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BERNAR

ment le cæur,qu'elle forma le dessein de s'y retirer. Elle des DINES Du manda d'y être reçuë , ce qu'on n'eut pas de peine à lui acSANG PRE- corder. Mais le Superieur & l’Abbesse de saint Just s’oppo

ferent à l'éxécution de fon dessein. Elle surmonta néan-
moins cet obstacle & entra dans le Monastere de Grenoble,
où elle fut d'abord admise au Noviciat , & après l'année de
probation , elle fit profession de cette Réforme n'étant âgée
que de vingt-cinq ans.
Il n'y avoit que

fort peu de tems que le Monastere de
Grenoble poffedoit cette sainte fille , lorsque la Mere de
Ponçonas la destina pour être Superieure du nouveau Mo-
nastere de Paris , où elle la conduisit avec cinq compagnes
qui furent les Meres Madelaine Elizabeth Genton, Marie
Lucrece Chevalier, Marguerite Seraphique de Bains,Marie
Gertrude d’Ars , & la Sæur Claude Theréle Martin qui
n'étoit encore que Novice. Elles partirent de Grenoble le
22. Février 1636. & arriverent à Paris la veille du Diman-
che des Rameaux. Il y eut d'abord des difficultés qui se
trouverent dans cet établissement qui durerent prés de qua-
tre mois. La Croix n'y fut plantée que le cinq Juillet, & dès
ce même jour elles reçurent des filles qui s'étoient présen,
tées pour embrasser leur Réforme.

A peine commencoient-elles à joüir du calme & de la tran-
quilité après quatre mois de traverses, lorsqu'elles euren
une nouvelle allarıne. On leur donna avis que les Peres de
l'Ordre se prévalant de l'autorité du Cardinal de Richelieu
qui étoit Abbé de Câteaux, faisoient tout leur possible pour
les faire rentrer sous leur jurisdiction, ou en cas qu'ils ne le
pussent obtenir de leur ôter le titre & le nom de filles de Cî-
teaux. Ces Peres étoient assez bien fondés dans leurs préten-
tions, puisque ces Religieuses n'avoient que le titre de filles
de Cîteaux sans en pratiquer les observances, comme nous
avons remarqué dans le Chapitre précedent , leur maniere
de vie étant entierement conforme à celle des Religieuses de
la Visitation, à l'exception du grand Office & de la couleur
de l'habit qui étoitaufli semblable , quant à la forme , à celui
des mêmes Religieuses de la Visitation, & quoiqu'elles euf-
sent exposé, tant aux Ordinaires des lieux, qu'à la Cour de
Rome
pour

obtenir le pouvoir de s'établir , & l'approbation
de leurs Constitutions, que leur dessein écoit d'embrasser l'é-

troice

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troite Observance de l'Ordre, elles n'en avoient néanmoins BERNARE rien pratiqué, de sorte que les Bulles qui n'avoient été accor- BINES DU dées qu'en supposanc vericable l'exposé qu'elles avoient fait, cieux sembloient être nulles , puisque leurs Réglemens y étoient contraires, en sorte qu'il ne paroissoit pas juste qu'elles conservassent le citre de membre d'un Ordre dont elles ne suis voient

pas les Regles essentielles. Cependant par le moïen de leurs amis elles furent maintenuës dans la jurisdiction de l'Ordinaire & dans la poffeffion de la qualité de Filles de Cîteaux. Leur plus puissant Protecteur fut le celebre André Du Val Docteur de Sorbonne, qui se trouvant dans l'Assemblée qu’on avoit tenuë pour les détruire ; parla à leur avantage avec beaucoup d'éloquence & de force, disant entr’autres choses qu'il étoit avantageux à l'Ordre de Cîteaux d'avoir de si faintes Filles, & qu'il y auroit de l'injustice de leur disputer un titre qu'elles portoient si dignement. Ce qui détermina entierement cette Assemblée à les laisser jouir en paix du titre qu'elles avoient toûjours porté depuis le commencement de leur Institution.

Cet orage étant dislipé , rien ne les empêcha plus de travailler à leur sanctification. Elles suivirent exactement les Observances prescrites par leurs Constitutions. Leur nombre s'augmenta considerablement , & leur Communauté se trouva composée de filles ferventes & zélées pour le rétablisfement du premier esprit de la Regle de Cîteaux. Non contentes d'avoir conservé le nom de cet Ordre, elles crurent qu'il étoit de leur devoir d'en embrasser les Obfervances,qui leur ouvrant le chemin à une plus grande perfection, les mettroit à labri des reproches qu'on leur avoit déja faits & qu'on pourroit encore leur faire, & les rendroit Filles de Cîteaux de nom & d'effetc'étoit le sujet des prieres les plus ferventes qu'elles faisoient à Dieu,lui demandant qu'il leur ouvrîc quel

pour executer ce désir dont il étoit l'Auteur. Elles exposoient sur ce sujet leurs peines à la Mere Bauder leur Superieure,qui de son côté n'étant pas moins zélée ni moins fervente,n'osoit cependant rien entreprendre temérairement. Elles n'ignoroient pas que le défir des premieres Religieuses tant de leur Congregacion que de celles de la Providence Divine & de saint Bernard, avoir été d'établir parmi elles wute l'austerité de l'esprit primitif de Cîreaux,& qu'en quelTome V.

LII

que voïe

PRE. CIEUX.

plus line

BERNAR- que façon elles n'avoient pas eu la liberté de fuivre leur PINES DU inclination. Enfin après bien des voeux,des épreuves, & des

Conferences ne doutant plus que ce ne fût la volonté de Dieu qu'elles réparassent dans leur Maison ce qui sembloic manquer dans les deux Congregations de Bernardines Ré formées , dont nous avons parle, elles proposerent d'abord de changer la forme de leur habillement & de leur coëffure pour les rendre plus convenables à l'habillement des autres Religieuses de l'Ordre de Cîreaux,& pour accoûtumer par ce moïen peu à peu à la Réforme qu'elles projetcoient quelques-unes d'entr'elles qui s'y opposoient. En effet ces Religieuses opposées à la Réforme ne trouverent aucune difficulté dans le changement d'habit : ainsi il fut fait selon l'ufage des plus réformées de l'Ordre,qui est d'avoir une tunique blanche deffous leur robbe , faite en sac, d'une écoffe blanche un peu grossiere , un scapulaire noir large d'un tiers & aussi long que la robbe fans être ceint, avec un grand habit de Choeur qu'on nomme coule , d'une serge blanche

que

la robbe , sans porter ni jupes, ni corps de baseine. Pour celui des Novices, on le fit semblable à celui des Professes, sinon que pareillement selon l'usage des Religieuses de Citeaux , le scapulaire étoit blanc , & qu'au lieu de coule elles devoient avoir un manteau en forme de chape. Elles prirent aussi la guimpe ronde au lieu de la quarrée qu'elles porcoient comme les Religieuses de la Visitation. Tous les habits étant disposés de la forte pour la Communauté, elle s'en revétic un Samedi 8. Mars 1653. & dans la suite celles qui voulurent embrasser la plus étroice Observance conEinuerent à s'éprouver en leur particulier & à demander à Dieu la grace de connoître & d'accomplir la volonté.

L'année suivante 1654. la Mere Bauder crur qu'il étoit rems de faire connoître à la Communauté l'inspiration qu'elle avoit euë dès l'année 1651. de dédier fon Monastere au précieux Sang de Notre-Seigneur Jesus-Christ,afin que ses filles fussent dévouées fingulierement à honorer les differentes effufions de ce fang adorable , & les engager davantage à être desvi&times consacrées à la penitence pour être plus conformes à leur époux crucifié. Le Monastere étoit alors dans ane extrême pauvreté ; mais cette bonne Mere animée d'un esprit de foi, ne doutoit point qu'en cherchant premierement

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DINES DU SANG PRIA CIEUX

le Roïaume de Dieu & la justice, le Pere Celeste né leur Bernaraccordât tout ce qui étoit necessaire pour sublister. Elles s'engagerent donc par veu d'un commun consentement à

prendre le titre de Filles du précieux Sang, dès que leurs affaires étant remises en bon état, elles pourroient avoir une demeure fixe, sans laquelle elles ne pouvoient s'assurer de leur établissement, & se voïoient tous les jours exposées à être fupprimées.

Le fixiéme Mars de la même année, la plus grande partie de la Communauté persévérant dans le desir de la réforme pour continuer l'épreuve qu'elle faisoit depais long-tems, prit des chemises de ferge, & quitta l'usage de celles de toile. Celles qui ne crurent pas avoir assez de force & de courage pour imiter ces Religieuses ferventes , eurent la liberté de demeurer dans la pratique des Observances qu'elles avoient trouvées établies dans la maison, lorsqu'elles y étoient entrées. Comme on ne vouloit causer aucun trouble dans la Communauté , on n'introduisoit que peu à peu l'Etroite Obfervance , afin

que celles qui la défiroient s'y accoûtumaffent plus facilement, & que les autres qui ne la vouloient pas у eusent moins de répugnance & y fuffent attirées par la facilité avec laquelle elles voïoient que les plus ferventes en pratiquoient les exercices.

En 1655. leur Superieur fit une visite reguliere au sujet de la réforme,afin de récueillir les sentimens de part & d'autre, & aprés avoir écouté toutes les Religieuses, il fitafsembler au Seminaire de faint Sulpice huit Docteurs , & leur aïant propofé les raisons que ces Religieuses avoient d'embrasser la Réforme , ces Docteurs furent d'avis de les laisser quelque tems fans leur donner de décision pour voir fi clles persevereroient. Trois années fe pafferent encore pendant lesquelles chacune demeura ferme dans ses premiers fencimens. Le Cardinal de Bourbon , Abbé de saint Germain des Prés, sous la jurisdi&ion duquel ceMonaftere étoit, donna commission à l'Abbé de Gamaches d'y faire une feconde visite, aprés laquelle ces Religieuses présenterer une Requête au Cardinal, où aïant exposé leurs raifons

pour embrasser la Réforme , elles lui demandoient les permissions nécessaires pour ce changement. Ce Prince conclut avec fon Conseil qu'elles feroientencore un an d'épreuve dans la praw

EIEUX.

BERNAR: cique des austerités de cette Réforme, & cependant il fit SANG PRE' faire une Assemblée de Docteurs & de Théologiens , tane

Réguliers que Séculiers le 7. Janvier 1659. qui conclurents après avoir examiné la premiere maniere de vie de ces Religieuses , leurs Constitutions & les Bulles des années 1628. & 1634. dont nous avons parlé dans le Chapitre précédent; qu'elles étoient subreptices, & obrenuës sur un faux exposé, par conséquent de nulle valeur , & qu'ainsi leurs profellions étoient nulles , puisqu'elles avoient été faites dans une Congrégation non approuvée, d'autant que la Bulle qui , à ce qu'on prétendoit,l'avoit authorisée, n'avoit été donnée qu'à condition que cette Congrégation professeroit la Regle de saint Benoît, & feroit censée de l'Ordre de Cîteaux, fuivant l'assurance qu'elles avoient donnée que leur dessein étoit do prendre les coûtumes de cet Ordre: ce qui néanmoins étoic faux , puisque leurs Constitutions y étoient opposées, &encierement conformes à celles des Religieuses de la Visitation; de sorte qu'on les obligea à faire une année de Noviciac dans l'Observance de la Regle de faint Benoît & les Coûtumes de Cîreaux, & d'abandonner leurs anciennes Copstitutions qui portoient le nom de Reforme, sous la Reglede sainc Benoît , quoiqu'elles n'y eussent aucun rapport. Cette déliberation fut signée du Cardinal de Bourbon & de tous ceux qui compofoient l'Assemblée le 20. Février de la même année 1659.

Aprés cette conclusion qui les mettoit en liberté de suivre les mouvemens de ferveur dont le Seigneur les animoit, elles reçurent des effets de la protection Divine, par les secours temporels qu'il leur envoïa , & qui les mit en état d'avoir une maison assurée, qui est celle où elles demeurent présentement au Fauxbourg saint Germain dans la ruë de Vaugirard, dont elles prirent possession quelques jours aprés. Elles commencerent à prendre le titre de Filles du Precieux Sang de Notre Seigneur Jesus-Christ , & le Prieur de l’Abbaïe de faint Germain des Prés, Grand Vicaire du Cardinal de Bourbon , vint benịr la nouvelle maison, & y planter La Croix avec le nouveau titre qu'elles prenoient.

Le vingtième Mars suivant, elles commencerent à fe lever la nuit à deux heures pour dire Matines, selon l'usage de l'Ordre de Câteaux , & le 9. Mars 1660. elles célébreren;

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