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CLUNI.

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ORDRE DE consentement de son fils & de fa bru , aïant donné la Terre

de Breschiot à l'Abbaïe de saint Aubin d’Angers, lui & son Histoire de fils embrasserent en témoignage le Moine Wautier , qui reBretagne, cevoit la donation ; mais comme il n'étoit pas de la bienTom. II. p. séance que ce Vautier donnât le baiser de paix à une femme, il ordonna au Prevôt de l'Abbaïe de le donner

pour

lui à la femme du fils de Mainon. Le Pere Mabillon dans ses AnnaMabillon, Annal. Be les Benedictines , apporte deux exemples assez singuliers de medit. 1.57; ces sortes de donations, l'une faite par des souflets, l'autre 58. n. 84. en se coupant l'ongle jusqu'au sang; comme il paroît par les Actes de donations faites à l'Abbaie de Moissac

par

Ponce Comte de Toulouse, & par un nommé Honfroi, au Monastere de Préaux en Normandie. Car Ponce Comte de Toulouse , aïant donné une Terre l'an 1045. à l'Abbaïe de Moissac , changée présentement en une Collegiale de Chanoines seculiers , il fit cette donation en se coupant l'ongledu pouce jusqu'à la chair vive, & en fit sortir du sang , & Honfroi aiant aussi donné une terre l'an 1034. au Monastere de Préaux du consentement de Robert Comte de Normandie , ce Prince envoïa son fils Guillaume , qui étoit encore jeune , à ce Monastere, afin qu'il mît lui-même cette donation sur l'Autel , ce qu'il fit en présence de plusieurs personnes , du nombre desquelles étoient Roger & Robert Guillaume enfans de Honfroi , qui donna à Robert Guillaume un souflet. Richard de Lillebonne en reçuc un plus fort , & aïant demandé à Honfroi , pourquoi il lui avoit donné un fi grand souflet s il lui répondit , qu'étant plus jeune que lui & selon toutes les apparences devant vivre plus long-tems, il rendroit témoignage de cette action. Enfin Hugues fils du Comte de Valeran , reçut un troisiéme souflec. Le Pere Mabillon ajoûte que c'est le seul exemple qu'il ait trouvé de ces fortes de donations

par

souflets. Au sujet de ces donacions nous rapporterons une chose assez particuliere enoncée dans une fondation faite l'an 1426.

Prieuré de saint Martin des Champs à Paris (l'une des filles de Cluni ) par Philippes de Morvillier premier Président du Parlement de Paris , & par Jeanne du Drac sa femme , par laquelle ils obligent les Religieux de ce Couvent & leur Maire de donner tous les ans la veille de la Fête de faint Martin d'Hyver au matin, avant midi, au premier Pré

au

CLUNIA

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sident du Parlement de Paris , qui sera pour lors en Charge ORDRE DE
deux bonnets à oreilles l'un double , l'autre simple, en lui
disant : Monseigneur , Meffire Philippes de Morvillier,en son
vivant premier President au Parlement , fonda en l'Eglise com
Monastere de Monsieur Saint Martin des Champs à Parisune
Meffe perpetuelle, de certain autre Service Divin, á ordonna
pour memoire & conservation de ladite fondation , étre don-
de présenté chacun an à Monseigneur le premier Président
de Parlement, qui pour le tems fera , par le Maire desdits
Religieux á un d'iceux Religieux,ce don « présent lequel il
vous plaise prendre en gré. Le même Fondateur ordonna
aussi que l'on donneroit le même jour au premier Huislierdu
Parlement des gands & une écritoire, en disant: Sire , Mefire
Philippe de Morvillier,dec. ou bien vingt sols parisis pour les
bonnecs du premier Président,& douze sols parisis , pour les
gands , & pour l'écritoire du premier Huissier.

Pour revenir à faint Mayeul , dont nous nous sommes un peu écartés au sujet de ces donations, les Religieux de Lerins desirant embrasser les coûtumes de Cluni, prierent ce faint Abbé de prendre soin de leur Monastere; mais comme Lerins & Cluni étoient également follmis au faint Siege , faint Mayeul eur recours au Pape Benoît VI. qui lui accorda l'an 978. le Monastere de Lerins avec celui d'Arluë que faint Honorat avoit fondé pour des Religieuses. Dans le même tems Amblard Archevêque de Lyon, donna aux Religieux de Cluni , quelques terres qu'il avoit en Auvergne pour y bâtir un Prieuré en l'honneur de faint Pierre. Saint Mayeul fut fait encore Abbé de Marmoutier & réforma les Monasteres de saint Benigne de Dijon , de faint Maur des Fosfés & de faint Germain d'Auxerre , & étant mort à Savigni l'an 974. il y fur enterré.

Saint Odilon fucceda à faint Mayeul dans le gouvernement de l'Ordre , il avoit été élû Abbé de Cluni , peu de tems avant la mort de saint Mayeul. Les Religieux de Cluni qui fe trouverent à fon élection étoient au nombre de cent foixante & dix-sept. Il y eut aussi des Princes , des Evêques, des Abbés , des Seigneurs qui y furent présens , entre lefquels furent Raoul Roi de Bourgogne Îransjurane, Bur. chard Archevêque de Lyon, Hugues Evêque de Geneve, Henri de Lausanne, Hugues de Ñâcon, Vautier d’Aucun ,

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CLUNI.

Ordreds Teuton Abbé de saint Maur des Fossés & quelques autres.

C'est à ce Saint quel’Eglise est redevable de l'institution de la Commemoraison generale des morts. Le decret qui en fut fait à Cluni porte que comme dans toutes les Eglises on celebre la Fête de tous les Saints le premier jour de Novembre, de même on celebreroit folemnellement dans le Monastere la Commemoraison de tous les fideles Trépassés qui ont été depuis le commencement jusqu'à la fin , en cette maniere. Ce jour-là après le Chapitre, le Doïen & les Celleriers feront i'Aumône de pain & de vin à tous venans & l'Aumônier recevra tout le reste du dîné des Freres. Le même jour après Vêpres on fonnera toutesles cloches,&on chantera les Vêpres des morts,la Messe sera solemnelle, deux Freres chanteront le trait De profundis, & on nourrira douze pauvres. Ce decrec devoit s'observer tant à Cluni

que

dans tous les Monasteres de la dépendance. Cette pratique passa bien-tôt à d'autres Eglises & devint commune à toute l'Eglise Catholique.

Ce fut de son tems que Casimir fils de Miceslas Roi de Pologne aïant été exclu de la Couronne après la mort de son pere qui arriva en 1034. & se voïant contraint de sortir du Roïaume , vint en France, & après avoir fait ses études à Paris , fe recira à Cluni où il se fit Religieux & fut ordonné Diacre. Mais les Grands de Pologne voïant dans la suite , que les troubles qui furent excités en ce Roïaume , ne pouvoient s'appaiser qu'en rétablissant le Prince Casimir sur le Trône de son pere, le proclamerent Roi en 1041. & en- . voïerent des Ambassadeurs à Cluni,qui le saluerent en cette qualité, & le demanderent à saint Odillon. Mais sur le refus qu'en fit le saint Abbé, ils eurent recours au Pape Benoît IX. qui aïant égard aụx maux dont la Pologne écoit affligée, leur accorda ce Prince. Ainsi son væu de chasteré aïant été dissous, quoique Religieux & Diacre, il retourna en Pologne, où il fut reconnu Roi, & se maria , sans neanmoins

pour cela oublier sa profession Religieuse , dont le souvenir lui faisoit embrasser les exercices de la plus folide pieté, & lui donnoit de l'amour pour la beauté & l’ornement de la maison du Seigneur : c'est ce qui le porta à faire bâtir plusieurs Monasteres, où il mit des Religieux de Cluni. Mais afin

que
les Polonois n'oubliassent

pas

la avoient reçuë du souverain Pontife , ils furent contrains de

grace qu'ils

CLUNI.

païer tous les ans au saint Siege un écu, & de couper leurs ORDRE DE cheveux en forme de couronne. Ce fut l'an 1041. que Casimir prit le Gouvernement du Roïaume , qu'il laissa en mourant l'an 1058. á Boleslas II. son fils. La Chronique de Cluni, qui est peu exacte, raconte à

peu près ce fait de la même maniere ; mais elle confond les noms, en disant

que ce fut Boleslas, fils de Brasimire, qui se fit Religieux à Cluni, d'où il fut tiré pour monter sur le Trône de Pologne,& que cela arriva sous l'Abbé Hugues 1 I. qui fut élu l'an u 22. & sous le Pontificat de Benoît VIII. ce qui est une autre erreur , puisque ce Pape étoit mort dès l'an 1024.

Saint Odillon après avoir gouverné l'Ordre pendant cinquante-six ans , comme il se disposoit à la visite de ses Monasteres , aïant commencé

par

celui de Souvigni , il y mourut l'an 1049. & у fut enterré, aussi bien

que

saint Mayeul, dont il avoit imité l'humilité en refusant l’Episcopat: car saint Mayeul avoit refusé l'Archevêché de Besançon, & même la Papauté, qui lui futofferte par l'Empereur Othon, & saint Odillon refusa aussi l'Archevêché de Lyon. Le Pape Jean XIX. lui avoit même envoïé le Pallium , & l'anneau, qui demeurerent å Cluni. Il réforma le Monastere de saint Denis en France, & eut le Gouvernement de ceux de saint Jean d'Angeli,de saint Flour, & de Thiern. Ceux de Talui & de saint Victor de Geneve, furent soûmis de son tems à l'Ordre de Cluni, dont le Monastere de Farfe en Italie, embralla ausli les Coûtumes & les Observances.

Saint Hugues succeda à saint Odillon. Il n'avoit que quinze ans lorsqu'il prit l'habit à Cluni: quelques années après saint Odilson voïant fon merite extraordinaire , le fit Prieur ; & tout jeune qu'il étoit , il l'envoïa en Allemagne, pour reconcilier avec l'Empereur Henri, les Religieux de Poyerne , qui avoient encouru la disgrace de ce Prince. Il trouva à son retour à Cluni les Religieux dans l'affliction, à cause de la mort de leur Abbé; & lorsqu'on fue assemblé pour lui donner un successeur, Adalman, le plus ancien de la Communauté, nomma Hugues. Tous suivirent son avis; malgré la resistance il fut élu , n'étant âgé que de vingt-cinq

& fut soixante ans Abbé de Cluni. L'Ordre augmenta beaucoup sous son Gouvernement. A peine en eut-il pris possession, qu'un particulier aïant fait bâtir le Monastere de

ans,

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CADRE DE Moyras, pour lors du le Diocese d’Agen , & maintenant de

celui de Condom , le donna à saint Hugues , pour y établir
l'Observance de Cluni.

Ce saint Abbé maintint avec beaucoup de vigueur les
Privileges de son Abbaïe,contre Drogon ou Dreux Evêque
deMâcon,quiy avoit voulu donner quelque atteinte. Hugues
en porta fes plaintes au Pape Alexandre I I.qui pour pacifier
leur differend , envoïa Legat en France le Cardinal Pierre
Damien, qui fit assembler le Concile de Châlons l'an 1063.
dans lequel on lut le Privilege accordé à cette Abbaïe par
Guillaume Duc d'Aquitaine. Les Evêques qui assistoient
au Concile, aïant reconnu que ce Privilege étoit bon, l’E-
vêque de Mâcon fut obligé de s'y soûmettre, avoüant qu'il
n'en avoit eu aucune connoissance ; le Concile lui imposa
un jeûne de fept jours au pain & à l'eau , & confirma les
Privileges de Cluni, qui furent aussi confirmés par le Pape.
Le Cardinal Pierre Damien aïant demeuré quelque tems à
Cluni, & n'étant pas édifié des richesses de ce Monastere,
& des differens mets que l'on servoit à table aux Religieux, :
exhorta l’Abbé Hugues de retrancher au moins deux fois la
femaine la graisse qu'ils mettoient dans les mets ; mais ce
faint Abbé Païant aussi prié de vouloir seulement pendant
huit jours supporter avec eux tout le poids du travail, &
qu'il jugeroit après cela s'il étoit necessaire de retrancher
quelque chose de la nourriture , Pierre Damien avoüa qu'il
lui étoit imposfible de faire cette épreuve, & qu'il ne falloit
point augmenter un si rude travail par une nouvelle auste-
Tité.

Ce fut saint Hugues qui fit bâtir l'an ro56. le Prieuré de
la Charité-sur-Loire,qui est devenu fi fameux dans la suite,
& qui tient un des premiers rangs entre les Monasteres de la
dépendance de Cluni, auffi-bien que celui de saint Martier
des Champs à Paris, qui appartenoit anciennement à des
Chanoines Seculiers, ausquels Philippe I. Roi de France
l'ôta, pour le cionner aux Religieux de Cluni l'an 1078. Saint
Hugues fit auffi bâtir l'an 1061. le Monastere de Marcigni ,
pour des filles, ausquelles il prescrivit des Reglemens pleins
de sagesse, & leur donna un Religieux pour les diriger. Elles
gardoient une clôture si exacte, que dans un embrasement
qui arriva dans leur Monastere, Hugues Archevêque de

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