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BENOIT
WANIANE.

tre que c'étoit une tentation , & l'encouragea à poursuivre Vie DE . son dessein. Il continua donc dans le même lieu avec un petit nombre de Moines que sa réputation lui attira , aulquels il montroit l'exemple de tout ce qu'il leur faisoit pratiquer. Ils travailloient de leurs mains , & ne vivoient ordinairement que de pain & d'eau , ne beuvant du vin que les Dimanches & les grandes Fêtes , & mangeant seulement quelquefois du lait, que les femmes du voisinage leur apportoient. Ils ne possedoient ni terres , ni vignes , ni bétail, ni chevaux , & n'avoient rien de toutes les commodités de la vie.

Cependant les Disciples de Benoît augmentoient tous les jours : sa réputation se répandoit de tous côtés , & la vallée où il s'étoit établi d'abord étant forte étroite , il commença à bâtir un peu plus loin un Monastere nouveau dans un lieu plus étendu. Le Monastere fut grand & spacieux ; mais les bâtimens fort pauvres, & convenables à des personnes Religieuses. L'Eglise fut dediée à la sainte Vierge. Mais il observa en toute chose la simplicité Religieuse, ne voulant pas qu'on s'y servîr ni de Calices d'argent, ni de Chasubles de soyë. On donna beaucoup à ce Monastere , Benoît recevoit les terres ; mais il ne voulut point accepter les Serfs qu'on

y vouloit donner ; ou bien s'il les recevoit , il leur donnoit aussi-tôt la liberté.

L'exemple de Benoîc excita plusieurs autres saints Personnages non seulement dans le même païs, mais encore aux environs , à assembler des Moines & à former leur vie sur ses instructions. Le Saint leur servoit de Pere & les aslistoit non seulement de ses conseils ; mais encore de ses liberalités : il les visitoit aussi quelquefois pour les encourager & les solltenir : ainsi se formerent plusieurs Monasteres dans le païs, dont Aniane devint Chef, aussi bien que de quelques autres dans des lieux plus éloignés. De ce nombre furent ceux de Gelone,d'Inde, de Belcelle, de Maurmonster , & plusieurs autres , dont nous parlerons. Benoît fut beaucoup aidé

par les trois Solitaires qu'il trouva d'abord, Attilion, Nibride & Annien. Attilion fuc Abbé de saint Tiberi , Nibride de Crasse , & Annien fut Fondateur & Abbé de deux autres Monasteres , sçavoir de saint Jean d'Extor , & de faint Lau, rent d’Oliberge.

VIE DE S. D'ANIANE.

Celui d'Aniane croissoit toûjours , & Benoît aidé par

les" RENOVE liberalités de plusieurs Seigneurs, pour détacher du monde

par la beauté de la Maison du Seigneur , plusieurs personnes qui méprisoient sa pauvreté & sa simplicité , commença à y bâtir une Eglise plus magnifiquel’an 782. Il renouvella aussi le Cloître, mettant des colomnes de marbre dans les galeries, & faisant couyrir les bâtimens de cuille , au lieu que julqu'alors la couverture n'avoit été que de paille. Cette Eglise fut dediée à faint Sauveur. Les ornemens écoient par lept: sept chandeliers à sept branches sur le modele de celui du Tabernacle de l'ancienne Loi, sept lampes devant l'Autel, & sept autres dans le Chæur : ensorte qu'aux grandes solemnités, l'Eglise étoit magnifiquement éclairée. Il y avoit des grands Calices d'argent, des habits précieux & tout ce qui étoit necessaire pour le service Divin. La Communauté d'Anjane s'accrut tellement ; qu’on vit en même tems plus de trois cens Religieux sous la conduite de saint Benoît , qui fit faire des bâtimens fort vastes , longs de cent coudées , & larges de vingt, qui depuis contenoient plus de mille personnes : il établit même encore en divers lieux des petits Monasteres ou Prieurés , ausquels il donna des Superieurs particuliers.

Des Evêques dans la suite lui demanderent de ses Religieux pour servir d'exemple aux autres. Il en envoïa plufieurs à Leïdrade Archevêque de Lion pour rétablir le Monastere de l'Ine Barbe. Theodulfe Evêque d'Orleans en demanda aussi pour le Monastere de Mici ou de saint Memin. Alcuin qui étoit lié d'amitié avec notre Saint en obtine vingt Religieux par le moïen desquels il fonda l’Abbaïe de Cormeri. Mais la plus illustre Colonie d’Aniane fut le Monastere de Gelone , fondé en 804. par les liberalités de Guillaume Duc d'Aquitaine qui s'y retira lui-même ; ce qui lui a fait donner le nom de S.Guillem du desert.

La réputation de Benoît étant venuë jusqu'à la Cour, il alla trouver le Roi Charles, & afin

que

ses tres n'inquietassent pas ses successeurs, & ne prétendislenc rien après sa mort au bien de son Abbaïe, it la mit sous la protection de ce Prince, dont il obtine un privilege ou immunité, suivant l'usage de ce teins là. Le Roi donna encore à Benoît des terres autour de son Monastere, le ren

parens ou d'au

voïa avec honny & ; & lui fit present de quarante livres d'ar- VIE DE S.
gent , que le Saint distribua aux Monasteres du païs , étant D'ANIANE.
proprement le nourricier de tous les Monasteres de Provence,
de Gothie & de Novempopulonie, c'est-à-dire, de Langue-
doc & de Gascogne. Le grand soin qu'il prenoit des pau-
vres , faisoit que chacun lui portoit ce qu'il vouloit leur don-
ner. Il nourrissoit dans ton Monastere des Clercs & des Moi-
nes de divers lieux , ausquels il donnoit un maître pour

les instruire dans les choses saintes. Sa charité étoit sans bornes: il avoit la confiance de tous ses Disciples , dont il étoit le recours dans leurs tentations. Il avoit beaucoup diminué de cette grande austerité , jugeant impossible de la soûtenir ; mais il ne laissoit

pas

de travailler avec les autres à fouir la terre , à labourer & à moissonner. Nonobstant la chaleur du païs , à peine permettoit-il à personne de boire un verre d'eau avant l'heure du repas; ils n'osoient cependant en murmurer , parce qu'il étoit encore moins indulgent pour luimême que pour les autres. Soit pendant le travail, soit en y allant ou en revenant, on n'ouvroit la bouche que pour chanter des Pseaumes. Depuis le jour de la conversion , jamais il ne mangea de grosse viande ; mais dans ses maladies, il prenoit du bouillon de volaille , la croïant plus permise comme

defenduë par Le voisinage de la Catalogne exposant la Province de Languedoc au danger d'être infectée de l'heresie de Felix Evêque d'Urgel , faint Benoîc empêcha les Prélats de son païs de s'y laisser surprendre. Felix soûtenoit que JesusChrist n'étoit Fils de Dieu que par adoption. Le Roi Charles aïant fait assembler au sujet de cette heresie, un Concile à Ratisbonne l'an 792. Felix y fut convaincu d'erreur , & aïant été envoïé

par ce Prince à Rome , vers le Pape Adrien I. il confessa & abjura son heresie : mais étant retourné à Urgel, il la soûtint de nouveau ; ce qui fit que Charles fit assembler un Concile à Rome l'an 799. où Felix fut encore condamné. Ce Prince lui envoïa Leïdrade Archevêque de Lion , Benoît Abbé d'Aniane & plusieurs autres Evêques & Abbés, pour lui persuader de renoncer à son erreur & de se soûmettre au jugement de l'Eglise. On l'invita à venir trouver le Roi,& on lui donna parole qu'il y auroir toute liberté de produire les passages des Peres qu'il prétendoit fa

n'étant pas

la Regle:

1

par

VII DE S. vorables à son opinion. Il vint à Aix la Renapelle où le Roi D'ANIANE. étoit : il produisit dans une Assemblée qui isi tenuë en pre

sence de ce Prince , ses authorités qui furer: combattuës

les Prélats, & convaincu il se rendit une seconde fois, & abjura son erreur , ce qui n'empêcha pas qu'à cause de les rechutes , il ne fût deposé de l'Episcopat & relegué à Lion où l'on trouva après sa mort entre ses écrits , une formule de foi contraire à celle qu'il avoit prononcée dans l'Assemblée d'Aix la Chapelle , ce qui fait croire qu'il est mort heretique.

Louis dit le Debonnaire , dernier fils de l'Empereur Charlemagne , & Roi d'Aquitaine voulant travailler à rétablis dans son Roïaume, la discipline Monastique, en commit le soin à saint Benoîtd’Aniane. Il y avoit quelques Monasteres qui étoient entierement déchus de la discipline primitive.

L'on n'y connoissoit plus la Regle , ni les pratiques li saintes
que l'on avoit admirées autrefois, les Religieux se conten-
tant de vivre en Chanoines, sans beaucoup de regularité:
Le Saint les reforma tous ; mais un si heureux succès lui
suscita l'envie de quelques Ecclesiastiques & de quelques
Seigneurs de la Cour, qui tâcherent de le rendre suspect à
l'Empereur. Il fut obligé d'aller à la Cour de ce Prince pour
se purger des accusations qu'on avoit formées contre lui:
mais quoique pour le détourner d'y aller , on l'eût assuré que
l'Empereur étoit fort prévenu contre lui, ilne reçut cepen .
dant de ce Prince

que
des marques

d'estime & d'affection. L'Abbaïe d'Aniane ne pouvant plus nourrir tous les Religieux qui y étoient, dont le nombre se multiplioit chaque jour, Louis le Debonnaire lui donna les trois Monasteres de Menat en Auvergne , de saint Savin dans le Diocese de Poitiers , & de Malfai dans le. Berri. Le Saint mit encore outre cela douze de ses Religieux dans un Prieuré de la dépendance de Menat : & Dieu donna tant de benediction à cet établissement, que cette Communauté se grossit par la conversion de soixante & dix personnes qui y prirent l'habit de Religion : de sorte qu’on fut obligé de les envoïer dans le Monastere même de Menat qui étoit plus grand & plus commode , à la reserve d'un petit nombre qui resta dans ce Prieuré.

Loüis aïant succedé à son pere Charlemagne à la Cou.

ronne

il ne put

ronne de Frarze & à l'Empire , fit venir en France saint Be- Vie pe S. noît & lui donna en Alsace le Monastere de Maurmonster D'ANIANI. près de Saverne , où il mit plusieurs Religieux de son observance, tiré, d'Aniane. Mais parce que ce lieu là étoit trop éloigné d'Aix" la Chapelle, qui étoit la résidence ordinaire de l'Empereur , & que faint Benoît lui étoit necessaire pour plusieurs affaires , il l'obligea de mettre un autre Abbé à ce Monastere , & de se rendre auprès de lui avec quelquesuns de ses Religieux. A deux lieuës de là il y avoit une vallée qui plut au laint Abbé ; & l'Empereur par complaisance pour ce faint homme, y fit bâtir un Monaitere quel'on nomma Inde d’un ruisseau qui y coule. Ce Prince allista à la Dedicace de l'Eglise qui fut faite sous le titre de saint Corneille Pape & Martyr. Il y donna plusieurs terres , & voulut qu'il y eut trente Religieux, qui furent tirés de differentes Mailons. Ainsi quelque amour qu'eut le Saint pour la retraite,

fe dispenser de frequenter la Cour. Il recevoit les Requêtes que l'on presentoit à ce Prince, & de peur de les oublier , il les mettoit dans ses manches, ou dans le Manipule que les Prêtres portoient encore ordinairement à la main. L'Empereur le foüilloit souvent pour prendre ces papiers & les lire, & le consultoit non seulement sur les affaires particulieres ; mais encore sur le gouvernement de l'Etat. Il lui donna l'inspection sur tous les Monasteres de ses Etats , & ce fut par son ordre qu'il travailla à une reforme generale avec plusieurs autres Abbés, qui après avoir long-tems conferés ensemble , trouverent que la principale cause du relâchement de la Discipline Monastique étoit la diversité des Observances : quoi que l'on fît profession de suivre la Regle de saint Benoît dans la plûpart des Monasteres , il y avoit neanmoins bien de la varieté dans la pratique de ce qui n'y est pas écrit. D'où il arrivoit

que l'on faisoit passer les relâchemens pour d'anciennes coûtumes authorisées

par le tems, que l'on avoit bien de la peine à reformer. On crut donc que le plus seur étoit d'établir une discipline uniforme par des constitutions qui expliquassent la Regle : ce qui s'executa par les Reglemens du Concile d'Aix la Chapelle qui se tine l'an 817. dont nous allons parler dans le Chapitre suivant. Monsieur l'Abbé Fleury met au nombre des Abbés qui affifterent à ce Cona Tome V.

T

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