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CONGREGATION DE LERIN S.

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CH A P I T R E
De la Congregation de Lerins, il est parlé des Reli-

gieuses de saint Honorat de Tarascon, & de celles de

Marmunster ou Momevaux,
L

'ABBAIE de Lerins l'une des plus celebres & des plus

anciennes de France, qui a été un Seminaire de saints Prélats & d'Abbés , qui ont gouverné la plûpart des Eglises & des Monasteres de ce Roïaume, ne reçut la Regle de laint Benoît

que dans le septiéme siécle : encore y fut-elle observée d'abord conjointement avec celle de saint Colomban. Cette fameuse Abbaïe , autrefois chef de Congregation fut fondée, non pas l'an 375.comme quelques-uns l'ont avancés mais l'an 410. par saint Honorat qui fut dans la suite Evê. que d’Arles. On ignore le lieu de la naissance de ce faint Fondateur ; on croît qu'il étoit d'une famille noble , & qu'il avoit même eu l'honneur du Consulat. Quoique son pere s'opposât à la conversion, il reçut le Baptême aussi bien que son

å
lui ayant

refolu tous deux de ne vivre que pour Dieu , ils embrasserent la profession Monastique sous la conduite de faint Capraise qui étoit Ermite dans une Ile proche Marseille. Ils allerent ensuite dans l'Achaïe : mais Venant étant mort à Moudon , saint Honorat revint en Provence, où étant attiré par Leonce Evêque de Frejus , il s'établit dans son Diocele, & choisit pour sa retraite l'Ille de Lerins qui étoit déserte, & où personne n'abordoit à cause de la quantité de serpens dont elle étoit remplie. Mais Honorat aïant chassé ces animaux y bâtit un Monastere qui fut bien-tôt habité par un grand nombre de Religieux de toutes sortes de Nations. Il étoit d'abord compolé de Cænobites & d'Anacho

semblable à une Laure où l'on vosoit une infinité de cellules separées les unes des autres. L'Ine de Lero qu'on appelle presentement sainte Marguerite, qui touche presque à celle de Lerins , étoit aussi habitée par de saints Solitaires qui ne faisoient avec ceux de Lerins qu'une même Congregation, gardant les mêmes observances. Il ne faut point

dit le Pere Mabillon ).recourir aux institutions de Callien

retes ,

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& dire qu'elles servoient de Regle à ces Solitaires , puis- CONGRE-
qu'elles n'étoient pas encore écrites. Il est vrai qu'on ne peut LERINS.
parler que par conjecture ; mais il est plus probable qu'ils
observoient la Regle de faint Macaire.

Saint Honorat aïant été élevé sur le Siège Episcopal
d'Arles, Maxime lui succeda dans le Gouvernement de
Lerins, & Fauste à Maxime, qui furent tous deux Evêques
de Riez. Fauste étant encore Abbé, eut un differend avec
Theodore, Evêque de Frejus , au sujet de la Jurisdiction
que ce Prélat prétendoit avoit sur cette Abbaïe , qui étoit
encore pour lors du Diocese de Fréjus , & qui n'a été que
dans la suite de celui de Grasse. Saint Honorat, en jettant
les fondemens de ce Monastere , étoit convenu avec l'Evê-
que Leonce , que les Clercs , & ceux qui approchoient des
Autels , ne seroient ordonnés que par l'Evêque, ou par ce-
lui à qui il en auroit donné la permission , & que lui seul
donneroit le saint Chrême ; mais que tout le Corps des au-
tres Moines Laïques seroit sous la dépendance de l'Abbé
qu'ils auroient élu. Theodore cependant prétendoit avoir
une Jurisdi&ion absoluë sur tout le Monastere. Pour reme-
dier au scandale que ce differend causoit, Ravennius Evê-
que

d'Arles, convoqua un Concile de treize Evêques dans
lequel il fut resolu que Theodore seroit prié de recevoir la
satisfaction de Fauste, qu'il oublieroit le passé, qu'il lui
rendroit son amitié, qu'il continueroit à lui donner les fe-
cours qu'il avoit promis , & qu'il ne pourroit s'attribuer sur
ce Monastere que ce que Leon son prédecesseur s'étoit at-,
tribué ; c'est-à-dire, que les Clercs & les Ministres de l'Au-
tel ne seroient ordonnés que par lui, ou par celui auquel il
en auroit donné commission : que lui seul donneroit le saint
Chrême, & confirmeroit les Neophites, s'il y en avoit: que .
les Clercs étrangers ou passans ne seroient point admis fans
fon consentement, ni à la Communion ni au Ministere: mais
que la multitude des Laïques ( c'est-à-dire , le reste des
Moines ) seroit sous la conduite de l'Abbé, fans que l'Évê-
que s'y attribuât aucun droit , ni qu'il pût en ordonner au-
cun pour Clerc, si ce n'étoit à la priere de l'Abbé.
C'est au sujet de ce Concile , qui se tint l'an 450.

selon
quelques-uns , ou, selon d'autres , l'an 455. & qui, selon M.
Fleury, ne peut pas avoir été cenu plus tard que l'an 461.,

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GATION DE

pas

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ز

CONGRE. que le Pere Mabillon fait remarquer,que pour lors les Clercs
LERINS.

n'étoient ainsi appellés, à cause de leur tonsure ; mais à
cause des Offices Ecclesiastiques qu'ils exerçoient ; comme
de Chantre, de Sacristain, d'Oeconome, de Notaire, ou de
Défenseur ; & qu'ils étoient appellés Ministres de l'Autel,
lorsqu'ils avoient reçu les Ordres Majeurs ou Mineurs :
qu'à l'égard des simples Moines,'qui n'avoient ni Ordres ni
Offices, ils étoient appellés Laïques ; & que pour les distin-
guer

des Seculiers, on les appelloit quelquefois , Laici Ma-
joris propofiti. Il ajoute que ce Concile d'Arles parlant de
ces Moines , les avoir appellés une multicude de Laïques ;
parce que leur nombre étoit beaucoup plus grand à Lerins
que celui des Clercs ; mais que dans la suite le nombre des
Clercs engagés dans les Ordres Majeurs, surpassa celui des
simples Moines; comme il paroît par la Lettre que S. Gre-
goire le Grand écrivit à l'Abbé Etienne , où il le congratule
de ce que les Prêtres, les Diacres, & toute la Communauté,
vivoient dans une grande union. Saint Fructueux, Evêque
de Prague, distingue dans le dernier Chapitre de sa Regle,
les Moines de fon Monastere d’avec les Laïques ; mais ces
fortes de Laïques n'étoient pas des Seculiers, ils étoient de
veritables Moines, tels que ceux que l'on nomme presente-
ment Convers: ainsi (conclud ce sçavant Homme ) lorsque
le Concile d'Arles parle de cette multitude de Laïques qui
étoient à Lerins , il n'entendoit pas parler de Seculiers; mais
de Moines qui n'étoient pas Clercs , puisque c'étoit à eux
que l'élection de l'Abbé appartenoir

. Quant aux Neophites, (dont il est aussi parlé dans ce Concile , ) qui étoient à Lerins , il faut remarquer qu'autrefois les Catechumenes étoient instruits dans les Monasteres avant que de recevoir le Batême.

Après que Fauste eut été fait Evêque de Riez , Nazare fut Abbé de Lerins.Ce fut lui qui fit bâtir pour des Filles le Monastere d’Arluë l'an 472. Les autres Abbés qui succederent à Nazare, eurent loin de maintenir l'Observance Reguliere ; mais il y a bien de l'apparence qu'elle s'affoiblic dans la suite sur la fin du fixiéme fiécle, du tems même de l'Abbé Etienne , que saint Gregoire avoit felicité par une Lettre de la grande union qui étoit dans son Monastere, puisque par une autre Lettre de ce Pape, écrite à Conon,

GATION DE LERINS.

successeur d'Etienne , il l'exhorte de corriger les mæurs de CONGRE: ses Religieux.

Le relâchement augmenta dans la suite & produisit une grande division entre les Religieux , qui ne pouvant s'accorder sur l'élection d'un Abbé, demanderent l'an 661. Aigulfe Moine de saint Benoîc sur Loire qui y avoit apporté du MontCallin le Corps de saint Benoît , & l'élurent pour Abbé. Aigulfe aïant accepté cette dignité, travailla aufli-tôt à rétablir dans ce Monastere la paix & l'Observance. Les exhortations jointes au bon exemple qu'il donna , furent si efficaces,

que les esprits se réünirent enfin , & ceux qui étoient sortis du Monastere y revinrent & reprirent les Observances Regulicres. Il s'en trouva néanmoins deux, Arcade & Colomb, qui concurent une si grande aversion contre le fainc Abbé,& contre ceux qui suivoient ses maximes, qu'ils chercherent les moïens de leur ôter la vie. Quelques-uns s'étant apperçus de leur mauvaise volonté , voulurent échaper à leur fureur, en se retirant dans l'Eglise de saint Jean ; mais les autres ne voulurent point abandonner leur Abbé, qui représenta aux rebelles l'énormité de leur crime,dont ils se repentirent &demanderent pardon. Mais un an après craignant que le bruit de leur conspiration, n'allâc jusqu'aux oreilles du Roi, & qu'il ne les filt punir, Arcade sortie du Monastere pour aller chercher de la protection au dehors, & Colomb resta pour cabaler au dedans. Arcade voulut ensuite rentrer , feignant de se repentir , mais Aigulfe lui fit fermer la porte. Ce mé- . chant homme eut pour lors recours à un Seigneur voisin nommé Mommol , & lui persuada d'aller à Lerins , l'assurant qu'il y trouveroit de grands trésors. Il y vint , conduit par cet Arcade , qui prit l'Abbé, le chargea de coups

de bâton , & le mir en prison avec les Religieux qui lui étoient les plus foầmis. Le lendemain Arcade les alla voir, & feignant qu'il n'étoit point l'Auteur de cette violence, leur fit apporter à manger. Mais quoique dans les liens , ils ne crurent pas pouvoir trangresser la Regle ; & comme c'étoit un jour de jeûne, & qu'il n'étoit encore que l'heure de Tierce, ils differerent à manger jusqu'à None.

Après que Mommol eut emporté ce qu'il put du Monastere, Arcade fit sortir les prisonniers au bout de dix jours & les mit sur un vaisseau. Colomb les voulut accompagner

CONGRE- après leur avoir fait couper la langue & crevé les yeux , de LERINS." peur qu'ils ne fissent connoître les Auteurs d'une telle cruau

ié,& leur donna de méchants habits afin qu'ils ne fussent pas reconnus pour Religieux. Ils aborderent à l'isle Capraria , où il y avoit une grande multitude de Moines, avec lesquels ils celebrerent la Cene du Seigneur, y étant arrivés le Jeudi Saint : le jour de Pâques Colomb eut la hardiesse de faire l'Office de Diacre à la Messe , & avant la Communion de donner le baiser de paix à ses freres qui portoient des marques de sa cruauté, & dont les plaïes étoient encore toutes laignantes. Il sortit ensuite de ce Monastere , y laiffamt faint Aigulfe avec ses Compagnons , & s'en alla á Ephese pour quelques affaires feculieres qu'il y avoit. Il retourna à Capraria deux ans après , où il fit rembarquer les saints Martyrs, Aigulfe & ses freres i & les aïant conduits dans une ifle qui est entre celles de Corse & de Sardaigne , il les у

fit massacrer l'an 675. L'on dit que le Roi Thierri, fit porter à ce malheureux la peine que meritoit un sigrand crime.

La Réforme que faint Aigulfe avoit établie à Lerins, aïant été comme arrosée de son sang, refleurit & porta une abondance de fruits en pieté & en vertus. Ce Monastere fut fi celebre & l'observance y étoit gardée si exactement que l'on

y venoit de toutes parts s'y consacrer à Dieu : l'on dit même que le Bienheureux Amand , qui pouvoit gouverner cette Abbaïe vers le commencement du huitième liécle , eut sous sa conduite , jusqu'à trois mille fept cens Religieux. Silvain lui succeda , & saint Porcaire à Silvain. Ce fut du tems de faint Porcaire que les Sarrasins attaquerent cette isle. Ce Saint aïant connu par revelation qu'ils devoient venir, cacha dans un lieu secret les Reliques des saints qui étoient dans son Eglise,& persuada à trente-six Religieux qui étoient . à la fleur de leur âge , & à seize enfans qu'on élevoit dans ce Monastere,de sauver leur vie par la fuite, en se refugiant en Italie.

Il parla ensuite à fa Communauté, composée d'environ cinq cens Religieux , & les exhorta à mourir genereusement pour Jesus-Christ. Mais ses exhortations ne pouvant rassurer deux Religieux , l’un nommé Colomb,l'autre Eleuthere, il leur commanda de s’aller cacher dans une grotte voisine. Les Barbares étant descendu dans l'isle l'an 730. ou 731..

renverserenc

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