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FRANCE.

rapportée en parlant de cette Abbaïe. Le Roi étant de re- Ancienne . cour , cet Abbé fut chargé d'une nouvelle Commission par CIN BES: le Pape : c'étoit de mettre des Moines dans l'Eglise de saint DENIS EN Corneille de Compiegne, desservie alors par

des Chanoines d'une vie peu reglée : ce qu'il executa, en y établissant une Communauté de Religieux tirés de saint Denis. Enfin après avoir rendu de grands services à l'Etat , qui lui firent donner le titre de Pere de la Patrie , & avoir gouverné son Ab. baïe pendant vingt-neuf ans, il mourut l'an 1151. Il n'est pas

le seul Abbé de saint Denis qui ait été Regent du Roïaume. L'Abbé Matthieu de Vendôme le fut aussi,lorique saint Loüis alla pour la seconde fois en Orient l'an 1269. Ce Prince étant mort dans ce voïage, son fils Philippe III. qui l'avoit accompagné, non seulement continua la Regence à l'Abbé Matthieu ; mais le fit à son retour son Ministre d'Etat.

Quoique Suger eût assez de credit pour obtenir du Pape Eugene III. d’user d'ornemens Pontificaux, cependant soit par modestie, ou pour quelqu'autre raison, il ne s'en servit pas : ce ne fut que l'Abbé Guillaume II. qui l'an 1176. obtint cet honneur du Pape Alexandre III. Du tems d'Eudes II. qui succeda immédiatement à Suger , l'Abbaïe de saint Denis acquit plusieurs Eglises & Prieurés, entr’autres, le Prieuré de Fornalos , qui lui fut donné l'an 1156. par le Roi d'Espagne Alfonse VIT. & sous le Gouvernement d'Henri V. On lui soûmit encore le Prieuré de Grand-puis. Le Pere Felibien rapporte un Poüillé de certe Abbaïe, tiré d'un ancien Cartulaire de l'an 1411. où il y a dix-huit Prieurés , & environ quatre-vingt Cures à la nomination de PAbbé, sans les Canonicats & les petits Benefices ; & il paroîc par ce même Pouillé que dès ce tems-là cette Abbaïe avoit déja perdu plusieurs Monasteres de sa dépendance ; comme ceux de Toussenval, de Plaisir , celui de S. Michel, changé depuis en Abbaïe, & plusieurs autres , dont il est fait mention dans l'Histoire de saint Denis , quoiqu'ils ne se trouvent point dans ce Pouillé. Ces Monasteres qui étoient de sa dépendance , & dont les Prieurs étoient obligés de fe trouver aux Chapitres Generaux qui se tenoient dans cette Abbaïe, n'étoient que trop suffisans pour lui faire donner le nom de Chef d'Ordre & de Congregation ; mais elle a

GATION DE
S DENISEN

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Ancienne merité ce titre avec plus de fondement par ce que nous ab
CONGRE. lons dire.

Dès l'an 1580. quelques Monasteres de Benedictins pour
FRANCE. facisfairc au Decret du Concile de Trente,qui obligeoit les

Monasteres immédiatement soầmis au saint Siége, de s'unir en Congregation , s'ils n'aimoient mieux se resoudre à la visite de l'Ordinaire, s'étant associés ensemble , sous le titre de Congregation des Exemts , les Religieux de saint Denis qui n'avoient point encore obéï sur ce point au Concile de Trente, & se voïoient pressés d'entrer en Congregation aimerent mieux ; sans s'alfujettir à une autre Congregation, chercher eux-mêmes à en composer une, dont leur Monastere pût être le Chef, & faire en sorte par ce moïen de ne changer à leurs Usages ( quelque abusifs qu'ils fussent ) que ce qu'ils voudroient. La chose concluë,la Communauté députa plusieurs Religieux, pour aller solliciter divers Monaiteres de s'unir à celui de saint Denis, pour faire un même Corps de Congregation. Ils en trouverent jusqu'à neuf , qui furent ceux de laint Pierre de Corbie , de saint Magloire de Paris, de saint Pere de Chartres, de Bonneval, de Coulombs , de Josaphat ,.de Neauphle le Vieil, de fainc, Lomer de Blois, & de Monstierender. Ondressa des Statuts, qui n'étant la plûpart que des Regles ou Maximes affez generalement reçurës dans les Cloîtres, sans déroger aux Coùtumes de chaque Monastere, furent aisément admises

par les Procureurs de toutes ces Abbaïes , assemblés à Paris le 6. Mars 1607. au Prieuré de faint Lazare au fauxbourg de saint Denis , où se conclur le Traité d'Affociation.

On en poursuivit ensuite les Lettres Patentes , & le Roi Henri IV.les accorda dans le même mois. Elles furent enregistrées & homologuées au Parlement le 5. Septembre de la même année, nonobstant l'opposition de l'Abbé de saint: Corneille de Compiegne, dont les Religieux demandoient d'être associés à la même Congregation à laquelle ils furent aussi aggregés. La Cour trouva seulement à propos d'avancer le tems des Chapitres Generaux ; & au lieu

que

les Statuts n'en mettoient que de six en lix ans, elle determina qu'ils se tiendroient tous les quatre ans. Le premier Chapitre General avoit été indiqué à saint Denis le 28. Juillet' : mais quelque incident suryenu , obligea de le differer jul

qu'au

ز

DE S.Di NIS EN

neral , & que

qu'au 21. Octobre suivant; comme il paroît par les Ades Anciena Capitulaires de cette année-là. Nicolas Heffelin , qui étoit CREAM Prieur de saint Denis , fut élu General de la nouvelle Con-TION gregation. Le Pape Paul V. la confirma l'an 1614. sous le FRANCE titre de Congregation de Saint Denis , & donna à tous les Monasteres , immédiatement soùmis au saint Siege,la liberté de s’y aslocier, dans l'esperance de rétablir par ce moïen l.a Discipline Monastique en France.

L'année précedente le General Nicolas Hesselin étant mort. Denis de Rubentel fut élu en sa place. Il remplit aussi celle de Grand Prieur de cette Abbaïe, & mourut en 1620. aprés s'être demis quelque tems avant fa mort du Grand Prieuré , entre les mains de Firmin Pingré. Comme par sa mort la Congregation de saint Denis se vit sans Gé

dans le même tems Claude Louvet Prieur de Corbie qui en étoit Vicaire General vint à mourir , aussi bien que le Syndic nommé François Wast, Religieux & Chambrier de saint Magloire ; Firmin Pingré convoqua l'année suivante le Chapitre General dans l'Abbaïe de saint Corneille de Compiegne où l'on fit de nouveaux Officiers. Mais cette Congregation ne subsista pas long-tems. Le Monastere de saint Magloire qui étoit un de ses membres fue donné aux Peres de l'Oratoire l'an 1628. Elle en perdit encore d'autres dans la suite , & les Benedictins reforınés de la Congregation de faint Maur entrerene dans l’Abbaïe de saint Denis, chef de cette Compagnie l'an 1633. Ils eurent aussi dans la suite celle de faint Corneille de Compiegne, de Monstierender, de saint Pere de Chartres & quelques autres.

Nous avous veu ci devant que dans le nombre des Abbés Reguliers , cette Abbaře a pû scompter des Regens du Roïaume, des Chanceliers & des Ministres d'Etat. Lorfqu'elle a été entre les mains des Laïques elle a eu des Rois mêmes pour Abbés,& avant qu'elle fut tombée en commende plusieurs de ces Abbés Reguliers ont été élevés à la dignité d'Evêque, d'Archevêque & de Cardinal. Le premier Abbé commendataire fut le Cardinal Louis de Bourbon l'an 1528. Le titre d'Abbé fut supprimé, & la Mense Abbariale unie à la Maison Roïale de saint Loüis à saint Cyr l'any 1691. comme nous avons dit, en parlant de cette Maison dans la troisiéme Partie de cet ouvrage. Tome V.

P

ANCIENNE CON TION DE S.DENIS EN FRANCÉ.

Ses Abbés, quoique Reguliers , avoient séance au ParleGREG A ment de Paris , & avoient grand nombre d'Officiers Reli

gieux & Laïques. Lorsque l'Abbé de saint Denis alloit en campagne, il étoit ordinairement accompagné d'un Chambellan & d'un Maréchal , dont les Offices étoient érigés en Fiefs, comme il paroît par des A&tes des années 1189. & 1231. Ces Offices & ces Fiefs ont été depuis réünis au Domaine de l’Abbaïe, aussi bien que l'Office de Boütillier de l'Abbé, qui étoit pareillement un Office érigé en Fief & possedé par un Seculier Domestique de ce même Abbé, qui avoit toute jurisdiction spirituelle & temporelle dans la ville de saint Denis , & plusieurs de nos Rois lui avoient attribué la connoissance & la punition de tous les criminels qui seroient pris dans le Château & la ville de faint Denis & dans toute l'étenduë de leur jurisdiction , soit qu'ils fufsent usuriers , faux monnoïeurs & même criminels de Leze Majesté. A certaines Fêtes de l'année on chante dans l'Eglise de cette Abbaïe, la Melle toute entiere en langue Grecque, & en d'autres seulement l’Epître & l'Evangile. Elle a aussi toûjours conservé jusqu'à present la Communion sous les deux especes à la Mesle lolemnelle des Dimanches & des principales Fêtes de l'année, ou les Religieux non encore Prêtres communient de cette forte , non par un privilege special , comme plusieurs se l'imaginent (selon ce que dit le Pere Felibien , ) mais par un usage non interrompu dans cette Eglise, aulli bien que dans celle de Cluni.

Aprés toutes les pertes que cette Abbaïe à faites , il est étonnant qu'elle soit encore aujourd'hui la plus riche & la plus florissante du Roïauine , tant par la beauté de son tréfor , qui est d'un prix inestimable, que par ses revenus , qui quoique tres grands , le seroient encore davantage sans les disgraces qu'elle a éprouvées en differens tems ; dont les principales ont été celle du pillage qu'elle souffrit en 1411. pendant la guerre civile , qui fut causée par les differens qu'il y eut au commencement du XV. siécle, entre les Ducs d'Orleans , & de Bourgogne : ce qui aïant donné occasion aux Anglois de retourner en France , dont ils avoient été chassés , elle fut encore pillée en 1419. par ces peuples fiers & barbares : ils s'en rendirenț maîtres de nouveau en 1455,

ANCIEN NE CON

aprés que la ville de saint Denis , qu'ils affiégeoient leur elit été renduë par capitulation. Les Calvinistes n'eurent pas o RE GAplus de respeět pour ce Monastere. Car en 1562. étant entrés 5.DENIS EN dans la même ville de saint Denis, où ils profanerent plu- FRANCE. sieurs Eglises, ils endommagerent la plâpart de ses bâtimens, prirent presque tous les ornemens d'Église, dépoüillerent les Chasses des Saints , de l'or, de l'argent, & des pierreries dont elles étoient couvertes , emporterent & disperserent les Livres de sa riche Bibliotheque , qui étoit remplie de quantité d'anciens Manuscrits, & ils n'en feroient pas restélà , si le Prince de Condé, l'un de leurs chefs, qui aimoit cette Abbaïe , parce qu'il y avoit été élevé, n'eût arresté leur fureur, en faisant punir une douzaine des principaux auteurs de cet attentât. Mais ce ne fut pas là la derniere de ses disgraces ; car ( sans parler de celle qu'elle reçut de la Ligue en 1590. par

l'insolence des Soldats , qui non contens d'y avoir cominis plusieurs indignités , déroberent jusqu'au plomb de l’Eglise , ) le Duc de Nemours qui manquoit d'argent pour de fendre Paris , resolut d'en faire aux dépens du Trésor de cette Abbaïe, qui étoit gardé chez les Religieux de Sainte Croix de la Bretonnerie, en tira par un Arrêt du Conseil d'Etat, rendu le 28. Mai 1590. un Rubis estimé vingt-mille écus , & un Crucifix d'or pesant plus de dix-neuf marcs , que l'Abbé Suger y avoit mis. Iln'y eût pas jusqu'au Prévột des Marchands, conjointement avec les Echevins de Paris, qui voulant en enlever toute l'argenterie , firent rompre les serrures, & emporterent fix lampes d'argent , dont la plus grosse qui venoit d'Espagne, pesoit plus de quatre-vingttreize marcs , quatre figures d'Anges, & un benitier d'argent, le tout pelant deux cens quinze marcs. Mais presentement cette fameuse Abbaïe s'est remise de toutes ces pertes, avec tant d'avantage, qu'il seroit difficile de les croire, lí l'Hiftoire ne nous en assuroit.

Vorez Doublet & le P. Felibien , Histoire de cette Abbaie. Sainte-Marthe, Gall. Christ. Mabillon, Annal. Benedi&t. &c.

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