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Des Moines Benedictins Réformés, ou de l'étroite Observance de Cluni.

E nom de Vesni d'Arbouze doit être en recommandation dans l'Ordre de saint Benoît, puisque D. Jacques de Vesni d'Arbouze Abbé de Cluni, a été l'Auteur de la Réforme qui subsiste encore à present dans cet Ordre ; & que la Mere Marguerite Vesni d'Arbouze,Abbesse du Monastere Roïal du Val de Grace à Paris, aussi de l'Ordre de saint Benoît, a pareillement établi dans ce Monastere une Réforme qui s'est étenduë dans plusieurs autres. Le Cardinal de Guise aïant été fait Abbé de Cluni l'an 1612. comme nous avons dit dans le Chapitre précedent, chargea D. Jacques d'Arbouze, qui étoit pour lors Grand Prieur de Cluni, de travailler au rétablissement de la Discipline Reguliere , ce qu'il fit, aidé par les conseils du Superieur de la Congregation de saint Maur, du Prieur des Chartreux de Paris, & de M. du Val Docteur de Sorbonne. Il dressa des Reglemens qu'il fit approuver le 19. Mai 1621. par le Cardinal de Guise pour leur donner plus d'autorité, & obtint des Lettres Patentes du Roi, confirmatives de ces Reglemens,qui furent enregistrées au Parlement de Paris la même 2I1116C. Ces Reglemens, portoient entr'autres choses, queles Religieux de l'ancienne Observance qui embrasseroient la réforme, seroient gouvernés par des Superieurs Reformés, & que les Superieurs & les Officiers de l'ancienne Observance,. n'auroient aucune jurisdiction sur les Reformés finon le Grand Prieur ( parce qu'il avoit embrassé la Réforme ) ou autres qui seroient choisis par les Reformés, avec défense à qui que ce fût de recevoir d'autres Novices à la profession y que ceux qu'ils en auroient trouvés capables. Dom d'Arbouze aïant été élû Abbé après la mort du Cardinal de Guise l'an 1622. n'eut rien plus à cœur que de poursuivre son projet de Reforme & de faire observer les Reglemens, qu † avoit dressés du tems de son prédecesseur. Ils furent reçus & approuvés par les Senieurs, les Officiers de la Tozac V. D d

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REro uE Voute, & tous les Religieux de la Communauté de l'Abbaïe

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, de Cluni, par un acte Capitulaire du 13 Février 1623. Il

convoqua même un Chapitre General l'an 1626. pour les y

faire recevoir: & enfin le 17. Avril de l'année 1629. ce pieux

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serment est encore en pratique parmi les Religieux de

cette Réforme après qu'ils ont fait leur profession, porte
qu'ils régleront à l'avenir leurs mœurs & leur conduite sui-
vant la Regle ; telle qu'elle est présentement observée par les
Peres de § Observance dans l'Abbaïe & § de
Cluni 5 qu'ils ne solliciteront directement ni indirectement,
aucun Office, Benefice ni dignité : qu'ils n'accepteront point
ceux qui leur pourroient être † sans la permission de
leurs Superieurs : qu'ils leur laisseront l'entiere disposition
des revenus; & qu'ils ne consentiront jamais que personne,
de quelque état & qualité qu'il soit,soit incorporé ou élevé à
§ degré de Superiorité dans l'Ordre, qu'après qu'il
aura fait son Noviciat, & sa Profession dans l'étroite Obser-
vance, qu'il n'ait fait ce serment & qu'il n'ait promis de le
garder. -
Dom d'Arbouze étant déja avancé en âge & sujet à plu-
sieurs infirmités, crut que pour autoriser cette Reforme & la
faire subsister, il étoit nécessaire que l'Ordre de Cluni eût
pour Chef une personne de crédit & d'autorité. Il jetta les
§ sur le § Richelieu , Armand Jean du Plessis
inistre d'Etat. Il le demanda au Pape pour son Coadju-
teur & pour lui succeder. Sa demande fut accordée, & ce
Grand-Ministre pour maintenir la Réforme naissante, fit
venir douze Religieux de la Congrégation de saint Vannes,
dont le Chef étoit Dom Hubert Roset Grand Observateur
de la Regle & très experimenté dans le Gouvernement Mo-
nastique. Ils furent aggrégés & incorporés dans l'Ordre de
Cluni après avoir † des articles avec le Grand-Prieur,
les Officiers & les Senieurs de la Voute de Cluni, qui furent
ratifiés le 1 I. Octobre 163o. par François d'Escoubleaux de
Sourdis Archevêque de Bourdeaux , Grand-Vicaire du
Cardinal de § , confirmés par Lettres Patentes du

Roi Loüis XI l I. le premier Septembre 1631. & homolo- # OR

gués au Grand-Conseil le 31. Mars 1633.

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Le Cardinal de Richelieu donna le Grand Prieuré à Domo

Hubert Rollet avec des Lettres de Vicariat pour gouver-
ner l'étroite Observance , tant au spirituel qu'au temporel.
Il fit défense aux anciens d'exercer aucune jurisdiction sur
ceux qui embrasseroient la Réforme, de donner l'habit, ni
de recevoir à la profession aucun Religieux que dans les
Monasteres de l'étroite Observance , & ordonna que les an-
ciens Statuts de Cluni seroient observés par ceux qui feroient
à l'avenir profession de cette Réforme. Elle fut d'abord in-
troduite dans l'Abbaïe de Cluni , où elle avoit pris son ori-
ine. Elle passa ensuite dans d'autres Monasteres, qui aïant
# comme une Congregation , celebrerent leur premier
Chapitre General dans le Prieuré de la Charité-sur-Loire
l'an I633.
Le zele du Cardinal de Richelieu pour la Réforme alla
plus loin : car comme les Religieux Benedictins de la Con-
† de saint Maur avoient aussi tiré le commencement
de leur Réforme de la Congregation de saint Vannes , la
conformité des Statuts de ces Congregations, donna occa-
sion à ce Cardinal d'unir la Réforme de Cluni avec la Con-
gregation de saint Maur, & de n'en faire qu'une seule Con-
regation, sous le titre de Congregation de saint Benoît ,
autrefois de Cluni & de saint Maur. Il fit un Concordat le
29. Decembre 1634. avec Dom Pierre Lucas, Prieur Clau-
stral de l'Abbaïe de Cluni, & Visiteur de l'étroite Obser-
vance du même Ordre, aïant charge & pouvoir des Peres
de cette Congregation, & Dom Gregoire Tarisse, Superieur
General de la Congregation de saint Maur, assisté des Peres
Prieurs de saint Denis en France, de S. Germain des Prez,
& des Blancs-Manteaux à Paris, stipulans pour les Reli-
ieux de cette Congregation, par lequel Concordat l'Ab-
§ de Cluni, Chef d'Ordre, & de la Congregation de
Cluni, avec tous les Prieurés & toutes les autres dépendan-
ces, fut unie à la Congregation de saint Maur : en sorte
que les deux ne devoient faire à l'avenir qu'un Corps & une
Congregation appellée de saint Benoît en France, ancienne-
ment de Cluni & de saint Maur, en laquelle on garderoit la

Regle de saint Benoît, les Declarations faites sur cette Re

RrroRM, gle, le Regime & les Statuts, ainsi qu'il fut accordé entre # #o# les Religieux de ces deux Congregations.Après la mort du c Nr. Cardinal de Richelieu, l'Abbé devoit être Regulier, pris du Corps de la Congregation de S. Benoît & élu par les Chapitres Generaux, Les Abbés , Prieurs, Doïens, & autres pourvûs de quelques Offices ou Benefices , ne pouvoient avoir aucune autorité ni jurisdiction spirituelle pour le Reime & Gouvernement des Monasteres & des Religieux de # Congregation, si elle ne leur étoit expressément commise par les Chapitres, les Dietes, ou les Superieurs , selon les Constitutions de la Congregation ; & ceux n'étoient pas de la Congregation, ne devoient joüir que des droits & des prérogatives qui appartenoient à leur Mense & Dignité, sans pouvoir rien prétendre sur les Religieux de la Congregation , ni sur la Regularité des Monasteres où la Réforme seroit introduite. Le Cardinal de Richelieu demeuroit sa vie durant dans le droit de conferer les Benefices , dont la disposition lui appartenoit, & devoit joüir de tous les revenus, & autres droits temporels qui étoient de sa Mense Abbatiale. Les Officiers Claustraux dans les Monasteres Réformés demeuroient éteints & supprimés pour l'avenir , lorsqu'ils vacqueroient. Les Offices † quatre saints Abbés de Cluni, sçavoir saint Odon, saint Mayeul, saint Odillon, & saint Hugues, devoient être celebrés § tous les Monasteres de cette Congregation ; mais pour les autres Saints de Cluni,on n'en devoit † l'Office que dans l'Abbaïe & ses dépendances. Les Monasteres de Filles soûmis à l'Abbaïe de Cluni, devoient être réünis ensemble, en forme de Con† : en sorte que les Religieux de la Congregation de aint Benoît n'en devoient être chargés que pour leur donner un Visiteur Triennal , qui devoit être élu dans les Chapitres Generaux, sans que ce Visiteur pût être continué lus de trois ans. La Congregation de saint Benoît devoit joüir des Privileges, Exemptions, Immunités, & Prérogatives que le Pape Urbain VIII. & ses prédecesseurs avoient accordés tant à la Congregation de saint Maur qu'à l'Ordre de Cluni. Les Anciens de cet Ordre qui n'embrasseroient pas la Réforme, devoient demeurer dans leur ancien habit, sans pouvoir être contraints à une plus rigoureuse Observance que celle dont ils avoient fait profession, & ne de

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