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247.

Mabillon,

ORDRE DE consentement de son fils & de sa bru, aïant donné la Terre CLUNI.

de Breschiot à l'Abbaïe de saint Aubin d'Angers , lui & son Lobincau, Histoire de

fils embrasserent en témoignage le Moine Wautier , qui reBretagne, cevoit la donation ; mais comme il n'étoit pas de la bienTom. I. p. séance que ce Wautier donnát le baiser de paix à une femme, il ordonna au Prevôt de l'Abbaïe de le donner

pour

lui à la femme du fils de Mainon. Le Pere Mabillon dans ses AnnaAnnal. Be les Benedictines, apporte deux exemples assez singuliers de *: 135.67: ces fortes de donations, l'une faite par des souflets, l'autre 58. n. 84. en se coupant l'ongle jusqu'au sang; comme il paroît par les Actes de donations faites à l'Abbaïe de Moissac

par

Ponce , Comte de Toulouse, & par un nommé Honfroi, au Monastere de Préaux en Normandie. Car Ponce Comte de Toulouse , aïant donné une Terre l'an 1045. à l'Abbaïe de Moissac , changée présentement en une Collegiale de Chanoines seculiers , il fit cette donation en se coupant l'ongledu pouce jusqu'à la chair vive, & en fit sortir du fang , & Honfroi aïant aussi donné une terre l'an 1034. au Monastere de Préaux du consentement de Robert Comte de Normandie , ce Prince envoïa son fils Guillaume , qui étoit encore jeune , à ce Monastere, afin qu'il mît lui-même cette donation sur l'Autel , ce qu'il fit en présence de plusieurs personnes , du nombre desquelles étoient Roger & Robert Guillaume enfans de Honfroi , qui donna à Robert Guillaume un soufler. Richard de Lillebonne en reçut un plus fort , & aïant demandé à Honfroi , pourquoi il lui avoit donné un fi grand souflet s il lui répondit , qu'étant plus jeune que lui & selon toutes les apparences devant vivre plus long-tems, il rendroit témoignage de cette adion. Enfin Hugues fils du Comte de Valeran , reçut un troisiéme soufler. Le Pere Mabillon ajoûte que c'est le seul exemple qu'il ait trouvé de ces fortes de donations par fouflets.

Au sujet de ces donations nous rapporterons une chose assez particuliere enoncée dans une fondation faire l'an 1426. au Prieuré de saint Martin des Champs à Paris (l'une des filles de Cluni ) par Philippes de Morvillier premier Président du Parlement de Paris , & par Jeanne du Drac sa femme , par laquelle ils obligent les Religieux de ce Couvent & leur Maire de donner tous les ans la veille de la Fête de faint Martin d'Hyver au matin, ayant midi, au premier Pré

CLUNIA

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fident du Parlement de Paris , qui sera pour lors en Charge ORDRE DE
deux bonnets à oreilles l'un double , l'autre simple, en lui
disant : Monseigneur , Meffire Philippes de Morvillier,en son
vivant premier Président au Parlement, fonda en l'Eglise de
Monastere de Monsieur saint Martin des Champs à Parisune
Meffe perpetuelle, de certain autre Service Divin , & ordonna
pour memoire & conservation de ladite fondation , étre don-
do présenté chacun an à Monseigneur le premier Président
de Parlement, qui pour le tems fera , par le Maire desdits
Religieux & un d'iceux Religieux,ce don á présent lequel il
vous plaife prendre en gré. Le même Fondateur ordonna
ausli que l'on donneroit le même jour au premier Huislierdu
Parlement des gands & une écritoire, en disant: Sire , Meffire
Philippe de Morvillier,&c. ou bien vingt sols parisis pour les
bonnecs du premier Président,& douze sols parisis , pour les
gands , & pour l'écritoire du premier Huislier.

Pour revenir à faint Mayeul , dont nous nous sommes un peu écartés au sujet de ces donations, les Religieux de Lerins desirant embrasser les coûtumes de Cluni, prierent ce faint Abbé de prendre soin de leur Monastere; mais comme Lerins & Cluni étoient également foůmis au fainc Siége, saint Mayeul eut recours au Pape Benoît VI. qui lui accorda l'an 978. le Monastere de Lerins avec celui d'Arluë que faint Honorat avoit fondé pour des Religieuses. Dans le même tems Amblard Archevêque de Lyon, donna aux Religieux de Cluni , quelques terres qu'il avoit en Auvergne pour y bâtir un Prieuré en l'honneur de fainé Pierre. Saint Mayeul fut fait encore Abbé de Marmoutier & réforma les Monasteres de saint Benigne de Dijon , de faint Maur des Fofsés & de faint Germain d'Auxerre , & étant mort à Savigni l'an 974. il y fut enterré.

Saint Odilon succeda à saint Mayeul dans le gouvernement de l'Ordre, il avoit été élû Abbé de Cluni , peu de tems avant la mort de saint Mayeul. Les Religieux de Cluni qui fe trouverent à fon élection étoient au nombre de cent foixante & dix-sept. Il y eut aussi des Princes , des Evêques, des Abbés , des Seigneurs qui y furent présens , entre lefquels furent Raoul Roi de Bourgogne Îransjurane, Bur. chard Archevêque de Lyon, Hugues Evêque de Geneve, Herri de Lausanne, Hugues de Nâcon,Vautier d’Aucun ,

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CLUNI.

ORDRE DE Teuton Abbé de saint Maur des Fossés & quelques autres.

C'est à ce Saint que l'Eglise est redevable de l'institution de la Commemoraison generale des morts. Le decret qui en fut fait à Cluni porte que comme dans toutes les Eglises on celebre la Fête de tous les Saints le premier jour de Novembre, de même on celebreroit folemnellement dans le Monastere la Çommemoraison de tous les fideles Trépassés qui ont été depuis le commencement jusqu'à la fin , en cette maniere. Ce jour-là après le Chapitre , le Doïen & les Celleriers feront l'Aumône de pain & de vin à tous venans & l'Aumônier recevra tout le reste du dîné des Freres. Le même jour après Vêpres on sonnera toutes les cloches,&on chantera les Vêpres des morts,la Messe sera folemnelle,deux Freres chanteront le trait De profundis , & on nourrira douze pauvres. Ce decret devoit s'observer tant à Cluni que dans tous les Monasteres de la dépendance. Cette pratique passa bien-tôt à d'autres Eglises & devint commune à toute l'Eglise Catholique.

Ce fut de son tems que Cafimir fils de Miceslas Roi de Pologne aïant été exclu de la Couronne après la mort de son pere qui arriva en 1034. & se voïant contraint de sortir du Roïaume , vint en France, & après avoir fait ses études à Paris , fe recira à Cluni où il se fit Religieux & fut ordonné Diacre. Mais les Grands de Pologne voïant dans la suite , que les troubles qui furent excités en ce Roïaume , ne pouvoient s'appaiser qu'en rétablissant le Prince Casimir sur le Trône de son pere, le proclamerent Roi en 1041. & envoïerent des Ambassadeurs à Cluni,qui le saluerent en cette qualité, & le demanderent à saint Odillon. Mais sur le refus qu'en fit le saint Abbé, ils eurent recours au Pape Benoît IX. qui aïant égard aụx maux dont la Pologne écoic affligée, leur accorda ce Prince. Ainsi son veu de chasteté aïant été dissous, quoique Religieux & Diacre, il retourna en Pologne, où il fut reconnu Roi, & se maria , sans neanmoins pour cela oublier sa profession Religieuse , dont le souvenir lui faisoit embrasser les exercices de la plus folide piecé, & lui donnoit de l'amour pour la beauté & l'ornement de la maison du Seigneur : c'est ce qui le porta à faire bâtir plusieurs Monasteres, où il mit des Religieux de Cluni. Mais afin que les Polonois n'oubliassent

pas

la avoient reçuë du souverain Pontife , ils furent contrains de

grace qu'ils

CLUNI.

païer tous les ans au faint Siege un écu, & de couper leurs ORDREDE cheveux en forme de couronne. Ce fut l'an 1041. que Casimir prit le Gouvernement du Roïaume , qu'il lailla en mourant l'an 1058. á Boleslas II. son fils. La Chronique de Cluni, qui est peu exacte, raconte à peu près ce fait de la même maniere ; mais elle confond les noms, en disant que ce fut Boleslas, fils de Brasimire, qui se fit Religieux à Cluni, d'où il fut tiré pour monter sur le Trône de Pologne,& que cela arriva sous l'Abbé Hugues II. qui fut élu l'an 1122. & sous le Pontificat de Benoît VIII. ce qui est une autre erreur , puisque ce Pape étoit mort dès l'an 1024.

Saint Odillon après avoir gouverné l'Ordre pendant cinquante-six ans , comme il se disposoit à la visite de ses Monasteres , aïant commencé

par

celui de Souvigni , il y mourut l'an 1049. & y fur enterré, aussi-bien que saint Mayeul

, dont il avoit imité l'humilité en refusant l’Episcopat: car faint Mayeul avoit refusé l'Archevêché de Besançon, & même la Dapauté, qui lui futofferte par l'Empereur Othon, & saint Odillon refusa aussi l'Archevêché de Lyon. Le Pape Jean XIX. lui avoit même envoïé le Pallium , & l'anneau, qui demeurerent å Cluni. Il réforma le Monastere de saint Denis en France, & eut le Gouvernement de ceux de saint Jean d'Angeli,de saint Flour,& de Thiern. Ceux de Talui & de saint Victor de Geneve, furent soûmis de son tems à l'Ordre de Cluni, dont le Monastere de Farfe en Italie, embrassa aulli les Coûtumes & les Observances.

Saint Hugues succeda à saint Odillon. Il n'avoit que quinze ans lorsqu'il prit l'habit à Cluni: quelques années après saint Odilson voïant son merite extraordinaire , le fit Prieur ; & tout jeune qu'il étoit , il l'envoïa en Allemagne, pour reconcilier avec l'Empereur Henri, les Religieux de Poyerne, qui avoient encouru la disgrace de ce Prince. Il trouva à son retour à Cluni les Religieux dans l'affliction, à cause de la mort de leur Abbé ; & lorsqu'on fue assemblé pour lui donner un successeur , Adalman, le plus ancien de la Communauté, nomma Hugues. Tous suivirent son avis; malgré la resistance il fut élu , n'étant âgé que de vingt-cinq ans, & fut soixante ans Abbé de Cluni. L'Ordre augmenta beaucoup sous son Gouvernement. A peine en eut-il pris possession, qu'un particulier aïant fait bâtir le Monastere de

.

ORDRE DE Moyras, pour lors du le Diocese d’Agen , & maintenant de

celui de Condom , le donna à faint Hugues , pour y établir l'Observance de Cluni.

Ce saint Abbé maintint avec beaucoup de vigueur les Privileges de son Abbaïe,contre Drogon ou Dreax Evêque deMâcon,qui y avoit voulu donner quelque atteinte.Hugues en porta fes plaintes au Pape Alexandre II.qui pour pacifier leur differend , envoïa Legat en France le Cardinal Pierre Damien, qui fit assembler le Concile de Châlons l'an 1063. dans lequel on lut le Privilege accordé à cette Abbaïe par Guillaume Duc d'Aquitaine. Les Evêques qui assistoient au Concile, aïant reconnu que ce Privilege étoit bon , l’Evêque de Mâcon fut obligé de s'y soûmettre, avoüant qu'il n'en avoit eu aucune connoissance ; le Concile lui imposa un jeûne de fept jours au pain & à l'eau , & confirma les Privileges de Cluni, qui furent aussi confirmés par le Pape. Le Cardinal Pierre Damien aïant demeuré quelque tems à Cluni, & n'étant pas édifié des richesses de ce Monastere, & des differens mecs que l'on servoit à table aux Religieux, exhorta l’Abbé Hugues de retrancher au moins deux fois la femaine la graisse qu'ils mettoient dans les mets ; mais ce faint Abbé Païant aussi prié de vouloir seulement pendant huit jours supporter avec eux tout le poids du travail, & qu'il jugeroit après cela s'il étoit necessaire de retrancher quelque chose de la nourriture , Pierre Damien avoca qu'il lui étoit impossible de faire cette épreuve, & qu'il ne falloit point augmenter un si rude travail par une nouvelle austeTicé.

Ce fut saint Hugues qui fic bâtir l'an 1056. le Prieuré de la Charité-sur-Loire, qui est devenu fi fameux dans la suite, & qui tient un des premiers rangs entre les Monasteres de la dépendance de Cluni , aussi-bien que celui de saint Martir des Champs à Paris , qui appartenoit anciennement à des Chanoines Seculiers, ausquels Philippe I. Roi de France l'ôta,pour le donner aux Religieux de Cluni l'an 1078. Saint Hugues fit aussi bâtir l'an 1061. le Monastere de Marcigni, pour des filles, ausquelles il prescrivit des Reglemens pleins de sagelle, & leur donna un Religieux pour les diriger. Elles gardoient une clôture fi exacte , que dans un embrasement qui arriva dans leur Monastere, Hugues Archevêque de

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