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de ces files qui vivoient en Communauté sous la protection Relicieude saint Bernard, & qui faute d'argent ne pouvoient être ses FxvilReligieuses. Le Cardinal ravi de trouver une si belle occasiop de signaler sa piecé envers Dieu , & sa charité envers le prochain, écouta avec plaisir la proposition que lui fit Dom Jacques , & fic bâtir un Monastere, où il mit ces saintes filles , ausquelles il donna pour Superieure une Religieuse tirée du Monastere de sainte Cecile, & les mit sous la direction des Feuillans , qui leur firent embrasser l'étroite Obser- vance de Cîteaux : ainsi on peut dire que les Religieuses de

sainte Susanne de Rome, qui subsistent encore aujourd'hui, ont été les premieres Feüillantines , quoiqu'elles n'en aïent pas porté le nom : cet honneur étant reservé pour les autres qui étoient à Sauvens. Dom Jean de la Barriere les avoit toûjours entretenu dans leur dessein , jusqu'à ce qu'enfin aïant reçu l'an 1586. la premiere Bulle du Pape Sixte V. qui érigeoit la nouvelle Congregation des Feuillans, & leur permettoit de bâtir des Monasteres de l'un & de l'autre sexe, il travailla pour établir celui des Feuillantines,& après avoir obtenu les permissions necessaires , & reglé toutes choses pour les mettre à Montesquiou de Volvestre, Diocese de Rieux, il en laissa l’execution à un de ses Religieux , aïant été obligé par ordre du Roi Henri III. d'aller à Paris.

Tout étant disposé & en état de recevoir cette nouvelle Colonie, elles se rendirent à Feüillans au nombre de quinze, d'où elles partirent le 23. Mai 1588. sous la conduite de Dom François Rabaudi leur Superieur , pour aller premierement à Rieux, afin d'y recevoir la benedi&tion de l'Evêque Jean du Bourg , & ensuite à Montesquiou , où ce Prélat fe transporta pour leur donner le voile de Religion , dont la cérémonie se fit le 19. Juin de la même année, & l'annéc suivante elles firent leurs vœux folemnels. Dom Jean de la Barriere aïant destiné pour leur Superieure Marguerite de Polastron de la Hilliere, âgée de 58. ans, veuve d'Anne d'Yzalquier de Clermont de Dieupantale, Seigneur de Margestand, certe Dame ne voulut

pas recevoir l'habit la premiere par humilité, voulant que ce fût sa fille Jacqueline de Dieupantale,à cause de fa virginité : elle accepta neanmoins la Superiorité.

La ferveur de ces faintes Religieuses devint l'admiration de tout le Roïaume. Comme il y avoit alors peu de Mona

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Religit iteres de filles où l'Observance Reguliere fût gardée exacte

ment; on respectoit d'autant plus le Monastere de Montes
quiou , qu'on y voioit des pratiques de vertu & de mortifi-
cation qui paroissoient presque inimitables. En effet, ce
genre de vie pratique par les Feüillans & les Feüillantines, se
trouva si au dessus des forces humaines , que Clement
VIII. aïant appris, comme nous l'avons dit dans le Chapis
tre précedent, que qiratorze Religieux étoient morts dans
une femaine, ordonna au Chapitre Général de l'an 1595.de
moderer ces grandes austerités : ce qui fut fait de la maniere •
que nous l'avons rapporté au même endroit.

Le nombre des Religieuses Feüillantines augmentant de
jour en jour, leur Maison se trouva trop petite , & la ville
de Montesquiou n'étant pas assez considerable pour renfer-
mer une si nombreuse Communauté, on resolut de transfe.
rer ces Religieuses à Toulouse. Le Cardinal de Joyeuse ;
Archevêque de cette ville, aïant obtenu une Bulle du Pape
pour la suppression d'une Maison Religieuse, où le dérégle-
ment s'étoit glissé, voulut donner cette Maison aux Feüil.
lantines; mais ces saintes filles ne voulant nuire à personne,ni
s'établir sur les ruines d'aucune autre Communauté,refusé.
rent les offres de ce Prélat, & trouverent moïen de s'établir
dans un autre lieu , dont elles prirent possession le 11. Mai
1599. après avoir quitté avec beaucoup de peine Montel-
quiou, dont les habitans fâchés de perdre de li faintes filles,
prirent les armes pour s'opposer à leur sortie.

Etant arrivées à Toulouse , on commença les bâtimens d'un Monastere & d'une Eglise, par les liberalités de plufieurs Dames qui s'y retirerent, & principalement par celles d'Antoinette d'Orleans , Gille de Marie de Bourbon, & d'Eleonore d'Orleans Duc de Longueville , qui se trouvant veuve de Charles de Gondi, Marquis de Belle-Ife, & n'aïant pû être admise au nombre des Religieuses de l'Ave Maria à Paris, qui ne recevoient point de veuves., alla à Toulouse, où elle fut reçuë par les Feuillantines, dont elle prit l'habit l'an 1999. n'étant âgée que de 26. ans. Quoiqu'elle fût obligée sept ans après de passer dans l'Ordre de Fontevraud par ordre du Pape , pour y être Coadjutrice de l’Abbesse Eleonore fa tante, elle ne quitta pas pour cela le souvenir de la premiere profession : car elle fonda un

Monastere

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GES FEUIL
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Monastere à Poitiers l'an 1617. où avec quelques Religiemë Rauntivo ses de l'Ordre de Fontevraud qui la voulurent suivre, elle reprit l’habit des Feüillantines ; & étant morte quelque tems après, elle voulut que son corps fût porté au Monastere de Toulouse.

La retraite de cette Princesse dans le Monastere des Feuillantines de Toulouse,y atira un grand nombre de personnes de distinction : de forte que l'an 1602. quatorze ans après leur fondation, elles se trouverent cinquante Professes, & il y avoic.eu plus de deux cens Novices qui en étoient sorties, ne pouvane supporter les grandes aufterités de cer Ordre. La réputation de ces Religieuses s'augmentant de jour en jour , plusieurs personnes voulurent fonder d'autres Monza steres du même Ordre pour communiquer aux aatres Pro vinces les exemples d'une vertu si sainte,& donner aux ames pieuses des Maisons de retraite, où elles pussent se consacrer à Jesus-Christ , & renoncer aux vanités du fiécle. Mais les Feüillans , qui étoient les Directeurs de ces Religieuses & leurs Superieurs, s'opposerent à cette propagation , & dans le Chapitre Général de l'an 1592. il für ordonné qu'on ne se chargeroit plus de la direction d'aucunes Religieuses , à l'exception du feul Monastere des Feuillaneines de Toulouse : ainli en vertu de ce Réglement, on quitta les Religieuses de sainte Susanne de Rome. Il y a de l'apparence que dans ce tems-là on préfenra plusieurs établiflemens pour des Feuillantines, puisque dans le Chapitre Gé. néral de l'an 1595. il fur de nouveau conclu qu'on s'en tiendroit au Réglement du Chapitre précedent , & qu'on n'accepteroit pas les nouveaux établiffemens que l'on offroit

. Ory refusa encore en 1598. une fondation que M. Sublet des Noyers,

Maître des Comptes à Paris, vouloit faire en faveur de deux de ses filles , qu'il conduifar lui-même depuis a Touloule au Monastere des Feüillantines: où elles prirent Phabit & firent profeffion.

L'an 1602 le Comte de faint Pol étant à Rome demanda aux Peres Feüillans affemblés en leur Chapitre Général, au nom de trois Princesfes fes fæurs, la permission de fonder a Paris deux Maisons de Feüillanımes : ce qu'elles vouloiene faire en confideration de Madame Antoinette d'Orleans leur fociar , Religieuse à Toulouse ; mais ils s'en excuferent from Tome Y.

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Rectoresan tis Reglemens faits dans les Chapitres précedens , & n'ace SES FEUIL- corderent point cette permission. Le Cardinal de Sourdis

Archevêque de Bourdeaux, reçut un semblable refus en 1604. mais enfin Dieu dont les desseins sont bien differens de ceux des hommes , voulant faire connoître la sainteté de ses nouvelles Epouses , & multiplier ces Sanctuaires , où on chantoit jour & nuit des Cantiques de louanges à la gloire de son nom , permit que la Reine Anne d'Autriche , épouse de Louis XIII. voulut avoir des Feüillantines à Paris. Le respect qu'on devoit à cette Princesse fic cesser toutes les

oppositions qui s'étoient trouvées jusqu'alors de la part des Superieurs , qui firent partir de Toulouse fix Religieuses le 30. Juillet 1622. pour aller à Paris prendre possession d'une nouvelle demeure qu'on leur avoit préparée au fauxbourg saint Jacques : les deux filles de M. Delnoïers furent du nombre de ces six Religieuses.

Elles eurent pour Superieure Donne Marguerite de sainte Marie. Elle s'appelloit dans le monde Marguerite de Clausse de Marchaumont , & écoit fille d'Henri de Clausse de Marchaumont Seigneur de Fleuri, Conseiller d'Etat , Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi , Sur-Intendant & Grand-Maître des Eaux & Forêts de France, & de Denise de Neuville de Villeroi. Elle épousa en premieres nôces Henri Seigneur de Foui, Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi, Capitaine de cinquante Hommes d'Arines, & Gouverneur du Vexin : mais ce Seigneur étant mort six mois après leur mariage , elle épousa en secondes nôces Salomon de Bethune Seigneur de Rosni , ausli Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi , & Gouverneur de Mantes & de Meulan , qui aprés deux ans & demi de mariage , la laissa encore veuve pour la seconde fois à l'âge de vingt-deux . Une si grande jeunesse accompagnée d'une parfaite beauté , soutenue par sa noblesse & par les grandes richesses, lui attira les cæurs de plusieurs Seigneurs de la Cour , qui se faisant gloire d'entrer dans son alliance la rechercherent en mariage,

mais ce fut inutilement ; car écoutant les inspirations du Ciel & désabusée des vanités du fiécle & des grandeurs de la terre,elle forma le dessein de se faire Religieuse Feüillantine & de ne plus aimer que Jesus. Christ , auquel

ans.

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feul elle vouloit sacrifier son cæur ; & pour accoûtumer le RELIGIEU.
monde à l'oublier , elle se retira peu à peu de la Cour, n'y
paroissant que dans les occasions de necellité, negligeant cel-
les qui n'étoient que de bienséance. Ele paffa quatre ans
dans cette espece de retraite , s'adonnant à la pratique des
vertus , & éloignant d'elle tout ce qui pouvoit s'opposer &
ses desseins , elle fit connoître celui qu'elle avoit d'entrer en
Religion , afin d'écarter ceux qui pourroient avoir quelque
esperance sur la possession de son cæur.

Entre ceux qui la recherchoient en mariage, & qui se mi-
renten état d'empêcher qu'elle ne se donnât à Jesus-Christ,
il n'y en eut point qui fit paroître plus d'ardeur

que

le Maréchal de Marillac:son autorité jointe aux mesures qu'il prenoit lui faisant craindre qu'il n'empechât, ou tout au moins qu'il ne retarda considerablement l'execution de fes bons desseins , elle jugea qu'il falloit encore dissimuler quelque tems,pour éviter les oppofitions, & les surmonter par adreste, ce qui lui réüssit parfaitemene. En effet lorsqu'elle vit qu'on la croïoit bien éloignée de ses premiers sentimens de retraite, feignant l'obligation d'accomplir un vau à Nôtre-Dame du Puy en Auvergne, elle partit pour Toulouse avec M. de Courances son cousin germain qu'elle avoit engagé à l'accompagner dans ce vorage: elle y arriva le 7. Août 1602. & se retira aux Feüillantines , où à l'exemple de Madame Antoinette d'Orleans,qui s'y étoit consacrée au Seigneur un an auparavant, elle reçut l’habit le 15. Septembre de la même année 1602. érant pour lors dans la vingt-sixiéme année de son âge : elle fut accompagnée jusqu'aux pieds des Aurels par M. de Courances qui étant encore reste fix mois à Toulouse pour voir fi elle ne changeroit point de résolution , suivit enfin son exemple, & méprisant tous les avantages qu'il pouvoit prétendre dans le inonde, se retira dans l'Abbase de Feüillans , où il reçut l'habit & y persévera jusqu'à sa mort auffi-bien que Madame de Rosni qui mourut à Paris, où elle écoit venuë pour être Superieure de la nouvelle Maison qu'on y avoit établie comme nous l'avons dit ci-deffus.

Les Religieuses Feüillantines ont les mêmes Observances que les Religieux de cet Ordre , & elles ont toûjours été fous leor jurisdiction , ce qui leur fur accordé par le Pape Clement VIII par sa Bulle du 10. Octobre 1606. Ce Pois

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