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CONGRE: Mabillon, Annal. Benedict. Tom. 2. Act. SS. ejusd. Ord. S, Victor. Bollandus, Tom. Februarii. Fleury, Histoire de l'Eglise Tom. X.

Baillet, Vies des SS.

CHAPITRE XV I.
De la Congrégation de saint Victor de Marseille.
Coro

Omme le tems auquel la Regle de saint Benoît fut re

çuë dans l’Abbaïe de saint Victor de Marseille , est inconnu , nous avons crû ne devoir parler de l'origine de ce Monastere qu'après que nous aurions parlé des Reglemens faits pour l'Ordre Monastique dans le Concile d'Aix-laChapelle l'an 817. auquel tems il n'y a point de doute que la Regle de saint Benoît ne fût universellement reçuë dans tous les Monasteres de France, distingués de ceux des Chanoines , pour lesquels on dressa aussi des Reglements dans le même Concile. La celebre Abbaïe de saint Victor eut pour Fondateur Cassien , qui vint de Rome en France au commencement du cinquiéme siécle. Il étoit Scythe de nation , si l'on s'en rapporte à Gennadius ; mais Holstenius croit qu'il étoit François ; sur le témoignage même de Caslien, qui semble insinuer qu'il étoit né en Provence. Etant fort jeune il palsa dans la Palestine où il se fit Religieux , dans un Monastere de Bethlehem ; s'étant joint ensuite à un de ses Confreres, nommé Germain, il visita les solitudes d'Egypte, pour y voir ceux d'entre les Solitaires qui étoient les plus celebres en sainteté. Il alla ensuite à Constantinople, où il reçut le Diaconat des mains de saint Chrysostome ; & après avoir été pour la seconde fois à Rome, il vint en France & s'arrêta à Marseille , où aïant été ordonné Prêtre, il bâtit l'an 409, un Monastere en l'honneur de saint Pierre & de saint Victor Martyr. Il en fonda aussi un autre pour

des film les , & l'on prétend qu'il eur dans la suite plus de cinq mille Moines sous sa conduite , ausquels il faisoit observer la même discipline qu'il avoit vûë pratiquer dans les Monasteres de l’Egypte. Ce fut vers l'an

420. que Castor Evêque d'Apt,qui avoit fondé un Monastere dans son patrimoine , désirant sçavoir quelle étoit cette discipline que Callien avoit vûe pratiquer en Orient, & qu'il avoit introduite dans les Monasteres Conort. qu'il avoit fondés , le pria de la lui faire connoître. Pour le s. VICTOR. fatisfaire , il composa douze Livres des Institutions Monastiques qu'il lui adressa;& qui servirent de Regle à quelques autres Monasteres. En 423. il composa fes Conferences pour expliquer l'interieur des Moines d'Egypte, dont il n'avoit décrit

que

l'exterieur dans ses institutions. Il en composa premierement dix , qu'il adresa à Leonce Evêque de Frejus : & à Hallade Anachorete,qui fut aussi depuis Evêque. Environ deux ans après il en compofa sept autres , qu'il adressa à saint Honorat Abbé de Lerins, & à faint Eucher Religieux du même Monastere. Quelques années après vers l'an 428. il en écrivit encore sept autres, qu'il adressa à quatre Moines des illes de Marseille,qui font en toue vingt-quatre Conferences,

Mais quoique le Monastere de saint Victor de Marseille ait été très celebre dès son origine , on n'en peut

neaumoins rien dire de certain que depuis le onziéme liécle , n'y aïant aucuns monumens anciens qui en soient restés jusqu'à ce tems-là, par le malheur des guerres qui ont souvent reduit cette Abbaïe en solitude. Car selon ce que dit Ruffi dans fon Histoire de Marseille, cette Abbaïe fut ruinée plusieurs fois par

la fureur des Visigots, qui s'emparerent de Marfeille l'an 464. & par les Normans dans le neuviéme siécle. Les Religieux y vivoient avec tant de regularité que ce Monastere étoit appellé la porte du Paradis.On y venoir de toutes parts chercher de ces saints hommes pour reformer decelebres Abbaïes;& pendant plus d'un siécle & demi, plusieurs Maisons Religieuses se loůmirent à l'Abbaïe de S. Victor qu'elles regarderent comme leur Chef.

Cependant quelque snombreue que pût être la Communauté de cette Abbaïe, pendant les six premiers siécles de sa fondation, elle étoit bien diminuée au commencement du onziéme siécle ; puisqu'elle étoit reduite à cinq Religieux, lorsque Guillaume Vicomte de Marseille la repara Pan 1000. Guifred ou Wifred en étoit pour lors Prieur, & avoit été établi dans cet office par l'Abbé Guarnier qui n'étoit que seculier, aufli bien que quelques-uns de ses predecesseurs qui s'étoient emparés de ce lieu, qui étoit presque redujt en solitude. Guifred aprés avoir été Prieur pendant

Congre. cinq ans , fut ensuite Abbé pendant vingt autres années , & S. Vaciorrétablit si bien la discipline Monastique dans ce Monastere,

qu'au lieu de cinq Religieux qui en formoient la Communauré lorsqu'on le repara , elle étoit de cinquante lorsque cet Abbé mourut. Le Vicomte de Marseille ne se contentant pas d'avoir été le restaurateur de cette celebre Abbaïe, voulut y être enterré parmi les Religieux ; & étant prés de mourir l'an 1004. il se fit raser & reçut l’habit de l'Ordre de saint Benoît. 'C'étoit la coûtume pour lors que plusieurs personnes de l'un & de l'autre sexe prenoient l'habit Monafrique , se voïant à l'extremité de maladie , afin de pouvoir être secourus par les prieres des Religieux : c'est ce que l'on appelloit Monachi ad succurrendum.

L'Abbaïe de saint Victor aïant été ainsi reparée par Guillaume Vicomte de Marseille, ( qui lui donna aussi quelques terres ; ) fut enrichie dans la suite par les liberalités de plufieurs personnes qui y firent de grandes donations. L'an 1013. Guillaume Comte de Provence lui donna l’Eglise de saint Martin de Monosques qui est encore aujourd'hui un Prieuré dépendant de ce Monastere ; & l'année suivante il lui donna encore quelques metairies. Pierre qui fut élu Abbé en 1048. s'étant trouvé au Concile de Verseil , tenu l'an 1050. où le Pape Leon IX. condamna l'heresie de Berenger Archidiacre d’Angers , qui fut le premier qui osa avancer que le saint Sacrement n'étoit que la figure duCorps de JesusChrist, obtint du Pape la confirmation & la restitution de la petite Abbaïe de saint Victor proche Valence : le même Pontife exemta celle de saint Victor de Marseille, de la jurisdiction de l'Evêque, & la follmit immediatement au saint Siége. Pierre Evêque de Vaison donna au même Abbé, l'Abbaïe de saint Pierre & de saint Victor de Gralele , qu'il (oùmit à celle de saint Victor de Marseille. Eldeberr Evê. que

de Mande lui donna aulli l'Abbaïe de saint Martin de la Canonica , située aù territoire de Bannace, y aïant été excité par sa grande regularité : ce qui fe connoît par l'acte de donation, dans lequel ce Prélat témoigne que l'on venoit de toutes parts à saint Victor, pour y être instruit des observances Regulieres. L'Abbé Pierre vivoit encore: mais écanc mort l'année suivante, Durand qui lui succeda , fur commis , conjointement avec Raymbaud Archevêque de Naruni par

bonne, qui avoit été Religieux de ce Monastere , par le Pape Conori, Nicolas II. pour reformer l'Abbaïe de Vabres , qui fut soù-SATION DE mise à celle de saint Victor, du consentement de Robert Comte d'Auvergne & de Berthe son épouse ; & cette Abbaïe fut érigée en Evêché par le Pape Jean XXII. lan 1317, aussi-bien que celle de Castres qui dépendoit aussi de saint Victor. Il y avoit encore des Monasteres en Espagne de sa dépendance, comme celui de saint Servand, qui lui fut

le Roi de Castille, à cause qu'il étoit en reputation d'une très parfaite Observance. C'étoit aussi le même motif qui obligeoit plusieurs Seigneurs qui fondoient des Monasteres à les y unir. Le Pape Gregoire VII. voulut qu'il y eût une association entre cette Abbaïe & celle de saint Paul de Rome, dans l'esperance que par l'union de ces deux Monasteres, l'Observance de celui de S. Paul s'augmenteroit & se perfectionneroit : ce qui fait voir comme il le declare dans sa Bulle, que l'on vivoit dans l’Abbare de saint Vi&or dans une grande regularité. Enfin ce Pontife la mit encore sous la protection immediare du faint Siege, & lui accorda les mêmes privileges dont jouissoit celle de Cluni.

Mais peu de tems après ces Religieux qui avoient fervi de modele à plusieurs Monasteres, que l'on avoit reformés par leur moïen, se relâcherent eux-mêmes de la pureté de feur Regle, en sorte que l'an 1196. Bernard Cardinal du titre de saint Pierre'aux Liens; Legat du Pape Celestin III. en Provence, voulant remedier aux défordres qui s'étoient introduits parmi eux, fit des Reglemens avec l'avis de Fredol d'Anduse qui avoit été Religieux de cette Abbaïe,de Geoffroy de Marseille Evêque de Befiers & de l'Evêque de Sifteron. Ces Reglemens portoienr entr'autres

chofes , que per. sonne ne mangeroit de la viande qu'il ne fût malade ou debile, & ce avec permission de l'Abbé, ou du Prieur en fon absence ; qu'ils mangeroient en commun & dans le Refectoire , à la reserve du Sacristain qui garderoit l’Eglise , & de ses compagnons ; que perfonne ne dormiroit dans des chambres , à la reserve de l'Abbé, mais dans le dortoir; que les Religieux ne pourroient fe servir de linge en leurs lits ni en leurs habillemens. Mais ces Reglemens ne furent pas longtems observés , par la mésintelligence & la division de ces Religieux , qui aïant obtenu de Rome plusieurs commissions

GATION DE
S. VICIOR.

CONGRE- les uns contre les autres , obligerent le Pape Innocent 111.

de nommer en 1208. fon Legat Guillaume Evêque de Seez, Foulques Evêque de Toulouse, & Guillaume de Aligno Prieur de saint Honorat d'Arles, pour terminer ces differens. Michel de Moriers Archevêque d'Arles se trouva par forme de visite à leur Assemblée , comme aussi Reinier Evêque de Marseille, l'Abbé de Toronet, Pierre Prévôt de Marseille , Etienne Prévôt d'Arles, le Prévôt & le Sacristain d'Aix , & quantité d'autres personnes Religieuses qui firent tant par leurs exhortations qu'ils les reconcilierent, & leur firent promettre d'observer les Reglemens qui seroient faits. par l'Assemblée. Ceux qui furent dressés leur défendirent entre autres choses de manger de la viande devant les Seculiers , quand même ils seroient malades, de peur de scandale , & fixerent le nombre des Religieux à soixante.

Il y eut dans la suite d'autres Reglemens. Le Cardinal Trivulce qui en étoit Abbé en 1531. aïant été delegué en qualité de Commissaire Apostolique par le Pape Clement VII. pour reformer cette Abbaïe; , fit pour cet effet des Reglemens,dans lesquels il étoit fait mention de deux autres Reglemens ; qui avoient été faits par le Chapitre de cette Abbaïe, dans les années 1517. & 1526. Mais ces Reglemens. aïant été encore inutiles, on en fir d'autres par ordre du Pape Jules III. Pan. 1549. qui portent entr’autres choses, que les Religieux de ce Monaftere mangeroient de la viande le: Dimanche, le Lundi, le Mardi & le Jeudi de chaque semaine;que l'Abbé,le Prieur & leurs Serviteurs auroient pendant le tems qu'ils refideroient dans l'Abbaïe, une certaine portion de pain & de vin de la table conventuelle , & de la cellererie leur portion de viande de poisson, d'huile & autres. denrées i que les Religieux quitteroient leurs habits pour se mettre au lit' ; qu'ils coucheroient dans des linceuls', & se: ferviroient de chemises de toile: enfin le nombre des Relie, gieux qui étoit autrefois de foixante & dix , fut fixé à quarame , y compris l'Abbé. Ainfi ces Reglemens furent bien differens de ceux de 1208. qui défendoient de manger de la viande devant les seculiers, même dans les maladies, de peur de causer du scandale. Ces mêmes. Reglemens de 1549. accorderent encore aux Religieux, l'entiere disposition des revenus de leurs benefices & dans la Bulle. de Jules III..

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