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Conore l'Abbé d'un principal Monastere , auquel d'autres Abbaïes
SATION DE & Prieurés étoient sollmis ; & ceux des Maisons particulie-

res n'étoient que pour y entretenir la regularité & devoient
se tenir tous les jours. Ainsi les Chapitres generaux renus
dans une Abbaïe particuliere, de laquelle dépendoient plu-
sieurs Monasteres , ne constituoient pas pour

cela un Ordre particulier , qui fût une branche de celui de saint Benoît , tel

que ceux de Cluni, de Cîteaux, de Camaldulles, de Vallombreuse,& les autres dont nous parlerons dans la suite: au contraire, ces Maisons n'étoient regardées que comme composant tout l'Ordre de saint Benoît , compris sous le nom d'Ordre des Moines Noirs.

Ce n'est pas que la plûpart de ces Monasteres , quoique follmis à la regle de saint Benoît , & composant tout l'Ordre des Moines Noirs , n'eussent des usages & des pratiques differentes les uns des autres, de même que les differentes Congregations de l'Ordre des Freres Prêcheurs ou de saint Dominique , qui quoiqu'également assujetties à la regle de faint Augustin , & obligées d'aslister aux Chapitres generaux de leur Ordre ; ne laissent pas d'avoir entr’elles des , nsages & des pratiques differentes les unes des autres , & forment neanmoins toutes ensemble l'Ordre de faint Dominique. Il en est de même des differentes Congregations de POrdre des Ermites de saint Augustin , & de plusieurs autres Ordres particuliers.

Pendant que ces Chapitres Provinciaux de l'Ordre de faint Benoît, ordonnés par le Pape Benoît XII. se sont. exactement assemblés, l'Observance Reguliere s'est maintenuë dans les Monasteres ; mais ceux qui se dispenserent: d'y assister, tomberent insensiblement dans le relâchement , & l'Abbaïe de S. Claude fut apparemment de ce nombre. Dès l'an 1271. le Chapitre de Lyon, composé peu d'années. auparavant de soixante & quatorze Chanoines, dont l'un étoit fils d’Empereur, neuf fils de Rois, quatorze fils de Ducs , trente fils de Comtes , & vingt fils de Barons , avoit accordé à l'Abbé de saint Claude & à fes successeurs, le droit de Chanoines Honoraires de leur Eglise ; ce qui fait croire que cette Abbaïe ne recevoit déja que des personnes de la premiere Noblesse : c'est aussi , selon les apparences, ce qui contribua davantage au relâchement. Car bien loin que

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.

GATION DE
S. CLAUDE

les Religieux de saint Claude imitassent Carloman , Duc & CONGRE-Prince des François , & Rachis Roi des Lombards, qui en se faisant Religieux au Mont-Cassin, s'emploïoient aux plus vils ministeres, & même à cultiver la terre & la vigne, & tant d'autres Rois & Princes qui se sont faits plus d'honneur de l'habit Monachal, que de leurs Sceptres & de leurs Cou. ronnes : bien loin aussi de suivre l'exemple de Simon, Comte de Valois & de Mante , Seigneur de Vitri & de Bar-surAube , qui peu de tems après qu'il eut pris l'habit à saint Claude , demanda permislion à Ï'Abbé Odon de se retirer dans une solitude , où il ne vivoit que du travail de ses mains ; plusieurs au contraire crurent que ce seroit faire tort à leur noblesse, s'ils en abandonnoient les exercices. Plus occupés de la chasse que de l'Observance de leur Regle, ils entretenoient dans l'enceinte du Monastere nombre de chevaux , de chiens & d'oiseaux. Ils ne gardoient ni clôture ni stabilité ; ils prenoient des habits seculiers , les jours mêmes des Fêtes de saint Claude, lorsque le concours du peuple étoit plus grand en ce lieu ; & rebelles à leurs Superieurs, ils renoncerent à l'obéissance qu'ils leur devoient : ce qui fit que Philippe le Bon Duc de Bourgogne, informé de ces désordres, en donna avis au Pape Nicolas V. qui , pour y remedier, nomma l'an 1447. les Abbés d'Autun, de saint Benigne de Dijon , & de Beaume,pour visiter cette Abbaïe. Ces Commissaires crurent par l'état où ils trouverent ce Monastere , &

par les transgressions que commettoient les Religieux contre la Regle qu'ils avoient voüée , qu'il étoit necessaire de leur donner de nouveaux Statuts , qui furent publiés l'année suivante, lesquels portent entr’autres choses, que l'on tiendroit tous les ans au Dimanche Cantate ; c'està-dire, le quarriéme après Pâques , un Chapitre General selon la forme contenuë dans la Bulle du Pape Benoît XII. auquel assisteroient tous les Prieurs des Maisons dépendantes de cette Abbaïe ; que le nombre des Religieux seroit de trente-six ; qu'ils dormiroient tous dans un Dortoir commun , excepté les Officiers du Monastere , & ceux qui avoient la garde du Corps de saint Claude, qui , à raison de leurs Offices , pouvoient dormir dans leurs chambres, & les malades dans l'infirmerie ; qu'ils mangeroient aussi ensemble dans le Refectoire , qu'ils ne pourroient sortir

.

CONGRE hors le Monastere avec des armes offensives, ni avoir des SATION DE chiens,& des oiseaux de chasse; que le silence seroit exacte

ment gardé dans l'Eglise , le Cloître, le Refectoire, & le Dortoir ; que personne ne pourroit sortir hors le Monastere sans la permillion de l'Abbé ou du Prieur ; qu'il ne leur seroit pas permis d'aller seuls dans le bourg de saint Claude; & qu'enfin ils ne pourroient pas quitter leurs habits Mlonastiques, c'est-à-dire,leurs coules ou cucules,ausquels étoient attachés des capuces , & fe revêtir d'habits seculiers , comme plusieurs avoient accoûtumé de faire , pour courir armés de jour & de nuit dans le bourg sans permission.

On trouve ensuite de ces Reglemens l'état des revenus & des Charges de l'Abbé & des Officiers de ce Monastere, comme du Sacristain de l'Eglise de saint Pierre , du Chantre , du Chambellan, du Réfectorier , du Camerier , de l'Aumônier, du Pitencier , du grand Cellerier & de l'Infirmier. Le Sacristain étoit obligé de fournir des cierges à tous les Offices du chæur tant de jour que de nuit dans les deux Eglises de saint Pierre & de saint Claude , la coûtume étant pour lors de dire Marines à minuit. Il devoit encore fournir les cordes des cloches & donner à chaque Religieux le jour de saint Jean devant la Porte Latine deux pots de vin & sepe

ufs,au cas que l'on ne mangeât point de viande ce jour-là; & fi on en mangeoit, il devoir donner les œufs au Pítencier. Le Chantre devoit entonner les Pfeaumes, l'Invitatoire de Matines , & les Répons des autres Heures, excepté les Fêtes de deux Leçons. Il devoit aussi écrire sur une table dans le Cloître, l'ordre

que

l'on devoit observer dans l'Office Divin & fournir les Antiphonaires , les Graduels & quelques autres Livres à l'usage du chour. Le Chambellan devoit faire les affaires de l'Abbé, fournir d'essuys-mains ou serviettes pour le lavement des pieds du Jeudi Saint , & servir les foie xante pauvres à qui on les devoit laver. Il étoit encore obligé de fournir de la paille pour les lits, des Novices & des jeunes Religieux. Le Réfectorier devoit fournir les napes & les serviettes du réfectoire , & les faire blanchir. Le Camerier devoit donner le vestiaire à trente fix Religieux, sçavoir une certaine quantité de drap , ou deux florins en argent , avec une coule ou cuculle; & des souliers , excepté à l'Aumônier & au Prieur de Ponçin ; mais il devoit donner deux

paires

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paires de louliers par an , au Prieur de Couture. L'Aumô- Congelnier étoit obligé à l'entretien & aux réparations de quelques lieux réguliers de l'Abbaie, de donner tous les jours du pain aux pauvres à la porte; de recevoir & loger les pauvres Pelerins de l'un & de l'autre sexe, pendant une nuit. S'ils tomboient malades , il devoit les faire médicamenter , & entretenir un Convers & une Converse pour les servir , y aïant un logis separé pour les hommes & les femmes , qu'il devoit pourvoir de lits, delinceuls, de couvertures, de napes , & de Terviettes. Entre les charges ausquelles le Pitancier étoit tenu , qui confistoient dans la distribution de viande , de pain, de vin, de pois, de ris , & autres denrées à certains jours , il étoit obligé de donner à chaque Religieux le jour de Pâques un poiston nommé Hombre , qui se pêche dans le lac de Geneve. D'où l'on peut conjecturer , qu'avant que l'usage de la viande eût été introduit dans cette Abbaïe, elle n'avoit

pas

voulu se servir de la permission que le Concile d'Aix-la-Chapelle tenu l'an 817. avoit accordée aux Relin gieux de saint Benoît,de manger aux Fêtes de Noël & de Pâques de la volaille pendant quatre jours , le Concile aïant laissé la liberté aux Abbés & aux Religieux de s'en abstenir s'ils vouloient. Ce qui se prouve encore par un droit qui appartenoit au Refectorier, de recevoir le jour de Noël, outre la prébende qui se distributoit à tous les Religieux, une autre grande prébende de pain , de vin & de poiffons : & comme ces distribucions étoient établies avant que l'usage de la viande ellc été introduit , il y a bien de l'apparence qu'elles sublistoient encore après ; puisque les Officiers en étoient chargés sur leurs revenus , & que peut-être elles se païoient en argent. L'on voit aussi par les charges ausquelles le Pitancier étoit tenu que les Novices & les jeunes Religieux ne mangeoient que dans des écuelles de bois au Refectoire; puis qu'il étoit encore obligé de les fournir. Le grand Cellerier comme Juge ordinaire du Bourg, de saint Claude & de la Cellererie, étoit obligé d'exercer la justice par lui ou par un Lieutenant,& de faire tenir à ses dépens les Aflises des villa, ges de la dépendance de la Cellererie. Il fournissoit encore les linges & les serviettes pour le lavement des pieds du Jeudi-Saint. Les charges de l'office d'Infirmier ne fonc point marquées dans ces Statuts, cet Officier n'en aïantpoint Tome V.

Z

1

pour

CONGRE encore donné l'état aux Commissaires du Pape , lorsque ces S, CLAUDE. Statuts & ces Reglemens furent dressés, parce qu'il s'étoic

revolté contre les Commislaires qui prononcerent une Sentence contre lui. Tous ces Offices étoient amovibles & ne furent rendus perpetuels que par le Pape Calixte III. qui déclara qu'on ne pouvoit déftituer sans de bonnes raisons ceux qui en étoient pourvûs. Celui de Sacristain fut supprimé, & l'an 1628. le Pape Urbain VIII. supprima aufli l'Office d'Aumônier qu'il réduisir en administration triennale,accordant la somme de deux cens francs

par

chacun an , pour les foins & les peines de celui qui l'exerceroit:il y eut encore une autre visite en 1462. par le Grand Prieur de Cluni, comme Commissaire deputé par le Pape Pie II.

Deux cens années étoient un tems trop considerable qu'il ne se fût pas introduit quelque relâchement dans l'observation des Statuts faits par les Commissaires de Nicolas V. En effet l'an 1668. les Religieux de saint Claude, voïanc que ces Statuts écoient peu observés , en dresserent d'autres qui sont des adoucissemens à ceux de Nicolas V.quoiqu'ils prétendent qu'ils soient des additions qu'ils y ont apportées. Ils y ont néanmoins conservé certaines pratiques de mortification en usage dans ce Monastere depuis un très longtems , qui avoient peut-être été interrompuës,car outre l'abstinence du Mercredi , il y est ordonné que le Religieux qui aura dit la grand-Messe ne sortira point ce jour-là de l'Abbaïe , & ne mangera point de viande pendant tout le tems qu'il sera de semaine. La même défenseest faite aux nouveaux Prêtres qui , suivant l'ancien usage , doivent dire la grandMesle fix semaines de suite. Ces Statues fixent le nombre des Religieux à vingt-quatre seulement , au lieu

que

les Statuts de Nicolas V. avoient ordonné qu'il seroit de trentefix. Ces nouveaux Statuts furent approuvés par le Cardinal Loüis, Duc de Vendôme, Legat à Latere en France du Pape Clement IX. & ce Prince voulant donner des marques de la bonté & de la bienveillance à cette Abbaïe, tant à cause de son ancienneté, ses prérogatives & ses privileges qu'à cause de la noblesse de les Religieux , qui n'y peuvent être reçus qu'après avoir fait preuve de seize quartiers de Noblesse, tant du côté paternel que maternel, en presence de quatre Gentilshommes de la Province , accorda à ces

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