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DE

DINIS
ГАRI. .

Luçon. Comme l’Abbesse de Tart le connoissoit particuliere Brenar. ment , & sçavoit que ses sentimens sur la Réforme étoient extrêmement opposés à ceux de son prédecesseur , elle voulut se soustraire de la jurisdiction de l'Ordre, & le mettre sous celle de l'Evêque de Langres. Elle obtint pour ce sujec un Bref d'Urbain VIII. du vingt-huit Janvier 1626. qui fut revêtu de Lettres Patentes du Roi , qu'elle fit enregistrer au Parlement de Dijon. Mais sur ce que cette Cour ordonna que leBref seroit communiqué à l'Abbé deCiteaux, il en appella comme d'abus au même Parlement , qui fit défense aux Religieuses de l'executer. Elles se pourvurent au Conseil Privé,mais comme le Pape ne les avoit soùmises à la jurisdiction de l'Evêque de Langres Sebastien Zamet , que pendant la vie de ce Prélat , l’Abbesse voulant prévenir tous les inconveniens qui pourroient survenir à sa mort,en obrint un second le 27. Septembre qui exemtoit pour toûjours son Monastere de la jurisdiction de l'Ordre. Comme il n'étoit point fait mention dans ce second Bref, du premier qu'elle avoit obtenu , ce fut un nouveau sujet de contestations à l'Abbé de Cîteaux qui obligea l’Abbesse à en obrenir un troisiéme que le Pape lui accorda le 27. Mai 1627. ces deux autres Brefs furent encore autorisés par Lettres Parentes du Roi, & les Religieuses eurent en leur faveur un Arrêt du Conseil qui conformément au Bref de fa Saintecé, les mettoit sous la jurisdiction de l'Evêque de Langres, qui prit.. possession de leur Maison en qualité de Superieur.

L'Abbesse de Tart vorant la réforme folidement écabie dans la Maison, & les choses en l'état où elles les souhaicoit, crur qu'il n'y avoit pas de meilleur moïen pour la conserver, que đe rendre les Abbesses Triennales. Dès l'année précédente elle avoit obtenu des Lettres Patentes du Roi , par lesquelles il renonçoit à fop droit de nomination sur cette Abbaïe en faveur de la Réforme , & permettoit aux Religieuses d'élire elles-mêmes leurs Abbesses , après la mort ou la démission volontaire de l'Abbesse & de la Coadjutrice. Elle obtint encore le premier Février 1627. un Arrêt du Conseil qui ordonna l'enregistrement de ces Lettres au Grand-Conseil , à la charge néanmoins qu'il ne seroit procedé à l'élection que dans dix ans , après lesquels elles feroient une nouvelle élection tous les trois ans : mais ce

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TART.

Bernar- terme de dix ans parut trop long à l'Abbesse & à la Coadju-
DINIS Di trice , qui sans attendre qu'il fut expiré, fe dépoüillerent de

leur qualité l'an 1629. & donnerent la démission de leurs
Ofices, après quoi on élut pour premiere Abbesse Trien-
nale , la Mere Marie de faint Bernard.

L'Evêque de Langres , qui avoit contribué à l'établisse-
ment des Religieuses de Port-Roïal à Paris, & à leur Ré-
forme, jugea à propos de procurer l'union des deux Mai-
sons de Tart & de Port-Roïal, afin qu'elles vêcussent de la
même maniere & dans la pratique des mêmes Constitutions,
Il prit pour cela des mesures avec les Superieurs de Port-
Roïal, qui souhaitoient aussi cette union avec empressement,
On convint que la Mere Jeanne de saint Joseph, Réforma-
trice de l'Abbaïe de Tart , iroit à Paris avec une Compa-
gne , & que la Mere Agnés Arnaud de Port-Roïal iroit ré-
ciproquement à Dijon avec une Compagne. Cette résolu-
tion fut executée ; la Mere Agnés Arnaud arriva à Dijon
au mois de Novembre 1629. & la Mere Jeanne de saint Jo-
feph en partit au mois de Janvier 1630. pour se rendre à
Paris , où peu de tems après son arrivée au Monastere de
Port-Rožal,elle en fut éluë Prieure, & Maîtresse des Novi-
ces. Il y eut six de ses Filles qui l'allerent trouver en divers
tems. Il y avoit environ trois ans qu’on avoit commencé
l'établissement du nouvel Ordre de l'Institut du saint Sa-
crement , dont la Mere Angelique Arnaud avec trois Reli-
gieuses de Port-Roial avoient jetté les fondemens, comme
nous avons dit dans le Chapitre précédent. Les Superieurs
de Port-Roïal , & les autres personnes qui prenoient soin de
ce nouvel établissement, confiderant que la Mere Arnaud
étoit fort infirme, qu'elle ne pouvoit résister à tous les tra-
vaux, & s'acquitter exactement des fonctions de fa Charge,
lui voulurent donner pour

la

soulager nôtre Réformatrice, dont ils connoissoient le merite , ils la demanderent au Pape Urbain VIII. qui la leur accorda par une Bulle expreste du 15. Janvier 1635. mais quelques autres personnes firent en sorte auprès de l'Archevêque de Paris qu'elle ne fut point admise: ce qui fit que l'Evêque de Langres craignant que cela ne causât du trouble & de la confusion dans cette Communauré, lui ordonna de retourner à Dijon avec ses filles, où elles arriverent le 8. Septembre 1635. & fut éluë Abbesse

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DINES TART.

Triennale Te 6. Avril 1636. elle fut continuée dans sa Su- Bursaxperiorité trois autres années , & fur encore éluë de nouveau en 1646. & continuée encore pendant trois ans.

Ce fut pendant ce Triennal qu'elle crut qu'il étoit tems de mettre la derniere main à son ouvrage, & d'affermir le bien qu'elle avoit rétabli dans sa Communauté, par des Constitucions qui sissent observer à l'avenir toutes les choses qu'elle y faisoit pratiquer , & qu'elle pratiquoit elle-même depuis près de trente ans. Ces Constitucions furent approuvées par l'Evêque de Langres l'an 1650. & s'observent en: core exactement dans ce Monastere. Il sembloit

que

Dieu attendoit qu'elles fussent achevées pour récompenser les longs & pénibles travaux de la Servante fidelle & prudente, à laquelle il avoit confié le soin de cette sainte Famille. Dès son premier Triennal elle fue sujette à de grandes infirmirés ; mais ses maux augmenterent en 1650. & ne lui donnerent aucun relâche jusqu'au 8. Mai de l'an 1651. qu'elle mourut, à l'âge de 6o. ans , dont elle en avoit passé dix dans l'Ordre de saint François , & trente. trois dans celui de Cîteaux, avec toute l'estime & la veneration possible.

Ces Religieuses sont habillées comme les autres Bernardines , & ont à peu près les mêmes Oblervances. Ce

que celles de Tart ont de plus,c'est qu'elles ne mangent ni beurre ni laitage pendant l'Avent & le Carême, ne le servant

que d'huile pour assaisonner leurs mets. Elles observent une exaete pauvreté, & pour la pratiquer davantage, elles ne mangeoient ni buvoient au commencement de leur Réforme que dans du bois : mais l'Evêque de Langres modera cette austerité,leur permettant de manger & boire dans de la faïance. Leurs cuëilleres sont de buis, aust-bien que les fourchettes: elles n'ont pour tous meubles dans leurs cellules qu'une petite couche, sur laquelle il n'y a qu'une paillasse & une couvercure, un benitier de terre, un crucifix de bois, quelques images de papier,& elles ne peuvent avoir ni cassettes ni coffres fermant à clef.

Vie de Madame de Courcelles de Pourlan, imprimée à Lyon en 1699. & Memoires communiqués par les Religieuses de ce Monastere.

RELIGIEUX · D'URYAL

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Des Religieux Bernardins Réformés d'Orval , avec la

Vie de Dom Bernard de Montgaillard leur Réforma

teur.

L

E dernier fiécle a produit dans l'Ordre de Cîteaux trois

célébres Réformes , qui par leur austerité & leur exacte Observance ont eu plus d'admirateurs que d'imitateurs: ce sont les réformes d'Orval, de la Trape & de Sept-fonds. La premiere est dûë au zele de Dom Bernard de Montgaillard qui a été li connu en France au tems de la ligue , fous le nom du perit-Feüillant. Il nâquit en 1562. de Bernard de Percin Seigneur de Montgaillard descendu de l'une des plus illustres & des plus anciennes Maisons d'Angleterre, où elle a possedé long-tems les premieres Charges ; & la mere se nommoit Antoinette de Vellay. Dès l'âge de douze ans il eut achevé son cours d'Humanités & de Mathematiques ; & à seize ans, aprés avoir étudié la-Theologie , il entra dans la Congrégation des Feüillans , que Dom Jean de la Barriere venoit d'instituer. A peine l'année de son Noviciat fur-elle finie , qu'on le vit prêcher dans les villes de Toulouse , de Rhodés & de Rouen,& ce fut avec tant d'onction & de succès , que les pecheurs se convertissoient en foule à ses prédications: ce qui le faisoit regarder comme un prodige. Le Roi Henri III. & la Reine Catherine de Medicis fa mere le firent venir à Paris , & l'aïant entendu prêcher aux AuguItins dans l'Assemblée solemnelle des Chevaliers du saint Esprit , leurs Majestés voulurent qu'il prêchât devant elles le Carême suivant à saint Germain l'Auxerrois. Les Sermons qu'il fit dans la suite à saint Severin sur le Symbole des Apôtres opererent un nombre infini de conversions;& le firent paser pour le plus habile Prédicateur de son fiécle. Ces travaux Apostoliques joints à la pauvreté & à l'austerité de fa vie engagerent le Pape Gregoire XIII. à lui accorder nne dispense pour prendre l'Ordre de Prêtrise à l'âge de dixneuf ans. La Reforme de son Ordre, quoique très rigoureuse,lui paroissoit encore trop douce. Il n'avoit pour lit que deux ais,pour chemise qu'un cilice;il ne mangeoit ni viande,

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D'URVAL,

mi poisson , ni æufs , ni beurre : ses mets ordinaires étoient RELIGIEUX des legumes, & il ne prenoit qu'un peu de nourriture après le soleil couché. Heureux si dans une vie aussi fainte &ausli penitente il avoit sçu se borner au service de son Dieu & au falur du prochain, rendre à Cesar ce qui appartient à Cesar, respecter son Roi , & comme sujet lui être fidele & foûmis quand bien même il auroit troublé la paix & le repos de ses fujets. Mais il eut le malheur de se laisser entraîner par le parti de la Ligue avec la plus grande partie des Catholiques,& il poussa avec trop d'ardeur son zele, autant temeraire & indiferet dans fon exécution qu'il pouvoit être juste & pur

dans fon motif, selon l'idée qu'il s'étoitformée des affaires du tems.

Sur la fin des troubles ,pendant lesquels il fut attaqué d'une maladie dont il ne guerit que par miracle , il fit un voïage à Rone où il fut trés bien reçu de Clement VIII. ce Pape le fit passer de l'Ordre des Feüillans dans celui de Cîteaux, & lui ordonna de se retirer en Flandres. Il alla à Anvers où il ne se fit pas inoins admirer par

moins admirer par ses prédications,qu'il l'avoic fait en France. A prés avoir lejourné dans cette ville pendant fix ans,il fut appellé à la Cour de l'Archiduc Albert en qualité de Prédicateur ordinaire. On acouroit de toutes parts pour l'entendre , & le Docteur Stapleton venoit souvent de Louvain à Bruxelles dans cette seule vû ë. Dom Bernard aïant suivi l'Archiduc en Allemagne, en Italie, & en Espagne, fut pourvû à son retour de l'Abbaïe de Nivelle, & en 1605. de celle d'Orval. Son désintéressement étoit connu , il avoit refusé en France les Evêchés de Pamiers & d'Angers, & l’Abbaïe de Morimond. Aussi n'accepta-il celles-ci dont le temporel & le spirituel étoient également ruinés, que pour s'appliquer à les rétablir,& y introduire uneRéforme austere qui approche de celles que nous avons vû introduire de nos jours à la Trape & à Sept-Fonds. Il eut plusieurs difficultés à furmonter pour réüssir dans un fibon dessein.La calomnie lui livra plufieurs assauts: tantôt elle attaquoit sa charité, tantôt fa chasteté.On voulut le rendre coupable dela mort d'un de fes Religieux qui étoit tombé dans une forge, & on alla même jusqu'à l'accufer d'avoir conspiré conere l’Archiduc son bienfačteur : mais ces impoftures qui se détruisirent d'ellesmêmes , ne servirent qu'à mettre son integrité dans un plus grand jour. La plus sensible pour lui , fut celle qui lechar

Tome V.

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