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RELIGIEUX gea

d'être entré dans un attentar contre la personne d'Henri D'URVAL. iv. Les Herériques dont il étoit le fleau le plus redoutable,

firent naître & fomenterent ces bruits injurieux. Cayet qui
avoit été un de leurs Ministres, & qui malgré son abjuration
n'a jamais passé pour bon Catholique , ola même inserer un
récit de ce complot prétendu dans sa Chronologie Noven-
naire : & c'est sur ce foible fondement que des Auteurs mo-
dernes en ont parlé ; mais pour faire voir la fausseté de cette
accusation , il ne faut que leur opposer la joïe que marqua
Dom Bernard de Montgaillard à la conversion d'Henri IV.
l'affront qu'il essuïa pour l'avoir publiée le premier,le témoi-
gnage avantageux que M. de la Boderie Ambassadeur de
France à Bruxelles rendit à sa Majesté du zelede Dom Ber-
nard pour sa personne,& la résolution que le Roi avoit prise
de le rappeller en France,où il seroit effectivement retourné,
si la reconnoissance pour les boncés de l'Archiduc ne l’en eûc
empêché , outre qu'on ne peut disconvenir qu'il faut avoir
des preuves en main , & non des fables produites par gens
suspects pour noircir d'un crime si odieux une vertu aussi
reconnuë & aussi épurée que celle de cet Abbé. C'est ainsi
que l'un des Continuateurs de Moréri a fait l'Eloge & l’A-
pologie de Dom Bernard de Montgaillard que nous avons
fidellement suivi. Ce saint Abbé épuisé par les austerités &
accablé de longues maladies, mourut à Orval à l'âge de
soixante-cinq ans le 8. Juin 1628. aïant eu la consolation
d'y voir refleurir la Discipline Monastique au milieu d'une
Communauté de cinquante Religieux. Mais avant que de
parler des Observances Régulieres , qui sont encore en pra-
fique dans cette Abbaïe & qui y attirent l'admiration de
toutes les personnes qui y vont , nous rapporterons son ori-
gine.

L'Abbaïe d'Orval, en Latin Aurea Vallis, située dans le
Comté de Chini , au milieu des bois , à deux lieuës de
Montmidi, & à six de Sedan , fur fondée l'an 1070. par des
Moines Benedi&ins Calabrois , qui sortirent de leur païs
avec la permission de leur Abbé, pour venir prêcher la Foi
de Jesus-Christ en Allemagne du tems de l'Empereur Henri
IV. Comme ils alloient de Province en Province, étant ar-
rivés au Duché de Luxembourg, ils trouverent à son en-
trée un vallon si agréable , & qui inspiroic tellement la foli-

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tude, qu'ils resolurent d’y bâtir un petit Monastere , pour y RĘLIĞIEVE vivre éloignés de la conversation des hommes. Asant appris o*URVAL, que ce lieu appartenoit au Comte de Chini , ils l'allerent trouver pour le lui demander , ce qu'il leur accorda fort volontiers. Ils bâtirent d'abord une Eglise en l'honneur de la Reine des Anges,& ensuite un Monastere qu'ils nommerent Or-val, à cause de la beauté de la vallée où il étoit situé. Ils y vêcurent dans une Observance si exacte & une fi grande pauvreté, n'aïant ordinairement pour toute nourriture que des herbes & des legumes qu'ils avoient plantés ou semes qu'ils devinrent l'admiration de tout le pais, dont les habitans leur firent de grandes aumônes & charités.

Godefroi le Bossu,Duc de la basse Lorraine,aïant été tué dans un combat, fa femme Maleide n'eut pas plûtôt essuïé les larmes qu'elle avoit versées pour la perte de ce Prince qu'elle aimoit tendrement , que son affliction se renouvella , par la perte qu'elle fit encore de fon fils unique, qui fe noïa dans la riviere de Semoi. Arnoul Comte de Chini , étant venu pour

la consoler, il lui parla avec tant d'estime des Religieux nouvellement établis à Orval, que cette Princesse prit la résolution de les aller voir. Après une conference qu'elle eur avec eux sur leur maniere de vivre, elle se retira auprès d'une fontaine qui étoit proche le Monastere pour se reposer. L'eau'en

étoit fi claire & fi fraîche, qu'elle y lava ses mains , & laissa tomber dedans sans y penser une bague d'or qu'elle avoit au doit, laquelle se perdit au fond. Élle en fut extrêmement affligée, non pour

perte

de l'anneau d'or, ni pour les pierreries dont il étoit garni , mais à cause que son mari le lui avoit laissé comme un gage de fon amitié, afin qu'elle fe ressouvînt de lui. Aïant fait inutilement toutes les diligences possibles pour le retrouver, elle fir væu à la fainte Vierge, en l'honneur de laquelle l'Eglise de ces Religieux avoit été dédiée, & lui promit que fi fon moïen fon anneau- fe pouvoit retrouver , elle feroit de nouveau consacrer ce lieuien son honneur, en y faisant bâtir un Temple plus digne de la Majesté de Dieu , & un Monastere pour la commodité de ses Serviteurs. A peine cette Princesse eut-elle prononcé son veu , que l'anneau

parut au dessus de l'eau'; efle le prit, & le recevant comme la récompense de la promesse, elle alla sur le champ donner part aux

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par

RELICIEUX Religieux de ce miracle, en memoire duquel certe Abbaïe
D'Oryal.

a toûjours porcé dans ses armes un anneau d'or en champ
d'azur.

Maltide, pour s'acquitter de son veu , donna une somme
considerable pour construire une magnifique Eglise, & af-
figna au Monastere de gros revenus ; mais les bâtimens de
l'Église & de ce Monastere n'étoient pas encore achevés,
lor que ces Religieux Calabrois reçurent ordre de leur
Abbé de retourner dans leur païs , après une si longue ab-
sence. Ils obéïrent ausl-tôt, aimant mieux quitter leurs
commodités, que de perdre le merice de l'obéissance.

Tout le pais fut affligé de la retraite de ces Serviteurs de Dieu , & sur tout Arnoul Comte de Chini,& son fils Othon: celui-ci après la mort de son pere , qui arriva presque dans le même tems , ne voulant pas laisser un lieu îi faint & fi venerable en proïe à la profanation des Laïques, alla trouver l'Archevêque de Tréves , pour le prier de prendre ce Monastere sous sa protection, & d'y envoier des personnes qu'il jugeroit à propos pour y celebrer les divins Offices. L'Archevêque incorpora le Monastere à son Eglise , & y envoïa des Chanoines , qui mirent la derniere main aux édifices. Henri Evêque de Verdun, consacra l'Eglise , & mit les Chanoines en posession de ce Monastere,

qui n'avoit alors que

le titre de Prieuré. Ils menerent d'abord une vie très sainte: mais autant qu'ils édifierent dans le commencement, autant causerent-ils de scandale dans la suite

par

leur vie déreglée: ce qui les fit chasser de ce Monastere , pour faire place aux Moines de Cîteaux. Adalberon, de la Maison des Comtes de Chini , qui étoit monté sur le siége Episcopal de Verdun, après la mort de l'Evêque Henri, demanda des Religieux à saint Bernard, qui lui en envoïa sept , qui furent tirés de l’Abbaïe de Trois-Fontaines, au Diocese de Langres,& qui prirent possession d'Orval en 1131. Constantin en fut premier Abbé, & il y en ayoit eu déja trente-huit lorsque D. Bernard de Montgaillard leur succeda en 1605. Les Religieux de cette Abbaïe étoient bien déchus de l'Obfervance Réguliere , & de la vie toute angelique que ceux qui les avoient précedés avoient menée sous les premiers Abbés. C'est pourquoi il en couca beaucoup de peine & de fatigues à Dom Bernard , qui eut bien des obstacles à lur

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D'ORTAL.

monter pour y pouvoir rétablir la Discipline Monastique,& Religieuz les Observances qui y sont encore aujourd'hui en pratique.

M. de Ville-Forre, dans la petite Histoire des Peres d'Occident, nous a donné un détail de ces Observances, qu'il a tiré de la Relation qui lui a été communiquée par un Chanoine de l'Eglise de Paris, qui visita ce lieu dans le cours d'un de ses vosages. Comme la même Relation nous a été aussi communiquée, nous la rapporterons aussi fidellement: nous ajouterons seulement que ce sçavant Chanoine est feu M. l'Abbé Châtelain, & que ce fut en 1682. qu'il alla à Orval ,,où il arriva le 11. Juin.

Nous arrivâmes , dit-il, bien tard à Orval, qui est hors de France, dans le Luxembourg, & le Diocese de Tréves, C'est une Abbaïe de l'Ordre de Cîteaux , de la filiation de Clairvaux, située dans la forêt d'Ardenne, qui est l'ancienne « Hercinia. Ony vit comme à la Trape, hors qu'on y mange ou plûtôt qu'on y présente du poisson quand on pêchc, mais ausi on y fuit la Regle de saint Benoît plus à la lettre,& l'on n'y mange en Carême que le soir , sans dire Vệpres le ma- . tin. Saint Bernard y a deineuré, & leur fit présent du Corps de saint Menne Martyr & Moine d'Egypte, qu'il avoit eu . de quelque Chevalier , qui le lui avoit apporté de Constantinople, au retour d'une Croisade. L'Abbé de ce lieu est un « Gentilhomme Allemand, d'une sainteté solide , mais très agréable.

Le Vendredi 12. Juin je suivis les Religieux dans la plûpart de leurs cérémonies. Je n'allai pas à Matines , qu'ils is commencent à deux heures, & qu'ils accompagnent d'une « demi-heure de méditation. Après qu'elles sont finies , ils ne s se recouchent pas, mais vont au lieu nommé Le&trois, qui a est une salle longue à deux rangs de bancs, dont la partie anterieure est en pupitre & en table , & la posterieure en « fiége. Il y a une allée large au milieu , & deux étroites prés des murs: les jeunes ont un autre Lectrois séparé. Ils ont « sur chacun des Bibles commentées ,& d'autres bons Livres, avec une petite écritoire & du papier. L'hyver ils sont là jusqu'à cinq heures & demie,auquel tems on sonne Laudes, & l'été jusqu'à fix, que l'on sonne Prime. Après que l'on a « dit l’Oraison, si c'est jour de deux Messes, on dit la premiere, puis ils vont lire le Martyrologe, & dire le Pretiofa au Cha

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D'OR. »
VAL

RILI- „ pitre , après l'avoir sonné en branle quelque tems avec la

perite cloche du Chæur. Je les suivis , & l'un d'eux m'invita d'y entrer par figne. Je demeurai à la porte en dehors. Sous la benediction , Dies & actus , &cron lut de la Regle de saint Benoît sur le ton des Leçons de Marines. Après la priere pour les Mores, ils allerent dans le Vestiaire , qui est un lieu quarré au bout du Cloître, plein de porte-manteaux. Là ils quitterent leur grande coule blanche , & aïant traversé le

Cloître par differens chemins , ils allerent en divers endroits „ du bois travailler. A huit heures un quart on sonna la fin du

travail avec la grosse cloche du Chour : ils revinrent se la» ver au Lavoir , allerent au Vestiaire prendre leurs habits de

Chậur, & monterent au Le&rois pour se préparer à l'Office par la lecture.

A huit heures crois quarts on forine Tierce avec la petite cloche;ils furent tous rendus au Chæur en très peu de tems, reciterent Tierce de la Vierge, & chanterent celles de la

Ferie , ensuite Sub tuum , &c. c'étoit le Célébrant en aube & » en étolle, accompagné du Diacre & du Soû-Diacre , qui » avoit commencé Tierce : il étoit allé à la Sacristie dès la

demie au son de la cloche qui avoit tinté. On dit la Messe

fimple de saint Bafilides ; le Soll Diacre vint après l'Epître » recevoir la benediction de l'Abbé dans sa Chaise du Châur; » le Diacre alla au même lieu faire benir l'encens, & deman.

der la benediction. Pendant Tierce & la Mesle , pas un Re

ligieux ne me regarda. Dès qu'on eut dit Ite miffa eft , on » s'en alla droit au Lectrois, sans quitter l'habit de Chæur. A

dix heures crois quarts on sonna Sexte : après les avoir chantées , ils allerent droit au Refectoire sans laver leurs mains,

On lut pendant le repas du Livre des Rois , au ton des Ma» cines : on vint en disant Miserere , achever graces dans le

Cheur, après lesquelles ils direit De profundis à genoux pour les Bienfacteurs s ce qu'ils ne font que tous les Vendredis. Comme on disoit la Collecte , l'horloge fonna midi,& » ils demeurerent à genoux pendant l'Angelus. Après ils alle» rent se promener, sans se parler jusqu'à midi & demi , auquel tems on sonna la Sioste, c'est-à-dire,la Meridiene, qu'ils allerent passer chacun dans leur cellule pendant une heure , soit en dormant, soit en reposant en filence , comme il est » ordonné dans la Regle de saint Benoît,

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