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CHAPELLE,

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rés de la dépendance de son Monastere,il devoit y mettre fix Regia-
Religieux au moins, ou des Chanoines ; c'est-à-dire, des MENS DU
Ecclesiastiques qui vêcussent en commun. On devoit user d'Aix-la.
de punition corporelle pour les Religieux qui s'écartoient
de leur devoir , & qui ne vouloient pas se reconnoître ; mais
on ne pouvoit les fustiger nuds à la vuë des Freres, comme
il avoit été pratiqué long-tems; & ceux qui étoient en pe.
nicence pour de grandes fautes , devoient avoir un logement
separé, avec une cour où ils pussent travailler à quelque ou-
vrage qu'on leur impofoit, n'aïant de relâche que les Di
manches,qu'ils devoient emploïer à la priere.

Pour l'habillement, ces Statuts accordoient à chaque Religieux deux chemises de serge, deux tuniques, deux chapes, deux cucules , deux paires de caleçons , quatre paires de souliers pour le jour, des pantoufles pour la nuit, deux paires de chaussons, un roc , deux pelisses qui devoient descendre jusqu'aux talons, deux bandelettes dont ils se servoient dans les voïages , des gants en Eté, des moufles en hyver , aussi bien que des sandales de bois & du favon. Ainsi ces Statuts leur en accorderent beaucoup plus qu'il n'est porté par la Regle de saint Benoît , où il n'est point fait mention de chemises , de chapes , de rocs, de pelisses, de bandes , de gants, de moufles, de sandales de bois, de savon, ni d'aucune autre onction.

Les sandales de bois écoient autrefois en usage parmi les Moines de France, les Chapes étoient des habillemens qui descendoient jusqu'aux talons , la Cucule dont il est parlé dans ces Reglemens n'étoit autre que le Scapulaire qui n'avoit point de manches , & qui entouroit le corps jusqu'aux reins : il étoit quelquefois fendu par les côtés : il

y en avoit aufli qui ne l'étoient pas , ils ne devoient avoir que deux coudées , ou tout au plus ils devoient descendre aux genoux: le roc étoit un vêtement de lin pour les Clercs , & de laine pour les Moines , qui entourroit les épaules, & les bandes servoient à lier les haut de chausses ou calçons & les bas.

Quant à la nourriture , ils devoient faire deux repas les jours de Fêtes : & aux grandes Solemnités , c'est-à-dire, à Noël & à Pâques, quatre jours durant on pouvoit manger de la volaille ; mais elle étoit defenduë dans tout le reste de l'année. On ne mangeoit ni fruits ni herbes hors les repas.

.

CHAPELLE

REGLE- On devoit distribuer dans le Refectoire les Eulogies , parce. LENSID." que c'étoit la coûtume dans les Monasteres que tous les ReD'Aix-la- ligieux offroient à la Messe Conventuelle des pains, dont on

en consacroit une partie pour communier quelques Freres, & les autres étoient seulement benis , pour être distribués au Refectoire à ceux qui n'avoient pas communié, & qui devoient commencer par manger ce pain avant que de prendre leur

repas : ce qui fut encore ordonné dans ce Concile d'Aix-la-Chapelle. On permettoit la graisse dans la nourriture des Freres : la livre de pain portée par la Regle , devoit peser trente fous, le sou étant de douze deniers : ce qui pouvoir revenir à quatorze onces étant cuit , en ne prenant que la livre commune, & seize à bon poids , conformément á la Regle qui dit: Panis libra una propenfa fufficiat in die; c'est ce qui sera expliqué dans la suite. Au lieu de l'hemine de vin, on donnoit aux Freres le double de biere, aux lieux où le yin étoit rare. Le Vendredi Saint on ne devoit prendre que du pain & de l'eau , & fi le travail y obligeoit , on pouvoit boire après le repas du soir , même en Carême.

Ce Reglement, qui ordonnoit qu'on ne mangeroit de la volaille qu'aux Fêtes de Noël & de Pâques,ne fut fait qu'à cause qu'il y avoit plusieurs Religieux qui croïoient que la Regle perinettoit d'en manger, aïant seulement parlé de l'abstinence de la viande d'animaux à quatre pieds , & n'ažant point designé celle de la volaille ; & comme il y en avoit même parmi les plus sçavans qui étoient de ce lenti

par une espece de condescendance que le Concile accorda qu'on en mangeroit dans ces deux Fêtes quatre jours durant , & modera l'indulgence de ceux du MontCaffin, qui le permettoient ces deux Fêtes pendant huic jours : ce qui fait voir , dit le Pere Mabillon , que les Peres de ce Concile n'accorderent cette grace que malgré eux , comme croïant cet usage contraire à la Regle ; & laisserent à l'Abbé & aux Religieux la liberté de s'en abstenir s'ils le vouloient.

Ce sçavant Religieux fait aussi remarquer, au sujet de la graisse qui étoit permise dans la nourriture des Freres, que, 1elon ce qui est rapporté par l'Auteur anonyme de la Vie de faint Meinwerc , Evêque de Paderborn, & par Orderic Vital, au Liv. 8. de son Histoire, il étoit permis aux Religieux

ment,ce fut

MENS DU
CONCILE

CHAPELLE

de France d'user de graisse au défaut d'huile: ce qui est Regle. encore confirmé par un autre Auteur anonyme, qui appelle cette graisse de l'huile de lard. Selon ce que dit aussi le d'Atr-laMoine de faint Gal,qui a écrit la Vie de l'Empereur Charlemagne, on pouvoit en manger en ce tems-là le Vendredi : car il rapporte que logeant chez un certain Evêque un Vendredi, & n'aïant pas voulu manger de la viande ce jour-là, ni d'animal à quatre pieds, ni de volaille, & ce Prélat n'aïant point de poisson à lui donner, fit servir un trés. bon fromage , avec de la graisse de viande. L'abus de manger de cette graisse le Vendredi, duroit encore à Cluni du tems de Pierre le Venerable , qui l'abolit avec beaucoup de prudence & de raison.

Pour éclaircir ce qui est dit dans ce Reglement , que la livre de pain devoit être de trente sous, & le fou de douze deniers, plusieurs Auteurs ( dit le P. Mabillon ) se sont fatigués pour donner une interpretation à ces paroles , & ne se Tont point accordés dans leurs sentimens. Celui qui paroît avoir le plus approché de la verité, est Antoine Yepés, qui dit que les Peres du Concile prescrivirent ainsi le poids de la pour

se conformer à l'usage des François, qui avoient accoûtume de compter la livre de compte par vingt fous,& le sou par deuze deniers ; ce qu'ils pratiquoient ausli à l'égard de la livre de poids : ainsi cet Auteur a cru que la livre de pain devoit peser une livre & demie avant que d'être cuit, & une livre parisis après la cuisson : c'est ce qu'il appelle la livre de poids , dont il est parlé dans la Regle, Libra panis propensa. Le Pere Mabillon rapporte ensuite le témoignage du P. Lancelot , qui a remarqué que suivant les Loix de France un denier étoit la vingtiéme partie d'une once, & que douze deniers faisoient un fou : de forte que trois on- l' bemine de ces faisoient cinq sols , & douze onces une livre de vingt vin, cola sous le sou étant de 12. deniers. D'où le P. Mabillon conclut, pain de S. que les Peres du Concile d'Aix-la-Chapelle aïant ordonné Benoit. que la livre de pain avant la cuisson, seroit de trente sous

par douze deniers, il devoit peser dix-huit onces avant que,

d'ê. tre cuit, quatorze ou seize étant cuit ; quatorze li c'étoit une livre commune ou legere, & seize à bon poids. C'est aussi le sentiment d'Hildemar, l'un des anciens Commentateurs de la Regle, qui dit que la livre doit être de vingt-deux

livre,

Lancelot, Disert. for

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REGLE-
MENS
CONCILE

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fous quand le pain n'est pas cuit , pour être reduit à vingt
Du sous après la cuisson. Ce qui s'entend de la livre communes
D'AIX-LA- mais non pas de la livre Benedictine, qui est à bon poids.
CHAPELLE. Pour l'hemine de vin, nous avons déja dit en d'autres en-

droits , que c'étoit un demi-septier, du poids de huit onces,
selon le sentiment du P. Mabillon.

Tels furent les principaux articles des Reglements faits
pour l'Ordre de saint Benoît, qui fut approuvé dans le Con-
cile d'Aix-la-Chapelle en présence de l'Empereur qui en-
voïa dans tous les Monasteres des visiteurs pour les faire ob-
server , & qui établit saint Benoît d'Aniane , comme nous
avons dit , Chef & General de tous les Monasteres de Fran.
ce. Ces Statuts ou Reglemens , furent depuis en si grande
veneration, même dans le Mont-Cassin , qu'on les y gardoit
presque ausli exactement que la Regle même.

Saint Benoît d’Aniane voïant que quelques-uns emplozoient des prieres & des présens pour tâcher d'obtenir les Abbaïes qui servoient de retraite aux Moines,& qu'après en être pouryû, ils appliquoient à leur usage particulier, les revenus destinés

pour

la subsistance des Religieux , ce qui avoit causé la ruine de plusieurs Monafteres , & en avoit fait passer d'autres dans les mains des Clercs seculiers, ilobtint de l'Empereur que l'on ne mettroit que des Abbés regu. liers dans tous les Monasteres qui étoient encore en état d'en avoir. Ce Prince accorda aussi au saint Abbé, que les Monasteres qui étoient obligés de faire des présens à l'Empereur, & d'entretenir des

gens

de

guerre & qui n'avoient pas fuffisamment de revenus , pour nourrirles Religieux & s'acquitter entierement de ces Charges , s'en acquitteroient seulement felon leur pouvoir, & sans que pour y

satisfaire entierement , on fut réduit à rien retrancher de ce qui étoit necessaire pour la nourriture des Religieux. Ce saint s'étant entremis auprès de l'Empereur pour le soulagement de ces pauvres Communautés , on dressa dans le même Concile d'Aix-la-Chapelle un état des Monasteres de l'obéissance de ce Prince pour marquer les devoirs dont ils étoient chargés envers lui , & on en fit trois classes : les uns devoient des dons & le service de guerre, d'autres des dons seulement, & les derniers ne devoient que des prieres. Ainsi tous les Mo masteres avoienc un Protecteur en la personne de Saint Be

noît

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RIGEE MENS DE

CHAPELLE

noît d'Aniane qui regla si bien son Monastere d'Inde près d'Aix-la-Chapelle que les Religieux qui y venoient de divers CONCILI païs , s'instruiloient , sans qu'on leur dît mot , à voir seule-d'Aix La. ment l'habit , la démarche , & toute la conduite de ceux de cette maison , tant on y observoit exactement les Reglemens faits au Concile d'Aix-la-Chapelle. Pour aider davantage les Moines , saint Benoît fit un recueil de toutes les Regles Monastiques , connu sous le nom de Code des Regles , & divisé en trois Tomes , dont le premier contiene les Regles des Moines d'Orient, le second celles des Moines d'Occident , te troisiéme celles des Religieuses. Il fit aussi la concorde des Regles , où elles sont toutes rapportées aux Chapitres de celle de laint Benoît pour lui servir de Commentaire.

Ses grandes austerités , ses travaux continuels , fes jeûnes & ses veilles , & enfin la vieillesse , l'aïant rendu très infirme , il fut attaqué de diverses maladies qui servirent à éprouver encore sa vertu & à exercer sa parience. Il ne laisfoit

pas de s'occuper continuellement à la priere , ou à la leaure ; on lui trouvoit même toûjours le visage baigné de larmes,qui étoient un don de Dieu qui marquoit bien l'esprit de penitence qui l'avoit animé toute sa vie. Quatre jours avant sa mort , il étoit encore au Palais , oùil donnoit à son ordinaire, des avis pleins de sagesse à l'Empereur. La fiévre l'aïant pris, il se retira au logis qu'il avoit dans la ville , & le lendemain il fut visité par tous les Grands. Il s'y trouva tant d'Evêques & d'Abbés, & un fi grand nombre de Moines qu'à peine les fiens pouvoient en approcher pour le servir. L'Abbé Helisacar Chancelier de l'Empereur , qui étoit de l'Ordre des Chanoines Reguliers , y vint le premier & demeura auprès du malade jusques à la mort. L'Empereur et voïa le foir un de ses Chambelans , avec ordre de le reporter à son Monastere : il écrivit encore à ce Prince pour lui donner quelque avis : il se recommanda aux prieres de Nebride Archevêque de Narbonne , & à Georges Abbé d'Aniane, ausquels il écrivit pour ce sujet : enfin il mourut le onziéme Février 821. étant âgé de soixante & dix ans, & fut enterré dans son Abbaïe de laint Corneille d'Inde, où l'on conserve encore aujourd'hui fes Reliques.

Vožez Anton. Yepés , Chronica general de la Orden de S. Benito. Bulteau , Hift. de l'ordre de saint Benoit , Tom. Love

Tome y.

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