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reçurent.

qu'ils ne pourroient à la fin éviter la Réforme , s'ils ne trou- BERNAR.
voient le secret de regagner la protection du premier Mini- ponese's biz
stre. Dans cette vuë ils persuaderent à Dom Pierre de Nivelle France.
alors Abbé General de Cîteaux de fedémettre de la Charge,
& ils firent élire pour son successeur le Cardinal de Riche-
lieu,dans l'efperance que ce Cardinal étant devenu Chef de
l'Ordre il ne pourroit leur refuser la protection , & qu'en
cette qualité de Chef d'Ordre, ce seroit à lui d'ordonner
la Réforme , & qu'on ne pourroit la commettre à un autre
sans lui faire injure. Mais ils se tromperent encore: le Car-
dinal de Richelieu accepta la Dignité qui lui étoit offerte,&
fe fervit de l'autorité qu'elle lui donnoit pour favoriser la Ré-
forme. Il établit lui-même dans son Abbaïe de Cîteaux l'é
troite Observance , & relegua dans divers Monasteres de
l'Ordre, les Religieux qui s'y étoient opposés. Une prote-
&tion si puissante fit faire de si grands progrès à cette Obser-
vance qu'en peu de tems plus de quarante Monasteres la

La mort du Cardinal de Richelieu, qui arriva sur la fin de
l'année 1642. arrêta ce progrès. Les anciens Religieux ren-
trerent tumultuairement dans Cîteaux & élurent pour Abbé
General Dom Claude Vausliu. Mais le Roi cassa cette éle-
&ion,comme étant faite contre les formes. Le Pape à quices
anciens avoient appellé comme d'abus de l'Ordonnance Ge-
nérale du Cardinal de la Rochefoucaut, touché des divisions
de cet Ordre & du scandale que ces troubles causoient dans
toute la France, voulant y apporter quelque remede, nomma
O&ave de Belle-garde Archevêque de Sens, Nicolas Grillet
Evêque d'Ufez, & Pierre de Broc Evêque d'Auxerre, pour
terminer en qualité de Commissaires Apostoliques les diffe-
rens dont il étoit question à l'occasion de cette Ordonnance.
Ces Commissaires s'étant afsemblés la confirmerent dans ses
principaux points par leur Sentence renduë le 13. Juin 1644.
Les Abbés de la commune Obfervance n'étant pas contents
de ce jugement, en appellerent encore au Pape par un appel
fimple & au Parlement par un appel comme d'abus,& quel-
que tems après , ils se desisterent de cet appel coinme d'abus
au Parlement & le porterent par devant le Roi & fon Con-
feil , où ils obtinrent un Arrêt le 5. Avril 1645. par lequel la
Sentence des Commissaires Apostoliques du 13. Juin 1644.

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DINS RE-
FURM'ES DE
FRANCE.

devoient pas

Bernar fut déclarée abusive, en ce qu'elle avoit ordonné que les arr

ciens Religieux de l’Abbaïe de Cîteaux seroient privés de voix passive en l'élection de l'Abbé Genéral de cet Ordre. Sa Majesté ordonna qu'en présence d'un Commissaire , qui seroit

par elle député , les Religieux Profés de cette Abbaïe de l'une & l'autre Observance , procederoient à l'élection d'un Abbé & Général de tout l'Ordre de Cîteaux en la forme & maniere accoûtumée. En ce qui concernoit le Novicias sa Majestéordonna que les Parties se pourvoiroient par devant le Pape , afin que le Pape réglại ce qu'elle jugeroit à propos , & que jusqu'à ce que le Pape en eût ordonné , on ne recevroit aucun Novice que dans les Maisons de la Réforme destinées pour le Noviciat ; que les anciens Religieux seroient rétablis dans Cîteaux pour y vivre conjointement avec les Religieux de la Réforme , suivant la Regle & les Staturs de cette même Réforme , excepté en ce qui regardoit l'abstinence de viande & l'usage du linge , à quoi ils ne

être obligés , & qu'aux jours d'abstinence tous les Religieux de l'une & l'autre Observance prendroient leurs

repas en commun dans le Réfectoire : que le Service Divin continuëroit aux heures accoûtumées:que les Offices Claustraux demeureroient à ceux qui en étoient en possesfion,& au surplus que la Sentence des Commissaires A postoliques du 13. Juin 1644. seroit executée selon sa forme & teneur, même pour le Vicaire General, en toutes les Maisons où la Réforme étoit établie.

Les Religieux Réformés ou de l'écroite Observance s'opposerent à l'exécution de cet Arrêt , & firent leurs protestations : & quoique M. de Machaue Commissaire dépuré par le Roi

pour assister à l'élection de l'Abbé de Cîteaux , les eût obligés de s'assembler avec les anciens pour proceder à cette élection , ils demanderent toûjours acte de leurs oppositions & protestations , déclarant qu'ils ne s'assembleroient que pour faire une élection conforme aux Ordonnances contenuës dans la Sentence des Commissaires Apostoliques,& non kuivant l'Arrêt du Conseil.

En effet l'Assemblée s'étant faite le r'o. Mai 1645. les Religieux,Réformés aïant encore réïteré leurs protestations élurent pour Abbé de Cîteaux un Religieux de leur ObserFance , qui fut Dom Jean Jouaud Abbé de Prieres ,.& les

anciens

anciens qui étoient en plus grand nombre firent encore éle- Bernar-
&tion de Dom Claude Vausfin. Les Réformés protesterent FORMES DE
de nullité de cette élection , & en appellerent par devant la FRANCE.
Sainteté qui nonobstant cette opposition ne laissa pas de don-
ner des Bulles à cet Abbé au mois de Novembre de la mê-
me année. Le premier usage qu'il fit de son autorité , fut de
bannir de l’Abbaïe de Cîceaux l'étroite Obfervance , que le
Cardinal de Richelieu y avoit établie, & il traversa autant
qu'il put, les autres Monasteres où elle avoit été reçuë.

Ces contestations entre les Religieux de la commune &
de l'étroite Observance, durerent encore plus de vingt an-
nées : elles étoient portées selon les differens incidens qui s'y
formoient, tantôt à Rome , tantôt au Parlement , & au Con-
seil du Roi : l'Abbé de Cîteaux aïant trouvé moïen de.
porter la Republique des Suisses à intervenir dans ses diffe-
rens avec l'étroite Obfervance, par une Supplique qu'elle
fit présenter à la Sainteté : sur cette intervention le Pape
donna un Bref, par lequel il cassoit les Sentences de la Ré-
forme faite d’authorité Apostolique , & declaroit nul tour
ce qui avoit été faic en Fraoce en consequence par le Car-
dinal de la Rochefoucaut.

L'Abbé de Cîteaux étant allé lui-même à Rome , obting un second Bref, qui confirmoit celui dont on vient de

parler. Par ce Bref le Pape ordonnoit à l'Abbé de Cîteaux de faire trouver à Rome des personnes de l'Ordre de toutes les nations où il se trouvoit établi , pour donner leur avis sur le fujer de la Réforme générale que le Pape vouloir faire de fon authorité. Le Roi ažant permis l'execution de ce Bref par un Arrêt du 3. Juillet 1664. les Religieux de l'étroite Observance. fe trouvant dans la necessité d'y envoïer des Députés , choifirent pour ce sujet l'Abbé du Val-Richer & l'Abbé de la Trape, Dom Armand-Jean le Bouthillier de Rancé. Ils arriverent à Rome au mois de Novembre, & trouverent cette Cour peu favorable à l'étroite Observance; & ce qui acheva de l'y rendre tout-à-fait odieuse , fur une Thése qu’un Religieux de l’Abbaïe de Perseigne de l'étroite Observance , soârint en France dan's le même tems , où il avança une proposition touchant l’infaillibilité du Pape très éloignée des sentimens de la Cour de Rome. On disputa avec beaucoup de chaleur: les réponses furent encore plus Tone K

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Bernar- vigoureuses que la Thése. L'Abbé de Prieres , Vicaire Gé
DINS REnéral de l'écroite Observance y avoit affifté, & ne l'avoir
FRANCE. point désapprouvée. On en fic des plaintes au Nonce , &

l'Abbé de Cîteaux qui étoit à Rome , ne manqua pas de
s'en prévaloir ; & enfin nonobstant le credit de la Reine
mere, qui s'étoit declarée la Protectrice de la Réforme, &
qui avoit emploïé ses sollicitations en Cour de Rome , le
Pape Alexandre VII. donna un Bref le 19. Avril 1666. qui
fut entierement au désavantage de cette Réforme.
Ce qu'il lui accorda fut

seulement que dans les Chapitres Généraux l'Abbé de Cîteaux & les quatre premiers Peres de l'Ordre faisant l'éle&tion comme à l'ordinaire des Deffiniteurs Généraux, il y en auroit dix de l'écroite Observance, ensorte que chacun de ses Abbés en éliroit deux: : que les Religieux qui avoient embrassé l'abstinence de la viande, seroient obligés de la garder toûjours , sans qu'il leur fût permis de paller à la commune Observance,à moins qu'ils n'en eussent demandé permission, & qu'elle ne leur eût été accordée par le Pape , ou par le Chapitre Général,

l'Abbé de Cîteaux ; & qu'aucun ne pourroit pareillement passer de la commune à l'étroite Observance qu'a, près en avoir obtenu la permission du moins de son Pere immédiat : que personne ne pourroit être contraint par les Superieurs à embrasser l'abstinence, à moins qu'il n'y eût été élevé: que l'on feroit une séparation des Maisons de l'étroite Observance, en deux Provinces, & que l'Abbé de Cî, teaux,les quatre premiers Peres de l'Ordre & les dix Deffiniteurs de cette Observance éliroient deux Visiteurs Provinçiaux de la mêmę Observance,qui auroient chacun jurisdietion fur les Monasteres de leur Province. Le Pape cependant declara ne vouloir préjudicier en aucune maniere à la Réforme, voulant que les Religieux de l'écroite Observance continuassent à vivre de la même maniere qu'ils avoient fait jusqu'alors: & il commanda par sainte obedience à l'Abbé de Cîteaux & aux quatre premiers Peres de l'Ordre, non seulement de

proteger

de toutes leurs forces cette Observance ; mais de l'étendre & de l'augmenter autant qu'ils pourroient : les autres articles contenus dans ce Bref regardent la Réforme de l'Ordre en général, & font conformes presque en tour à la Regle de faint Benoît, & aux Constitu

ou par

DINES REFORME'ES

cions de l'Ordre. Les Superieurs les ont fait observer jul- BERNARqu'à présent avec beaucoup d'exactitude : ce qui a rétabli cet Ordre dans sa splendeur, en sorte que ses Religieux sont re- DEFRANCE devenus la bonne odeur de Jelus-Christ , édifiant autant les voil. peuples par leur vie réglée & exemplaire , que leurs prédecelleurs avoient causé de scandale , par le relâchement où ils étoient tombés.

Bullar. Rom. Tom. V. conftitut. 173. Alexand. 9. Défenf. des Reglemens faits par les Cardinaux , Archevêques & Eveques pour la Réformation de tordre de citeaux. Plufieurs Pieces & Factums, concernant les differens entre les Religieux des deux observances , & Marsollier · Vie de l'abbé de la Trape.

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Des Religieuses Bernardines Reformées des Congregations de la Divine Providence, & de faint Bernard en France

en Savoïe, avec la vie de la venerable Mere Loüise Blanche Therefe de Ballon leur Fondatrice.

E n'étoit pas seulement dans les Monasteres d'homi Che

mes de l'Ordre de Cîteaux que le relâchement & le déréglement s'écoient introduits ; une pareille licence regnoit aussi dans la plûpart des Monasteres de filles du même Ordre. Mais comme Dieu avoit fuscité de saints Religieux, pour faire revivre le premier esprit de Câteaux dans plusfieurs Monasteres , & établir dans d'autres des Observances moins austeres que les premieres , afin que ceux qui vivoient dans le déréglement attirés par leur douceur , & par leur facilité euffent moins de peine à émbraffer une vie uniforme & reglée ; il suscita pareillement de faintes Filles pour remettre dans les observances Regulieres , celles qui s'en étoient écartées , qui embrasserent toutes les austerités de l'Ordre:les autres effraïées de cette grande austerité, se con tenterent d'embrasfer des Observances , qui remplies de fageffe & de moderation, les mettoient à couvert du déréglement & du rélâchement qui s'étoient introduits dans plufeurs Monasteres , & leur prescrivoient un genre de vie qui

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