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Des Reglemens du Concile d'Aix-la-Chapelle de l'an 817. touchant l'Ordre Monastique, avec la continuation de la Vie de saint Benoît d'Aniane.

HAR LE MAGNE signala son zele pour le bon ordre des Maisons Religieuses dans divers Capitulaires &

par † Conciles qu'il fit assembler. C'est ce qui paroît par les Capitulaires d'Aix-la-Chapelle des années 789.8o4. & 81 1. & par lesConciles tenus en la même ville l an 8o2. & à Chalons sur Saone, à Arles , à Tours, à Reims & à Mayence en 813. mais les Reglemens qui y avoient été faits pour le rétablissement de la discipline Monastique n'avoient pas été mieux observés, que ceux des Conciles d'Allemagne & de Lestines tenus par l'ordre de Carloman, non plus que ceux de Soissons & de Verneüil convoqués par Pepin. Un des premiers soins de Loüis le Debonnaire lorsqu'il fut parvenu à l'Empire, fut de faire observer ces Reglemens. Pour cet effet il convoqua plufieurs Evêques & plusieurs Abbés à Aix-la-Chapelle , où les Evêques & les Clercs dresserent des Reglemens pour les Chanoines ; & les Abbés & les Moines des Statuts & des Constitutions, qui ex† la Regle de S. Benoît, & qui devoient être obervés dans tous les Monasteres, pour y établir une Observance uniforme. Saint Benoît d'Aniane, à qui l'Empereur avoit donné la même autorité sur tous les Monasteres de France qu'il avoit euë auparavant sur ceux de Languedoc & d'Aquitaine, de sorte qu'il en étoit comme le Chef & le ð à l'Assemblée des Abbés , où l'on dressa ces Statuts ou Constitutions , divisés en quatre-vingt Cha

pitres, selon quelques éditions, & selon d'autres en soixan- Rrc1Ete & douze. §"

Comme la Regle de saint Benoît en est le fondement, po on ordonna d'abord que lesAbbés presens à cetteAssemblée," liroient toute la Regle avec attention, & en peseroient sagement toutes les paroles, pour en sçavoir parfaitement l'esprit, & que tous les Moines qui le pourroient,seroient obligés de l'apprendre par cœur.

On ordonna ensuite que l'on reciteroit tous les jours l'Office Divin, comme il est prescrit par la Regle de saint Benoît, que tous les Religieux travailleroient eux-mêmes à la cuisine, à la boulangerie , & à tous les autres offices de la maison , & laveroient & nettoïeroient eux-mêmes leurs habits;qu'on ne se feroit point faire le poil dans le cours de l'année que tous les quinze jours, & point du tout pendant le Carême, si ce n'étoit le Samedi Saint ; parce que les Penitens de ce tems-là, suivant la remarque du P. Mabillon, ne rasoient point leur barbe, & ne coupoient point leurs cheveux , & que les Moines qui étoient § une profession continuelle de mortification & de penitence , devoient les imiter Par cette même raison, il n'étoit pas permis de se faire saigner regulierement en certaines saisons , mais seulement dans un vrai besoin & pressant. Toutefois ces saignées reglées pour les saisons, § depuis en Regle dans les Congregations plus modernes, qui ont même fait inserer dans les Calendriers de leurs Breviaires les jours ausquels il étoit permis de se faire saigner. Il étoit permis d'user du bain à la discretion du Superieur ; mais non pas frequemment,comme il étoit d'usage parmi les Seculiers. Ils devoient se laver les pieds les uns aux autres par un esprit d'humilité, principalement pendant le Carême, en chantant des Antiennes & des Pseaumes de Penitence.

Il étoit défendu de faire loger aucun Seculier dans l'interieur du Monastere, à moins qu'il ne voulût prendre l'habit & se consacrer à Dieu. Les Religieux mêmes étrangers devoient loger dans un Dortoir separé. Aucun ne pouvoit voïager sans avoir un Compagnon pour témoin des a conduite. On ne devoit point recevoir facilement un Novice , fans l'avoir éprouvé par les exercices de la pieté & de l'hu' milité, en lui faisant servir les Hôtes dans # logis pen

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dant plusieurs jours ; il devoit se reposer entierement pour
l'administration de ses biens sur ses parens, sans s'en inquié-
ter aucunement ; & après l'année de sa probation, il pouvoit
en disposer suivant l'esprit de la Regle Il ne devoit pren-
dre l'habit qu'en faisant son vœu d'obéïssance, qui étoit le
seul qu'on faisoit en ce tems-là, dont on trouve encore quel-
ques Formules.
Il étoit permis aux peres & aux meres d'offrir leurs en-
fans aux Monasteres, & de faire pour eux la demande pu-
blique aux pieds des Autels ; mais si ces enfans étoient of-
ferts si jeunes, qu'ils ne fussent pas en état de comprendre la
grandeur de leur engagement , l'oblation ne devoit point
ètre censée valable, à moins qu'elle ne fût ratifiée par celui
qui avoit été offert lorsqu'il étoit parvenu à l'âge de discre-
tion. Il ne devoit pointy avoir d'autre Ecole dans le Mona-
stere que pour ces enfans, qui pour leur grande jeunesse ,
avoient encore besoin d'éducation & d'instruction : car pour
les Ecoles qui étoient exterieures & publiques, elles étoient
uniquement pour les personnes du §
Conformément à ces Reglemens, l'Abbé devoit se con-
tenter de la portion ordinaire des Religieux pour sa nourri-
ture, avoir le même habillement, n'être pas mieux couché
que les autres, & travailler comme eux aux offices de la
Maison,pour montrer l'exemple. Il ne pouvoit point manger
avec les Hôtes à la porte du Monastere, , mais seulement
dans le Refectoire,& il pouvoit augmenter de quelque chose
les portions à leur § Il semble qu'en cela ces
Statuts aïent dérogé à la Regle, qui ordonne que la table
de l'Abbé sera toûjours avec les Hôtes & les Etrangers. Le
Pere Mabillon n'est point sur cela du sentiment du Pere
Hugues Menard, qui a prétendu que cela devoit s'entendre
du Refectoire commun, & dit que si l'on confere ce Cha-
pitre des Reglemens d'Aix-la-Chapelle avec le quarante-
deuxiéme, où il est défendu d'introduire un Laïque au
Refectoire pour y boire ou manger ; on demeurera d'accord
que ces Reglemens ont pretendu parler premierement des
Moines, peut-être même des Clercs qui pouvoient être in-
troduits au Refectoire, mais non pas † Seculiers. L'Abbé
ne devoit point non plus visiter les metairies sans necessité,niy
laisser aucun Religieux pour les garder.S'il y avoit des Prieu-

rés de la dépendance de son Monastere,il devoity mettre six RootsReligieux au moins, ou des Chanoines ; c'est-à-dire, des †" Ecclesiastiques qui vêcussent en commun. On devoit user p'Aix de punition corporelle pour les Religieux qui s'écartoient CHAPELLEs de leur devoir, & qui ne vouloient pas se reconnoître ; mais on ne pouvoit les fustiger nuds à la vuë des Freres, comme il avoit été pratiqué long-tems ; & ceux qui étoient en penitence pour de grandes fautes, devoient avoir un logement separé, avec une cour où ils pussent travailler à quelque ouvrage qu'on leur imposoit , n'aïant de relâche † Dimanches,qu'ils devoient emploïer à la priere.

Pour l'habillement, ces Statuts accordoient à chaque Religieux deux chemises de serge, deux tuniques, deux chapes, deux cucules, deux paires de caleçons , quatre paires de souliers pour le jour, § pantoufles pour la nuit, deux paires de chaussons, un roc, deux pelisses qui devoient descendre jusqu'aux talons, deux bandelettes dont ils se servoient les voïages, des gants en Eté, des moufles en hyver , aussi bien que des § de bois & du savon. Ainsi ces Statuts leur en accorderent beaucoup plus qu'il n'est porté par la Regle de saint Benoît, où il n'est point fait mention de chemises, de chapes , de rocs, de pelisses, de bandes, de gants, de moufles, de sandales de bois, de savon, ni d'aucune autre onction.

Les sandales de bois étoient autrefois en usage parmi les Moines de France, les Chapes étoient des habillemens qui descendoient jusqu'aux talons, la Cucule dont il est parlé dans ces Reglemens n'étoit autre que le Scapulaire qui n'avoit point de manches, & qui entouroit le corps jusqu'aux reins : il étoit quelquefois fendu par les côtés : il y en avoit aussi qui ne l'étoient pas , ils ne devoient avoir que deux coudées, ou tout au plus ils devoient descendre aux genoux: le roc étoit un vêtement de lin pour les Clercs, & de laine pour les Moines, qui entourroit les épaules , & les bandes servoient à lier les haut de chausses ou calçons & les bas.

Quant à la nourriture, ils devoient faire deux repas les jours de Fêtes : & aux grandes Solemnités, c'est-à-dire, à Noël & à Pâques, quatre jours durant on pouvoit manger de la volaille , mais elle étoit defenduë dans tout le reste de l'année. On ne mangeoit ni fruits ni herbes hors les repas

REGLEMENS D U CoNcI LE D'AIx-LACHAPELL r.

On devoit distribuer dans le Refectoire les Eulogies, parce. que c'étoit la coûtume dans les Monasteres que tous les Religieux offroient à la Messe Conventuelle des pains, dont on en consacroit une partie pour communier quelques Freres, & les autres étoient seulementbenis, pour être distribués au Refectoire à ceux qui n'avoient pas communié, & qui devoient commencer par manger ce pain avant que de prendre leur repas : ce qui fut encore ordonné dans ce Concile § hapelle. On permettoit la graisse dans la nourriture des Freres : la livre de pain portée par la Regle, devoit peser trente sous , le sou étant de douze deniers : ce qui pouvoit revenir à quatorze onces étant cuit, en ne prenant ue la livre commune, & seize à bon poids , conformément à la Regle qui dit : Panis libra una propensa in die ; c'est ce qui sera expliqué dans la suite Au lieu de l'hemine de vin, on donnoit aux Freres le double de biere, aux lieux où le vin étoit rare. Le Vendredi Saint on ne devoit prendre que du pain & de l'eau, & si le travail y obligeoit, on pouvoit boire après le repas du soir, même en Carême. Ce Reglement, qui ordonnoit qu'on ne mangeroit de la volaille qu'aux Fêtes de Noël & de Pâques,ne fait qu'à cause qu'il y avoit plusieurs Religieux qui croïoient que la Regle permettoit § manger , aïant seulement parlé de l'abstinence de la viande d'animaux à quatre pieds , & n'aïant point designé celle de la volaille ; & comme il y en avoit même parmi les † sçavans qui étoient de ce sentiment,ce fut par une espece de condescendance que le Concile accorda qu'on en † dans ces deux Fêtes quatre jours durant , & modera l'indulgence de ceux du Mont

· Cassin, qui le permettoient ces deux Fêtes pendant huit

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