permis après Matines de se recoucher,le tems qui restoit jusques au jour, devoit être emploié à la

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