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RIGLE DE

Les Princes Hermenegilde & Reccarede, fils du Roi ORLANE Leuvigilde qui avoit envoïé en exil l'Abbé Jean, dont

nous venons de parler , avoient été élevés dans l'heresie d’Arius

par les soins de leur Pere ; mais ils embrasserent la Foi catholique par les instructions de fainc Leandre : ce qui attira sur lui la colere du Roi Leuvigilde, qui l'envoïa ausli en exil

. Il avoit été tiré du Cloître pour passer sur le siége Episcopal de Seville. Sa fæur s'écant retirée dans un Monastere, il composa pour elle & pour les filles qui étoient avec elle, une regle ou instruction chrétienne qui contient vingt & un Chapitres. Il l'exhorta à demeurer toûjours dans le Monastere , comme dans un asile de la chasteté, à ne point manger de viande que dans les maladies , à ne point parler aux personnes du dehors qu'en presence de deux ou trois témoins , à partager de telle sorte tour son tems, que la priere succedât à la lecture , & la lecture à la priere ; à ne rien posseder en propre, à éviter les juremens , & dire toûjours la verité. Enfin il l'exhorte à ne plus son. ger à son païs natal : ce qui fait juger que cette Sainte a peut-être vécu dans le même Monaltere où leur mere étoit morte, comme il paroît par le dernier Chapitre de cette Regle. On ne sçait pas precisément où ce Monastere étoit situé ; mais le Pere Mabillon conjecture qu'il étoit dans l'Andalousie, & que Ste Florentine & sa mere pouvoient y être venuës de la Provnice Carthaginoise où S. Leandre, & ses freres, S. Isidore qui fut son successeur,& S. Fulgence Evêque d'Astigite, avec leur fæur Florentine , avoient pris naissance, étant tous enfans de Severian, Duc ou Gouverneur de cette Province, dont la Metropole étoit Tolede.

Saint Ildore aïant succedé à son frere saint Leandre sur S. IsiD ORE. le Siege de Seville, composa une Regle pour les Religieux

du Monastere d'Honori, laquelle est conforme en beaucoup de choses à celle de saint Benoît. Le jeûne y est prescrit , depuis le 14. de Septembre jusqu'à Pâques, excepté pendant l'O&ave de Noël. Les Religieux ne mangeoient pendant toute la semaine que

des legumes & quelques herbages: quelquefois aux grandes Fêtes il leur étoit permis d'y ajoûter un peu de viande; mais il étoit libre à un chacun de s'en abstenir , aussi bien que de vin. Ils jeûnoient pendant le Carême au pain & à l'eau. L'Abbé devoit toûjours manger

REGLE DE

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T.V.P. 31

Religieux de s? Jsidore

2

SIsIDURE.

&

au Refe&oire avec les Religieux, à moins qu'il ne fût ma- REGLES DE
lade. Pendant le tems de la refection, les

portes du Mona-
· stere devoient être fermées pour n'y point donner entrée aux
seculiers. Le travail des mains y elt ordonné. Les Religieux
devoient eux-mêmes faire la cuisine , cultiver le jardin ,
pétrir le pain qu'ils devoient manger ; mais il y avoit des
Laïques qui étoient emploïés aux bâtimens , å la culture
des champs , & à faire le pain pour les hôtes & les malades.
Quant aux habits, saint llidore ordonne que les Religieux
n'en porteront point qui soient remarquables par leur prix

par leur propreté, ni qui soient vils & pauvres ; les vête-
mens précieux ressentant le luxe & la mollesse ; & ceux qui
font grossįers & méprisables, pouvant causer du chagrin ,
ou même de la vanité selon le different caractere des esprits.
Il marque la forme & la qualité de leurs habits , qui sont
une tunique, un capuce, un scapulaire, ou petite robe de
peaux, un bon manteau ou froc; mais il leur défend de
porter du linge,

ni de se servir de certains vêtemens , & de certaines chaussures qui étoient en visage chez les autres Moines: ce qu'il improuve comme un abus. Ils devoient aussi avoir la tête rasée. Le P. Bonanni, dans son Catalogue des Ordres Religieux , a donné l'habillement d'une Religieuse de l'Ordre de saint Ifidore', & dit que la figure qu'il a fair graver, represente sainte Florentine , fæur de ce saint Prelat , laquelle étoit Abbeffe d'un Monaftere de cet Ordre vers l'an 597. & qu'il l'a copiée fur celle que le Pere Beurier Celestin avoit donnée. Schoonebeck a fait aufli graver l'image d'une de ces Religieuses, & dit que fainte Florentine aïant fondé un Monastere vers l'an 598. donna à ses Filles les Regles qui lui avoient été prescrites par

saint Ifidore. Mais les uns & les atitres se sont trompés; puisque l'on ne suivoit point la Regle de saint Isidore dans le Monastere de sainte Florentine ; mais celle de S. Leandre, comme il paroît par le titre de cette Regle, & par la Preface qui cominence ainfi : Leander Dei misericordiam pergrate in Chrifto mibi filia de forori Florentine.... Perquirenti mihi, foror carissima Florentina , quibus te divitiarum cumulis hæc nedem facerem , &c. Ce qui se prouve aussi par plufieurs

. Chapitres de cette Regle. Celle de saint Isidore au contraire ac fut faite que pour des hommes , & adressée aux Moines

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S.] SIDORE.

'REGLE DE

TUEUX,

REGLE DE du Monasterc d'Honori, comme il paroît par la Preface qui

commence ainsi: Sanétis fratribus in Cænobio Honorianenfi constitutis Ifidorus,&c. Quant à ce Monastere, il n'en reste plus que la memoire, & on ignore même le lieu où il étoit situé.

Saint Fructueux Archevêque de Brague , a beaucoup S. FR UC- contribué à la propagation de l'état Monastique en Espagne.

Le premier Monastere qu'il y bâtit dans les montagnes d'Asturie fut nommé Complute , parce qu'il étoit dedié à saint Juste & à S.Patteur,qui avoient souffert le martyre à Complute ville du Roïaume de Castille , qu’on a depuis appellé Alcala de Hennarés. Il s'y forma une Communauté fore nombreuse de Moines , ausquels saint Fructueux donna une Regle & un Abbé. Entre les autres Monasteres qu'il fonda depuis,celui de None fur destiné pour des filles, dont la BienheureuseBenoîte fut Abbesse. Non seulement les personnes de l'un & de l'autre sexe qui étoient libres,&qui n'étoient point engagésdans le mariage; mais même les personnes mariées accouroient de toute part à $. Fructueux pour

embrasser avec leurs enfans la profefion Monastique.C'est pourquoi il établit une nouvelle observance reguliere,accommodée à l'infirmité de l'un & de l'autre sexe. Les hommes & les garçons demeuroient dans les Monasteres d'hommes , & les femmes & les filles dans des Monasteres de leur sexe : ce qui ne se pratiquoit pas dans plusieurs faux Monasteres d'Espagne, où fans aucune distinction de fexe, les hommes demeuroient avec leurs femmes,& les enfans avec les ferviteurs,donnant le titre d'Abbé à un Sụperieur qui ne leur commandoit que ce qu'ils vouloient : & s'ils recevoient de lui la Benediction , c'étoit pour satisfaire plus impunément leurs cupidités : ce qui avoir

été inventé afin que ces sortes de personnes , sous une fausse apparence de profession Religieuse, fussent exemưs des Charges publiques

. Les Prêtres qui fondoienc ces sortes de Monasteres y étoient poussés ou par un desir de passer pour vertụeux, ou par la crainte de perdre leurs dixmes & d'autres gains , s'ils ne les assuroient par ces établissemens qui étoient agreables au peuple; mais saint Fru{tueux,pour empêcher que les Disciples ne se porcassent au relâchement , leur defendit d'avoir aucun commerce avec fes faux Monasteres. L'on vivoit bien d'un autre maniere

dans

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