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CONGREGATION

GE.

que

les Ancêtres de ce Comte avoient reduit en cet état : co D'Hirsau- Prince s'appliqua à chercher le Corps de saint Aurelius que

que l'on avoit caché du tems des irruptions des Normans,qui entre tous les crimes qu'ils commettoient dans toutes sortes de genre, s'accachoient particulierement à profaner tout ce qu'il y avoit de plus saint & de plus facré, (les crimes or dinaires n'étant pas suffisans pour contenter les passions brutales d'une nation si feroce & li barbare: ) ce precieux dépôt," qui par la précaution des Religieux de ce tems là avoit échappé à leur fureur , fut enfin trouvé par la diligence de ce Pape, qui ordonna à Adelbert de réparer ce Monastere & fon Eglise,tant pour honorer les Reliques de ce grand Saint, que pour expier le crime que ses Ancêtres avoient commis en détruisant le Temple de Dieu & en persecutant ses Ministres. Le Comte obéït au Pape, & rebâtit ce Monastere, mais non pas avec toute la diligence qu'il devoir : car il ne fut en état d'être habité que l'an 1065. Il y fit venir douze Religieux de l'Abbaïe de Ensidlen en Suisse , plus connuë fous le nom de Notre-Dame des Ermites , ausquels on donna pour Abbé Frideric. Ils furent reçus avec beaucoup d'hu

le Comte & sa femme Vilcrude qui leur fournirent tout ce qui étoit necessaire pour leur entretien , & en peu de tems ils acheverent l'Eglise qui n'étoit pas encore finie. L'Abbé Frideric erit beaucoup à souffrir de ses Religieux, qui aprés lui avoir fait mille indignités , le déposerent & élurent en la place saint Guillaume , pour lors Religieux du Monastere de faint Emmeran à Ratisbonne. Il étoit originaire de Baviere, & fur offert

par étant encore jeune au Monastere de faint Emmeran , où les Religieux vivoient avec beaucoup de liberté : mais malgré ces mauvais exemples, il avançoit neanmoins tous les jours dans la perfection : ce qui faisoit que les méchans Religieux , qui étoient portés au'relâchement, le craignoient ; & qu'au contraire les bons & les plus parfaits le cherisfoient extrêmement. Il apprenoit avec beaucoup de facilité tous les arts liberaux, & il excella entr'autres dans le chaut & l'art de compter, comme en font foi les Ouvrages qu'il a laissés sur ces fciences. Ce fut l'an 1069. qu'il fut élu Abbé d'Hirsauge. Il ne refusa pas l'honneur qu'on lui faisoit,parce qu'il ignoroit la déposition de Frideric & les differens qu'il

manité par

ses parens

GATION
D'HIRSAUS
GE.

dence apporter

avoir eus avec ses Religieux : mais les aïant appris, lors- CONGREqu'il fut arrivé à Hirsauge, il alla trouver le Comte Adelbert pour

l'exhorter à faire rétablir Frideric, lui representant que personne ne pouvoir occuper sa place tant qu'il vivroit. Il se disposoit déja à retourner dans son Monastere pour ne vouloir pas être complice de ce crime:mais les Religieux firent tant par leurs prieres,qu'ils l'obligerent à rester. Il y consentit,mais à condition qu'il ne seroit pas beni , & ne prendroit pas la place de Frideric de son vivant: ce qui dura jusqu'à l'année suivante, que Frideric étant mort, Guillaume reçut publiquement la Benediction des mains d'Henri Evêque de Spire.

Lorsqu'il arriva à Hirsauge, l'état de ce Monastere n'étoit pas encore certain , tant à cause des broüilleries qui étoient survenuës entre Frideric & ses Religieux, qu'à cause de l'inconstance du Comte Adelbert qui n'avoit pas encore restitué les biens de ce Monastere qu'il recenoit depuis un si long tems : mais Guillaume sçur par fa

pruremede à ces maux. Il fit paroître tant de grandeur d'ame dans les adversités qui lui arriverent : sa pieté & sa devotion furent si grandes , & son zele si ardent pour défendre & maintenir la discipline Monastique, que c'est avec raison qu'on le met au nombre des plus grands hommes du onziéme fiécle.

Auffi-tôt qu'il eut été beni Abbé, il commença à longer aux moïens de pouvoir rétablir la Regularité & l'Observance dans son Monastere, & remedier aux abus qui s'y étoient glissés ; il commença par examiner les revenus dont il joüiffoir , afin que s'ils n'étoient pas suffisans pour l'entretien des Religieux ; (.comme effectivement ils ne l'étoient pas, puisqu'à peine pouvoient-ils suffire pour en entretenir quinze ou seize , ) il pût chercher les moïens d'y suppléer & de leur fournir leur necessaire, étant crés persuadé que cause ordinaire du ́relâchement est le manque des choses necessaires à la vie. L'autorité que le Comte Adelbert s'étoit acquise sur les Religieux étoit îi grande, qu'ils n'osoient rien faire sans sa permission , ensorte qu'il sembloit qu'il fût leur Superieur & qu'ils fussent obligés de lui obéir. Le saint Abbé ne pouvant souffrir cet abus , fit si bien qu'il persuada au Comte de se défilter de cette prétenduë superiorité,& de

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la

GATION

GE.

CONGRE- donner une entiere liberté à son Monastere, afin

Վս

étant in D'HIRSAU.

dépendant des puissances seculieres , on y pût observer avec plus de facilité la discipline reguliere & Monastique. Et afin que cette indépendance fût plus stable,il la fit confirmer par le Pape & l'Empereur. L'Eglise que ceComte avoit commencée depuis dix ans,érant achevée,elle fur consacrée l'an 1071. par l'Evêque de Spire à la follicitation de ce Seigneur. Les richesses de ce Monastere augmenterent avec le nombre des Religieux,& da temsde saint Guillaume, il n'y en euc jamais moins de cent cinquante, quoiqu'il fût fouvent obligé d'en envoïer pour fonder ou pour réformer d'autres Monasteress car le nombre étoit aufli-tôt rempli par d'autres qui prenoient l'habic à Hirsauge pour être ses disciples , entre lesquels il y eut plusieurs Comtes , Marquis , Barons & autres grands Seigneurs.

Ces Religieux s'occupoient jour & nuit à changer les louanges de Dieu,à prier, à mediter , & à l'étude des saintes Ecritures.Ceux qui n'étoient pas propres pour la contemplation des choses celestes, travailloient des mains afin d'éviter l'oisiveté. Ce faint Abbé étant persuadé que la lecture de la fainte Ecriture est la nourriture de l'ame, établit douze habiles Ecrivains pour transcrire les saintes Ecritures & les Ouvrages des saints Peres. Ilyen avoit aussi d'autres en plus grand nombre', qui étoient occupés à transcrire d'autres Ouvrages , & il y avoit un Religieux habile en toutes sortes de sciences , qui avoit l'inspection sur les uns & les autres, qui présidoit à leurs ouvrages,& corrigeoit les fautes qu'il y trouvoit

. Mais quoique ces Religieux aïent transcrit un nombre infini de volumes , il en est neanmois resté peu dans ce Monastere, à cause que faint Guillaume en reformant ou fondant d'autres Monasteres , y envoïoit beaucoup de ces livres. Outre les cent cinquante Religieux qui étoient dans ce Monastere, sous la conduite de ce saint Abbé, il y avoit auslīdes Freres Barbus ou Convers qui étoient destinés pourle travail & pourvoïoient aux besoins de ceux qui ne s'occupoient qu'à la contemplation. Il y avoit entr'eux d'habiles Ouvriers en toutes sortes d'arts & de professions , comme Architectes, Massons, Charpentiers , Menuisiers, Sculpteurs, Forgerons , Tailleurs,' Corroïeurs , Cordopiers, & plusieurs autres. Saint Guillaume fut le premier

qui

ner

qui établit ces sortes de Convers en Allemagne. Ils lui fu- CONGRZ. rent d'une grande utilité : car ce furent eux seuls qui firent »’HIRSAUS tous les bâtimens du nouveau Monastere d'Hirsauge & des GE, autres qu'il fonda. Il fit des Reglemens particuliers pour eux & proportionnés à leur occupation. Toutes les nuits ils se trouvoient à l'Eglise pour chanter Marines ; mais elle3 étoient courtes à cause de la fatigue qu'ils avoient eue pendant le jour. Il étoit libre ensuite à ces Convers de retour

dormir, mais plusieurs des plus fervens restoient à l'Eglise jusqu'à ce que les Religieux du Chưur eufsenc achevé leurs Matines. Le lendemain de grand marin ,, ils entendoient la Meffe , & alloient ensuite au Chapitre pour y dire leurs coulpes. Tous les Dimanches il y en avoit qui communioient, ensorte que la moitié communioient un Dimanche , & l'autre moitié le Dimanche suivant ; mais aux Fêtes solemnelles ils communioient tous , & fi quelques - uns alloient en Campagne, & qu'ils ne dussent pas revenir le Dimanche suivant, ils communioient le jour qu'ils parcoient. Il établir aussi des Oblats à l'exemple de ceux de Cluni ; ils étoient differens des freres Convers , en ce que ceux ci étoient Religieux & en portoient l'habit , & que

les Oblats étoient vêtus en Seculiers : il fit aussi des Reglemens: pour eux.

Ce saint Abbé n'omettant rien pour maintenir l'ObserYance Reguliere , voulutfaire recevoir dans son Monastere les Coârumes de Cluni : c'est pourquoi Ulric qui étoit Profés de Cluni', aïant été envoié en Allemagne par saint Hugues , & étant revenu voir faint Guillaume qui étoit fon ami ; ce Saint profitant d'une occasion fi. favorable , le pria de vouloir mettre par écrir ces Coûtumes : ee qu'il fit volontiers. Il y a à la tête de cet ouvrage', qui est divisé en trois Livres;une Epitre Dedicatoire adressée à saint Guil-laume;où Ulrie se plaint d'abord d'un abus, qu'il dit être la principale cause de la ruine des Monasteres, qui est de recevoir les enfans,dont les peres &les meres qui enavoientgrandi nombre, cherchoient à se défaire en les offrant aux MonaAeres , avant même qu'ils eussent l'usage de raison, principalement s'ils en avoient quelques-uns de manchors, de boiteux, ou qui eussent quelque autre incommodité : la raison qu'il apporte pour prouver que c'est un abus , est Iome

Vu

d'HIRSAU. GE.

CONGRE- que les Maisons remplies de ces invalides , ne peuvent gar

der aucune regularité, & que l'observance n'elt exacte que dans celle où le plus grand nombre de Religieux est de ceux qui y sont entrés en âge meur, de leur propre mouvement , & exemts de ces fortes d'infirmités ou défauts de nature.

Mais comme saint Guillaume trouvoit des difficultés dans ces Coûtumes de Cluni qui ne pouvoient être bien expliquées par écrit , il jugea à propos d'envoïer à Cluni des Religieux qui les vissent pratiquer, ou pour mieux dire, qui les pratiquassent eux-mêmes. Il en envoïa premierement deux, & ensuite deux autres, afin qu'ils en pussent être parfaitement instruits, & qu'étant plusieurs ils puslent mieux les retenir & lui en faire un fidele rapport. A leur retour il fit assembler les Anciens , & aprés avoir examiné avec eux les coûtumes de Cluni, & entendu les Religieux qu'il y avoit envoïés, il en retrancha ce qui ne convenoit pointaux pratiques du païs, au climat & à la situation des lieux, & garda celles qui lui convenoient, sur lesquelles il en dressa d'autres qu'il divisa en deux livres , qu'il appella les Coûtumes d'Hirsauge.

Le zele de saint Guillaume ne se renferma pas dans le
seul Monastere d'Hirsauge. Il en fonda & réforma plusieurs
autres , dont les plus conliderables sont Richembarch, saint
Georges dans la Forêt Noire, saint Martin dans la Baviere,
Erphord dans la Thuringe, Zuvifalten dans la Suaube,
Wilheim & Laven dans la Carinthie , qui furent fondés ;
Schafuse,
Petershausem & Camperg , qui

furent rétablis ; Altof au Diocese de Strasbourg, Isnen au Diocèse de Constance , & Hasung dans la Thuringe, qui furent reformés. Tritheme, dans les Chroniques de l'Abbaïe d'Hirsauge, nomme vingt trois Monasteres que ce Saint fonda de nouveau , & soixante & neuf qu'il reforma , dans lesquels il fit observer les Coûtumes d’Hirsauge. Il fit ausli societé avec plusieurs Monasteres de differens Ordres , comme l'Eglise Cathedrale de Cantorberi , desservie par les Benedictins , les Abbaïes de Cluni , de Marmoutier, de saint Benigne de Dijon, de saint Victor de Marseille , de saint Maximin , & de saint Mathias à Treves, de faiirt Pantaleon à Cologne,de saint Emeran de Ratisbonne , & avec les Chanoines Regu.

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