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REFORMS

voient avoir aucune part dans les Assemblées, le Conseil, & les Resolutions des Peres de la Congregation, s'ils n'avoient De L'ORfait profession dans la Réforme, à laquelle ils pouvoient être CLUNI reçus, s'ils en étoient trouvés capables. Les Superieurs de cette Congregation devoient donner avis au Cardinal de Richelieu des unions & aggregations des Monasteres qui avoient été faites à cette Congregation ; & ce Cardinal remit dès-lors aux Chapitres & aux Superieurs toute la Jurisdiction spirituelle qui lui appartenoit sur l’Abbaïe de Cluni : mais comme son autorité fut jugée necessaire pour appuïer & pour maintenir cette Congregation dans sa naissance, il devoit , sa vie durant , donner Commission & Vicariat à un Religieux de cette même Congregation qui lui devoit être presencé & élu par le Chapitre General de trois en trois ans, pour faire la visite en son nom de tous les Monasteres, des Prieurés, & des Membres & dépendances de l'Ordre de Cluni.

Ce Concordat fut homologué au Grand-Conseil par un Arrêt du 9. Février 1636. à la charge que les Religieux de la Congregation de saint Benoît rapporteroient dans fix mois des Bulles du Pape. Ils tinrent leur premier Chapitre General le 4. O&obre de la même année dans l'Abbaïe de Cluni , où la Congregation fur divisée en fix Provinces ; sçavoir de France, de Normandie, de Bourgogne, de Toulouse, de Bretagne & de Chezal-Benoît ; & le premier Chapitre General qui se devoit tenir fut indiqué pour l'an 1639. dans l'Abbaïe de la Trinité de Vendôme.

Le Cardinal de Richelieu étant mort l'an 1642. les Religieux de la Congregation de saint Benoît élurent pour Abbé de Cluni Dom Germain Espiard, Profez de la Con. gregation de faint Maur, & les non-Réformés poftulerent le Prince de Conti, Armand de Bourbon. Il y eut contestation pour sçavoir laquelle des deux élections subsisteroit ; & par un Arrêt du Conseil d'Etat de l'an 1644. l'élection du Prince de Conti fut declarée legitime & canonique. Ce Prince obtint des Bulles du Pape Urbain VIII. & le 22. O&tobre de la même année il fit annuler le Concordat d'Union de la Congregation Réformée de Cluni avec celle de saint Maur , qui demeurerent l'une & l'autre au même état qu'elles étoient avant le Concordat, du con

DE L'UR-
DRE DE

Reformi sentiment des Religieux de ces deux Congregations : ce

qui fut autorisé par un Arrêt du Conseil d'Etat des mêmes CLUNI. mois & an, & confirmé

& confirmé par des Lettres Patentes du Roi Loüis XIV. du 14. Juin 1645.

Le Prince de Conti fit un autre Concordat au mois de Decembre de la même année avec les Religieux Réformés. de Cluni, par lequel on convint que les Chapitres Generaux de la Réforme s'assembleroient tous les ans dans l’Abbaïe de Cluni : que les Religieux de cette Observance y éliroient leurs Superieurs ; & que celui qui seroit élu pour présider sur les Réformés , les gouverneroit, & les Monasteres où ils seroient établis, en ce qui concerne l'étroite Observance. Ils tinrent des Chapitres Generaux, en vertu de ce Concordat. Le premier fut celebré le 21. Mai 1646. & l'on continua dans la suite jusques sous le Gouvernement du Cardinal Jules Mazarin, qui succeda au Prince de Conti, le 21. Février 1654. après que ce Prince se fut démis de l'Abbaïe de Cluni.

Le Cardinal Mazarin aïant été élu Abbé, les Religieux de l'étroite Observance de Cluni tinrent encore deux Cha. pitres Generaux sans opposition ; mais dans le troisiéme l'an-1656. ils furent inquiétés par ce Cardinal, qui voulut nommer lui-même les Superieurs des Monasteres de leur Réforme. Ils s'y opposerent, & firent de grandes instances auprès du Conseil du Cardinal , pour être maintenus dans leur droit ; mais leurs remontrances furent inutiles , & le Cardinal Mazarin voulut qu'ils obéissent , sur ce que leur Réforme n'avoit

pas été approuvée en Cour de Rome. Il fit emprisonner ceux qui s'opposoient le plus à ses volontés & obtine du Pape Alexandre VII. un Bref du 11. Juin 1657: autorisé par Lettres Patentes du Roi du 11. Août, qui furent enregistrées au Grand Conseil le 25. Septembre de la même année. Ce Bref donnoit pouvoir au Cardinal comme Abbé de Cluni, d’ôter & casser les Statuts de la Réforme, comme n'étant point approuvés du faint Siege, & comme étant contraires aux anciens Statuts de l'Ordre, comme on l'avoit fait entendre à la Sainteté. Mais après que le Cardinal Mazarin eut pris une particuliere connoisfance de l'état de la Réforme, il trouva que dans les Monalteres ou elle étoit établie , l'Office & le culte Divin s'y

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faisoient jour & nuit avec beaucoup de devotion & d'édi- REFORME fication du public : que la Discipline Monastique & l'Ob-DE L'ORservance Reguliere y étoient en vigueur ; & qu'à l'égard de Cluni. ces Statuts & Reglemens , ils étoient conformes & tirés des anciens Statuts de l'Ordre , approuvés par le faint Siege depuis plusieurs siécles , & qu'ils étoient aussi conformes à la Regle de saint Benoît. Car quoique ces Religieux de l'étroite Observance aïent d'abord suivi les Statuts de la Congregation de saint Vannes , ils y ont fait dans la suite quelques changemens , pour ne pas s'éloigner des anciens Statuts de l'Ordre, & s'ils sont encore conformes en beaucoup de choses à ceux de la Congregation de saint Vannes, ils n'ont rien en cela de commun avec cette Congregation , que ce qu'ils peuvent avoir de commun avec les autres Congregations Réformées de l'Ordre de saint Benoît, qui fe font rapprochées de la Regle de ce faint Fondateur , où l'Office Divin pour les Marines est prescrit à deux heures après minuit, où l'abstinence de la viande est ordonnée en tous tems , aussi-bien que les jeûnes , depuis le 14. Septembre jusqu'à Pâques , outre les Mercredis & les Vendredis pendant toute l'année ; où l'usage des chemises de lin est défendu, le travail des mains recommandé, les revenus des Offices Claustraux mis en commun, & reçus par le Procureur ; sans parler de plusieurs autres aulterités , comme de dormir sur des paillasses avec ses habits , de garder un étroit filence, &c. Ainsi le Cardinal Mazarin voïant qu'il n'y avoit rien de contraire dans les Statuts des Réformés,ni à la Rgle de saint Benoît , ni aux anciens Statuts de l’Or. dre, ne les cassa pas, comme il auroit pû faire en vertu du pouvoir que le Pape lui en avoit donné.

Ce Cardinal voulant au contraire affermir davantage la Réforme, l'unit de rechef à la Congregation de S. Vannes, par un Concordat qu'il passa avec les Peres de cette Congregation le 7. Avril 1659. Il abandonna au Chapitre General & à tous les Superieurs qui y seroient élus, toute la puissance & jurisdiction spirituelle qui lui appartenoit, & kui pouvoit appartenir , sans qu'à l'avenir elle pût être exercée, soit par lui-même, soit par ses Grands-Vicaires, sur aucun Monastere de l'Ordre, tant de l'ancienne que de l'étroite Observance ; les autres conditions furent les mêmes

DRE
CLUNI.

REFORME que celles qui avoient été stipulées par le Concordat d'U02 nion passé entre le Cardinal de Richelieu & les Religieux

de la Congregation de saint Maur , à l'exception qu'on ne. supprimoit point le titre d'Abbé de Cluni ; mais seulement celui de Grand-Prieur, qui étoit réuni à la Mense Conventuelle, & la Congregation prit le nom de Congregation de Cluni, autrefois de laint Vannes & de saint Hidulphe.

Mais quoique dans cette Union on eût donné en apparence quelqu'avantage à l'Ordre de Cluni , sur la Congregation de saint Vannes, puisqu'elle devoit porter le nom de Congregation de Cluni, il étoit en effet tout du côté de la Congregation de saint Vannes ; puisqu'il fut arrêté

que l'Abbaïe deCluniChef d'Ordre,& tous les Monasteres,les Prieurés,les Duïennés, & les Membres qui en dépendoint, seroient unis à cette Congregation sous les mêmes clauses & aux mêmes conditions que le Pape Jules II. avoit uni l'Abbaïe du Mont-Caslin & ses dépendances à la Congregation de sainte Justine de Padouë l'an 1504. & fans attendre l'approbation du Pape, sous le bon plaisir duquel le Concordat avoit été passé, on en vint à l'execution. Les Religieux de saint Vannes tinrent le premier Chapitre, General l'an 1660. non pas dans l'Abbaïe de Cluni, mais dans celle de saint Mihel en Lorraine , qui étoit de leur Congregation, où s'y trouvant en plus grand nombre , & aïant rempli le Définitoire de leurs Religieux, ils n'élurent presque que des Superieurs de leur Corps, & affecterent de n'en point donner d'autres aux Monasteres de l'Ordre de Cluni. Certe maniere d'agir excita le murmure des Religieux de l'écroite Observance de Cluni; & le Cardinal Mazarin étant mort l'an 1661. il y eut plusieurs oppositions de leur part, tant en France qu’å Rome à l'execution du Concordat d'Union. Ces oppositions n'eurent pas

fi-tôt leur effer. Les Religieux de saint Vannes obtinrent des Lettres de Cacher le 4. Avril 1661. pour la tenuë de leur Chapitre General au Prieuré de faint Martin des Champs à Paris. Ils en obtinrent d'autres au mois de Mai de la même année , pour tenir ce Chapitre dans l’Abbaïe de saint Vannes de Verdun , où il fut tenu en effet. Ony fit quelques Decrets favorables à l'Observance de Cluni ; mais kes Religieux de saint Vannes eurent encore soin de ne

mettre

DE L'OR-
DR E DE

mettre que des Religieux de leur Corps dans les Monaste- REFORME res de Cluni.

Comme les Religieux de Cluni avoient protesté contre le Cluni. changement de lieu & formé opposition à la tenuë de ce Chapitre de Verdun, ils refuserent d'en approuver les actes, & ne voulurent point en reconnoître l'autorité ni celle des Superieurs qui y avoient été élûs. Ils poursuivirent la disfolution de l'union & eurent un succès si heureux que le Contrar qui en avoir été fait,fut cassé le 16. Decembre de la même année par un Arrêt du Conseil d'Etat, par lequel le -Roi, non content de remettre l'Ordre de Cluni dans son

premier écar, permit aux Religieux de l'étroite Observance du même Ordre de s'assembler dans le Prieuré de faint Martin des Champs à Paris pour y aviser ensemble à tout ce qui pouvoit être neceffaire pour l'affermissement de leur Réforme & son agrandiffemers.

Les Religieux de l'écroite Obfervance de Cluni étaro donc separés de ceux de saint Vannes, firent approuver leur Réforme l'an 1664. par le Cardinal Fabio Chigi, Legat en France du Pape Alexandre VII.elle fut aussi confirmée l'an 1668. par le Cardinal Cesar Duc de Vendôme Legat du Pape Clement IX. mais ces approbations & ces confirma tions ne furent point autorisées par Lettres Patentes du: Roi ; & ce fut un prétexte que les Religieux de l'ancienne Obfervance prirent pendant la vacance du Siége Abbatial pour inquietter ceux de l'étroite Observance , car aïant representé au Roi que les Religieux de l'étroite Observance n'étoient point approuvés par le saint Siege & que ,.contre la coûtume de l'Ordre , ils tenoient des Affemblées Generales , Sa Majesté par un Arrêt du Conseil d'Etat du 18. Mars 1673. leur fit défense de faire aucune Assemblée ni de tenir d'autre Chapitre que: le Chapitre General de tout l'Ordre.Une des principales raisons qui porterent le Roi à faire défenseaux Religieux de l'étroite Observance de faire des Alfemblées ,.ce fut qne contre ses Ordres , ils avoient procedé à l'élection d'un nouvel Abbé de Cluni après la mort du Cardinal d’Eft , arrivée l'an 1672: asant élû pour Abbé Dom Henri de Beuvron Religieux de leur Observance , laquelle élection fut déclarée nulle par deux Arrêts du Conseil d'Emac du 2:1. Qctobre &. io. Decembre de la même année. Ces Iome V.

Ee

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