Page images
PDF
EPUB
[ocr errors]

DINES DE
T.. KT.

Birnar: y voir quelques parentes qu'ils y avoient, elle se sencit por

tée d'entrer dans cet Ordre & fit tant d'instances auprés de
ses parens aprés leur retour , qu'ils furent contraints de con-
'sentir qu'elle retournât à Migerte, où elle prit l'habit à l'âge
de quinze ans & fit profession l’année suivante. Mais dix
ans aprés l’Abbesse de Tart lui aïant refigné cette Abbaïe,
elle fue contrainte de l'accepter aprés le commandement
qu'elle en reçut des Superieurs de fonOrdre. Lorsqu'elle euc
fes Bulles , elle ne voulut pas prendre possession de son Ab-
baïe sans avoir reçu la Benedi&tion de l'Abbé de Cîteaux :
elle alla pour cet effet à Cîteaux , d'où elle se rendit à Tart
l'an 1617. Elle y reçut au mois de Novembre de la mê-
me année l'habit' de cet Ordre des inains de l'Abbé Dom
Nicolas Boucherat, qui lui fit faire ausi profession l'année
fuivante.

Elle commença pour lors à prendre connoissance des af-
faires de son Monastere , & crur que la principale obliga
tion étoit de faire observer la Regle de saint Benoît,& qu'el-
le ne pouvoit trop travailler à la remettre en vigueur : aïant
communiqué fon dessein à quelques personnes de pieté, on
lui conseilla de ménager les esprits dans ces commencemens,
& de n’aller point si vîte , de peur de les effaroucher. Elle
fuivit ce conseil, & ne parla point d'abord de réforme à ses
Religieuses, se contentant de les exhorter par fes exemples
à changer de conduite. Mais aprés avoir patiencé quelqıre
tems, fon zele pour la regularité ne lui permettant pas de dif-
ferer davantage, elle leur déclarà la résolution qu'elle avoit
prise de les faire vivre dans l'observance de leur Regle. Elle
les obligea d'être plus modestes dans leurs habits , & à s'oc-
cuper au travail, leur témoigna l'aversion qu'elle avoit pour
les fréquentes visites qu'elles recevoient, & les entretiens
qu'elles avoient avec les Séculiers, comme étant la source
de tous leurs déréglemens & de leurs irregularités. Ces dis-
cours exciterent beaucoup de murmures , & les Religieuses
ne voulurent point quitter leurs anciennes habitudes. Elle
leur fit néanmoins garder Pabstinence de viande, les Lundis
& les Mercredis, & elle leur fit observer exactement les
jeûnes de la Regle , ce qui ne se fic point non plus fans beau-
coup de contradiction de la

part

de la Communauté.
Ces petits commencemens d'une vie un peu plus réglée,

étoient

DI

[ocr errors]
[ocr errors]

commençoient à Aarter ses esperances , mais elle trouva Bernare tant de difficultées pour remedier aux autres abus causés DINES par l'irrégularité de son Monastere qui étoit sans clôture, fans grilles , fans parloir , & fans Chour separé , que se croïant plus éloignée que jamais de l'exécution de son bon dessein, principalement à cause des dettes de ce même Monastere qui la mettoient dans l'impossibilité de travailler aux bâtimens qui lui étoient absolument necessaires pour cet effet , elle se résolut de renoncer à son Abbaïe pour se retirer dans quelque Maison réformée. Mais une ancienne Religieuse de la maison, qui gémissoit depuis long-tems de voir les désordres qui y regnoient , & qui avoit un grand desir d'y voir la reforme établie , la détourna de son dessein, en lui faisant comprendre que c'étoit une tentation. Elle l'exhorta à ne fe point rebuter par les difficultés qu'elle trouveroit dans son dessein , & l'encouragea à poursuivre la Réforme.

Il y avoit déja deux ans, que l'Abbesse cherchoit le mo-
ment favorable pour y réüssir, lorsque Dieu lui envoïa une
fâcheuse maladie qui fit beaucoup apprehender pour
& donna occafion au Baron de la Tournelle ; fon cousin
germain , de demander au Roi Louis XIII. la coadju-
torerie de cette Abbaïe pour sa fille aînée âgée de dix-sept
ans, qui étoit Religieuse dans ce Monastere. Lorsque l'Ab-
besse eut recouvré la santé, elle reprit tous ses exercices avec
plus de ferveur & de zele qu'auparavant, & se croïant obli-
gée de sacrifier de nouveau à Jésus-Chrit la vie qu'elle ve-
noit de recevoir tout recemment de sa bonté, elle résolut de
ine rien épargner pour procurer la réforme. Cette ancienne
Religieuse qui la souhaitoit aussi avec tant d'empressement ,
Jui demanda permission d'aller faire un voïage à Notre-Dame
de Grey; & dans la ferveur de son oraison , étant devant

l'Image de la sainte Vierge, elle crut entendre distincte-
iment une voix qui lui disoit que la réforme se feroit, & que
Dieu se serviroit pour cela de l'Evêque de Langres. Elle le
dit à l'Abbesse à son retour , qui voulut ausli faire le même
voïage, & revint à Tart fi penetrée de Dieu , & dans une
telle assurance que la réforme se feroit , qu'elle ne fongea
plus qu'à se disposer à recevoir cette grace en redoublank
Jes austerités & ses prieres,
Tome y.

Ooo

sa vie,

pour la

pre

BERNAR

Le Baron de Pourlan étant combé malade en 1622. de la DINES DE maladie dont il mourut, l'Abbefre de Tart sa fille alla à TART.

Auvilars où il étoit pour lui rendre les derniers devoirs.Pen-
dant qu'elle étoit chez son pere, l'Evêque de Langres, Se-
bastien Zamer vint à l'Abbaïe de Tart sur les instances que
fui en fit cette ancienne Religieusu si zelée pour la réforme,
qui avoit été trouver ce Prélat à faint Jean de l’Aune où il
faisoit la visite, pour lui découvrir l'état de cette Abbaïe. Il
fut reçu par la jeune Coadjutrice à la tête de la Commu-
nauté , & les Religieuses l'aïant prié de leur faire une ex-
hortation , il leur fit un discours si touchant sur les devoirs
de la vie Religieuse, qu'il gagna ce jour là pour la réforme
la Coadjutrice. Ce Prélat fit encore plusieurs voïages à
Tart, & ce fut dans le troisiéme qu'aïant vû
miere fois l’Abbesse qui étoit revenuë d'Auvilars, il eut
avec elle un long entretien au sujet de la réforme , & y dis-
posa deux Novices de cette Maison. Le quatriéme voïage
qu'il fic encore à Tart ne fut pas moins heureux, il fit une
nouvelle conquête à Jesus-Christ , aïant gagné la niéce de
l'ancienne Abbesse, qui malgré les oppositions de sa tante
& de ses parens se résolut d'embrasser la réforme que ce Pré-
lat conclut avec l'Abbesse: & afin d'y mieux réüllir, ils for-
merent le dessein de transferer l’Abbaïe à Dijon , mais ce
dessein fur differé pour quelque tems à cause d'un voïage
que ce Prélat fut obligé de faire à Paris.

Pendant son absence lesReligieuses qui ne vouloient point de reforme, aïant appris qu'on songeoit à transferer l'Abbaïe de Tart à Dijon, se plaignirent hautement de la violence qu'on leur vouloit faire : elles étoient appuïées dans leurs plaintes par un grand nombre de Religieux de l'Ordre , la Noblese voisine , leurs parens , leurs amis & ceux de l'Abbesse & de la Coadjutrice : mais bien loin que l'Abbelle changeât de sentiment, elle se prépara à les accoûtumer à son changement peu à peu. Elle quitta son habit, qui quoique plus modeste que les autres, ne l'étoit pas assez pour une Religieuse réformée, & s'en fit faire un de plus grosse serge, tel que les plus réformées le pouvoient porter. Elle coupa ses cheveux, qui étoient fort beaux, & les jetta au feu. Comme la petite troupe vouloit suivre son exemple, l’Abbelle leur rendit ce service, en coupant elle-même leurs

1

DE

.

cheveux, qu'elle jetta aussi au feu. Elle fit fonner l'Orai- BEAN AR. fon mentale deux fois le jour , où toutes les Religieuses gé- Tart. néralement se trouvoient, car celles qui ne vouloient pas la réforme aïant honte de lui réfuser tout , y venoient comme les autres ; mais c'étoit moins par devotion que par politique ou par complaisance. Elle se défit de son carroffe & de fes chevaux : &*ne conserva la femme de chambre & ses la. qûais que jusqu'à ce que l'Abbaïe fût transferée à Dijon : ce qui le fit au mois de Mai suivant.

L'Evêque de Langres étant de retour de Paris , vint à Tart au mois de Février 1623. où trouvant l'Abbesse & les autres qu'il avoit gagnées à Dieu avec leurs habits de réformées, il en rendit graces à Dieu , & fe détermina absolument de mettre la derniere main à la réforme , & de transferer cette Communaucé à Dijon : mais comme le Chapitre Général de Cîteaux se devoit tenir au mois de Mai de la même année, & qu'on ne pouvoir faire la translation sans fa permission, on se contenta pour lors de commencer la forme. L'Evêque & l'Abbelle partagerent la Communauté en deux, l'Abbesse fe mit à la tête de celles qui vouloient la réforme, & qui n'étoient quecinq en tout , sçavoir la Coadjutrice, deux Professes & deux Novices , & les autres qui s'y opposoient au nombre de huit avoient aussi à leur tête l'ancienne Abbesse. Les réformées changerent le nom de leur famille. L'Abbesse prit celui de Jeanne de saint Joseph ; la Coadjutrice, qui se nommoit Jeanne de la Tournelle , prit celui de la Mere Jeanne de la Trinité ; la Mere Françoise de Longueval, cette ancienne Religieuse qui avoit étoit si zelée pour la réforme , prit le nom de Françoise du saint Esprit ; la Mere Marguerite de Boisler, niéce de l'ancienne Abo beffe , fut nommée Marguerite du saint Sacrement ; Mar. guerite de Coraille l'une des deux Novices, fut appellée Marguerite de la Croix'; & l'autre Lucrece Melicin de Lagor eut le nom de Madelaine de Jesus.

Quelque tems aprés l'Abbé de Cîteaux , vint à Tart pour y faire la visite , & sçavoir au vrai les dispositions des Religieuses sur la Réforme & la translation de l'Abbaïe. Il alla rrouver ensuite l'Evêque de Langres , qui étoit à Dijon , & aïant pris des mesures avec lui pour faire réüfsir cette affaire, il la-fit agréer par le Chapitre Genéral, qui permit à celles

BERNAR. qui vouloient la Réforme de se transferer à Dijon, & d'emDENES D E porter avec elles tous leurs meubles, titres & papiers ; & aux

autres de pouvoir se retirer en tel Monastere qu'elles voudroient avec une pension que les réformécs leur païeroient pendant leur vie.

N'y aïant plus d'obstacles de la part des Religieux de l'Ordre pour la translation, elle se fit le 24. Mai 1623. Les Réformées arriverent le même jour à Dijon , où elles furent conduites par Dom Barthelemi Joli Abbé de la Charité, & demeurerent dans une maison que l'Evêque leur avoit fait préparer. Le Parlement & la Ville s'opposerent d'abord à leur établissement à cause qu'il se faisoit sans les permillons, nécessaires en pareil cas : cependant à la sollicitation de l’Eyêque de Langres le Parlement & la ville se désisterent de leurs oppositions & donnerent leur consentement. Elles eurent beaucoup à souffrir dans le commencement , ne pouvant rien recevoir de leurs revenus par ce que les anciennes avoient enlevé leurs papiers. L'Abbesse ne laissa pas de recevoir quatre filles la même année , deux pour le Cheur & deux Converses, & une des anciennes Religieuses vint aufli pour embrasser la réforme,& fut suivie peu de tems aprés par la seur de la Coadjutrice.

Mais comme la Maison où elles demeuroient , n'étoit qu’une maison d'emprunt , en attendant qu'elles en eussent trouvé une plus commode , l'Evêque de Langres leur en acheta une autre où elles ont demeuré jusqu'à présent. Elles en prirent possession avec beaucoup de ceremonies le jour de la sainte Trinité de l'an 1624. Une ancienne Religieuse vint encore à Dijon cette même année , pour embrasser la forme. Ce fut la troisiéme de celles qui étoient restées à Tart. Touces les autres étant demeurées chez leurs parens,deux y moururent, d'autres entrerent ensuite dans une Maison de l'Ordre , & l'ancienne Abbesse , après avoir demeuré vingt-deux ans chez ses parens, vint enfin dans le bercail l'an 1645.où elle vêcut encore cinq ans & mourut à l'âge de quatre-vingts ans.

A peine deux ans s'écoient écoulés depuis la Réforme de l'Abbaïe de Tart & sa translation à Dijon,que Dom Nicolas Boucherat Abbé de Cîteaux mourut. On lui donna

pour successeur Dom Pierre Nivelle , qui fuc depuis Evêque de.

[ocr errors]
« PreviousContinue »