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RONNE.

CAMALDU. nairement qu'une chambre & un peu de pain suffisoiene & MUNT D'I Thomas Justinien. Aprés avoir quitté Padouë , il entreprit LA Cou le voïage de Jerusalem pour y visiter les saints Lieux. A Ion

retour aïant mis ordre à ses affaires domestiques , il ne put être arrêcé

par

les larmes ni par les prieres de ses parens & de ses amis , ausquels il dit un dernier adieu pour se retirer dans la solitude de Camaldoli , où il devint un parfait disciple de S. Benoît, & un zelé imitateur de saint Romuald, en suivant la Regle de l'un & la maniere de vivre de l'autre.

Justinien avoit pour lors trente quatre ans , ce fut le 25. Novembre,le jour de Noël de l'année 1910. qu'il reçur l'habit des mains du General Pierre Delphino. On lui donna le nom de Paul au lieu de celui de Thomas qu'il avoit porté jusqu'alors. Il devint un fi parfait modele de la vie Monastique, que ses vertus le firent élever dans la suite aux dignités de son Ordre malgré lui : car il aimoit mieux obéïr que commander. A peine eut-il fait profesion que les Superieurs l'envoïerent à Rome pour implorer la protection du Pape contre un Vicaire General qui dislipoit tous les revenus de Camaldoli & qui sembloit vouloir le détruire. Il avoit déja fait abbattre tous ces beaux sapins qui en faisoient la beauté, & avoit vendu beaucoup de terres des dépendances de l'Ermitage. Ce Vicaire General qui étoit du nombre des Conventuels, & Abbé perpetuel de saint Felix de Florence , s'étoit rendu si redoutable dans l'Ordre, que le General même n'osoit lui rien dire. Ce fut donc ce qui obligea les Ermites de Camaldoli d'avoir recours au Pape , qui ordonna que cet Ermitage seroit retabli dans son premier état, & fit défense au Vicaire General de molester les Ermites.

Ce fut à son retour de Rome que le General Pierre Delphino projetta avec lui les moïens de retrancher les abus qui s'étoient glissés dans l'Ordre. Les Observans & les Conventuels , dont le nombre surpassoit de beaucoup les Ermites qui étoient reduits au seul Camaldoli & à Fonte-Buono, avoient usurpé toute l'autorité de l'Ordre qui appartenoit de droit à l'Ermitage comme au Chef de l'Ordre : les Observans qui étoient unis en Congregation, comme nous avons dit , pratiquoient entr'eux des observances Regulieres. Les Superieurs n'étoient que triennaux'; & il y avoit entr'eux de la subordination. Il n'en étoit pas de même des Conven

tuels

RONNE

Huels dont les offices étoient perpetuels , qui ne connoissoient CAMALDU. aucune Observance, & qui se croïoient tous indépendans MONT DE les uns des autres : ce qui causoit beaucoup de confusion La cova dans l'Ordre. Le General Delphino & Paul Justinien eurent recours au Pape Leon X. qui ordonna un Chapitre General pour y

travailler à la reformation de cet Ordre , il fut tenu l'an 1513. La préséance sur tous les Monasteres de l'Ordre y fur renduë à l'Ermitage de Camaldoli, comme au Chef d'Ordre. Les Ermites furent unis avec les Moines tant de l'Observance que Conventuels. Les uns & les autres devoient être Generaux alternativement;exceptélesConventuels qui ne devoient point entrer dans les Charges : on leur fic défense de s'augmenter , & ils furent enfin supprimés dans la suite par le Pape Pie V. Les Generaux & les Prieurs de Camaldoli ne furent plus perpetuels : ces deux dignités furent même separées. Ainsi la paix fut rétablie dans l'Ordre par les foins du General Delphino & de Paul Justinien. Quoique dans ce Chapitre on eût fait des Reglemens , qui étoient communs pour les Ermites & les Moines, chaque Congregation conserva ses Constitutions: mais comine celles des Ěrmites étoient confuses, on résolut de les mettre en meilleur ordre, & on en donna le soin à Paul Justiniert

. Aprés les avoir achevées il les presenta auGeneral Delphino, qui les trouva dans un si bel ordre,qu'il ne voulut pas qu'elles eussent simplement le titre de Constitutions : mais il leur donna celui de Regle de la vie Eremitique.

Justinien fur cependant envoïé en plusieurs lieux pour les affaires de son Ordre ; & comme il fut retourné à Camaldoli , où il esperoit jouir du repos dans la solitude, il en fuc élû Majeur l'an 1516. la quatrième année aprés la profession. Aprés avoir fini les trois ans de fa superiorité, il voulut se renfermer dans une reclusion: mais bien loin de le lui permettre, on l'envoïa encore à Rome pour les affaires de son Ordre. Etant de retour à Camaldoli il reprit son premier dessein, de multiplier les Ermitages de cet Ordre: trois ans fe passerent encore sans qu'il l'execucât , par les difficultés qui s'y rencontrerent : & dans le tems qu'il cherchuir les moïens pour y parvenir , il für derechef élu Majeur de Car maldoli : il refusa cette dignité ; mais les Érmites persistant à n'en vouloir point élire d'autre, il fut contraint de l'acce

LI

Tome V.

CAMALDU

pter LES DU MONT DE

RONNE.

; neanmoins il ne l'exerça pas pendant trois ans : car

aïant été trouver à Rome le Pape Leon X. & lui aïant parlé La Cov- du dessein qu'il avoit formé de multiplier l'Ordre Eremiti

que parmi les Camaldules ; ce Pontife l’approuva & lui accorda un Bref le 22. Août 1520. par lequel il lui permettoit & à ceux qui voudroient le joindre à lui, de promulguer l'Ordre Eremitique des Camaldules non seulement en Italie, mais par tout le monde ; de pouvoir recevoir des Novices à l'habit & à la profession,de faire des Regles & desConstitutions pour cette nouvelleCongregation à laquelle il donna le nom de saint Romuald de l'Ordre des Camaldules , & l'exemta même de la jurisdiction des Superieurs de l'Ordre & de tous autres Prélats.

Paul Juftinien partit de Rome muni de ces Lettres Apostoliques. A peine fut-il arrivé à Camaldoli, qu'il fit affembler tous les Ermites , & aprés leur avoir fait la lecture dece Bref , il renonça à sa superiorité

. Il prit congé de tous les Ermites qui jugeoient diversement de son dessein, les uns le regardant comine une inspiration divine,& les autres comme une folie : & aïant refusé les commodités qu'on lui presenta pour son voïage,il partit à pied,un bâton à la main,accompagné d'un Frere,nommé olivo qui ne l'abandonna

point dans toutes ses fatigues. Ils allerent trouver un saint Érmite qui faisoit profession de la troisiéme Regle de saint François , qui demeuroit sur le Mont-Calyo proche Perouse. Aprés plusieurs conferences qu'ils eurent ensemble, ils resolurent d'aller chercher quelque solitude affreuse pour y faire leur demeure ; & aïant encore attiré en leur compagnie un Religieux de l'Ordre de saint Dominique , ils trou. verent un lieu propre à leur dessein dans les Appennins. C'étoit un rocher d'une grosseur prodigieuse, sous lequel étoit une Caverne , quiavoit autrefois servi de retraite aux loups, qui

avoient fait donner à ce lieu, & à un village qui n'en étoit pas loin, le nom de Pascia-lupo. Il y avoit aussi une ancienne Chapelle dediée à saint Jerôme, qui quoique toute ruinée, leur fur disputée par le Curé de Pascia-Lupo qui prétendoit que cette Chapelle appartenoit à son Eglise. Mais Paul Justinien aïant encore eu recours au Pape Leon X. il leur accorda ce lieu,où en peu de tems ils eurent encore deux autres Compagnons.

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D'abord chacun vêcut à sa maniere, sans changer d'ha- CAMALDU. billement : mais lorsque Paul Justinien, auquel les autres MONT DE s'étoient soùmis comme à leur Superieur, leur eut proposé is conde suivre des observances uniformes , tant pour le vivre que pour l'habillement, sous la Regledes Camaldules, Thomas & Raphaël,qui étoient l'unReligieux de l'Ordre de S.Dominique,

& l'autre Ermite du troisiéme Ordre de saint François, s'y opposerent & abandonnerent Justinien , lequel resta en ce lieu , avec ses trois autres compagnons. Mais les Camaldules de l'Ermitage de Camaldoli , confervant toûjours beaucoup de tendresse & d'amitié pour lui , le prierent de venir demeurer auprés d'eux : & pour cet effet lui accorderent à deux milles de Massacio, une solitude qui leur

appartenoit , dans laquelle il y avoit plusieurs cavernes ; ils voulurent même que lui & les Ermites fussent toujours reputés de la famille de Camaldoli , & leur assigperent un fonds pour leur entretien. Paul Justinien accepta leur offre; & aïant laissé à Pascia Lupo deux de ses compagnons, il vint demeurer avec le Frere Olivo dans les cavernes de Mafsacio, où en peu de tems ils eurent plusieurs compagnons. Il y eut même quelques Ermites de Camaldoli qui le joignirent à eux, entr'autres Auguste de Basciano & Nicolas Trevisani, qui en obrinrent la permission de leur Superieur , & qui furent peu de tems aprés suivis par Jerôme Suessano , premier Medecin du Pape Leon X.

La Congregation de Paul Justinien fut prefque dans le même tems augmentée de deux Ermitages ; l'un fut le Monastere de saint Leonard , qui lui fut donné Gabrieli , dont nous parlerons dans la suite , lequel Monastere étoit situé sur le mont Volubrio , qui est d'une hauteur prodigieuse au Diocese de Fermo: l'autre fut l'Ermitage

de saint Benoît , fitué sur le mont d'Ancone. Les Difciples de Justinien le follicitoient de donner une forme de Gouvernement à la Congregation : mais ne voulant pas

la commencer qu'il ne fût alluré de n'être point inquieté dans la poffeffion des Ermitages qui lui avoient été accordés, il pria les Peres de l'Ermitage de Camaldoli de lui abandonner en toute proprieté & å fa Congregation les cavernes de Massacio; ce qu'ils lui accorderent dans le Chapitre qu'ils tinrent l'an 1522. declarant que ce lieu seroit entieremen

par Galeaz

* LES DU MONT DE

RONNE

pour leur

porter , afin

Camaldv. separé de Camaldoli : & pour montrer l'estime qu'ils fai

soient de Justinien, ils confirmerent cer_Acte pardevant LA LOW- Notaire, s'obligeant de lui fournir & aux Ermites de Maf

facio ce qu'ils avoient coûtume de leur donner
entretien , sans parler de beaucoup d'autres choses

d'autres choses qui sont
exprimées par cet Ace. Pour lors Justinien songea à prel-
crire des Règlemens à ses Disciples. Il commença par chan-
ger l'habillement qu'ils avoient accoûtuiné de
qu'il v eût de la difference entr'eux & les Ermites de Ca-
maldoli. Ceux-ci portoient des coules Monachales; Justinien
n'en voulut point porter, & ordonna à ses Ermites qu'ils au-
roient une cunique de'bure avec un fcapulaire,auquel étoit
attaché un capuce étroit. Pour ceinture, ils fe fervoient de
la lisiere de l'étoffe:la tunique ne descendoit qu'à mi-jambe:
leur manteau ne descendoit que jusqu'aux genoux, & étoit
attaché avec un morceau de bois ; ils alloient nudspieds avec
des sandales de bois : enfin cet habillement étoit fi pauvre,
qu'il ne falloit pas plus de quatre livres de notre monnoïe
pour

habiller un Religieux. Dans le commencement de cette Congregation , leur nourriture consistoit en du pain bien sec & fouvent moisi, quelques choux & legumes mal assaisonnés : ils bûvoient rarement du vin : toutes les heures de jour & de la nuit étoient partagées pour les Offices Divins, les 'Oraisons , & le travail, qui se succedoient les uns aux autres. Quelques-uns ont écrit que les Ermites de Camaldoli voïant que ceux de la Congregation de saint Romuald s'étoient soustraits de leur obéiðfance , les avoient obligés å quitter leur habit ou coule Monachale : mais le Pere Luc Espagnol , qui a fait l'Histoire de cette derniere Congregarjon , rejerte cela comme une fauffeté, n'y aïant pas d'apparence que les Camaldules de l'Ermitage eussent regardé ceux de Paul Juftinien comme des rebelles , puisqu'ils leur avoient donné l'Ermitage de Massacio en toute proprieté,& qu'

u'ils avoient consenti qu'ils fussent entierement" separés d'eux, & puisqu'enfin ce ne fut qu'après cette donation & cette separation que Paul Justinien changea l'habillement des Camaldules. En effet le Brer de Leon X. de l'an 1520. les exemtoit de la Jurisdiction des Superieurs de l'Ordre des Camaldules , & permettoit à Justinien de faire tels Reglemens & changemens qu'il jugeroit à propos.

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