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deux ans ,

30. Avril

faint Benoît avec le poids du pain & la mesure du vin qu'elle Cong REprescrit

, qui avoient été autrefois portés à Rome. Il leur MA TIONDU donna des Livres de l'Ecriture Sainte & des ornemens pour CASSIN. leur Eglise. Ilexemta leur Monastere, & les autres quien dépendoient, de la Jurisdiction des Evêques,& entr'autres privileges il leur accorda la permission de chanter à la Messe les Dimanches & les Fêtes le Gloria in excelsis, ce qui n'étoit pas pour lors permis à toutes sortes de Prêtres,comme on le peut

voir par la Bulle de ce Pape du 18. Février 741. qui est inserée dans le Bullaire de cette Congrégation. Enfin l'Abbé Petronax après avoir gouverné cette Abbaïe pendant trente mourut le

750. Il eut pour successeur Optat , qui crut que par le credit du Prince Carloman Religieux de son Abbaïe , il pourroit recouvrer le Corps de saint Benoît , qui avoit été porté en France avec celui de sainte Scholastique près de cent ans auparavant par saint Aigulfe, que Monmol Abbé de Fleury avoit envoïé au Mont-Callın pour chercher ce précieux trésor , qu'il trouva enseveli sous les ruines de l'Eglise du Monastere. Optat envoïa de ses Religieux au Pape Zacharie pour lui demander des Lettres de recommandation auprès du Roi de France, & le prier d’emploïer son autorité pour contraindre les Religieux de Fleury à restituer le corps de leur saint Fondateur. Mais ceux qui fureņr envoïés en France ne réüslirent

pas dans leur Ambassade, quoiqu'ils eussent la protection du Roi,qui envoïa des personnes à Fleury pour enlever de force le Corps de faint Benoît : car ceux-ci aïant été couverts de tenebres en entrant dans l'Eglise , en furent tellement troublés, qu'aïant demandé pardon à l'Abbé & aux Religieux, ils retournerent vers le Roi: & l'Archevêque de Rouen qui étoit porteur des Ordres de ce Prince, se contenta de demander quelque peu des Reliques du Saint , pour les envoïer au Mont-Casin, afin que ce lieu qui avoit été illustré par la présence, ne fût pas privé tout-à-fait d'un si grand trésor.

Les richesses de cette Abbaïe, & les Monasteres de sa dépendance, augmentoient de jour en jour par la liberalité de plusieurs personnes qui y donnoient tous leurs biens. Sous l'Abbé Thomichis qui succeda à Gratian l’an 766. un Gentilhomme de Benevent, nommé Leon, se donna avec tous Tome V.

F.

CONGRE- ses biens au Monastere du Mont-Callin: la donation fut MOND" écrite de sa propre main, & fue mise à l'endroit où avoit été Cassin. autrefois le Corps de saint Benoît. Elle contenoit entr’autres

choses que tous ses Serfs ou Esclaves ,ausquels il venoit de donner la liberté, seroient Vassaux de l'Abbaïe; qu'eux & tous leurs biens dépendroient d'elle , & que tous les mois il y en auroit quatre qui ne s'occuperoient qu'au service des Religieux, & leur obéïroient en tout; qu'ils ne pourroient vendre qu'entre eux leurs biens,& s'en faire donation l'un à l'autre ; & que les biens de ceux qui mourroient sans enfans, appartiendroient au Monastere:mais que les Moines ne pourroient vendre leurs enfans comme esclaves , les devant regarder comme personnes libres.

Charlemagne étant en Italie l'an 787. alla par devotion au Mont-Callin , & se recommanda aux prieres des Religieux : il leur accorda des Lettres pour les maintenir dans la joüillance de leurs biens ; il confirma leurs Privileges , leur en accorda de nouveaux,& leur conserva le droit qu'ils avoient d'élire leur Abbé. Theodemar l'étoit pour lors : ce fut dans ce voïage qu'il demanda à Charlemagne le Monastere de Glanfeüil , fondé en France par saint Maur , se plaignant à ce Prince, & au Pape Adrien 1. de ce que ce Monastere de Glanfeüil, qui dépendoit dans son origine de celui du Mont-Cassin, en avoit été soustrait ; & de ce qu'il avoit été dépoüillé de ses biens par l'Abbé Gaïdulfe , qui étoit un très méchant homme. Le Pape & l'Empereur eurent égard aux remontrances de l'Abbé Theodemar ; Glanfeuil fut restitué au Mont-Cassin ; & il fut ordonné que quand l'Abbé seroit mort, celui du Mont-Cassin en nommeroit un autre, qui recevroit de lui la benediction, & iroit tous les cinq ans au Mont-Caslin, où il prendroit la place du Prieur. Les Moines de saint Maur-des. Fossez près Paris , chez lefquels l'on porta le corps de S.Maur l'an 868.par les ordres du Roi Charles le Chauve, dans la crainte des Normans , qui ravageoient la France depuis plusieurs années , assujertirent à leur Monastere celui de Glanfeüil ; mais ceux du Mont-Callin le reclamerent une seconde fois, & porterent leurs plaintes au Pape Urbain II. qui aïant vu la Bulle d'Adrien 1. leur fit restituer ce Monastere, qui a été de leur dépendance pendant près de deux fiécles.

Tandis que les Normans ravageoient la France, & re- Congreduisoient en cendres la plus grande partie des Monasteres, GATION DU les Sarrasins en Italie ne cauloient pas moins de maux. Ils CASSIN. pillerent le Territoire de Rome , saccagerent le bourg de S. Pierre , & l'Eglise de ce Prince des Apôtres ne fut pas

à l'abri de leurs insultes. Ils allerent au Mont-Cassin

pour mettre encore ce Monastere dans le même étar de desolation, où la fureur des Lombards , l'avoit autrefois réduit , n'y aïant

pas laissé pierre sur pierre. Mais Dieu écouta les prieres des Religieux qui se couvrirent de cendres & de cilices:& la nuit que les barbares avoient choisie pour ravager le Monastere,aïant été emploïée à la priere & àloraison, il fut pour cette fois préservé de leurs insultes : car par un miracle surprenant , lorsque les Sarrasins fe disposoient à passer la riviere de Liris ou de Garillan , le tems qui étoit extrêmement serein , se changea tout d'un coup : il tomba une pluië si prodigieuse , que cette riviere déborda, & les Sarrafins furent obligés de s'en retourner , s'étant contentés d'avoir brûlé deux Prieurés des dépendances du Mont-Cassin. Bafface étoit pour lors Abbé de ce Monastere. C'étoit la coûtume de tenir le dernier jour d'Août un Chapitre General,où se trouvoient les Religieux des Monasteres de la dépendance de cette Abbase. L'Abbé les entretenoit des devoirs de l'Observance,& les exhortoit à s'en bien acquitter. Le jour suivant on faisoit le choix de ceux qui devoient demeurer dans chaque Prieuré où on les envoïoit,pour y exercer les fonctions qui leur étoient commises.

Bassace qui avoit gouverné cette Abbaïe pendant dix-huit ans, étant mort l'an 856. Berthaire l'un de ses Disciples , fuc élû en fa place ; & comme il voulut mettre à couvert son Monastere de toutes infultes , il l'environna de tours & de fortes murailles,& commença à bâtir une ville aux environs de celui de saint Sauveur au pied de la montagne. Il fit d'autant plus aisément cette dépense, que son Abbaïe augmentoit chaque jour en richesfes, par les grandes donations que Pon y faifoit

. Mais ces précautions furent inutiles : car les Sarrasins étant retournés au Mont-Cassin l'an 866. ils y fie rent quelque dégât, & jerrerent des meubles & des ornemens d'Eglise dans le fleuvé , ou les briserent , mais ils, épargnerent pour lors les bâtimens, moïenant une somme d'argent

CASSIN.

CONORE- qu'on leur offrit. Attirés cependant par les grandes richesses MONT" qui étoient dans ce Monastere , ils y retournerent pour une

troisiéme fois , l'an 884. Ils attaquerent le Monastere d’enhaut le 4. Septembre, & le reduisirent en cendres , & fix semaines aprés,ils en firent autant à celui de saint Sauveur au bas de la montagne. Ils tuerent au pied de l'Autel de saint Martin l'Abbé Berthaire , qui comme un bon Pasteur, s'exposa à la mort pour conserver son troupeau ; car tous ses Religieux échapperent à la rage de ces barbares,chacun emportant ce qu'il pouvoit du trésor de leur Eglise , & des autres meubles. Ils se retirerent à Teane dans le Prieuré de S. Benoît, où ils élurent pour Abbé Angelar,qui étoit Prieur du Mont-Cassin,& que lon merite fir elever sur le Siege Episcopal de Teane. Deux ans après il entreprit de rétablir le Monastere de saint Sauveur ; ce qui ne lui fut pas difficile à executer , parce que les biens du Mont-Cassin s'accrurent beaucoup pendant son administration. L'Abbé Leon lan 904. fic rebâtir celui du Mont-Caslin, vingt-sept ans après sa destruction. Un accident imprévû réduisit en cendres celui de Teane , où la plûpart des Livres du Mont-Cassin furent brûlés, avec l'Autographe de la Regle de saint Benoît. Les Religieux n'abandonnerent pas pour cela Teane : ils y resterent encore jusques en l'an 915. que l'Abbé Leon étant mort , & ne se trouvant personne parmi les Religieux capable de lui succeder , Landulphe & Antenulphe, Princes de Capouë , priérent un saint homme nommé Jean , qui étoit Archidiacre de l'Eglise de Capouë , de prendre le gouvernement de cette Communauté de Teane. Il l'accepta , prit l’habit Monastique, & aïant été élû Abbé par les Religieux, il les fit consentir à venir demeurer à Capouë. Mais comme il n'y avoit point de Monastere en cette ville , cet Abbé acquit par échange de celui de saint Vincent de Voltorne, une petite Eglise à la porte faint Ange, où trois Moines fort vieux demeuroient,dans une petite maison qui n'étoit bâtie que de bois. Il y fit construire par les liberalités de plusieurs personnes une Église en l'honneur de saint Benoît, avec un Monastere,où il assembla plus de cinquante Religieux.

Quoique le Monastere du Mont-Cassin fût inhabité, il étoit cependant toûjours reconnu pour le Chef de tout l'Ordre. Le Pape Marin II. lui accorda plusieurs Privileges l'an

GATION DU
MONIO

que ce

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944. & le maintint dans la possession de tous ses biens, & de conger.
tous les Monasteres tant d'hommes que de filles qui étoient
de sa dépendance, & confirma le droit que les Religieux Cassin.
avoient d'élire leur Abbé. Le Pere Mabillon dit
Pape accorda à cet Abbé la permission de chanter à la
Messe les Fêtes & Dimanches le Gloria in excelsis : mais
nous avons remarqué ci-dessus que le Pape Zacharie avoit
accordé aux Religieux de cette Abbaïe la même grace deux
cens ans auparavant. Peut-être ce sçavant Benedictin a-t-il
trouvé la Bulle de Zacharie suspecte;ce qui l'a pu empêcher
de parler de ce Privilege plûtôt qu'en l'an 944. & il n'a pas
apparemment combattu cette Bulle , pour ne pas

faire de peine aux Benedictins de la Congrégation du Mont-Cassin , qui comptent fort sur toutes les Bulles inserées dans leur Bullaire , quoique cependant il y en ait plusieurs de douteuses, principalement celles du Pape Zacharie.

Comme les Princes de Capouë avoient assujetti le Monastere de saint Benoît de Capouë à leur domination , ce qui avoit été cause que les Religieux avoient abandonné les Observances Regulieres,pour vivre à la façon des seculiers ,

le Pape Agapet II. l’an 946. à la sollicitation de l'Abbé Baudoüin , obligea ces Religieux de retourner au Mont-Caslin, pour y vivre dans les Observances Regulieres. Ils n'y allerent néanmoins que sous l’Abbé Aligerne,qui fut élû l'an 949. & ce Monastere qui avoit demeuré pendant soixante & dix-sept ans comme désert & abandonné, depuis sa derniere destruction par les Sarrasins , fut de nouveau habité par une nombreuse Communauté qui se forma dans la suite, où l'on vit en quelque façon revivre l'esprit de leur Fondateur sous le gouvernement d’Aligerne,qui , comme un autre Petronax , a été le Restaurateur , non seulement des édifices materiels de cette Abbaïe , mais encore de l’Qbservance Reguliere. Il fit achever les bâtimens qui avoient été commencés par les Abbés Leon & Jean, & recouyra la plûpart des biens qui avoient été usurpés par les Comtes de Teane & d'Aquino : ce qui lui attira beaucoup de persécutions, principalement de la part d'Adenulphe Comte d'Aquino , qui voïant qu'il lui redemandoit ce qu'il avoit usurpé à son Monastere , & que sur le refus qu'il en avoit fait , cet Abbé en avoit porté ses plaintes à Landulphe Prince de Capouë , il en

F iij

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