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T. V. P. 191

Ancien Oblat de l'ordre

26

de S! Benoit

CLUNI.

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du Trésor de l'Eglise , un Cellerier , un Maître des Hôtes , ORDRE DE un Aumônier , & un Infirmier. Ainsi l'exade discipline que l'on observoit à Cluni , le grand nombre des Religieux qui y étoient, la pieté & la devotion dont on étoit penetré en entrant dans ce faint Monastere , le rendirent très celebre. Sa réputation se répandit de toutes parts. La France, l'Alemagne , l'Angleterre, l'Espagne , l'Italie , voulurent avoir de ces Religieux , ausquels on bâtit de nouveaux Monasteres , ou qu'on établit dans les anciens , où l'Observance Reguliere n'étoit plus en vigueur. Ils passerent même en Orient , & il n'y eut presque point de lieu en Europe, où cet Ordre ne fût connu.

Les principaux Monasteres qui furent réformés où fondés de nouveau par saint Odon , & où il fit observer la même Discipline qu'à Cluni, furent ceux de Tulles,dans le Limosin, Adrillac dans l'Auvergne, Bourg-Dieu & Massay en Berri, Fleury ou saint Benoît-sur-Loire, dans l’Orleannois , faint Pierre-le-Vif à Sens , saint Allire de Clermont saint Julien de Tours , Sarlat dans le Perigord , à present Evêché, & Roman-Moutier, dans le païs de Vaux. Dans les differens voïages que ce saint Abbě fit en Italie par ordre des Papes Leon VII. & Etienne VIII.

pour

reconcilier ensemble Hugue Roi d'Italie, & Alberic, Prince de Rome, qui se faisoient la guerre ; il reforma aufli les Monasteres de saint Paul hors des murs de Rome, faint Augustin de Pavie, & quelques autres ; & au retour de són quatriéme voïage,il mourut à Tours le 10. Novembre 942.

. Avant que de partir pour ce dernier voïage, il avoit nom:

lon Coadjuteur dans le Gouvernement de Cluni , Aymard,qui étoit déja fort âgé. Ce fut du tems-de cet Abbé que vers l'an 248. une personne Noble , avec sa femme nommée Dode, du consentement de leurs enfans, renoncerent au siécle , & se donnerenc à l'Abbaïe de Cluni , avec tous les biens qui leur appartenoient dans les villages de Macere & de Norond sur la Garone. Le Pere Mabillon croit que ce fut là l'origine des Donnés ou oblats,qu'il y a eu dans la suite dans plusieurs Monasteres de l'Ordre de saint Benoît. Ces Donnés ou Oblats prenant l'habit Religieux, different neanmoins de celui que portoient les Moines , s'offroient à Dieu avec leurs biens, & fe donnoient entierement

mé pour

CLUNI.

Ordre de à un Monastere , jusques-là qu'ils y entroient en servitude ,

eux & leurs enfans. Ils se mettoient autour du cou , pour marque de l'offrande qu'ils faisoient d'eux-mêmes & de leurs biens au Seigneur, les cordes des cloches de l'Eglise, & quelques deniers sur la tête. D'autres prenoient les deniers de dessus leur tête, & les mettoient sur l'Autel : & une femme de qualité nommée Gyse , après la mort de son mari, s'étant ausli donnée en servitude l'an 1022. au Monastere de saint Mihel , elle & ses descendans , laissa

pour marque de son offrande à Dieu, un denier percé, & le bandeau de la tête. Il y avoit aussi de ces Donnés ou Oblats dans les autres Ordres , comme nous l'avons fait remarquer en parlant du Tiers-Ordre des Servites ; mais il ne faut

pas confondre ces Oblats avec ceux que les Abbaïes & les Monasteres de fondation Rorale en France étoient obligés de recevoir & de nourrir , lesquels étoient presentés par le Roi. On appelloit ces sortes d'Oblats des Moines Lays , & les Religieux étoient obligés de leur donner une portion Monachale , à la charge qu'ils sonneroient les cloches, & qu'ils balaïeroient l'Eglise & le Chour. Ces places étoient destinées à des Soldats eltropiés ou Invalides. On les a ensuite convertis en argent : & depuis ces Oblats & leurs pensions ont été transferés à l'Hôteldes Invalides à Paris,que le Roi Louis XIV. commença à faire bâtir l'an 1671. deux ans après la fondation qu'il en fit en 1669.

Aymard étant déja fort âgé quand il fut fait Abbé de Cluni , ne put pas long-tems supporter les farigues de la Charge. Ses infirmités augmentant de jour en jour, & aïant même perdu la vûë , il choisit saint Mayeül pour son Coadjuteur, du consentement de fes Religieux,& il en fit dresser des Lettres, dans lesquelles il declare qu'il lui avoit donné le Gouvernement du Monastere de Cluni , & des autres Abbaïes & Prieurés qui en dépendoient. Ces Lettres , qui ne sont point datées, sont signées entr'autres de cent trente Religieux, qui s'étoient rendus à Cluni de divers autres Monasteres de fa dépendance : mais le premier Acte où il est parlé de saint Mayeül en qualité d'Abbé, étant de l'an 949. fait connoître qu'il pouvoit avoir été fait Coadjuteur dès la fin de l'an 948. Aymard vêcut jusqu'en l'année 965.

Berthe, veuve de Rodolphe ou Raoul,Roi de Bourgogne,

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aiant

CLUNI

aïant fondé l'an 962. le Monaftere de Payerne , dans le Dio- ORDRE DE cese de Lausanne en Suisse,entre Fribourg & Everdun , en donna la conduite à saint Mayeul , qui fut en si grande estime auprès de l'Empereur Ochon le Grand , qu'il lui vouloit soûmettre tous les Monasteres qui étoient sur les Terres de l’Empire, tant en Allemagne qu'en Italie,afin d'y établir une plus exacte observance. Če Prince le fit venir en Italie,où il reforma le Monastere de Classe proche Ravenne. Sigefroi, Evêque de Parme , se servit aussi de saint Mayeul pour rétablir la Discipline Reguliere dans le Monastere de saint Jean l'Evangeliste. Il en fit autant dans celui de saint Pierre au Ciel d'Or à Pavie, à present de l'Ordre de saint Augustin , & à la priere de l'Imperatrice Adelaïde,qui fit bâtir ou plûtôt rétablir le Monastere de saint Sauveur dans un des fauxbourgs de la même ville, il ordonna les bâtimens , & en elit la conduite. Ce Monastere étant achevé, il y mit pour Abbé Hildebade , Religieux de son Ordre. L'Imperatrice afligna pour la fondation de ce Monastere, trente-lix Métairies en Italie, le Monastere de saint Anastase, le Prieuré de saint Nazare de Novare, avec l'Eglise de saint Benoît dans la même ville, le Monastere de Nôtre-Dame à Pompose, & tout ce qui étoit à Comacle; & pour affermir cette donation, cette Princesse donna un coûteau. Il est à remarquer que c'étoit anciennement l'usage de marquer ainsi chaque dispofition stable par quelque Acte exterieur. L'on se fervoit de differentes manieres pour mettre en possession les Donataires: Le plus souvent on donnoit un gand, un coûteau , le manche d'un coûteau, un bâton , un brin d'herbe, une branche d'arbre , un morceau de bois , un livre , ou quelqu'autre chose. Quelquefois on rompoit ou l'on plioit son coûteau , ou celui d'un autre. On apportoit de la terre du lieu même que l'on donnoit, & que l'on pendoit dans l'Eglise devant l'Autel, nouée dans un linge. La donation se faisoit aussi par le coucher des cloches, ou par les cordes des cloches,par une declaration publique prononcée à haute voix, par la cour roïe dont le Donateur étoit ceint, ou par le baiser de paix; ceremonie qui paroît avoir été essentielle, & dont les Religieux s'acquittoient par des Seculiers, lorsque la bienféance ne leur permettoit pas de s'en acquitter envers des personnes. d'un autre sexe. C'est pourquoi un nommé Mainon, dui Tome

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