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CoNGRE. GATION DE LERIN s.

que le Pere Mabillon fait remarquer,que pour lors les Clercs
n'étoient pas ainsi appellés, à cause de leur tonsure ; mais à
cause des Offices Ecclesiastiques qu'ils exerçoient ; comme
de Chantre, de Sacristain, d'Oeconome, de Notaire, ou de
Défenseur ; & qu'ils étoient appellés Ministres de l'Autel,
lorsqu'ils avoient reçu les Ordres Majeurs ou Mineurs :
u'à l'égard des simples Moines,'qui n'avoient ni Ordres ni
Offices, ils étoient appellés Laïques ; & que pour les distin-
guer des Seculiers, on les appelloit quelquefois, Laici Ma-
joris propositi. Il ajoûte que ce Concile d'Arles parlant de
ces Moines, les avoit appellés une multitude de Laïques ;
parce que leur nombre étoit † plus grand à Lerins
que celui des Clercs ; mais que dans la suite le nombre des
Clercs engagés dans les Ordres Majeurs, surpassa celui des
simples Moines; comme il paroît par la Lettre que S. Gre-
goire le Grand écrivit à l'Abbé Etienne, où il le congratule
de ce que les Prêtres, les Diacres, & toute la Communauté,
vivoient dans une grande union. Saint Fructueux, Evêque
de Prague, distingue dans le dernier Chapitre de sa § >
les Moines de son Monastere d'avec les Laïques ; mais ces
sortes de Laïques n'étoient pas des Seculiers, ils étoient de
veritables Moines, tels que ceux que l'on nomme presente-
ment Convers : ainsi (conclud § Homme) lorsque
le Concile d'Arles parle de cette multitude de Laïques qui
étoient à Lerins , il n'entendoit pas parler de Seculiers;mais
de Moines qui n'étoient pas Clercs , puisque c'étoit à eux
que l'élection de l'Abbé appartenoit. Quant aux Neophites,
( dont il est aussi parlé dans ce Concile ,) qui étoient à Le-
rins , il faut remarquer qu'autrefois les Catechumenes
étoient instruits † Monasteres avant que de recevoir
le Batême.
, Après que Fauste eut été fait Evêque de Riez, Nazare
fut Abbé de Lerins.Ce fut lui qui fit bâtir pour des Filles le
Monastere d'Arluë l'an 472. Les autres Abbés qui succe-
derent à Nazare, eurent soin de maintenir l'Observance
Reguliere , mais il y a bien de l'apparence qu'elle s'affoiblit
dans la suite sur la fin du sixiéme siécle, du tems même de
l'Abbé Etienne, que saint Gregoire avoit felicité par une
Lettre de la grande union qui étoit dans son Monastere,
puisque par une autre Lettre de ce Pape, écrite à Conon,
successeur d'Etienne, il l'exhorte de corriger les mœurs de
ses Religieux.
Le §en augmenta dans la suite & produisit une
grande division entre les Religieux , qui ne pouvant s'accor-
der sur l'élection d'un Abbé, demanderent l'an 66 I. Aigulfe
Moine de saint Benoît sur Loire qui y avoit apporté du Mont-
Cassin le Corps de saint Benoît, & l'élurent pour Abbé. Ai-
gulfe aïant accepté cette dignité, travailla aussi tôt à rétablir
dans ce Monastere la paix & l'Observance. Les exhortations
iointes au bon § qu'il donna , furent si efficaces, que
† esprits se réünirent enfin , & ceux qui étoient sortis du
Monastere y revinrent & reprirent les Observances Regu-
lieres. Il s'en trouva néanmoins deux, Arcade & Colomb,
qui conçurent une si grandeaversion contre le saint Abbé,&
contre ceux qui suivoient ses maximes, qu'ils chercherent
les moïens de leur ôter la vie. Quelques-uns s'étant apperçus
de leur mauvaise volonté , voulurent échaper à leur fureur,
en se retirant dans l'Eglise de saint Jean ; mais les autres ne
voulurent point abandonner leur Abbé, qui représenta aux
rebelles l'énormité de leur crime,dont ils se repentirent &de-
manderent pardon. Mais un an après craignant que le bruit
de leur conspiration, n'allât § oreilles du Roi, &
qu'il ne les fist punir, Arcade sortit du Monastere pour aller
chercher de la protection au dehors, & Colomb resta pour
cabaler au dedans. Arcade voulut ensuite rentrer, feignant
de se repentir, mais Aigulfe lui fit fermer la porte. Ce mé-
chant homme eut pour lors recours à un Seigneur voisin
nommé Mommol, & lui persuada d'aller à Lerins, l'assu-
rant qu'il y trouveroit de grands trésors. Il y vint, conduit
ar cet Arcade, qui prit l'Abbé, le chargea de coups de
§ , & le mit en prison avec les Religieux qui lui étoient
les plus soûmis. Le lendemain Arcade les alla voir, & fei-
gnant qu'il n'étoit point l'Auteur de cette violence , leur fit
apporter à manger. Mais † dans les liens , ils ne cru-
rent pas pouvoir † er la Regle ; & comme c'étoit un
jour de jeûne, & qu'il n'étoit encore que l'heure de Tierce,
ils differerent à manger jusqu'à None.
Après que Mommol eut emporté ce qu'il put du Mona-
stere, Arcade fit sortir les prisonniers au bout de dix jours
& les mit sur un vaisseau.Colomb les voulut accompagner

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CoNGREGATION DE LERINs.

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renverserent les Eglises & tous les bâtimens, tuerent tous les
Religieux , du nombre desquels fut Colomb, qui condam-
nant sa timidité, sortit § grotte , & se rejoignant à ses
Freres , eut le bonheur de mourir avec eux. Ces Barbares
épargnerent neanmoins quatre jeunes † , qu'ils se
contenterent de faire prisonniers. Ils les firent monter sur
un de leurs vaisseaux, qui aborda au Port d'Agat en Pro-
vence, où on leur permit de descendre à terre pour un peu
de tems : mais voïant qu'on ne les observoit pas, & qu'ils
étoient proche d'une forêt, ils s'y cacherent jusqu'à ce que
les Barbares eussent mis à la voile. Alors ces Religieux vin-
rent à Arluë, où aïant trouvé une petite barque, ils s'en
· servirent pour repasser à Lerins, où † aiderent Eleuthere à
donner la sepulture aux corps des saints Martyrs. Ils alle-
rent ensuite trouver en Italie les jeunes Religieux que saint
Porcaire y avoit envoïés : & lors qu'on n'eut plus rien à
craindre de la part des Sarrasins, ils retournerent à Lerins,
sous la conduite d'Eleuthere, qui repara l'Abbaïe, dont il
fut fait Abbé.
Il y a de l'apparence qu'elle eut encore besoin de réfor-
me, lorsque saint Odilon Abbé de Cluni, qui réforma tant
de Monasteres en France , en fut Abbé en 997. Mais cette
Abbaïe ne fut jamais plus florissante que sous le gouverne-
ment de l'Abbé Aldebert, qui fut élû l'an 1o66. & qui gou-
verna cette Abbaïe pendant trente-six ans 5 car l'Auteur du
Catalogue des Abbés rapporté par Vincent Barale dit, que
du tems de cet Abbé, il n'y avoit pas un seul jour que l'on
n'enrichît cetteMaison par quelques donations.Ce fut de son
tems que Raymond Comte de Barcelone,& sa femme, don-
nerent à cette Abbaïe le Monastere de saint Barthelemi en
Catalogne. Elle en avoit aussi d'autres , non seulement en
France; mais encore en Italie dans l'Evêché de Regio,dans
l'Etat de Gennes , & dans l'isle de Corse ; qui tous étoient
soûmis à la correction de l'Abbé de Lerins ; car dans ce
Catalogue des Abbés , l'on voit que l'Abbé Tournefort qui

fut élû l'an 1365. ordonna au Prieur de saint Antoine de

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Tome V. Q

CoNc REGATIO N DE LE RI Nss

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