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DINES DE
TART.

Dornar- avoient une fille nommée Elisabeth,déja Religieuse au Mo

nastere de Julli de l'Ordre de faint Benoît : que cette Religieuse, qui étoit veuve de Humbert de Mailli Seigneur de Favernai, fur ti ée de ce Monastere pour commencer la fondacion de celui de Tart, dont elle fut premiere Abbesse, & qu'elle & les Religieuses qui la fuivirent , embrasserent les Statuts & les usages de Ciceaux que leur donna S. Etienne, Abbé de Cîteaux,qui est aufli reconnu pour Fondateur de ce Monaftere.

Ce qui prouve encore que Julli & le Tart étoient deux Monasteres differens, c'est que lorsque Guillaume de saint Thierri dic que fainte Humbeline læur de faint Bernard mourut à Julli l'an 1141. où elle fut vigtée par ce Saine dans fa maladie , il nomma ce Monastere pulli , & non pas le Tart : ce qui décruit encore une des conjectures de l'Auteur Anoniine de la vie de l'Abbesse de Tart, qui dit que l'on a changé le nom de Billette en celui de Tart par reconnoissance pour Arnulphe Cornu & fa femme Emeline qui s'étoient dépouillés fi généreusement de leur Seigneurie de Tart en faveur de ces Religieuses : outre qu'il eft certain que l’Abbaïe de Tart fut ainfi nommée à cause qu'elle avoit été bâtie dans un lieu qui s'appelloit Tart la Ville , & qui fur depuis nommé Tart l'Abbaïe , & que Julli étoit encore appellé Jilli , plus de trente ans aprés la fondation du Monastere de Tart.

Une autre preuve encore que le Monastere de Tart a été la premiere Maison de filles de l'Ordre de Cîteaux, c'est que les Chapitres Généraux des Religieuses s'y tenoient , & que

l'Abbeffe avoir droit de visite dans les autres Monasteres de cer Ordre. D'ailleurs li sainte Humbeline fæur de faint Bernard avoit été Religieuse de Tart, les Religieuses de ce Monaltere ne manqueroient pas de s'en gloriher, & n'auroient

pas oublié de la mettre au nombre des personnes Illustres de leur Monastere, ne fe vantant que d'avoir eu Adeline fa piéce, Adelaïde Duchesse de Lorraine , les Princeffes Agathe & Barthole fes filles , & quelques autres qui ont fait profesfion Religieuse dans cette Abbaïe , dont'la Bienheureufe Elifabeth, fille des Fondateurs fut premiere Abbeffe & fonda dix-huit aunres Monasteres de cet Ordre. Elle obtint du Pape Eugene 11 I. La confirmation de son Ab

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Religieuse de L'Abbaie de Tart

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avant la Reforme

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baže que ce Pontife mit fous sa protection par une Bulle de BERNAR-
l'an 1147. ce que firent ausli ses successeurs Innocent III. PART.
Innocent iv. Lucius III. Benoît XI. Benoît XII. Cle-
ment VI. & quelques autres Souverains Pontifes.

Les Ducs de Bourgogne donnerent des marques de leur pieté dans cette Abbaie par les fondations qu'ils y firent, & la Duchesse Malchilde acheta de ses propres deniers la terre de Bateau , avec toutes ses dépendances, haute, moïenne & basse Justice qu'elle donna aussi à cette Abbaïe.

Le premier esprit de Cîreaux, sa ferveur & sa régularité, se conserverent dans ce Monaftere jusques vers l'an 1475que l'usage de la viande aïant été introduit dans plusieurs Maisons de l'Ordre, & les guerres étant survenuës,les Religieuses de cette Abbaïe quitterent aussi l'abstinence & abandonnerent entierement leurs autres Observances. Bien loin d'éviter le commerce des Seculiers, elles le rechercherent, Elles reçurent des visites li fréquentes dans la suite , que ce Monaftereétoit comme une hôtelerie où tout le monde, hommes & femmes sans distinction , étoient bien venus. La solitude & l'Oraison mentale en furent bannis, &ony dansoic & joüoit comme dans une maison séculiere. Ces Religieuses ne respiroient que le luxe , la vanité & les plaisirs. Elles ne voulurent plus recevoir dans leur maison que des filles nobles. Leurs robbes , & leurs scapulaires étoient de soye, & les jupes de dessous , de la plus belle étoffe qu'elles pouvoient avoir avec des dentelles d'or & d'argent. Le voile qu'elles portoienc ne les empêchoit pas de se friser & de porter des pendans d'oreilles, aufli bien que des colliers de perles , & leur guimpe d'une toille empesée & fort claire ne cachoit rien de leur gorge.

Tel étoit l'état de cetre Abbaïe, lorsque Jeanne de Courcelle de Pourlan , fille du Baron de Pourlan , fut nommée À cette Abbaïe. Elle nâquit à Pourlan sur les frontieres de Bourgogne l'an 1991. & fut mise à l'âge de sept à huit ans dans l'Abbaïe de Tart, dont une de ses tantes étoit Abbefle. Aprés quelques années de séjour , elle y comba malade : ce qui obligea ses parens de la retirer dans le dessein de la lailfer dans le monde : mais dans un voïage qu'elle fit avec eux à Migerte qui est un Monaftere de l'ordre de sainte Claire, à deux lieuës de Salins dans le Comté de Bourgogne , pour

BERNAR

DE
Tukr.

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B:28A8; y voir quelques parentes qu'ils y avoient, elle se sentit por

у
tée d'entrer dans cet Ordre & fit tant d'instances auprés de
ses parens aprés leur retour , qu'ils furent contraints de con-
sentir qu'elle retournât à Migette, où elle pric l'habit à l'âge
de quinze ans & fic profession l'année suivante. Mais dix
ans aprés l'Abbesse de Tart lui ažant resigné cette Abbaïe,
elle fut contrainte de l'accepter aprés le commandement
qu'elle en reçur des Superieurs de fonOrdre.Lorsqu'elle euc
fes Bulles , elle ne voulut pas prendre possession de son Ab-
baïe sans avoir reçu la Benedičtion de l'Abbé de Cîteaux :
elle alla pour cet effet à Cîteaux , d'où elle se rendit à Tart
lan 1617. Elle y reçut au mois de Novembre de la mê-
me année l'habit de cet Ordre des mains de l'Abbé Dom
Nicolas Boucherat, qui lui fit faire ausi profellion l'année
fuivante.

Elle commença pour lors à prendre connoissance des affaires de son Monastere , & crur que la principale obliga

sa tion étoit de faire observer la Regle de saint Benoît,& qu'elJe ne pouvoit trop travailler à la remettre en vigueur : aïane communiqué fon dessein à quelques personnes de pieté, ch lui conseilla de ménager les esprits dans ces commencemens, & de n'aller point si vîte, de peur de les effaroucher. Elle fuivit ce conseil , & ne parla point d'abord de réforme à ses Religieuses, se contentant de les exhorter par fes exemples à changer de conduite. Mais aprés avoir patiencé quelqıre tems, son zele pour la regularité ne lui permettant pas de differer davantage, elle leur déclarà la réfolution qu'elle avoit prise de les faire vivre dans l'observance de leur Regle. Elle les obligea d’être plus modestes dans leurs habits, & à s'occuper au travail, leur témoigna l'aversion qu'elle avoit pour les fréquentes visites qu'elles recevoient, & les entretiens qu'elles avoient avec les Séculiers, comme étant la source de tous leurs déréglemens & de leurs irregularités. Ces difcours exciterent beaucoup de murmures , & les Religieuses ne voulurent point quitter leurs anciennes habitudes. Elle leur fit néanmoins garder Pabstinence de viande , les Lundis & les Mercredis, & elle leur fit observer exactement les. jeûnes de la Regle, ce qui ne se fic point non plus fans beaucoup de contradiction de la part de la Communauté. Ces petits commencemens d'une vie un peu plus réglée,

étoient

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