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S. VICTOR.

CONGRE- qu'aucun ne seroit reçu à la profession qu'il n'eût été suffiGATION de samment instruit de la Regle & de toutes ses obligacions par le Maître des Novices pendant son Noviciat, &

que cette profession qui ne pourroit être differée après l'année de pro bation , se feroit selon qu'il est porté par la Regle & en la forme qui leur seroit prescrite par l'Évêque de Marseille , que Sa Majesté commit pour l'execution de son Arrêt, & auquel elle donna aussi pouvoir de faire tels Reglemens & telles Ordonnances qu'il jugeroit necellaires, tant pour le rétablissement & la conservation de la discipline Reguliere dans cette Abbaïe , que pour l'établissement d'un Superieur & d'un Maître des Novices.

Voilà les Reglemens que le Roi Louis XIV. fit pour le rétablissement de la discipline Reguliere dans l’Abbaïe de saint Victor , ausquels les Religieux se follmirent en apparence, mais qui , pour dire la verité, ne furent pas mieux execultés que les autres :

il y eut encore d'autres Reglemens qui furent dressés par l'Archevêque d'Aix par ordre du Roi , ausquels ces Religieux ne se soûmirent qu'après y avoir été contraints par un Arrêst du Conseil d'Etat de l'an 1709. L'on ne peut refuser à cette Abbaïe le titre de Chef d'Ordre & de Congrégation,aïant eu autrefois sous sa dépendance une grande quantité d'Abbaïes & de Monasteres, multitudinem membrorum ipsi Monasterio subjectorum, dit le PapeUrbain V.dans une de ses Bulles. Quelques-unes de ces Maisons ont été érigées en Evêchés, comme nous avons dit, quelques autres se sont soustraites de la dépendance. Il y en à qui sont entierement supprimées : mais il reste encore un grand nombre de Prieurés situés non seulement en France, mais aussi en Espagne, en Sardaigne, dans l'Etat de Gennes , en Toscane, dans le Comté de Nice, & dans le Comtat d'Avignon. Toutes ces Maisons étoient obligées d'assister tous les ans aux Chapitres Generaux qui se tenoient dans cette Abbaïe : & les Superieurs ou Deputés de ces mêmes Maisons juroient solemnellement en présence de toute l'Afsemblée , d'être toûjours obéissans & fideles à l'Abbé de saint Victor. Clement III. ordonna de tenir tous les ans ces Chapitres Generaux. Le Roi Loüis XII. permit aux Religieux de les tenir tous les ans ou du moins de trois en trois ans. Ruffi dit que cette qualité de Chef d'Ordre fut telle

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ment reconnuë à Rome ; que dans une Congrégation Con- CONGRI. sistoriale, qu’on tint pour la secularisation de cette Abbaïe, S. Victor: que le Cardinal Louis Alphonse de Richelieu Archevêque de Lyon qui en étoit Abbé, demandoit par ordre du Roi, on refusa de la seculariser par cette seule raison qu'elle étoit Chef d'Ordre.

Depuis la Bulle de Jules II I. de l'an 1549. il n'y a plus, comme nous avons dit , que quarante Religieux dans cette Abbaïe avec l'Abbé , dont il y a quinze Officiers qui sont, le Prieur Claustral qui est à la nomination de l'Abbé, qui le peut déposer quand bon lui semble, & en mettre un autre à la place; le Sacristain auquel est uni le Prieuré-Cure de NôtreDame de Sales au Diocese de Riez avec la jurisdiction temporelle de ce lieu ; l'Office d'Aumônier , auquel sont unis les Prieurés de saint Pierre de Gerasque, de Nôtre-Dame de Fosquieres au Diocese d'Aix,& de saint Victor de Marignane au Diocese d'Arles ; l'Office d'Infirmier,auquel song unis quatre Prieurés ; l'Office de Camerier qui a un Prieuré ; l'Office de Pirancier,qui a deux Prieurés; l'Office d'Hôtelier qui a un Prieuré; l'Office d’Armarier qui a deux Prieurés, le Prieur Claustral de faint Geniés un Prieuré, le Prieur Claustral de saint Pierre deux Prieurés, le Prieur Claustral de saint Nicolas un Prieuré, le Prieur Claustral de NôtreDame de la Garde un Prieuré , le Capiscol quatre Prieurés, le Soll-Prieur un Prieuré , le Portier un Prieuré, & le Drapier deux Prieurés.

Cette Abbaïe a donné plusieurs Prélats à l'Eglise. Le Pape Urbain V.en avoit été Abbé & il y a la sepulture. Il confirma tous ses privileges aussi-bien que Gregoire VII. Honorius III. Nicolas II I. & Nicolas IV. Les Rois de Francelui en ont aussi accordé, ce qu'ont encore fait l'Empereur Charles IV.& René d'Anjou Comte de Provence. Conrad Marquis de Malespine , en reconnoissance de ce que les Religieux de faint André de Pise qui dépendoient de l'Abbaïe de saint Vi&or , l'avoient fait participant de leurs prieres , exemta les Religieux de saint Victor & ceux des Maisons de sa dépendance , de tous les droits qu'ils pouvoient païer sur ses Terres.

Une pratique singuliere de cette Abbaïe , est la Communion generale que les Religieux de cette Maison font le jour

Congre- du Vendredi-Saint dans leur Eglise. Quelques-uns croient S. CLAUDEque c'est en vertu d'une Bulle qui leur a été accordées; mais

entre deux cens cinquante que Ruffi témoigne avoir vûë , il dit n'en avoir trouvé aucune qui en fasse mention : de sorte que, selon cet Auteur,il faut plûtôt l'attribuer à une ancienne coûtume qui s'est conservée sans interruption jusqu'aujourd'hui. Les Seculiers n'y peuvent pas communier que par une permission expreffe du Pape , comme il y en a un exemple en la personne de Renée de Rieux Baronne de Castellane, à qui Clement VIII. par un Indult donné à Rome le premier Juin 1591. permit de communier le jour du VendrediSaint dans l'Eglise de cette Abbaïe : ce même Pape la fit aussi participante de toutes les prieres & de toutes les bonnes cuvres des Religieux.

Joan. Bapt. Guesnai , Masilia sacra , & S. Joann. Call. Illuft. five Chron. Monast

. S. Victoris. Ruffi. Histoire de Marseille , Tom. II. liv. 11. Mabillon , Annal. Bened. Robert & Sainte-Marthe, Gallia Christiana; comme aussi les Arrêts du Conseil d'Etat qui ont été donnés pour

la réforme de cette Abbaïe.

CH A P I T R E X V I I.
De la Congregation de faint Claude's anciennement de

Condat & de faint Oyan, du Mont-Jura au Comté de

Bourgogne.
N

Ous ne prétendons point par le titre de Chef d'Ordre

& de Congregation que nous donnons à la noble & celebre Abbaïe de S. Claude , appurer le sentiment de ceux qui soûtiennent qu'elle a toûjours fait avec ses Membres qui en dépendent, un Ordre particulier & separé : nous ne la regardons au contraire que comme un de ces Monasteres que l'on n'appelloit dans l'Ordre de faint BenoîtChefs d'Ordre, que parce qu'ils avoient dans leurs dépendances plufieurs Maisons & Prieurés Conventuels. Cette prérogative lui étoit commune avec les Abbares de Marmoutier, de Fleuri, ou de saint Benoît sur Loire, de saint Benigne de Dijon, de Fuldes,de Lerins, & de saint Victor de Marseile, dont nous avons déja parlé, & avec celles de Sauve-Majour,

de Cave, de Sasso-Vivo, de Cluze, & quelques autres dont Congrie nous par erons dans la suite ; & les mêmes raisons qui nous S, CLANDI. ont porté à ne parler de l'Abbaïe de faint Victor, qu'après avoir rapporté les Reglemens faits au Concile d'Aix-laChapelle l'an 8 17. nous obligent d'en user de même à l'égard de celle de saint Claude.

Cette Abbaïe, que l'on appelloit anciennentent de saint Oyan & de Condat, reconnoît pour Fondateur S. Romain, qui vers l'an 425. se retira dans les deserts du Mont-Jura en Bourgogne , où il vêcut en Ermite dans un lieu appellé Condat,à cause de la jonction des rivieres de Bienne & d'Aliere qui se fait en cet endroit , les anciens Gaulois appellant Condat, ce que nous appellons Confiant. Quelques années après son frere Lupicin averti par une vision , alla se joina dre à lui ; ensuite deux Ecclesiastiques , & quantité d'autres personnes se rendirent auprès d'eux, & fe follmirent à leur conduite. La sterilité de la montagne obligea ces Solitaires de se retirer dans un lieu voisin plus commode , où la terre leur fournissant plus abondamment leurs besoins , ils y jetterent les fondemens d’un Monastere , qui ne peut avoir été bâti que

430. Le nombre des Solitaires augmentant de jour en jour, ils furent obligés d'en bâtir un Iecond , éloigné de celui de Condat de deux milles, dans un lieu appellé Lauconne, & ces deux Communautés étoient indifferemment gouvernées par les deux freres Romain & Lupicin, quoique d'humeur differente : l'un étant très severe & très exact, Pautre au contraire ayant beaucoup de douceur & de facilité. Ils en bâtirent un troisiéme dans ces montagnes pour des filles que l'on appella de Beaume ou de la Roche , le mot de Beaume étant encore un vieux morGaulois,qui signifie Roche. Leur four, qui avoit aussi suivi leur exemple, y gouverna une Communauté de cent cinq Religieuses, qui gardoient une continuelle & exacte clôture. On ne les voïoit jamais que pour les porter en sepulture dans le Cimeriere;& quoique ce Monastere fût bâti fort proche de celui de Lauconne, où la plâpart de ces Religieuses avoient leurs

parens ou leurs freres , on ne permettoit point aux Religieux de ce Monastere de parler à leurs parentes. Mais ce lieu étant trop desert pour pouvoir fournir la subsistance à ces Religieufes, elles l'abandonnerent peu de tems après ; & comme saint

vers l'an

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CONGRE- Romain y fue enterré, il a été changé depuis en un Prieuré,
S. CLAUDE. qui a conservé son nom jusqu'à present , & qui est uni à la

Dignité de Grand Prieur de l’Abbaïe de saint Claude. Ce
Saint bátit encore un quatriéme Monastere en Allemagne,
dans le païs de Vaux proche Lausane , qui fut aussi appellé
de son nom Roman-Moustier.

Comme ce Saint en se retirant dans la solitude du Mont-
Jura avoit apporté avec lui les Institutions de Cassien , il y a
bien de l'apparence qu'elles servirent de Regles à ces Soli-
taires de Condat,& des autres Monasteres dont nous venons
de parler ; mais principalement dans celui de Condat , où la
vie étoit très austere. On n'y mangeoit point de viande; on
n'y bûvoit point de vin , & fi l'on permettoit le lait & les
aufs, ce n'étoit qu'aux malades. Du pain émietté dans de
l'eau froide, que l'on prenoit ave une cuilliere, étoit leur
mets le plus ordinaire. Leur habillement étoit fort

pauvre, ils se contentoient d'une tunique faite de peaux de diverses bêtes. Dans l'enceinte du Monastere ils portoient des soques ou sandales de bois , & prenoient seulement des fouliers lorsqu'ils étoient obligés de sortir pour le service du prochain. Telle étoit la maniere de vivre des Religieux de Condat , que saint Lupicin gouverna seul après la mort de saint Romain, qui arriva l'an 460. ou environ.

Il semble qu'il n'y avoit dans le Monastero de Condat, que ceux qui deliroient tendre à une plus grande perfection , & imiter en tout les Solitaires de l’Egypte : car à leur exemple ils demeuroient dans des cellules Teparées les unes des autres ; & il y en avoit plufieurs d'entr'eux qui étoient arrivés à une si grande sainteté, qu'ils avoient le don des miracles. Mais quoique saint Lupicin fût d'une austerité surprenante,

que ces Religieux de Condat ne pratiquafsent que les mortifications dont il leur donnoit l'exemple ; il usoit neanmoins de plus grande indulgence envers ceux du Monastere de Lauconne. Ils ne sublistoient pas seulement du travail de leurs mains ; car le saint Abbé les nourrissoit de l'argent d'un trésor

que

Dieu lui découvrit. Comme ce trésor eroit
caché dans le desert ,il ne le transporta point dans le Cloître;
mais sans en parler à personne, il y prenoit chaque année ce
qu'il falloit pour l'entretien de la Communauté, cela ne suf-
filant
pourtant pas pour tous leurs besoins. Saint Lupicin

representa

&

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