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DINS D'Es-
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BIR NAR- moïens de mettre en execution leur pieux dessein, en quir

tant le Monastere de Piedra le plûtôt qu'il leur seroit poffi-
ble:ce qui ne tarda guere:car peu de tems après l'arrivée de
Martin de Vargas, ils en sortirent tous pour aller jetter
en Castille les fondemens de la Réforme dans le lieu qu'ils
trouveroient le plus convenable à leur defsein. Ils trouve-
rent en pasfant à Tolede Ildefonse Martinez, Chanoine 86
Trésorier de cette Eglise, qui leur donna l'hospitalité, &
qui aïant appris le sujet de leur voïage , voulut les y ac-
compagner , leur promie de leur donner ce dont ils auroient
besoin pour acheter le fond qu'ils trouveroient propre pour
leur établissement, & de leur fournir encore fuffilamment
pour bâtir un Couvent. Comme ils cherchoient ensemble
quelque endroic solitaire sur le rivage du Tage, ils trouve-
rent un lieu qui leur parat assez retiré , qu'on appelloit
Venghalia , autrefois la Vega de san Roman ; & qui n'étoit
pas éloigné de Tolede. Alfonse Martinez aïant demandé au
Pere de Vargas ce qu'il lui sembloit de ce lieu, il lui répon-
dit par ces paroles du Psalmiste: Hac requies mea in feculum
faculi , bis habitabo quoniam elegi eam. Ainsi cette Terre
fut achetée des deniers d'Alfonse Martinez, & Martin de
Vargas & ses Compagnons'y bâtirent de petites cellules avec
des branches d'arbres.

Ils firent bien paroître quel étoic leur desinteressement
dans ces commencemens : car Dom Alyarés de Luna leur
aïant voulu bâtir une superbe Eglise,qu'il vouloit destiner
pour le lieu de la sepulture, ils le remercierent ; & ce Sei-
gneur sur leur refus fit bâtir une Chapelle dans l'Eglise
Cathedrale, qui est regardée comme un des plus beaux
édifices d'Espagne, & qui fait connoître par la magnifi-
cence quels étoient les biens & la qualité de son Fondateur.
Ces faines Religieux aimerent mieux se contenter d'une
pauvre Eglise & d'un Monastere qui ressentît la pauvreté
dont ils faisoient profession. Ils ne mangeoient le plus fou-
vent que des herbes. Ils étoient vêtus des étoffes les plus
viles , & gardoiene un silence presque continuel. Ils n'ont
encore dans cette Congregation qu'un jour de la semaine
où après le dîné il leur foit permis de parler & d'aller se
promener ensemble : ce qui leur est très étroitement défendu
dans les tems de l'Avent & du Carême. Leurs jeûnes font

très

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très fréquens, ausi-bien que leurs autres mortifications. BEB NARLeur clôture est très rigoureuse : car en trois ans ils ne DINS D'Espeuvent sortir qu'une fois hors du Monastere : & quand ils sont dedans, il ne leur est permis de sortir de leurs chambres que pour aller à l'Office , au travail des mains,& aux autres exercices : & les Superieurs changent souvent les Religieux d'une Maison à une autre, afin que détachés de toutes choses , & convaincus par eux-mêmes qu'il n'y a point de demeure fixe & permanente en ce monde, ils s'attachent uniquement à acquerir celle qui est promise parciculierement à ceux qui auront tout abandonné pour JesusChrifti

Martin de Vargas donna le nom de Mont de Sion , à ce nouveau Monastere , & il en fut élû Prieur avec la qualité de Réformareur que les Generaux de cette Congregation ont conservée jusqu'à préfent. L'an 14-30. comme le relâchement écoit grand dans l'Abbaïe de Val-de-Buena , elle fut soûmise par l'autorité du Roi & de l'Evêque de Placenza au Monastere de Mont de Sion : on dispersa dans d'autres les Religieux qui ne voulurent pas embrasser la nouvelle Oba fervance ; & Martin de Vargas prit possession de cette Abbaïe , l'aïant choisie pour le deuxiéme des Ermitages qu'on lui avoit permis d'ériger: il supprima la qualité d'Abbé,dont les Superieurs de ce Monastere avoient joui jusqu'alors , & il en fuc fait Prieur:il substicua en la place au Mont de Sion Martin de Longrogno,& enyora à Rome l'an 1432. deux de ses Religieux pour obtenir du Pape Eugene I V. la confirmation de la construction du Monastere de Mont de Sion & de l'union qui y avoit été faite de celui de Val-de-Buena. Deux ans après il obtine du mêmePontife la permission d'ériz ger encore fix autres Ermitages , en conservant toûjours à PAbbé de Poblere le droit qui lui avoit été accordé , de terminer les differens qui surviendroient dans cette Congregatión. Le Pape ordonna de plus qu'après la mort de Martin de Vargas, les Religieux de Mont-de-Sion, dě Val-deBuena & des autres Monasteres, qui dans la suite viendroient se joindre à ces deux Monasteres pour faire avec eux une même Congregation , éliroient un Réformateur auquel ils feroient follmis.. Le même Eugene IV. révoqua l'an 1437. le privilege acIome..

CC.C

BERNAR

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cordé par le Pape Martin V. qui soûmetcoit les Religieux de DINS D'Es cette nouvelle Observance à l'Abbé de Poblette après le Ré

formateur , & lui donnoit le droit de confirmer l'élection de ce Réformateur , &ce Pontifeordonna qu'à l'avenir ce droit appartiendroit à l'Abbé de Cîteaux , qui feroit en personne la visite des Monasteres de l'Observance , sans qu'il pût en donner commission à un autre. Comme l'on esperoit que le nombre des Monasteres augmenceroit dans la suite, on fit des Reglemens pour le gouvernement de la Congregation. On ordonna que les Chapitres Generaux se tiendroient tous les trois ans , que tous les Superieurs s'y trouveroient avec des Procureurs , qui seroient élûs par chaque Monastere: qu’afin que l'autorité du Réformateur , qui pour lors étoit encore perpetuel,ne fût pas si grande, on donneroit fix Deffiniteurs au Président du Chapitre pour faire les Réglemens qui conviendroient pour le bon regime de la Congregation, du nombre desquels Deffiniteurs le Réformateur ieroit le premier : que tous les Religieux du corps du Chapitre éliroient celui qui y devroit présider, & que pour la premiere fois, ce seroit l'Archevêque de Tolede.

Quoique Martin de Vargas travaillât avec un zele infatigable pour l'avancement spirituel & temporel de la Congre. gacion, dont il étoit le Fondateur , il eut néanmoins beaucoup à souffrir, soit de la part de ses Religieux, soit de la quelques autres qui n'écoient pas de l'Observance. C'est ce que les Ecrivains de cetteCongregation n'ont point expliqué. Ily a neanmoins bien de l'apparence que la persecution lui fut fuscitée de la part de ses propres Religieux , puisque ce fut dans le Couvent de Mont de Sion qu'il fut mis en prison & où il mourut l'an 1446.

Aprés fa mort on ordonna qu'à l'avenir le Réformateur ne seroit plus que pour crois ans dans cet Office, & on élut Martin de Cubas. La Congregation ne fit pas grand progres pendant quarante cinq ans,& ne fut composée que des deux Maisons de Mont de Sion & de Val-de Buena. Mais sous le gouvernement de Baptiste d'Ocaña , qui fut élû l’an 1469. les Moines de l'Abbaïe de Huerta au Diocese de Siguença, après la résignation de l'Abbé Commendataire,embrasserene l'Observance. Dans la suite cette Congregation devint considerable par le grand nombre des Monasteres qui s'y loll

part de

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mirent : & ces Religieux obtinrent des Colleges dans plu- BERNAKfieurs Universités d'Espagne. Le plus considerable des Mo

DINS D'ES nasteres qui embrassa l'observance fut celui de Palacuelos , au Diocese de Palenza. Le Cardinal Antonio, Evêque de Paleftrine , qui en étoit Abbé Commendataire , le remit entre les mains du Pape Jules II. qui l'unit à la Congregation de la Reguliere Obfervance l'an 1505. Il fut le premier qui lui fut donné au delà des huit que le Pape Eugene IV. lui avoit accordés , & dans le Chapitre General qui le tint en 1550. il fut ordonné que le Réformateur y feroit toûjours fa résidence ; & prendroit la qualité d'Abbé de Palacuelos. Il y a aussi d'autres Monasteres considerables qui dépendent de cette Congregation, coinme ceux de Melon en Galice , Errera-Sandoval, San-Piedro de Gumiel Val-de-Dios, Ofera , & plusieurs autres. Il y a aussi quelques Monasteres de filles qui ont embrassé cette Obfervance: le premier & le plus considerable , est celui de sainte Marie la Rožale proche Valladolid, appellé communément, de las. Huelgas, & qui avoit été bâti à l'imitation de celui de lasHuelgas de Burgos,aussi sous le même nom de sainte Mariela-Roiale,par Marie Reine de Castille,veuve de Sanche IV. La difference qu'il y a dans l'habillement des Religieux de cette Congregation & celui des autres Religieux de l'Ordre de Cîteaux , c'est que ceux de la Congregation d'Espagne portent une ceinture de laine blanche , & que les autres en ont une de laine noire.Ceux d'Efpagne ne font point veu de ftabilité,& les Abbés des Monafteres ne font que triennaux: ils mangent seulement trois fois la femaine de la viande å dîner , & jamais à souper , & cela à cause qu'il y a peu

de poiffon en Castille. Cette Congregacion porte pour armes d'azur à une barre chiquetée d'argent & de sable, accompagnée de deux fleurs de Lys d'or , l'une en chef ,l'autre en pointe.

Ang. Manrique, Annal. Ord. Ciftert. Tom. 4. Chrifoft. Henriq. Menolog. & Fafcicul. Sanči. Ord. Cister. Barnabas de Montalvo, Chronica de l'ord. de Cister. & inftitut de s. Bernardo

Сcc ij

BERNARDINS D'I. TALIE.

CONGRE. GATION DE TOSCANNE ET DE LUMBARDIE.

CHAPITRE XXX VII.
Des Congregations de saint Bernard en Toscanne egr en

Lombardie , d'Aragon, de Rome era de Calabre, de
l'Ordre de Cíteaux , avec l'origine de l'Ordre de Flore
on Fleuri , & la Vie du Bienheureux Foachim Abbé,
Fondateur de cet Ordre , uni à la Congregation de
Calabre.

L'imitation des Religieux de Cîreaux de la Congrega: A

tion de Castille ou de la Reguliere Observance , il y en eut d'autres qui formerent aulli des Congregations differentes. Les premiers furent ceux des Provinces de Toscanne & de Lombardie , qui à la priere de Louis Marie Sforce Duc de Milan,obtinrent du Pape Alexandre VI. une Bulle l'an 1497. par laquelle ce Pontife uniffoit tous les Monasteres del'Ordre decîteaux des Provinces de Toscanne & de Lombardie en une Congregation,qui porteroit le nom de sa int Bernard, afin qu'ils fussent tous soůmis à la Reforme, & leur accorda les articles suivans : qu'ils tiendroient tous les ans le Chapitre de cette Congregation, auquel allistes roient tous les Superieurs des Monasteres de l'Ordre de Cîteaux, situés dans ces deux Provinces, chacun avec un Compagnon sous le nom de Discret qui devoit être élu par leur Communauté:qu’on éliroit dans ceChapitre neuf Deffiniteurs , du nombre desquels on en choisiroit un pour gouverner cette Congregacion pendant un an seulement, & que ce tems expiré, il ne pouroit être élu de nouveau : que ces neuf Deffiniteurs pouroient changer les Religieux d'une maison à une autre ; qu'ils pouroient faire tels changemens qu'ils trouveroient à propos pour le bon regime de la Congregation, & élire aulka les Superieurs des Maisons , qui ne pouroient exercer cet Office dans une même maison pendant plus de trois ans. Mais ce même Pontife caffa quelque tems aprés cette union, & revoqua tout ce qu'il avoit fait & accordé en faveur de cette Congregation.

Les Religieux de ces deux Provinces, persistant néanmoins dans le dessein qu'ils avoient de former une Congres

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